dimanche 20 janvier 2013

Les chroniques du Café Riverside


LES CHRONIQUES DU CAFÉ RIVERSIDE

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Le coq à la voix d’argent

De retour au Café Riverside. Dimanche après-midi langoureux au point que les motocyclettes de Saïgon valsent dans les rues au son d’une musique capricieuse, celle du vent qui hésite entre un sud doux et un nord chatouilleux, vent qui se répand à tout venant comme par charité.

Cette semaine aura été fraîche. Le soir venu, une petite laine était la bienvenue. C’est, ne pas l’oublier, l’hiver au Vietnam. Aussi rigoureux dans sa chaleur que le froid québécois peut l’être quand il s'en donne la peine. Toutefois, ici, pas d'écarts de température. Les «moins zéro» que l'on connaît chez-nous, quand j’en informe les amis vietnamiens en surveillant leur réaction, font écarquiller les yeux et l’espace d’un court instant, ils frissonnent. Inimaginable pour eux.

Depuis le retour du Cambodge, les trois agréables journées au bord de la mer à Vung Tau, je me suis mis à la préparation du séjour en Thaïlande prévu pour la fin du mois de janvier. En plus, la décoration de l’appartement pour la fête du Têt, le 10 février, alors que le Dragon laissera la place au Serpent (en Chine le Serpent est considéré comme un sage: bonne augure pour 2013?). Déjà la ville prend des allures festives et les décorations surpasseront celles de Noël et du Nouvel An. Je vous ferai voir sur vidéo quelques rues arborant leurs multiples couleurs; le rouge et le jaune restant toujours les principales.

Je poursuis toujours avec grand plaisir mes balades en vélo matinales suivant un nouvel horaire mieux adapté que le précédent : départ 7 heures, retour 9 heures. Plus tard, le soleil devient insupportable et les activités des Vietnamiens les auront éparpillés de gauche à droite, de sorte que le voyeur en moi y perd. À 7 heures – et même avant - c’est petit déjeuner, premiers bonjours entre voisins, installation des étals, des stands, des kiosques, les enfants en route vers l’école et… l’offrande de l’enfant au soleil. 

Offrande de l’enfant? Les Vietnamiens croient que le soleil se fait plus généreux en vitamine D entre 7 et 8 heures, le matin. C’est à ce moment que les mères ou les grands-parents, bien assis par terre, installent l’enfant nu sur leurs jambes pour l’offrir au soleil tout en le massant doucement. Un spectacle d’une très belle douceur, entièrement zen.

Et qu’en est-il de ce coq à la voix d’argent? Le quartier où se trouve mon appartement est à la limite du District 7 et de Nha Bé. Je crois ne pas me tromper en décrivant Nha Bé comme étant une parcelle de campagne en ville et plus on s'aventure au loin, plus la ruralité se fait omniprésente. C'est à croire que plus on s'éloigne plus on s'approche de l'essentiel. Tout à fait vérifiable quand on applique ce modèle à la grande ville par rapport à la campagne. Au plus loin où je me suis rendu actuellement, j'ai retrouvé un marché, deux ou trois restaurants de rue (ici de route), une coiffeuse et beaucoup de gens autour de ce qui me semblait une tâche collective.  

S’il est vrai qu’on trouve des poules qui picorent librement sur les trottoirs du centre-ville de Saïgon, docilement suivies par leurs poussins, on ne peut pas dire que voilà la campagne. 

Autour de Cantavil, dans le District 2 où je résidais l’an passé, le concert de cocoricos était particulièrement imbattable. Ça démarrait à 4 heures du matin sous les fenêtres de mon building et il me semble que ça ne s’arrêtait qu’au soleil couchant. Eh bien dans Nha Bé, alors que l’on pourrait s’attendre à une telle frénésie, ce n’est pas du tout semblable. Plus assimilé au milieu, plus dans leur rôle, du moins ce que j'ai toujours cru être le rôle principal du coq, après avoir engrossé les poules, celui de réveiller tout le voisinage en collaboration avec le coq voisin qui transmet le relais et ensuite de suite. J’en croise un tous les matins – je finirai bien un jour par le photographier ou le filmer – toujours au même endroit et toujours ce chant unique, comme s’il était doté d’une voix d’argent. S’il existe une poule aux œufs d’or alors ici, c’est un coq à la voix d’argent.
  
