dimanche 17 juillet 2016

humeur vietnamienne: ''Je suis...''

Je suis

     Sur Facebook, au fil des événements, nous retrouvons en plus de divers commentaires qui se permettent d'écorcher la grammaire et la syntaxe (aussi bien en français qu'en anglais) nous sommes inondés d'opinions parfois aussi extrêmes que celles que l'on veut pourfendre. 

S'ajoutent, média social oblige, quelques photos prises dans les minutes mêmes d'un événement se produisant ou s'achèvant. Du journalisme de terrain. Du journalisme populiste, aussi. Le tout amplifié de slogans puisés dans la même trousse et qui s'articulent autour du devenu célèbre ''Je suis''.

Vous vous souvenez du ''Je suis Charlie'', ''Je suis Paris'' et tous les autres qui empruntèrent la même route. Le dernier... ''Je suis épuisé''. Il est apparu suite à la catastrophe niçoise. 

''Je suis épuisé'' de quoi, au fait? Des attentats terroristes? Des échecs répétés des autorités à déjouer ces plans diaboliques? Ou tout simplement ''Je suis épuisé'' d'être un ''je suis''?

Je suis est la conjugaison du verbe être à la première personne du singulier de l'indicatif présent. Le ''Je suis'' se fusionne donc au présent. Le verbe être se définit ainsi: exister, avec l'idée d'éternité, sans commencement ni fin... vivre en général... en conformité avec la réalité... se montrer, se comporter dans des circonstances particulières, dans ses relations avec autrui... une fidélité avec soi, avec ce que l'on a toujours été... s'affirmer... participer...

Sans doute le verbe le plus utilisé de la langue française, à la fois concret et abstrait, le verbe être, dans ce qui nous occupe ici résonne entre l'optimisme et le pessimisme.

Il n'est pas dans mon propos d'analyser, de tenter de comprendre les intentions des uns et des autres, encore moins de culpabiliser le hasard n'ayant pu conjurer le triste sort qui s'abat sur d'innocentes victimes. Les faits sont les faits: la vie, puis l'explosion, puis la mort... De ''je suis'' plusieurs deviennent des ''j'étais''. En une seconde. Certains n'ayant à peine eu le temps de réaliser ce qui leur arrivait.

Restent les autres. Dont nous... Plus près encore de ces horreurs, les gravement blessés, les traumatisés à vie, ceux qui n'auront plus qu'à dire ''Je serai''. 

Depuis la naissance plutôt spontanée de l'EI (je crois qu'on ne l'a pas vue venir trop occupé que nous étions à s'acharner sur Aï Qaïda), le monde a changé. Le monde change inéviablement! Mais cette fois il change de manière complexe. On tente, afin de nous faire saisir l'ampleur de la situation, de simplifier en mettant tout sur le dos de l'islamisme intégral, du djiadisme en particulier.

On le fit lors de chacun des grands conflits dont l'histoire humaine est truffée: guerres civiles, guerres de religions, guerres de libération nationale, guerres mythiques, guerres mondiales et j'en passe. Chaque fois, il nous fallait des responsables, des coupables, des raisons. On en même venu avec les Conventions de La Haye en 1899 et de 1907 à codifier le jus bellum et le jus in bello.

Selon ces conventions, la guerre est un droit auquel on ajoute des prérogatives et des éléments à respecter, des lignes à ne pas franchir. Ainsi les consciences peuvent mieux accepter de voir tomber au champ d'honneur, dans les tranchées, puis maintenant dans des éclats d'obus et de bombes terrifiantes, des hommes, des femmes et des enfants. On récompense même, à coup de médailles, les vainqueurs et on ajuste notre discours aux sensibilités vécues par les survivants.

De la guerre dite traditionnelle et bien encadrée dans des textes que personne ne respecte mais qu'on utilise pour accuser l'ennemi de malversations, nous sommes arrivés au terrorisme. La terreur. 

C'est exactement le type de situation qui survient quelle que soit la géographie où elle s'abat. La terreur afin que l'on réalise, avec fracas, que ce qui la motive se drape comme un tattoo dans les idéaux que l'on poursuit, que l'on défend ou que l'on cherche à imposer. On n'a qu'à voir les motifs inscrits dans les revendications des différents attentats, et cela depuis au moins 2001; chaque fois, quasi comme un mantra, reviennent la même haine de l'homme envers un autre homme, différent... de l'homme envers la femme, sujet devenu objet... d'un système politique ou religieux qui logent pourtant sous des enseignes idéologiques.

Souvent on me pose la question: qu'y a-t-il de différent entre le Canada et le Vietnam, en terme politique ou des droits humains? Ma réponse est toujours la même: je n'en vois pas. La corruption, la prévarication se ressemblent, siamoises aux nôtres. Les droits sont bafoués sans vergogne pour des raisons de ''sécurité''. Les riches continuent de s'enrichir, les pauvres de s'appauvrir. Les lois économiques, des dogmes dont on ne peut mettre en doute leur légitimité. L'état n'est pas les gens, l'état c'est une caste fermement installée, prête à tout pour protéger ses acquis.

