mardi 6 novembre 2018

guitare et martini

guitare


et martini




guitare et martini


tout près, repose sur une chaise vide
la guitare du musicien
craquant ses doigts aux ongles durs, effilés
il regarde au loin


… partant de la maison, il y laissa une femme, une fille s’endormant dans les bras de sa mère…
il avait revêtu son costume de scène… scénario quotidien depuis qu’il a accepté le contrat… guitariste dans un bar tenu par un tenancier anglais. Quinze minutes de musique puis place à celle enregistrée, un enchaînement arrangé de quelques titres populaires entrecoupés de morceaux plus classiques. Le patron exige que ces derniers soient courts afin de ne pas effaroucher la clientèle…


musique espagnole
dans ce bar anglais
prend des airs d’ailleurs


… arrivé dans l’enceinte de ce lieu enfumé, il songe au répertoire qu’il proposera…
… ne remarque ni le nombre ni la qualité de la clientèle assise aux tables…
… n’a pas aperçu cette femme…  


... qui fume des cigarettes françaises
cliquetant sa bague sur le zinc humide
accrochant ses yeux au miroir
dans lequel la fumée grimace des volutes
... ajuste une mèche rebelle
une jambe croisée sur l’autre
son pied pilonnant le comptoir

l’olive piquée au bout d’un cure-dents nage dans le cristal du verre
elle hoche délicatement la tête
à son cou, quelques rides sauvages,
son visage étouffant des élans de nostalgie


… la jeune femme adore les martinis, les savoure lentement, puis, lorsque l’olive verte fixe ses élans de va-et-vient autour de la paroi du ballon, s’immobilisant, elle les boit cul sec…
… elle fume des cigarettes françaises, uniquement, le tabac noir lui pique la langue que l’alcool ravigote…  


le bar, chargé de lampes multicolores, diffusent des ombres noires
le musicien reprend sa guitare, la dépose sur ses genoux

d’un trait, elle vide un second martini

cesse la musique, reprend la guitare

deux silhouettes, telles des marionnettes incolores
s’enlacent sur le plancher

du miroir givré derrière le comptoir,
la femme dévisage le musicien absorbé par un triste air espagnol


 … les doigts du soliste aux yeux capsulés grattent les cordes…
vibre la distance entre son banc de travail et les rondeurs de la mer…
les grincements de ses mains, des virevousses à son cœur…
… comme cette femme est belle !
... il disait cela lorsqu’il rencontra la mère de sa fille… il disait cela… aussi…


étrange d’entendre ce boléro
qu’écoute la femme intrigante
 soudainement attentive
sa main trifouillant une oreille percée d’un faux diamant


… faux diamants offerts un soir… une nuit… par cet homme à l’allure grecque qui la quitta au matin, les lui laissant dans un écrin rouge encerclé de roses jaunes…
les pétales, déjà, culbutent sur les draps de satin… jaunes eux aussi…
de faux diamants pour lettre d’adieu…


des doigts caressant quelques notes andalouses
s’enfuient vers la spumosité du cœur
une musique enfiévrée vogue, vague que vague…


la femme-martini greffe des mots sur cette musique…
  

courir derrière lui,
le rejoindre, ne plus le reconnaître
tant la distance éloigne
tant les traces se défilent

nager dans la mer
la marée chassant au loin les vagues
qui se dorent au soleil assourdissant

la ligne de sueur dans son dos coagule ...


l’homme à l’allure grecque lui avait proposé un martini en échange d’une cigarette française… elle l’accepta… il ferma les yeux, savourant l’âcreté du tabac…   cet homme la dévisageait, troublé par tant de beauté… corps élancé… mains comme des nuages… ces yeux, des perles… regard mélancoliquement langoureux… une voix à peine audible dans le tohu-bohu du bar…
et les sons de la guitare s’étouffant aux quatre coins… 
... il l’invita
... ils quittèrent le cabaret...


