vendredi 14 octobre 2005

Le vingt et unième saut de crapaud



... la suite...

Grand-père se doutait bien que si les phénomènes que connurent son village et ses habitants eussent eu lieu maintenant, aujourd’hui dans ce monde où les médias, pour un rien et parfois moins encore, déplacent mer et monde, parcourant par monts et par vaux le proche et lointain afin de triturer les entrailles des événements et ceux des gens. Ils auraient projeté des images tellement fausses de la réalité afin de rendre tout ce que vivaient les villageois au rang du fait divers de la journée, pour ensuite le ficher dans la colonne des affaires classées. Mais telle n’était pas la situation. Nous sommes à mille années-lumière de ce genre de couverture, la seule fut un entrefilet perdu dans l’hebdomadaire de Rimouski, rien dans celui de Gaspé. Et pour les villageois, c’était mieux ainsi. On préférait, à l’époque, s’organiser avec ses problèmes, éviter de les répandre un peu partout et un peu plus loin. Nous assistions à une forme de repli sur eux-mêmes. Comme si face à une catastrophe incompréhensible on se serait appliqué à lui faire traverser le couloir de nos connaissances et nos savoirs s’apercevant qu’elle demeurait toujours mystérieuse.

Depuis la valse des étoiles, la nuit imitait le jour s’amusant à jouer les imprévisibles. La torpeur envahit les quelques kilomètres carrés où vivait un peuple de plus en plus irritable. Chacun croyait maintenant que la nature étant affectée par une espèce de virus, il allait désormais s’attaquer aux gens. Ils se mirent alors à se suspecter, fouillant les comportements de tout un chacun à la recherche de modifications qui pouvaient les rendre méconnaissables, scrutant les paroles jusqu’à la pensée. Une sorte de paranoïa s’empara du curé le faisant craindre l’arrivée d’un nouveau faiseur de conscience qui lui déroberait sournoisement le pouvoir qu’il entretenait auprès de ses ouailles. Ses appels aux neuvaines commençaient à ne plus résonner ainsi que ses messages à s’en remettre à la grâce de Dieu et au saint patron de la paroisse.

Pendant ce temps-là, Philip n’en finissait plus de rafistoler son coin de terre, le rendant méconnaissable. Ce que l’on observait, de loin bien sûr et sans jamais en parler, son nom même devenu tabou, c’est tout ce qu’il plantait, semait ou orientait, tout cela ne ressemblait en rien aux coutumes et usages de la région. Des arbres différents et qui répondaient à des noms empruntés du latin; des légumes dont les experts maraîchers du coin n’avaient jamais entendu parler; sa persistance à construire tout en direction du nord. Mais principalement sa volonté de demeurer à l’écart. Tous savaient que Clémence lui avait rendu visite, peut-être même plus d’une fois et qu’elle n’en soufflait mot à personne, pas même à sa mère. Que jamais il n’avait manifesté le désir ou l’intention de descendre au village pour le nécessaire ou la messe. Un étrange étranger que les plus vieux, adorant conserver des mots qui avaient tendance à sécher dans l’oubli, attachaient à leurs phrases pour les retenir, appelaient l’horsain. Philip l’horsain…

Grand-père n’arrivait pas, même en forant creux dans ses souvenirs les mieux enfouis dans une mémoire de plus en plus fragile, à situer dans cette saison peu ordinaire, le moment précis où il fut décidé, suite à une rencontre improvisée chez Émile, le marchand général, de mandater quelqu’un afin de voir comment lui, le géant Philip jaugeait la situation. Dire combien les hommes du village refrénèrent leur hostilité face à ce venu de loin pour finalement se résigner à une action que plusieurs, par la suite, qualifièrent de faiblesse incroyable. C’était admettre leur impuissance.

Lorsque le curé eut vent d’une telle initiative, il fit venir au presbytère le maire du village, un dénommée Léo. On l’élisait de terme en terme comme on le dit par ici, tout simplement parce que personne d’autre ne convoitait le poste et surtout, il savait lire et écrire. Mais comme orateur, on avait vu mieux. Le curé s’indigna qu’on ne l’ait pas consulté. Le maire répondit que lui non plus n’avait pas été mis au courant. Le curé cria des bêtises à la bêtise d’un maire incapable de prendre ses responsabilités. Le maire reçut les insultes, les rangea parmi toutes les autres reçues garnissant un florilège qui s’épaississait de jour en jour. Le curé donna ordre au magistrat de boycotter cette intervention, lui rappelant son droit de veto. Le maire sortit du bureau de monsieur le curé, avec l’odeur de soutane plein le nez et au cœur, une sorte de haine qu’il chercha à réprimer. Il décida de se rendre chez Émile.

- Comment ça se fait qu’on prend des décisions sans consulter le maire de la paroisse?
- Parce que le maire de la paroisse ne prend pas de décisions.