Le vocabulaire a changé: la terreur et l'horreur, pas encore. 

Alors que faut-il écrire sur Facebook? ''Je suis...'' ou quoi encore? ''Qui suis-je?'' ''Que serai-je''? Vers quel vocabulaire faut-il se tourner? D'abord, je crois qu'il nous faut tous réaliser notre impuissance à contrer l'horreur. Il y aura d'autres attentats, d'autres revendications, d'autres morts. Et si ce n'est de la part d'extrémistes de quel acabit qu'il soit, c'en sera d'autres.

Toutes les religions prônent une vie meilleure souvent ultérieure à celle-ci. Tous les régimes politiques reposent sur l'espoir d'un mieux-être à venir. Pour cela, on affine nos armes. De plus en plus mortelles autant qu'inhumaines. Pour les religieux, les politiques, il faut des sauveurs. Ces sauveurs sont, souvent, ceux du passé. D'un passé qui n'a plus rien à voir avec notre fugace présent. Et tous, nous regardons vers l'avenir.

Que sera-t-il cet avenir? Proche ou éloigné? 

Identique à ce qu'il fut, à ce qu'il est tant et aussi longtemps que chacun de nous, dans la simplicité complexe de notre quotidien n'arriveront pas à voir plus loin que les voiles, plus loin que nos différences qui ont le mérite de nous faire qui nous sommes.

L'esperanto fut une tentative afin de rapprocher par le biais d'une langue commune les humains de cette planète à la fois fragile et combien résiliente. Un échec en raison de sa négation même des diverses cultures. Un échec en raison que cette langue n'a pas réussi à incarner le ''je suis'' incrusté dans nos communauté propres.

''Je suis épuisé''. Je saisis toute la détresse de ce message, mais c'est tout de même d'une déclaration... 

Un trop facile pastiche me permet d'achever cette humeur en disant, à l'inverse du Cogito, ergo sum de Descartes: JE SUIS, DONC JE PENSE.

À LA PROCHAINE

samedi 16 juillet 2016

QUATRE (4) CENT-QUATRE-VINGT-ONZE (91)

      Je sais que les lecteurs du CRAPAUD aiment bien recevoir, à l'occasion, quelques extraits de mes lectures.
Il arrive parfois que j'associe deux auteurs qui s'interrogent sur un même thème.
Comme il y a déjà un bon moment que je ne suis pas adonné à cet exercice, j'y viens aujourd'hui, vous proposant quelques phrases qui ont attiré mon attention chez:
1) Wajdi MOUAWAD
2) Françoise HENRY
3) Pearl BUCK
4) Bruno TESSARECH
5) Herman MELVILLE.


Wajdi Mouawad à partir de ANIMA:


- Le monde est immobile tant que les humains se tiennent debout. 

- Toutes les situations sont puissantes. Il faut les regarder sous la lumière crue. C’est seulement comme ça que tu donnes sa puissance à la situation.

- Le monde est vaste, mais les humains s’entêtent à aller là où leur âme se déchire. 

-  Les humains sont sous le joug d’une malédiction qui les exile sans cesse de leur bonheur

-  J’ai grandi à l’ombre des abattoirs de la Villette, en région parisienne, à l’ombre de la guerre d’Algérie et de la mort de mes deux frères pendant la boucherie d’Oran. J’ai grandi à l’ombre des hiérarchies sociales et à l’ombre de l’humiliation d’avoir comme père un homme brutal, raciste et vulgaire, un connard qui était une force de la nature, collabo et fils de collabo. Je dégueule l’Arabe, je saigne le Juif, j’encule les femmes et j’essuie ce qui traîne avec la peau du nègre. C’était sa prière, sa phrase fétiche, son mantra, son credo. Je ne sais pas si tu peux te figurer ce que pouvaient être en 1967 les dimanches pluvieux à la Villette, dans l’odeur des bêtes que l’on conduit à la mort, où il n’y a que l’ennui et la grisaille des rêves. Pas d’amour possible, qu’une vie rude et l’alcool et la bêtise des chemins asservis tracé d’avance.