les amoureux le deviennent l’espace d’un martini
le temps que durent quatre notes de guitare
un nuage les enveloppe telle une couche tutélaire
une nuée de parfums occultes ainsi que de la ouate
les rendent secrets
de ces mystères qu’eux seuls enregistrent dans leurs corps intemporels


les pas de l’homme et de la femme, dans leur foulée incertaine, vont nulle part ailleurs que là... s’y déposeront... passeront la nuit, davantage peut-être, mais ce n’est pas encore ce à quoi ils aspirent... les corps auront à se connaître... les odeurs à se mélanger...


prends-moi, jusqu’à demain garde-moi
jusqu’à l’usure de mes sens
enflamme-moi, électrocute-moi
viens et reviens encore
je veux hurler mes jambes accrochées à ton cou
mes seins t’appellent, t’attendent, te redemandent
 sois la pluie qui arrose mon jardin
que perle en moi tes jets furieux
je ne veux revenir à moi que par toi 


ils s’aimèrent toute la nuit...
le guitariste remarqua leur départ, une fausse note à sa guitare le lui rappelant...
il allait reprendre la route vers la maison de cette femme endormie, une fille agrafée à sa poitrine dénudée, les seins vides du lait que téta l’enfant... il entra à pas feutrés, vis les soubresauts de deux êtres rattachés l’un à l’autre... il enleva son habit de scène, le cintra au crochet de bambou... il regardait celle à qui il disait ‘’je t’aime’’...  celle qui depuis la naissance de l’enfant s’éloigne de lui... prisonnière dans son rôle de mère... insensible aux mains de son mari... il la confondait à une autre femme, celle des cigarettes françaises, des martinis, curieuse des boléros espagnols dans un espace enfumé... et qui partit sans jamais se retourner... son bras harponné à celui d’un homme à l’allure grecque...


les draps emmêlés à leurs pieds
chevillés corps à corps
et l’un et l’autre soupirent à l’odeur des phérémones
que leurs bouillonnants ébats éclaboussèrent
dans cette chambre sans rideaux
hors du temps
désorientés tels des cheveaux en course
 la bave glairée dans l’espace


Le guitariste glissa son doigt sur le pied blanc de la femme-statue... elle réagit par un friselis, celui du cerf-volant grimpant le ciel à pas de libellules, piqué entre des nuages roses... les doigts maternels pressent le corps de l’enfant comme pour éviter qu’il ne s’enfuit, ne se perde dans l’azur... dans le cérulé des vagues de la mer qui choquaient leurs corps, lui et elle... soutenant son ventre, ventre engrossé, ventre qui éloignait le guitariste et maintenant le repousse... il les regarde, ces êtres siamois qui doucement l’infléchissent... ils défrichent d’autres parages qui lui sont inconnus et le resteront... elles sont parties vers l’insoupçonné, le laissant à son abandon...


j’ai aimé une femme comme on aime une femme
pour elle
j’ai labouré en elle comme on laboure une femme
pour son étendue
j’ai joué de la guitare pour une femme comme on joue de la guitare
pour son coeur, pour son âme
j’ai écouté son ventre comme on écoute une symphonie
celle du ventre qui se remplit
j’ai entendu les remous liquides qui l’habitaient
elle faisait un enfant
un enfant qu’elle m’épargnera par la suite
ses seins ne m’appartiendront plus
ils nourriront d’autres espoirs


un ventre devenu sanctuaire dont l’accès lui est fermé... femme-moniacale revêtue d’une bure rigide, maintenant sensible qu’aux têtées de l’enfant issu dans la douleur et le sang... son corps jadis si ouvert à tous les bondissements, aux élans fantaisistes, leurs caramboles de jour et de nuit, maintenant sépulture aride et stérile...


tout près, repose en une maison blême
la guitare du musicien
craquant ses doigts aux ongles durs, effilés
il regarde la sécheresse sinstaller
la mer devenir désert
les roses, des cactus emprisonnés dans leur sable de ciment


les jambes graciles de la femme-martini se frottent à celles de l’homme à l’allure grecque... ils fument à tour de rôle la même cigarette française... les arabesques de la fumée taquinent le plafond... la femme s’est levée, poussa délicatement la fenêtre, laissant entrer l’odeur de la nuit... un léger frisson fit redresser ses seins... revint à l’homme qui ne l’avait pas laissée des yeux, la désirait à nouveau... elle prit sa main, lui fit fouiner sur tout son corps de naïade avide d’eau... ils iront rejoindre l’espace entre l’air et l’onde, entre le cri et le silence cherchant à éviter l’asphixie, deux bouches voraces se dévorant...