Ce coq m’amène à vous parler ( vous comprendrez «écrire» ) du rapport que les Vietnamiens entretiennent avec les animaux. À la lecture de plusieurs légendes vietnamiennes, celles qui meublent l’imaginaire fort poétique des gens de ce pays, on découvre l’importance des tortues, des dragons et de certaines créatures aquatiques. Toujours en relation directe avec les humains, ces animaux dotés de pouvoirs fantastiques, plus souvent qu’autrement sont des alliés, des défenseurs et des modèles.

Sans être connaisseur en religion et rites bouddhiques, un fait ressort : on respecte les animaux autant sinon plus que les représentants du règne végétal. Un vieux dicton rappelle que tuer un animal, c'est s'astreindre à vivre comme lui dans une prochaine vie.

Ces deux éléments, sans tout expliquer, représentent une piste pour comprendre cette façon d’être, cette manière d’interagir avec les animaux. Des plus importants (vaches, buffles, cochons…) aux plus petits (oiseaux, rats, serpents…) aux plus craints (tigre et l’ours).  Et moi qui fais tout un plat avec les écureuils… suis un peu mal à l’aise quand je remarque l’attitude des Vietnamiens.

Il semble que le rat qui circule sans être chassé par quiconque; la chauve-souris qui prend le relais de l’hirondelle dans la chasse aux moustiques; le chien qui sans aboyer suit son maître ; les libellules et les papillons qu’on dénombre à l’infini; ces oiseaux en cage… il semble que toutes ces présences dépassent le statut animal, elles deviennent partie intégrée au décor.

Notre culture occidentale se doit absolument de légiférer pour protéger les animaux, multiplier les campagnes de sensibilisation ayant pour message l’idée que l’animal est fait pour vivre près de l’homme, lui apporter son aide, lui rappeler parfois un principe fondamental de vie, souvent le nourrir, alors qu’ici, au Cambodge également, la proximité de l’animal va de soi. Craint-on, peut-être, en agissant de manière incorrecte d’offenser un être humain réincarné en animal?

Personnellement, si un jour j'ai à être réincarné en animal, pour sûr je ne souhaite pas devenir un écureuil… je choisirais un coq à la voix d’argent.

mercredi 16 janvier 2013

Que des photos du Cambodge

Angkor




Angkor


 Offrande devant un autel bouddhiste



 Pour mon ami Jean-Luc

 Pas facile de lire le cambodgien...



 Brochettes d'oeufs

 Un coucher de soleil sur le Cambodge
 Couleur de la terre (avec pas de poussière)

 Charmantes cambodgiennes
 Bière du Cambodge (Angkor... assez utilisé comme nom)


 On nourrit pas les boeufs à l'eau claire au Cambodge
 Petite prière et offrande au bonze avec salutation d'usage.
Marché principal de Phnom Penh.

À la prochaine

Kampuchéa ton peuple vaincra!



Je me rappelle très bien qu’avec mon frère Pierre, dans un quelconque sous-sol de je ne sais trop quelle église de Montréal, nous chantions ce «Kampuchéa, ton peuple vaincra!». Hurlions-nous afin que le tortionnaire Pol Pot soit arrêté ou pour un retour de Norodom Sihanouk? Mon frère à l’infaillible mémoire saurait le dire.
 