-  J’ai rencontré un homme plus âgé que moi. Lou Dobkins. Il avait fondé The Pagans, un club de motards le long de la côte Est, et il avait besoin de gros bras dans mon genre pour les sales besognes, il avait besoin de casser pas mal de jambes et j’avais besoin de me défouler. Je l’ai suivi les yeux fermés. Le jour où je suis devenu un Pagan Full-Patch, qu’on m’a remis mes insignes, ça a été le plus beau jour de ma vie. Notre emblème était le dieu Zutar, génie du feu dévastateur qui embrase tout ce qui vit. Que ça! On allait en bande sur des Triumph Trident, on foutait le bordel, on faisait peur, on cassait, on tabassait, puis on repartait très fiers de nous.  (…) On n’avait tellement rien à foutre d’avoir mal, c’en était monstrueux.  C’était le bonheur! Nous avions tellement besoin d’appartenir à un groupe, une fratrie, de trouver un sens. La vérité, c’est que nous étions en train de mettre les pieds dans le pire du pire du crime organisé à l’américaine.

- Il y a des êtres qui nous touchent plus que d’autres, sans doute parce que, sans que nous le sachions nous-mêmes, ils portent en eux une partie de ce qui nous manque.






Françoise Henry, elles sont tirées de JUSTE AVANT L'HIVER:


- Quand il s’agit d’amour, et de gaieté, ou de gaieté d’amour pourrait-on dire, on trouve  toujours des associés pour nous aider à détruire, du moins à abîmer ce qui nous semble à nous, les assoiffés d’amour.

- Car c’est un phénomène étrange : quelques heures, parfois quelques secondes dans notre vie pèsent d’un poids jamais égalé. Le temps n’est pas tout à fait juste.

- Vous savez bien que c’est d’abord dans les limbes de la phrase, quand elle n’est pas formulée ni même formée, que le mot à venir scintille le plus.





Pearl BUCK, elles proviennent du magnifique VENT D'EST, VENT D'OUEST:


- Je suis comme un pont fragile, reliant à travers l’infini le passé et le présent. 

- Quelle chose terrible que l’amour, s’il ne peut couler d’un cœur à l’autre, librement, dans toute sa fraîcheur!





LES GRANDES PERSONNES, de Bruno Tessarech:


- La honte de soi est un sentiment difficile à communiquer aux autres.

- Toujours laisser au vaincu une petite liberté de manœuvre, un espace réduit où il croira survivre.

- Les années passent et nous prétendons rester les mêmes.

- On croit connaître les choses à fond alors qu’en vérité on ne sort pas d’un circuit microscopique, toujours le même. 




Achevons avec  Herman Melville , MOBY DICK:

- Heureux l’homme dont le sommeil n’est troublé par rien et coule comme un ruisseau paisible!



 À la prochaine




mercredi 13 juillet 2016

QUATRE (4) CENT-QUATRE-VINGT-DIX (90)

Le troisième épisode (ou encore 1b à 4b) du récit de Dep et des six autres. 

Les deux premiers se retrouvent aux sauts 486 et 488 respectivement.







(1b)     Ils ne sont plus six. Que deux. Une fille, un garçon. Un soir. Un samedi soir froid. Le lac frisonne. La légendaire tortue serait morte il y a quelques semaines déjà. Hanoï et ses habitants en ont beaucoup parlé. Souffert aussi.

Les légendes vietnamiennes, tout comme leurs histoires d'amour, chacun des Vietnamiens, chacune des Vietnamiennes en connaissent plusieurs. Elles les habitent. On y cherche des signes, des messages, des présages. Ne pas en tenir compte relève du non-sens.

Le plus âgé des six et Dep se promènent-ils entre dogmes et galimatias? Le garçon regarde les seins de la fille. Elle, cherche à se remémorer: que faire devant une telle situation. Il veut toucher mes seins. Je ne le veux pas. Ni lui ni ses mains.

Dep a souvenir d'une jeune fille de son village. Elle aimait se mettre nue devant les garçons. Ceux-ci, par groupe toujours, raffolaient de la toucher. Elle, elle riait. Plus ils l'effleuraient, plus elle riait. La caresser, ils ne savaient pas. Elle ne savait que rire.

Dep ne connait pas la raison incitant la jeune fille à rire. Et rire davantage alors qu'on la touchait davantage. Dep cherchait dans ses yeux, dans son regard. Seuls son rire et ses seins lui répondaient. Les garçons voulaient cette fille. Pour son rire. Ses seins.

Au village, tous étaient au fait des agirs passifs de la jeune fille. On s'en inquiétait que très peu. Les garçons, on les réprimandait... un sourire en coin. La jeune fille se moquait de ce que l'on disait d'elle. Les garçons s'en fichaient. Ils aimaient l'entendre rire.



(2b)     Ils ne sont plus six. Au milieu du lac, la lune se transforme. De l'ovale sinueux elle passe au cercle parfait. Des frissons de vagues la rident, la lune au milieu du lac. Le plus âgé des six semble subjugué. Il a laissé ses yeux dériver des seins de Dep aux replis de l'astre nuiteux.

Le plus âgé des six est aussi le plus âgé de sa famille. De son groupe de frères - on donne le nom de frère aux amis très proches - mêmement. Toujours on a traité le plus âgé des six comme un plus âgé. N'a guère eu le temps d'être petit, jeune. Jouvenceau dès la naissance.