  
il partira
comme tous les autres, il partira
laissant ma peau
laissant mon corps nu et sec tel un ballon de martini
un cendrier vide de Gitanes

il partira en fumée
me laissant qu’acreté à la bouche
avalant péniblement mon amertume

il partira comme tous les autres,
il est déjà parti


elle avait bien vu les faux diamants, on n’abuse pas une telle femme, on la séduit, l’embobine... on lui prend la chair comme on dévore un fruit de la passion... on l’enroule contre soi... on l’aspire, la boit à même la coupe lubrique qu’impétueusement elle offre ...
elle avait bien vu les faux diamants, les roses jaunes... n’est pas dupe des leurres de l’amour... en sait  les jouissances partagées... la petite mort...
elle se laissera abandonner...
retournera comme chaque soir au même banc de ce bar...
commandera un martini, puis un autre...
fumera ses cigarettes françaises...
jettera un oeil au miroir en face d’elle...
écoutera le guitariste...
puis, un autre viendra, lui proposera un martini en échange d’une cigarette...
ils partiront vers cet ailleurs, toujours le même...
à nouveau, après la commotion des sens, l’inconnu s’enfuira, un parfum de femme fiché à son épiderme...


je suis une femme-martini grisée de tabac noir
mes seins,
 sémaphore dans le brouillard des nuits de ces hommes insatiables
mon corps,
 sirène trompeuse étourdissant ces hommes au coeur de cuir

je suis un tendron que l’on s’arrache à coups de dents et de bijoux
ma peau,
soyeuse comme un rêve chimérique éclaboussant les yeux
mes mains,
magiciennes, sachant repérer, découvrir le lieu de l’intense volupté

je suis une femme-fumée
l’ascension vers la volupté
sybarite insiatiable
au coeur stérile


la femme-martini referma l’écrin dans lequel les faux diamants nichaient... ces artifices épinglés aux oreilles, elle quitta la chambre, titubant encore... s’en alla... laissa son refuge sens dessus dessous...


le guitariste s’allongea près de la banquise endormie... il avait mal aux doigts...


demain sera un autre jour...


Novembre 2018
Saïgon

dimanche 28 octobre 2018

humeur vietnamienne


Facebook ne se gêne jamais pour me rappeler que depuis quelques jours LE CRAPAUD n’a rien publié. Encore maintenant il m’invite à ne pas oublier ceux qui s’intéressent aux billets que j’envoie à l’occasion sous différentes formes. Alors je m’y mets.

Les amis et la famille québécoise m’annoncent, certains avec un enthousiasme non dissimulé, d’autres comme si la fatalité venait de frapper de plein fouet, que l’automne est à vos portes. Quelques brins de neige par ici, par là assez pour que la saison de ski soit lancée. Sachez que j’envie ni les uns ni les autres. Ici, nous n’espérons que la fin de la mousson, attendons que les libellules voltigent en groupes serrés. Je me demande toujours à quel endroit, dans quel sud du sud, vont-elles attendre la saison sèche. En anglais, c’est dragonfly, il ne pas s’étonner qu’au pays du Dragon (le Vietnam) cet insecte qui a la particularité de ne jamais reculer, soit important dans la vie. Huu Ngoc, mon maître à penser vietnamien, n’en fait que très peu mention dans ses écrits sur la culture vietnamienne. Toutefois, la libellule serait à l’image de ce pays qui jamais n’a reculé devant qui que ce fut. Symbole de la transformation, elle qui naît dans l’eau et vit dans les airs. On dit ... Entrer dans la lumière comme cet insecte fou...

Saïgon connaît deux saisons: celle des pluies et la saison sèche. Au Nord, Hanoï et plus haut, on vit les quatre saisons, je dirais, parfois de manière extrême. Cela doit certainement jouer sur le caractère des gens tout comme la température fut dans l’histoire des invasions subies par ce peuple résilient, une donnée que les stratèges ont su ajouter à leur arsenal offensif et défensif.