Léo venait de se faire clouer le bec et les clous que le marchand général avait utilisés, le crucifièrent sur place. Le maire se rappelait qu’un témoin oculaire gagne en crédibilité. Lui, il n’avait rien vu de la valse des étoiles, seulement entendu parler. Le maire ne pouvait contester les faits et depuis, aucune réunion du conseil municipal ne s’était tenue. Il entendait bien les reproches dirigés vers son inactivité et son silence. Que l’on soit à la recherche de réponses pouvant adoucir le climat dans la population ne le surprenait pas, mais se sentir coincer entre le curé et eux le rendait mal à l’aise. N’ayant aucune suggestion à apporter, il se résigna, quitte à se faire savonner par le curé.

- Avez-vous quelqu’un en tête pour agir comme émissaire?
- On n’a pas pensé à toi, mon Léo.
- Qui alors?

La journée n’avait pas encore fait sa pause entre le dîner et le souper qu’une délégation composée d’Émile, Arthur ainsi que le vieux Aldège se présenta chez les parents de Clémence.

... à suivre...

jeudi 13 octobre 2005

Le vingtième saut de crapaud

... la suite ...

Dans tout le village, un seul sujet de conversation : l’étrangeté du temps. Il apparaissait évident pour plusieurs que l’on faisait face à une saison inhabituelle mais aucune réponse satisfaisante à tous les comment que la situation amenait avec elle, ne surgissait. Fallait-il attendre? Fallait-il, pour la pêche, se gréer selon la lune du printemps, d’été ou d’automne? Quels filets utiliser? Les potagers? Tout exigeait que l’on redéfinisse les actions et les attitudes, alors que personne, même parmi les plus instruits, n’avançait d'hypothèses.

Grand-père se souvint des nombreux palabres tenus sur le perron de l’église ou sur le quai de l’Anse-au-Griffon. Il se rappelait que les réponses étaient moins nombreuses que les questions. Même Alfred, celui qui avait réponse à tout mais dont parfois l’imagination surpassait beaucoup la réalité, même lui s’était résigné à se taire. Les mots lui manquaient ne pouvant pas expliquer clairement la situation. Grand-père, et ce souvenir remontait en lui aussi limpide qu’une eau de source, sentait s’installer dans la communauté une profonde et inquiétante insécurité. Surtout lors de ce qu’encore maintenant, et à travers toute la côte, il est convenu d’appeler la nuit où les étoiles dansèrent.

Nous étions en juin. Début juin. Dans la région, cette époque est celle de l’annonce des mariages. En effet, on publiait les bans. Les vieux utilisaient une fort belle expression : finies les blandices, passons aux bans. Cela signifiait que le temps pour les amoureux de faire leur cour était achevé et qu’on devait se transporter à la chapelle. Monsieur le curé se faisait un point d’honneur, lors de son homélie du premier dimanche de juin, d’annoncer les unions de ceux-ci avec celles-là. Doux moment pour les commères qui, du moins c’est ce qu’elles disaient, avaient bien vu le plus jeune chez Pitt ravauder du côté de la belle Blanche ou encore la charmante Victoire, fraîchement revenue d’un long voyage à Montréal, donner sa main à Hector que personne ne croyait qu’il allait se marier un jour. Et encore et encore… Mais là, rien. Le néant.

La nuit suivant l’homélie du curé qui ne commenta pas l’absence de noces, dansèrent les étoiles. C’est du moins ce que l’on raconte. Les habitants du village crurent que les perséides devançaient. Mais à bien écouter tous ceux qui furent les témoins privilégiés de l'étrange nuit, la racontant avec beaucoup d’émotion dans la voix, cela n’avait rien à voir avec les étoiles filantes du mois d’août. Grand-père en avait entendu parler de la bouche même d’Émile, le marchand général reconnu pour échanger quatre trente sous pour une piastre et qui arrondissait les chiffres à son avantage.

- Il devait être autour de minuit quand j’ai fini par tout décharger les marchandises en provenance de Gaspé. Je m’en retournais vers la maison quand, tout à coup, la nuit s’est éteinte. Pas longtemps mais juste assez pour que je le remarque et que mes yeux grimpent vers le ciel. Il y avait autant d’étoiles qu’à l’accoutumée. Du moins il me semble. Je me rappelle aussi que les nuages de la journée avaient pris la route de la mer. J’entendais les hiboux et les chouettes jaser entre eux. Puis, vous me croirez pas mais demandez-le à Arthur, lui aussi a vu la même affaire que moi, j’ai eu l’impression puis la certitude que les étoiles dansaient. Piquées dans le firmament, on aurait cru qu’une main immense les décrochait pour les lancer partout. Elles filaient si vite qu’en chemin elles s’arrêtaient de luire. Une fois parties comme un cheval fou, toute de suite elles perdaient leur luisant, le feu en elles disparaissait. Et tout entrait dans un trou profond. C’est alors qu’il se mit à faire si noir que je ne voyais plus où mes pieds se posaient. Ensuite, au loin, elles se rallumaient et partaient de plus belle. Puis encore leur brillant s’affaiblissait. C’était comme des clins d’œil provenant de paupières géantes. Jamais de ma vie je n’ai vu plus noir tellement que je me suis senti devenir aveugle. Les bruits de la nuit avaient disparu. Cela a duré quelques minutes, les plus longues de ma vie.