La lune grelottante sur le lac le remmène au temps de ses origines. Il ne croit pas à l'enfance. Il ne connaît pas. Marchant avant qu'on l'oblige; parlant avant que lui soit enseigné les mots; laid avant qu'on le lui dise. L'enfance c'est pour les autres. Les petits. Pas pour les plus âgés.

La lune trémulante au milieu du lac ouvre la boîte aux souvenirs du plus âgé des six. Boîte quasi vide. Pas eu beaucoup à y déposer: une chaîne argentée à laquelle pend un bouddha de jade; trois dents, jaunis par le temps; une photo, sépia. Lui peut-être. Des personnes âgées l'encadrent. Le plus âgé des six ne sourit pas. Les aïeux non plus.

Soir de lune. Lunatique. Si ce mot savait être en langue vietnamienne quelque chose comme ''triste'', le plus âgé des six aurait pu s'appeler ainsi. Sa tristesse lui vient que jamais il ne sourit. Semble vivre que pour ce qui est devant lui, ce qu'il ne connait pas. Le passé est mort. Le présent passe ne laissant que ce qui peut venir, tôt ou tard. Mieux vaut maintenant que jamais.

Le plus âgé des six croit que la chance ne passe qu'une fois. Une seule fois. Que le présent se brûle les ailes instantanément pour devenir du passé. Une seule chance de profiter d'un fugitif présent. Attendre, c'est basculer dans l'inconnu, détruire une chance qui ne présentera plus.



(3b)     Ils ne sont plus six. Dep porte maintenant un kangourou troué, alors qu'assise à l'aéroport de Hanoï, elle avait revêtu une chemise d'un autre temps... '' Assise face à moi, elle porte une chemise ne lui appartenant pas, ça se remarque au premier coup d’œil, sans doute celle de sa mère. On ne se vêt plus de cette façon, du moins chez les gens de son âge, ceux de vingt ans, peut-être moins.''...  

Dep, fille d'une mère avide de nouveauté. De modernisme. Dep, face au plus âgé des six, repense à elle. Celle qui lui lisait, relisait VENT D'EST, VENT D'OUEST de Pearl Buck. 

Elle ne peut oublier cette dernière soirée... ''Dernière soirée ensemble, la mère et la fille. Alors qu’on pourrait s’attendre à des épanchements, les deux femmes, confortablement installées sur le perron face à l’étang, surent dans leur silence respectif que deux routes se dressaient devant elles. Chacune comprenait que la suite des choses reposait sur les frêles épaules de Dep, un peu comme le flambeau de la liberté et de l’avenir quittait ce village au nord d’Hanoï pour briller sur Nha Trang.''

''Je les revois, imaginaires, toutes les deux, mère et fille assises sur un petit balcon où s’entassent des pots de fleurs. Je les revois, silencieuses, se préparant aux retombées de ce voyage. Leur silence. Parfois, la mère cueille sa main, la caresse avec la nette intention que tous ses messages indicibles puissent doucement, par son épiderme, transpercer  son cœur et  son âme.''

Ce soir, ce samedi où on l'a enjointe à rire, n'a rien à voir avec cette dernière soirée, celle en compagnie de sa mère. L'oncle de Nha Trang n'a pu garder Dep chez lui. Elle a dû repartir vers Hanoï. Sa mère, sans jamais l'avouer, s'en est inquiété.



(4b)     Ils ne sont plus six. Qu'un garçon; qu'une fille; qu'une mère éloignée mais si proche. Dep qui a froid. Le plus âgé des six qui cherche à contenir sa main. Les seins de la fille l'attirent. S'il n'agit pas maintenant, ça ne sera plus possible. Jamais.

Le plus âgé des six, à l'haleine fétide, au regard torve, se bat contre la paralysie qui s'installe dans sa main. Ses deux mains. Ne sait quels mots employer pour que rire capture le sens qui l'obsède. Il croit que la fille a déjà ri. Lui, jamais.

Le temps s'allonge. Trop. Et pour l'un et pour l'une. Les deux peinent à débrouiller la situation. Dep est fatiguée. Le plus âgé des six, excité. Les autres, au café. 

Le plus âgé des six, hardi, avance sa main vers Dep. Elle ferme les yeux. Sent qu'on la déplace vers les buissons de bougainvilliers. S'affaisse. Un homme puant l'alcool et la nicotine mêlés, la chevauche. Une étrange grimace lui barre la figure qui devient plus laide encore.

Dep empoigne la fiole de citronnelle dormant dans la poche de son kangourou. Alors que le plus âgé des six entreprend de la toucher, la salir de son odeur nauséabonde, elle avale une gorgée de sa potion. S'assoupit. Tout son corps se détend. Tout le corps du plus âgé des six s'anime.