Ceci m’amène à ce que je voulais partager avec vous, un merveilleux poème écrit en 1923 par Dô Thi Dam, née à Lam Son dans les montagnes du nord.

Larmes d’automne

Tu es parti au seuil de l’automne, cette année-là
L’automne est revenu, et toi, point ne reviens
Tu es parti, parti, et point n’est revenu
Et l’automne me trouve, transie de ma tristesse
Ton coeur s’est en allé avec eaux et nuages
À qui puis-je désormais confier ma peine
L’immensité du ciel et de la terre
Garde à tout jamais notre regret d’amour
La douleur a, pour toi, déchiré mes entrailles
Par toi, au fil des jours et des mois,
Le chagrin noue un écheveau sans fin
L’automne passé, j’ai pleuré
Je pleure cet automne encore
Au long des automnes perdus
En mes larmes, je vieillirai
Amie des jours enfuis, derrière les monts tu es parti
O’u sont les images d’antan?
Tristes monts, eaux glacées
Herbes et fleurs se meurent
Douleur poignante des adieux,
Nuages du soir, vent du matin
L’amour languit dans le désert des nuits sans fin
Vents, pluie, coeur en détresse
Quelle aiguille et quel fil pourront jamais
Redonner vie au coeur brisé.
La tristesse s’accroît quand l’automne revient
La pluie tombe - larmes des amants séparés
Les pleurs glissent
Les flancs verts des forêts, à perte de vue
Se mêlent d’or
Sous la bise d’automne qui plie les roseaux
Lacs et monts désolés, arbres, herbes s’éteignent
La brume sur la terre s’étend à l’horizon
À l’infini, glisse sur mille lieues, les routes de la vie
Celui qui sur les pas d’une vie se retourne
A le coeur étreint de douleur.


Je vous souhaite un bel automne.

À bientôt

lundi 15 octobre 2018

humeur vietnamienne

D E P


L’interruption que vient de connaître la publication de billets sur LE CRAPAUD est due en grande partie au fait que mon laptop a suibi une avarie : de l'eau s'est répandue à l'intérieur. Deux semaines d’attente puis le verdict: incurable. Je m’en suis procuré un nouveau et je reviens.

Il m’a donc été impossible de vous fournir mes dernières prédictions pour les élections québécoises du 2 octobre dernier. Elles se seraient, de toute manière, avérées erronées sauf celle qui avait trait à la défaite de Jean-François Lisée dans le comté de Rosemont. Je prévoyais un gouvernement minoritaire sans être en mesure de dire s’il eut été formé par le Parti Libéral ou la CAQ. Là aussi, dans le fond du champ droit.

Je ne vais pas y aller de mes commentaires, tout a été dit. Toutefois, l’élection de 9 députés de Québec Solidaire me réjouit ainsi que la mise à mort de cette tradition bipartiste installée depuis trop longtemps.

Passons à autre chose.

Deux semaines sans cette machine qui m’est essentielle quasi vitale, je me suis retrouvé dans une forme de solitude qui parfois avait l’air de l’isolement. Ne pas être en mesure de communiquer par Internet, ne pas pouvoir écrire m’aura obligé à revenir au stylo. Cela ne m’enchantait aucunement au départ, alors qu’à la pratique j’ai y pris goût.

Deux semaines au cours desquelles j’ai lu à m’en briser les yeux. Principalement des oeuvres vietnamiennes. L’histoire du pays vue par un ardent communiste... la chronologie des événements depuis 2000 ans avant JC jusqu’à nos jours... des essais fort intéressants sur la culture et l’évolution de la langue vietnamienne... des articles de fond publiés dans la revue ÉTUDES VIETNAMIENNES... et bizarrement, relire le poète allemand Holderlin, celui qui disait...
Du ciel où retentissent encore des roulements paisibles, qui errent
Dans le silence, toujours emplie, et éventée... la salle !

... comme s’il savait que la mousson ne nous laisse aucun répit.

