| Louis, de Narbonne, 17 ans. |
Les râlements de ce jeune homme de 17 ans qui, dans la nuit du 19 au 20 juin dernier, sont captés par un téléphone portable, le même qui, quelques instants auparavant, aura filmé l'agression sont insoutenables. On assiste à l'agonie d'un être humain qui souffrira, seul, abandonné sur un chantier de construction, toute la nuit avant qu'on le découvre au matin, qu'on l'amène à l'hôpital où il mourra quatre jours plus tard : 24 juin.
Il est mort, Louis.
Jamais LE CRAPAUD ne commente de tels faits qui ne sont pas des faits divers, que certains cherchent à nommer des faits de société, jamais je ne commente.
C'est loin d'être le cas pour les médias de tout acabit, les politiciens de toute tendance, les autorités désireuses de voir tomber le morceau dans un autre service que le leur.
Il est mort, Louis.
Il avait jusqu'au 24 juin dernier, 17 ans. On a diagnostiqué chez lui un trouble de l’attention et de l’hyperactivité (TDAH), qui devient de plus en plus fréquent chez les jeunes, sans trop qu’on sache pourquoi, et sur lequel combien d’hypothèses sont émises. Il existe davantage de médications à ce trouble que de thérapies pouvant l'alléger ; alléger, puisqu'un trouble est dans la majeure partie des cas permanent.
La tragédie s'est déroulée à Narbonne, en France. J'entends déjà dire que cela se produit un peu partout à un point tel qu'il faille parler d'un phénomène universel s'attaquant à la jeunesse du XXIe siècle. Tout comme moi, vous vous tournez vers l'éducation, la justice, l'oisiveté liée aux jeux vidéo, les réseaux sociaux qui sont devenus une épidémie, et bien d’autres choses encore. Une fois cela compris et accepté, nous reprenons nos activités quotidiennes en espérant qu’un nouveau Louis ne surgisse pas dans notre esprit à l’improviste. Mais...
... il est mort, Louis.
Dans quel état de conscience se trouvait le groupe ( ils étaient cinq 5 ) alors qu'ils attendaient que leur objet d'attaque se présente devant eux, répondant innocemment à un guet-apens ! Désarmé. Eux, ils ont leurs poings, un couteau, semble-t-il. Y a-t-il une forme de conscience qui prédispose à commettre un meurtre prémédité ? Ou, tout simplement, l’absence de conscience due au fait que l’abus de psychotropes ou d’énergisants si répandus chez les jeunes de cet âge l’ait fait dérailler. Il m'apparaît complètement inutile d'enquêter sur ce qui aura pu faire d'une rencontre entre juvéniles, d'une rixe peut-être, une scène de crime. La nuit de Louis, râlant, souffrant, incapable de bouger, voilà ce qui s'incruste dans le cerveau du CRAPAUD.
Il est mort, Louis.
Et avec lui, avec ce qu'il emporte secrètement dans sa mort, nous ne pouvons envisager que demain et les autres demain qui suivront, envisager un changement dans la conscience de ceux et celles qui, aujourd'hui, sont touchés par cette catastrophe qu'aucun adjectif ne peut qualifier. Même l'espoir n'est pas envisageable.
Tu es mort, Louis... dans des souffrances que volontairement, intentionnellement t'ont infligées cinq autres êtres humains. On entend hurler « Justice pour Louis ! », mais on comprend que cela signifie vengeance, incarcération à vie, peine de mort à la limite. Répond-on à la mort par la mort ? Je me permets seulement d’imaginer ces jeunes gens enfermés pour une longue période, qui à tout moment du jour et de la nuit, entendent les râles d’agonie de Louis.
Il ne faut pas, du moins, c'est ce que LE CRAPAUD pense, transformer Louis en victime martyrisée, cela risque de placer sa mort sur un piédestal sur lequel seule la poussière s'incrusterait. Permettre à Louis de nous habiter le plus souvent possible afin de nous rappeler ce que disait Thomas Hobbes, « L'homme est un loup pour l'homme. »
Aucun commentaire:
Publier un commentaire