Le plus âgé des six se rappelle les mouvements saccadés des buffles dans les champs. Les imite. Elle dort, ensevelie sous le corps d'un inconnu qui l'écrase... Les convulsions du garçon ne rejoignent pas la fille dans son demi-sommeil. Il l'attache de ses bras. Halète bêtement. Il la tache. Puis s'en va. 





À SUIVRE

mardi 12 juillet 2016

QUATRE (4) CENT-QUATRE-VINGT-NEUF (89)

     Entre deux épisodes de l'histoire des six et de Dep, voici quelques photos prises ce weekend sur l'île de Phu Quoc.

J'y suis allé accompagné de mon petit-fils vietnamien Lém qui y mettait les pieds pour la première fois.

Lors du voyage en compagnie de Carole, Guy, Émile ainsi que Piero, nous logions au Praha Hotel. Cette fois-ci, ce fut le Thanh Kieu, charmant endroit composé de bungalows ayant vue sur la mer ou le jardin. Dans les deux cas, c'est tout à fait excellent. 

Située à l'extrême sud-ouest du Vietnam, les côtes de ''l'île d'émeraude'' sont plus proches du Cambodge qui l'a envahie en 1975, une invasion de courte durée toutefois. La ville principale est Duong Dong, là où l'on retrouve le marché de nuit reconnu pour la qualité (et la quantité) de ses fruits de mer.

Une balade en moto nous permet de visiter une plantation de poivriers; une usine de nuoc mâm (sauce de poisson - l'anchois - fort populaire dans le pays); un arrêt dans une ferme de perles; une visite du parc national de Phu Quoc créé en 2001 et protégeant 70% du territoire de l'île. Finalement, la prison de Phu Quoc qui a longtemps porté le nom de ''prison de cocotier'' et devenue depuis 1996, patrimoine national; on peut voir des reconstitutions des traitement s et sévices parfois abominables réservés aux vietcongs lors de la guerre du Vietnam.

Le tourisme se développe à une vitesse incroyable. Ne reste qu'à souhaiter que cela se fasse le plus écologiquement possible...

Voici donc quelques photos ramenées de ces trop courtes heures sur l'île.





Aéroport de Phu Quoc



Le resort Thanh Kieu












La plage de Thanh Kieu donnant sur le golfe de Siam

















À LA PROCHAINE

mardi 5 juillet 2016

QUATRE (4) CENT-QUATRE-VINGT-HUIT (88)



Voici le deuxième épisode du récit Ils étaient six...


     


     (1a)  Ils sont six. Ivres. Statiques devant un kiosque où l'on vend des ballons multicolores. La vendeuse s'apprête à fermer boutique. Sent des regards dans son dos. Des oeillades entre six garçons immobiles sous la toile de son kiosque, sans doute. Ne sait pas encore qu'on lui parlera de rire. Mais elle flaire qu'on la lorgne. Ils la veulent.

La fille aux ballons multicolores n'a pas peur. Elle se sent seule. La fille aux ballons multicolores scrute autour d'elle. Tous les bazars sont fermés. Les employés, revenus à la maison. Son amie doit venir la rejoindre. Elle tarde à arriver. Les six garçons se taisent.

Ce n'est pas encore la nuit. Le soleil dort depuis quelques heures, caché derrière les montagnes. On peine à les imaginer. Le FanSiPan* est si loin. Fier, sa tête de brume doit percer les nuages. Son âme, aussi secrète que celle des six garçons. De la fille, peut-être.

Le plus âgé, alors que reculent les autres, s'approche de la fille au kangourou usé. -Tu viens rire avec nous? Son haleine pue la bière mêlée de nicotine. -J'attends mon amie. Elle ne sait pas comment le regarder. -Nous, on t'attend.

Il y a dans l'air, comme suspendu, un moment de silence. Sans couleurs. Sans odeurs. Sauf celles de la bière, de la nicotine. Des coeurs liés à ce silence comme un animal blessé. Rien ne brise le mystère. Celui du non-dit. Du répit des mots.

La fille baisse les yeux. Sent le piège se refermer autour d'elle.  Le plus âgé des six garçons la dévisage. L'examine. Se rassure de l'appui tacite des autres. Mesure le possible à venir. Insiste. Dans l'air, comme une augure. Elle suivra.



     (2a)  Ils sont six. Et une fille. Comme les premières notes de La lettre à Elise de Beethowen, tout  piétine. Fait du surplace alors que l'on marche vers  la pente. Six garçons, une fille. En route vers le lac.

Le groupe boite. Sans direction précise. Monteront-ils la pente pour ensuite la descendre? Est-ce cela rire un samedi soir? 

La fille, c'est Dep. Elle a quitté son village il y a quelques mois maintenant. Un oncle l'héberge. Propriétaire de la boutique de ballons. Elle y travaille toute la journée. Journée qui s'achève lorsque s'éteignent les lampadaires de la rue.