Car la mousson s’éternise, au point que le calme et la résignation des Vietnamiens sont rudement mis à l’épreuve. J’écrivais et je lisais... la pluie battait à ma fenêtre tel un blizzard québécois... les rues se remplissaient d’eau, inondant le premier plancher des maisons et faisait la queue devant les canivaux n’arrivant pas à tout absorber.

Depuis quelques jours, ça semble vouloir ralentir. Mes fleurs n’ont plus besoin de mon secours quotidien pour les arroser. Elles étouffent littéralement et espèrent le soleil.

J’ai également profité de ces moments qui me claquemuraient, me séquestrant même, pour achever une longue lettre de soixante-dix pages, lettre qui n’arrivera pas au port vers lequel elle devait accoster. On écrit souvent pour soi-même, rédigeant des mots qui, par la magie de l’orthographe, tentent d’illustrer notre pensée ou du moins la clarifier.

L’événement que j’attendais depuis fort longtemps, en fait près de deux années de tergiversations, de discussions, s’est pointé à moi alors que les Éditions Thé Gioi (célèbre maison vietnamienne) ont accepté de publier mon roman, DEP. Le tout devrait devenir réalité d’ici deux mois. Édité en français, j’entreprends maintenant les démarches afin qu’il soit traduit en vietnamien. Un professeur de traduction français/vietnamien qui enseigne à l’Université de Hanoi est à y songer, mais surtout voir si ce projet peut entrer dans son agenda fort rempli.

Voici donc  j’en suis.

À bientôt

vendredi 21 septembre 2018

CHRONIQUES VIETNAMIENNES



Résultat de recherche d'images pour "débat des chefs 2018 tva"




          Ça y est, le 3ième débat (un face à face celui-là) présenté sur les ondes de TVA, fait partie des archives. Je l’ai visionné à partir du site web « Gang  de caves » qui le retransmettait une heure après sa fin. Il ne faut pas voir dans le vocable dudit site une quelconque allusion à que ce soit, à quoi que ce soit.

Je l’ai suivi ayant en tête qu’il s’agissait d’un troisième affrontement, que chacun des débatteurs a eu le temps de revoir les précédents leur apportant les correctifs nécessaires, soit à leur performance, soit à leur argumentation, mais surtout conscients que la partie, loin d’être jouée, ils se devaient de donner leur 110%.

Les derniers sondages ont pimenté ces deux heures durant lesquelles on n’allait pas se faire cadeaux. Jean-François Lisée le premier, attaquant Manon Massé, et cela d’entrée de jeu, aura possiblement refroidi l’atmosphère, mais sonner une alarme, celle que de s’attaquer devait être accompagnée d’un peu de courtoisie et surtout rester dans les limites du vérifiable. Ses propos, retournés contre lui, l'ont dépeint comme un être arrogant, ce à quoi justement il a travaillé fort pour faire disparaître cette opinion dans la tête des gens. Lorsqu’il a traité le Premier ministre de menteur, cela n’a pas augmenté son potentiel de sympathie.

François Legault jouait son avenir politique, sa crédibilité et surtout il devait évacuer de l’esprit des électeurs qu’il n’a absolument pas la stature intellectuelle d’un Premier ministre. Il n’aura pas suffi qu’il parle avec son cœur, comme il l’a mentionné, il nous a, à nouveau, montré le même visage, le même discours et aussi qu’il ne semble pas vouloir changer. Pourtant le changement est la pierre angulaire de sa campagne.

Plus beige que Philippe Couillard, est-ce vraiment possible ? Il a encaissé les coups, entre autres ceux portant sur l’éthique, laissant voir que son désir de transparence, ce qu’il avait tant et tant décrit lors des élections de 2014, ne s’est pas réalisé. Il faisait tout sauf un Premier ministre. Piteux même à l’occasion.

Manon Massé a suivi son plan de match : informer les électeurs sur les grandes orientations de Québec Solidaire. Elle a su, je crois, se montrer rassurante faisant taire les critiques qui l’assomment avec les « irréaliste », « impossible », « pelletage de nuages ». L’urgence de la situation l’exige, et sans montrer alarmiste, Manon Massé a démontré qu’elle possède bien ses dossiers et que le peuple est au cœur de son action.