J’étais au Cambodge, fin 2012, début 2013. Phnom Penh, Siem Reap et Sihanoukville. Par autobus à partir de Saïgon. Voici les quelques notes que j’en rapporte :
chaleur accablante, on croirait que les palmiers en crèvent;
le soleil se voit sur la peau couleur cuir des Cambodgiens;
les routes étroites obligent les motocyclistes au passage des véhicules lourds à se ranger sur le bord soulevant ainsi des nuages de poussière. Poussière qui colle et laisse du gris sur tout: arbres, fleurs, maisons, etc.;
ayant fait beaucoup de routes de campagne, j'ai pu remarquer une multitude d’étangs de lotus, ces maisons sur pilotis, le rez-de-chaussée étant réservé aux animaux : vaches  – elles m’ont fait penser aux vaches sacrées d’Inde - buffles, canards semblent omniprésents.
Et tout d’un coup, dans un champ près de la route, apparaît un mur; il aura surgi de nulle part et semble ne séparer ni terrain ni espace. Un mur, c’est tout.
Lors d’un arrêt du bus, j’ai pu goûter à des criquets rôtis mais pas le courage nécessaire pour les araignées ayant connu le même sort.
Visite du Parc Archéologique d’Angkor, au Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1992. Site d’une très grande richesse. Il faudrait plusieurs jours pour faire le tour de tous ces temples. Malheureusement, on est englouti par les touristes de sorte que l’aspect spirituel de l’endroit en prend pour son rhume.
Nous nous sommes déplacés en «touk touk» (moto familiale...) d’un site à l’autre, laissant avec plaisir les hôtels minables dans lesquels nous logions.
Les Cambodgiens sont polis… trop parfois.
Le Roi Norodom Sihanouk est décédé en octobre dernier et son deuil doit durer trois mois, de sorte qu’il n’était pas permis de fêter outre mesure lors du Nouvel An.
Le «password» cambodgien est le suivant : one dollar.
On ne mange pas aussi bien qu’au Vietnam et c'est moins varié : friture, œufs, grenouille (en entier).
Dans Phnom Penh, ville moins polluée que Saïgon et plus calme, on ne retrouve que très peu de hauts buildings. Par contre, de grands boulevards.
Le bouddhisme y est omniprésent au point qu’un ministère de la religion et du culte existe au Cambodge. Dire le nombre de pagodes et de temples m’apparaît impossible. On est à en construire un nouveau, immense, tout à côté du Palais royal.
Facile d’être témoin de corruption policière : une Commission Charbonneau serait la bienvenue. De plus ça se fait en plein jour…
Sihanoukville, centre de villégiature situé sur les rives du Golfe de Thaïlande, possède une vie nocturne mouvementée. On y a vu cuire le riz dans des tubes de bambou, des brochettes d’œufs.
Et cet orchestre composé de personnes handicapées suite à leur passage sur des mines antipersonnel. Ils jouent une musique à la fois triste et sur laquelle les merveilleuses danseuses qui envoûtent aux seuls mouvements de leurs mains pourraient très bien nous charmer.
 
J’ai fait beaucoup de vidéos que je ne sais trop laquelle ou lesquelles vous présenter. J’y vais au hasard! Pour les autres, je vous invite sur You Tube, à cette adresse :
     
 

 

samedi 12 janvier 2013

www.youtube.com/channel/UCcfZnorbUYNeITNtr-IGo1A



L'adresse semble inquiétante mais non, pas du tout.

Si vous souhaitez voir tous les petits films que je tourne au Vietnam ou ailleurs, pour le moment il n'y a que ceux du Cambodge, vous copiez cette adresse sur le moteur de recherche G O O G L E et le tour sera joué.

Vous comprendrez que je ne publierai pas tous ces films sur le blogue.
Que des choix personnels!

 http://www.youtube.com/channel/UCcfZnorbUYNeITNtr-IGo1A

À bientôt.

mercredi 9 janvier 2013

Colette

Colette Perroud-Giraud

 
Une semaine après le décès de ma grande amie Colette, je reprends le blogue. Je sais qu'un deuil comporte plusieurs étapes et ne peut se régler en sept jours. Ma première, ici à Saïgon, fut de vivre avec le gris et la pluie, ce qui n'est pas de coutume. Deuxième, aujourd'hui, sera de publier le texte que Marjolaine, la nièce de Colette a lu lors des obsèques de sa tante Coco. Je tenais à ce que ce soit elle qui le lise, d'abord parce que j'ai en mémoire sa voix, ses tonalités et j'ai tenté de placer les mots qui allaient avec cela. Aussi, en raison de la très profonde affection qu'elle lui a toujours vouée.

Les voix sont comme les couleurs de l'âme, elles ne peuvent trahir ce que nous sommes vraiment. Ici, au Vietnam, lorsque l'on élève la voix c'est que l'on a perdu la face, de sorte que très souvent nous percevons du feutré dans les conversations.

Merci Marjo. Je suis certain que tu as trouvé dans ce texte toute la sensibilité qui enveloppait la relation de près de 40 années entre les Québécois et Colette et le ton qui convenait pour la circonstance. J'aurais bien aimé y être pour t'entendre et serrer dans mes bras les membres des familles Perroud, TaTy, Saint-Pierre présents lors de la cérémonie d'adieu.

À la fin du texte, je vous offre deux (2) photos spéciales prises cette semaine lors de mes promenades dans Saïgon et qui pourraient suggérer que Colette se serait arrêtée un instant au Vietnam avant de partir.