Sa mère, la veille du départ, lui a remis une paire de gants. Couleur beige.  ''Ce que sa mère souhaitait pour elle, très jeune déjà Dep avait découvert que rien ne pouvait en empêcher la réalisation. Mais pourquoi? Pourquoi tant s’acharner à la voir partir? Pourquoi lui avait-elle remis, en précisant de ne les porter qu’une fois arrivée là-bas, cette paire de gants de couleur beige? Ces gants qui la protégeraient du soleil, lui assurant de conserver la couleur blanche de sa peau de pêche; ces gants ayant appartenu à cette femme déterminée à voir changer les choses.''

Pour ne pas les tacher, Dep les porte rarement. Chaque fois qu'elle les enfile, les regarde, c'est sa mère qu'elle voit. À qui elle pense. Sa mère assise sur le petit balcon face à l'étang. Comme elle l'aime!

Dep, encadrée par trois garçons, et trois autres, qu'elle ne connaît pas. Ne sait seulement que tous les soirs, ils déambulent devant son kiosque. Y jettent des regards obliques. Le samedi, leur haleine de bière est plus forte que celle de la nicotine.

Dep espère l'arrivée de son amie. Elle aura été retardée. Le groupe s'est formé sans qu'elle puisse vraiment s'opposer. Elle fouille dans la poche de son kangourou. Le petit flacon de citronnelle s'y trouve. Elle le tient dans sa main comme une arme.



(3a) Ils sont six. Le plus âgé; le plus jeune. Des trois autres, un a le visage ravagé; celui que l'on surnomme, le nerveux; le plus petit, trapu, ralentit continuellement la marche; le dernier, grêle comme une pousse de bambou. Les xấu xí... laids.

Dep, belle... un lotus s'ouvrant à l'aube; une orchidée posée au rebord d'une fenêtre; une tubéreuse près de l'autel des ancêtres. Tout son corps respire la fraîcheur, celle de l'abricotier.

Du haut de la pente on aperçoit le lac. Dep songe à l'étang de son village. La main enserre la citronnelle. L'oncle lui a remis ce sachet comme en-cas. Contre les moustiques. La fièvre et la grippe. Contre le stress, aussi. Elle en inhale un bon coup avant de se coucher. Ça l'endort.

Dans l'atmosphère, une hésitation navigue sans pilote. Que faire devant une telle incertitude? Chacun, à sa propre façon, cherche ce que rire veut dire. Personne ne rit. Encore. On scrute le temps. On étudie la situation. En silence.

Le plus âgé et le plus jeune ceignent la fille au kangourou. Trio parmi les duos. Le visage ravagé et le nerveux s'échangent une cigarette. Bambou s'arrête, attend le trapu qui peine à suivre le clan.

On annonçait des averses. Il ne pleuvera pas. Il fera froid toutefois. La neige peut bien recouvrir Sapa. À sa guise. Hanoï est humide toutefois. Le lac est beau vu du haut de la pente.



(4a) Ils sont six garçons et une fille. Les xấu xí  et Dep. Pour chacun, rire prend un sens différent mais tourne autour du même sujet. Les mots ont cette facilité plurielle de dire tout sur rien, rien du tout. Dans le non-dit, la retenue, le sens devient caméléon. 

Dep ressent de la fatigue aux jambes. Avance vers le plus âgé: -Je vais rentrer à la maison. Sa voix chevrotante ne la rassure pas. -Tu ne restes pas avec nous. -Je veux rentrer à la maison. Le plus âgé s'arrête. Fixe son regard sur les seins de Dep. Regarde ses compagnons avec le sourire de celui qui connait la suite des choses.

Brutalement, le plus âgé invite le plus jeune à conduire les autres vers le café. Il restera seul avec la fille. Dep enserre la fiole de citronnelle. Tout son espoir y est enfermé.

Partent les cinq garçons. Ils claudiquent. L'azimut a bougé. Ils ne riront pas tous les six. Et la fille. Le plus âgé en a décidé ainsi. On ne désobéit pas au plus âgé.

Parfois, un des cinq se retournent. Ils remontent la pente. Les ballons sont crevés. On ne verra pas les seins de la fille, si rire signifiait voir les seins de la fille. Le kangourou troué s'accrochera à la patère du plus âgé. Que des images pour les autres. Une fille devenue avatar.

Le plus âgé tend la main vers Dep. Elle cache la deuxième dans la poche de son kangourou troué. Ses dix doigts sur sa lampe d'Alladin. La frotte délicatement. Ses yeux, ceux de la fille, transpercent ceux du garçon. Lui si laid, le devient davantage. 


* Le mont FanSiPan (Phan Xi Păng) est une montagne située au nord-ouest du Vietnam dans la province de Laò Cai où se trouve Sa Pa. Haute de 3143 mètres, elle le toît du Vietnam, la plus haute de toute l'Indochine.