Dans les trois billets portant sur la campagne électorale, j’ai évité volontairement d’utiliser certains mots qui nous sont servis fort souvent autant par les politiciens eux-mêmes que par les commentateurs : le populisme et la démagogie.

En politique, le mot « populisme » prend un sens péjoratif. Il est défini comme un discours politique s’adressant aux classes populaires, fondé sur la critique du système et de ses représentants.

La « démagogie » se saisit mieux en terme de concept si l’on définit « des propos démagogiques » : ils sont proférés dans le but d’obtenir le soutien d’un groupe en flattant les passions et exacerbant les frustrations et les préjugés populaires. Voici pourquoi le démagogue utilise des propos délibérément simplistes, sans nuances, dénaturant la vérité et faisant preuve d’une complaisance excessive. Il fait ainsi appel à la simplicité, voire à la paresse intellectuelle, en proposant des analyses et des solutions qui semblent évidentes et immédiates. Il ne fait pas appel à la raison et ne recherche pas vraiment l’intérêt général.

-       - Ces deux définitions proviennent d’un dictionnaire et non le fruit de mes connaissances. 
Je vous laisse à réfléchir sur ces deux définitions, à vous de voir si elles s’appliquent à nos chefs en campagne électorale. Un petit détail qui est apparu de manière constante dans ce face à face : tous les chefs répétaient « les gens me disent », « j’entends ».

Revenons au débat III.

Je vous livre en vrac mes observations qui, chronologiquement, suivent l’ordre du jour auquel Pierre Bruneau devait s’en tenir. Deux mots sur le modérateur : comme il a dû trouver la soirée longue! Il a peiné durant ces deux heures à faire régner la discipline, ramener un débatteur sur le sujet à discuter, intervenant je ne sais trop combien de fois.


Santé

JFLisée : on est à risque de compressions avec le PLQ et la CAQ.
PCouillard : nourrir une famille avec 75$ par semaine…
FLegault : verbatim :  un rattrapage pour rattraper…

Éducation

JFLisée : il aura bouché François Legault sur les maternelles 4 ans, citant l'exemple de l’Ontario qui a lancé ce projet en 2011. Il est donc trop tôt pour tirer des conclusions sur l’efficacité ou pas de la mesure.
FLegault : verbatim : les enfants vont corriger leurs problèmes à cause des maternelles 4 ans.
MMassé : elle a rappelé que le ratio à la maternelle est de 17 enfants alors qu’il est à 10 dans les CPE.

Immigration et identité


FLegault : . Je suis pas parfait, il m’arrive de faire des erreurs.
                 . On ne veut pas les expulser, on ne va pas les accepter.
                 . verbatim : Le gouvernement a eu un échec.

Les interventions du chef de la CAQ laissent à penser que le nombre d’immigrants pourrait fluctuer avec le temps.

MMassé : c’est vous monsieur Legault qui avez mis la hache dans les COFI.
PCouillard : Gardez votre calme, monsieur Legault.
JFLisée : Il y a plus de membres jeunes au PQ que le nombre total de membres à la CAQ.

François Legault, sur la question de l’indépendance du Québec, se montre mal à l’aise en raison de son passé au PQ.

Économie et finances publiques


MMassé : Facile, selon François Legault, de créer des jobs à 25$/30$/40$ de l’heure, mais incapable d’augmenter le salaire minimum à 15$.
                 La transparence, monsieur Couillard… pas certaine.
PCouillard : verbatim, parlant des représentations québécoises à l’étranger :
                    … on est présent sur tous les continents, même ceux du Québec.
FLegault : verbatim, … les tarifs sont causés par les éoliens.
JFLisée :  verbatim, … le PQ, grand parti de la coalition…

À chacune des questions qu’on lui pose, François Legault commence par « Bon ».

Avez-vous remarqué que Philippe Couillard n’a pas une belle dentition ? Trop dispendieux sans doute que de voir un dentiste!