Colette


Tu aimais les couleurs de l’automne québécois; la neige. Et cette année, juste pour toi, l’automne se sera fait généreux, fantaisiste et l’hiver emplit de neige nos champs et nos routes. Abondante de Montréal à Saint-Pie, de Farnham à Québec après un petit détour par les Laurentides. Le fleuve Saint-Laurent en est tout couvert, exactement comme tu aimais.


Tu aimais le Québec. D’une certaine façon tu nous l’auras appris, le connaissant d’est en ouest, du nord au sud. Ce Québec que tu chérissais, continuellement t’aura tiraillée entre deux appartenances. Et cet amour tu nous le disais avec des mots bien à toi, des mots aux accents uniques. Mélodieux. Inoubliables.


Tu nous aimais depuis près de 40 ans. Nous t’aimions aussi. De visite en visite, combien de fois avons-nous réalisé qu’elles nous étaient essentielles. Vivifiantes. Au Québec, la visite c’est la famille au loin ou encore des amis qui à l’occasion s’arrêtent. Toi, Colette, tu n’étais pas de la visite. Tu étais des nôtres; seras toujours des nôtres.


                                       
Tu nous aimais, t’enquérant à chaque appel téléphonique de chacun et chacune, pour ensuite nous donner les dernières nouvelles du Beaujolais. Tu te souvenais de celui-ci, de celle-là rappelant des souvenirs qui les concernaient personnellement. Ton amour pour les gens du Québec a toujours été un amour immensément profond, inconditionnel; un amour qui reposait en toi alors que tu séjournais en France… qui s’éveillait lorsque tu revenais chez nous, au Québec : chez toi.

Tu nous auras fait aimer la France. La connaître surtout. Combien de fois, on ne saurait le dire, tu nous as reçus, nous les Québécois, organisé un trajet, un séjour, un projet, nous faisant découvrir ces petites surprises qui pimentent un voyage, le rendant plus merveilleux encore.

Tu nous as fait connaître ta famille, avec qui nous partageons ton départ comme si nous en étions et que nous continuerons de porter dans notre cœur. Et René, cet homme qui aura, auprès de toi, connu ta grandeur d’âme, ta profondeur d’être. Cette famille qui, dans ces moments difficiles, saura se réconforter à la source de ton véritable héritage, celui de la générosité, de l’écoute, du partage et l’essentiel esprit de famille à préserver, à perpétuer.


Je parle de Colette au passé sachant très bien, ainsi que tous ses amis et toutes ses amies québécoises, que ce passé encore si présent à notre cœur et à notre esprit ne peut s’effacer, devenir poussières de temps mais demeurera une étoile qui brille en nous, celle que tu continueras à nourrir, à faire vivre.


Tu as choisi de partir en ce début d’année 2013. Nous respectons sans aucun jugement ta décision. La seule chose que l’on puisse dire c’est qu’elle nous blesse  intensément. Elle nous permet, aussi, de mieux saisir l’horreur de la souffrance que tu vivais, que tu t’acharnais à voir disparaître.


Tu as choisi de partir sur la pointe des pieds, tout doucement, sans aviser qui que ce soit; une courte lettre seulement, et voilà que nous comprenons mieux encore l’abîme dans lequel tu ne souhaitais pas tomber. Colette ne pouvait pas vivre en prison. Les chaînes ne sont pas pour elles. Elle était de la couleur de la liberté, de la passion de vivre. Jamais dépendante des autres, ne jamais souhaiter l’être ou le demeurer. Colette, partir beaucoup plus loin que le Québec et ne plus revenir sera ton dernier voyage. Dans tes bagages, une fois l’espoir déposé, ce voyage sera merveilleux et dans les messages que tu enverras, nous constaterons que tu es toujours ce que tu as été, une Colette heureuse et porteuse de joie.


Colette, CoCo pour les plus proches, au nom des Québécois et des Québécoises que tu as connus et t’ont connue, que tu as aimés et t’ont aimée, je souhaite pour ce dernier voyage que tu retrouves le bien-être qui nous assurera le réconfort de te savoir, enfin, bien. Là où tu es, ne sachant trop avec qui tu te retrouves, sache que tout ce que tu as semé, autant en France qu’au Québec, dans le cœur de ta famille française tout comme dans celui de ta famille québécoise, sache que ton empreinte restera à jamais marquée en nous.

Colette, nous t’avons aimée, nous t’aimons et nous t’aimerons.





 








SI NATHAN AVAIT SU ... (Partie 3 ) - 17 -

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