À suivre














mercredi 29 juin 2016

QUATRE (4) CENT-QUATRE-VINGT-SEPT (87)













la musique égarée


sur l'autre palier flâne une musique 
il n' y a qu'elle pour polir le silence

violon
trois notes égarées sur le vent
tachent l'atmosphère, nettoient l'âme      

d'ici, on entend Paganini
la Mose fantasia, sons graves
sur une seule corde, elle saute
mouton égaré à la recherche de trois soeurs

les nuages parlent au diable
en des trilles lanscinantes
que reproduit l'Amati


sur l'autre palier flâne une musique 
dans une sérénité ouatée de silence 

Paganini, le violoniste aux doigts allongés
et son guitariste espagnol
l'inconnu aux doigts magiques

quelles folles variations les tourmentent!
comme s'ils parlaient d'un insecte à trois ailes
d'une île où on allait les enterrer
sous la symphonie des airs de Berlioz

visite à l'enfer, on y brûle les sonates
dans une impatience polyphonique
quelques malins inventent des frissons


sur l'autre palier flâne une musique  
cosmopolite, bohémienne, gitane

la musique survole lestement les fleurs
telle un papillon capricieux aux ailes de papier
s'amourachant d'un vibrato de colibri immobile

l'espace d'un instant, le temps d'un soupir
fluide comme de la vapeur d'eau
la musique imprègne, majestueuse,
les quatre murs aérés et aquatiques

comme elle sait se faire languissante
tirailler entre gris ciel et bleu palier
la musique égarée qui ensorcelle






À la prochaine









lundi 27 juin 2016

QUATRE (4) CENT-QUATRE-VINGT-SIX (86)





      J'entreprends aujourd'hui la parution du récit ILS ÉTAIENT SIX.

Ce récit que je compte vous offrir à raison d'un par semaine met en scène une jeune fille, Dep; oui, la même que celle d'un saut paru en février dernier. J'y racontais l'histoire d'une jeune fille en attente à l'aéroport de Hanoï. Elle quittait sa famille, se dirigeait sur Nha Trang rejoindre un oncle. Sa mère, amoureuse de Pearl Buck, l'incitait à quitter son village vers la ville. Elle souhaitait pour sa fille une vie meilleure, plus moderne, que celle qu'elle aurait connue en y demeurant.

Dep a depuis quitté Nha Trang pour Hanoï. Elle vit là chez un autre oncle, propriétaire d'un kiosque de ballons. Elle y travaille tous les jours et...




     (1) Ils étaient six. Trois garçons. Et trois autres aussi laids que les premiers. En haut d'une pente qu'ils venaient de gravir pour la huitième fois, toujours cette jeune fille accrochant des ballons au toit de son kiosque. Elle vendait des ballons. Multicolores.

Les garçons et la fille se voyaient en fin de journée sans jamais vraiment se regarder. Se parler, encore moins. Les garçons s'amusaient, entre eux, à la voir muette. Elle... si laids, si grégaires.

Ce soir-là, au coeur du quartier français de Hanoï, il faisait plus froid que la veille. Pour le lendemain, on prévoyait des flocons de pluie. De la neige peut-être. Personne n'y croyait vraiment. La neige, c'est pour Sapa. Non Hanoï.

Les six garçons, promeneurs infatigables, avaient travaillé ensemble toute la journée au même endroit. Ils remplissaient les trous qu'une  bineuse en provenance de Russie avait creusés. Malgré la fraîcheur du jour, ils allaient pieds nus. Des tongues jaunes aux pieds.

La fille - elle semble plus jeune que les six garçons - porte un kangourou usé. Il la réchauffe quand même. Ses doigts agiles manient une perche de bambou. Un clou à son extrémité. Ainsi, elle atteint aisément la longue tige horizontale fixée au toit. Elle y accroche des ballons. Ses ballons sont poussiéreux.

Le froid et la poussière s'entremêlent gauchement. Une sorte de cacophonie enveloppe l'espace que la rue en pente douce ne réussit pas à étouffer. Toujours le froid, la poussière, le bruit - ces obus fumigènes - toujours les mêmes personnages d'une même pente. Nous sommes en janvier. À Hanoï.


(2) Ils étaient six. Trois à la figure triste. Les autres aussi. Toujours leur a-t-on dit que les filles sont à marier. Les six veulent la même. Elle ne le sait pas. Toujours on lui a enseigné que les garçons ne désirent que leur corps. Le mariage en est la clef. L'artifice.

Dans son jardin de nuit où elle cajole ses rêves, les six garçons sont des ombres absentes. Ne le sauront pas. Elle n'est pour eux qu'un vase à remplir une fois la journée de travail achevée. Après, au café Con rồng đỏ (Au dragon rouge). Tous les six. Ne parleront pas des filles. Les garçons ne parlent pas des filles. Ils les veulent. C'est tout.