Finale


Ce débat face à face aura-t-il changer la donne ? Difficile de le dire, mais chose certaine il clôt les échanges directs entre les chefs qui maintenant retournent à leur autobus respectif. Fatigués sans doute… soulagés certainement.

Le 1er octobre, c’est dans moins de deux semaines. On le dit, en politique ça représente une éternité.

Quel conseil puis-je leur donner, à chacun d’eux.

À Philippe Couillard : arrêter de copier l’allure de Stephen Harper… drabe et plate.
À François Legault : accrocher un sourire vrai à son visage et se faire discret jusqu’à la fin.
À Jean-François Lisée : se concentrer sur sa circonscription de Rosemont et revenir à celui qu'il était, il y a quelques jours encore.
À Manon Massé : multiplier les bains de foule, cela l’énergise au plus haut point.

La situation actuelle des quatre chefs dans leur propre circonscription :

Philippe Couillard (Roberval) en avance de 13 points sur le candidat de la CAQ.
François Legault (L’Assomption) en avance de 21 points sur le candidat du PQ.
Jean-François Lisée (Rosemont) en avance de 4 points sur le candidat de QS.
Manon Massé (Sainte-Marie/Saint-Jacques) en avance de 21 points sur le candidat du PLQ.

Remarquons que les 4 chefs de parti sont suivis par des candidats représentant chacun des autres partis.

(Chiffres tirés de Too Close To Call, en date du 20 octobre 2018).

Le prochain billet fera une synthèse de la campagne électorale et présentera mes dernières prédictions.

À bientôt

mardi 18 septembre 2018

CHRONIQUES VIETNAMIENNES


Sur le radar : les élections

https://www.ledevoir.com/societe/537027/pour-votre-info-quoi-surveiller-aujourd-hui

La retransmission du débat en anglais. 













          J’ai suivi le débat en anglais à partir de la plateforme du journal LE DEVOIR, et cela en différé.

Commentaires

1)    Philippe Couillard, conscient des faiblesses de deux de ses adversaires (François Legault et Manon Massé), a su en prendre avantage par un débit remarquablement rapide;

2)   Jean-François Lisée, habile encore cette fois-ci, se rendant compte que ce débat allait être différent en raison de la langue, s’est est tenu aux lieux communs qu’il utilise tout au long de cette campagne;

3)   Rien de nouveau, plutôt l’impression d’assister à une sorte de traduction de celui auquel nous avons eu droit le jeudi 13 septembre dans ce qui semblait être le même studio et le même format;

4)   La volonté de ne commettre aucune erreur, autant au niveau de la langue que du message, a été présente tout au long des échanges;

5)   Peu ou à peu près pas de coups de gueule sans doute ne connaissait-on pas comment y arriver en anglais;

6)   Moins de cas par cas dans le débat anglais, moins de "moi, mon problème à moi…" est-ce que cela peut vouloir dire que les anglophones connaissent mieux l’étymologie du mot politique provenant du grec ‘’politikè’’ qui signifie "science des affaires de la cité";

7)   Certains nationalistes se sont montré offusqués par la tenue d’un débat en anglais avançant qu’au Québec la langue officielle est le français et que, par son existence même, il devenait un accroc à cette réalité;

8)   À toute fin pratique, nous avons eu droit à de la politique traditionnelle, un débat un peu échevelé à l’occasion, principalement dû au fait que la barrière linguistique avait installé entre les débatteurs une sorte de mur;

9)   Comme j’ai adoré entendre de la bouche de Manon Massé ces mots faisant allusion directement à la culture anglophone, ici la chanson populaire : le "stand with me" référant à STAND BY ME, "every knows it’s now or nerver" d’Elvis Presley. Petit coup de génie que les anglophones ont sûrement apprécié!

Ne reste maintenant que le 3e débat, celui organisé par TVA jeudi prochain. J’entends déjà dire que trois c’est plus que le client en demande, peut-être trop.

À bientôt

Entre nostalgie et fantaisie ... (54)

Se présente dans l'imaginaire poétique, sans origine logique, une série d'images bigarrées, une palette de couleurs artificielles, u...