La fille, celle qui accroche des ballons au plafond de son kiosque, n'a pas d'amis. Ici, les filles n'ont pour amies que d'autres filles. Le soir, une fois la maison dépoussiérée, elle ira se promener. Son bras enroulé à celui de sa complice. Les garçons les croiseront. Souriront un peu, comme on se soulage d'une gêne.

Les garçons, les six qui arpentent quotidiennement la même rue, la même pente, à la même heure, revenus ou se rendant au Con rồng đỏ, auront la vague impression du déjà fait. Parfois, la nuit est froide. Comme ces derniers jours. Parfois, la nuit est chaude. Toujours, leurs corps tendus. Toujours la pente de la même rue.

Une sorte de silence embue l'atmosphère. Pas tout à fait le silence, plutôt une absence de paroles. Paroles rognonnant ces choses mille fois redites. Rabâchant celles de la veille. 

Et tombera la nuit. Rentreront les garçons. Les filles aussi. Les maisons humides doucement se tairont. Au loin, un sifflement d'oiseau. L'écho le projettera d'un bout à l'autre des rues. Au-delà du lac. Les garçons, les filles aussi, l'appréhenderont. Puis s'endormiront.

(3) Ils étaient six. Trois qui fumaient. Les autres aussi. Ce soir, c'est samedi. Demain dimanche, congé. Pas pour la fille qui accrochera sans relâche des ballons multicolores au toit d'un kiosque. Ce soir les six garçons veulent rire. Ils ne rient pas souvent. Un sourire parfois déchire leur fade figure. La fille est belle.

Déambulant devant la boutique aux ballons multicolores, les six garçons s'arrêteront. N'achèteront rien. S'arrêter seulement. Deux instants. Deux courts instants. La fille, surprise, regardera les garçons immobiles devant elle. Un garçon, le plus grand des six, le plus âgé aussi, dira à la fille que ce soir ils veulent rire. Elle ne répondra pas.

Dans les yeux des six garçons se lit cette irrésistible envie de rire. Ensemble. Avec la fille. Mais ses yeux, ceux de la fille, ne les réconfortent pas. Les garçons ne sont pas heureux. Ça se voit. Ils veulent tellement rire. À six plus la fille.

Les six garçons recomposent trois duos. Se rapprochent du lac. La fille s'éloigne. D'où ils sont maintenant, ils ne peuvent plus voir le kiosque. Les ballons sont trop loin. La fille aussi.

Le soleil a été ardent aujourd'hui. Ils ont sué davantage que les autres jours. La soif et la chaleur appelaient l'eau et la nicotine. Les trous ne se remplissaient pas assez rapidement malgré leurs efforts. La bine creusait si vite. Le contremaître ne semblait pas satisfait. Il le leur a dit.

À l'heure du lunch, le parasol des arbres les protégeaient de la canicule. Les six se sont dit... rire, ce soir, serait agréable. Les six, au même moment, pensaient à la fille aux ballons multicolores.


(4) Ils étaient six. Trois étaient ébréchés. Les autres aussi. La bière, c'est pour le samedi. Les autres jours, le café. Chaud ou glacé, selon l'air. Inutile de se coucher tôt. L'humidité et le froid les empêcheront de dormir. Point de rêver.

Ils reprirent le même itinéraire qu'à l'accoutumée. Trajet familier. Les lanternes rouges font des plaques de lumière devant leurs pas. Confus. Le plus âgé à la tête du groupe. Silencieux. L'obscurité ferme la marche derrière eux.

Un tacite sous-entendu les accompagne. Les escorte. D'un côté comme de l'autre, la rue lentement se vide. On ne sait trop si on rit dans les maisons. Les potentilles trémulent. La peau des six devient ansérine. Rien à voir avec le froid. Avec la pluie contenue dans ce ciel incolore.

Le kiosque de la fille, maintenant se rapproche. Il y a moins de baudruches accrochées au toit. De grands sacs se remplissent. Elle, la fille aux ballons multicolores, s'affaire à tout ranger. S'active. Expéditive. 

Les six qui ont le goût de rire, stoppent leur avancée. Ils fixent du regard le kiosque. Elle y est. Les suivra-t-elle? Rire avec eux. Ils ne la connaissent que de passage. Jamais elle ne les regarde. Mais ce soir, c'est samedi. Ils ont de la bière dans le sang.

La boisson, celle du samedi, est la même, semaine après semaine. Éclaircit le sang. Étourdit la tête. Cherche à faire rire. Ce soir, elle ne déroge pas. Les six n'ont pas calculé le nombre de canettes jetées à leurs pieds. Les cigarettes non plus.






À suivre...

Entre nostalgie et fantaisie ... (54)

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