Arthur, que tout le monde se pressa d’aller consulter, allait confirmer les dires du marchand général en ajoutant comme si ce n’était pas assez :

- Moi aussi j’ai vu danser les étoiles. Passant de leur clarté habituelle à un noir de poêle. Le plus bizarre c’était le silence. Un silence creux comme un trou de puits. C’était comme si la mer n’était plus là. Je dirais qu’elle s’était transformée en linceul pour inviter le ciel à s’y coucher. Pas de vent, pas de cris, pas de chauves-souris même que j’ai pensé que tous les arbres avaient disparu. Jamais vu cela. Avec tout ce qu’on remarque depuis le printemps et qui arrive le jour, c’est épeurant de constater que la nuit maintenant en rajoute. Il y a vraiment du pas normal dans les airs. Je dirais même que je pense que le diable s’en mêle. Va falloir que quelqu’un nous dise ce qui se passe sinon on va devenir fous. Moi le premier. J’avais jamais entendu mon chien hurler, mais après tout ça, et l’histoire a duré pas plus de dix minutes, il a braillé jusqu’au matin. Même si je n’ai pas dormi de toute la nuit, de bonne heure à matin je me suis dépêché d’aller voir comment c’était. Je suis sorti. Le chien me fixait comme s’il avait rencontré une bête effrayante. Le temps était calme. Plus calme que de coutume. La mer était là. Les arbres aussi. La seule chose que j’ai remarquée c’est une espèce de ligne dans le ciel qui partait du fond de l’horizon faisant comme une cicatrice entre les nuages.

L’histoire de la nuit durant laquelle les étoiles dansèrent tout en s’éteignant alimenta la jasette des villageois. Comme un léger bruit de fond, d’abord, devenue par la suite une lame de fond, on se dit que tout ce qui s’abattait jour et nuit sur le village, devait avoir un lien avec l’arrivée et l’installation du gars du nord. Du géant Philip.
... à suivre...

mercredi 12 octobre 2005

Le dix-neuvième saut de crapaud


…la suite…

Des nuages, Clémence n’aurait pas su dire de quelle couleur ils étaient. De formes aussi différentes qu’il y avait de place dans un ciel les accueillant froidement, tout comme si après avoir été invités, on les laissait sur le balcon. S’étirant, s’entrechoquant, partant avec furie se cacher derrière les montagnes, ils revenaient penauds s’excuser puis fuyaient maladroitement vers la mer semblable à un étang duquel les crapauds en sortiraient épuisés. Les oiseaux traçaient des huit dans l’air. Tous avaient remarqué qu’ils ne faisaient pas de nid. Sur des piquets de clôtures devenus leurs perchoirs, dans une immobilité incertaine ils attendaient une pluie qui n’arrivait pas à tomber. Le temps pesant écrasait les heures lentes à transpercer le jour.

Clémence traversa la route qui allait la mener vers le petit bois. Son pas a l’allure de ceux qui hésitent à se faire voir mais souhaitent qu’on les interpelle. C’est calme autour de chez Philip. Est-il là? La verra-t-il dans sa démarche ralentie? Et que lui dira-t-elle si jamais il sortait de cette maison silencieuse? Son cœur oubliait les alentours, se concentrant sur les fenêtres de la framboise saumonée.

- T’es revenue chercher ton bocal? retentit derrière Clémence une voix douce et puissante.
- Mon petit thé doit être flétri maintenant, répondit-elle, retenant maladroitement une nervosité emmêlée dans la gêne.
- Tout se fane tellement vite.

Philip apparut, grand comme à l’habitude, moins que dans ses rêves. Elle ne pouvait rien contre ses rêvasseries devenues songes habitant ses nuits depuis le premier jour de leur première rencontre. Elle le dévisageait comme pour imprimer en elle les réels pourtours de sa tête fière et impassible. Le vert de ses yeux lui revenait maintenant. Les mains et les bras, comme des épinettes. Et surtout, cette impression que rien ne l’affectait, le rejoignait. Comme s’il savait que la peur, la crainte jamais ne pourraient prendre racine en lui. Autant de sérénité installée chez une même personne, était-ce possible?

- Tu l’as bu? osa-t-elle afin de briser un tant soit peu la distance entre eux.
- Comment le prépares-tu?
- En infusion, avec une eau bouillante. C’est tout.
- C’est tout?
- Oui, répondit-elle, certaine que voilà la bonne manière de faire, que de toute façon il ne pouvait y en avoir d’autres.
- Préparer du thé, celui que tu cueilles, commande un grand respect. Celui que tu dois à la nature. On l’oublie parfois.
- Que veux-tu dire?

Philip la regardait avec des yeux tristes, sembla-t-il à Clémence qui n’avait jamais pris le temps de s’interroger sur la façon de faire le thé. Que ce soit celui acheté par sa mère chez le marchand provenant de pays étrangers et chauds ou encore le petit thé qu’elle allait cueillir dans les boisés de la région, cela restait du thé.

- Quelle merveille lorsque l’eau qui bout rencontre les feuilles de thé! Il y a là une communion. On doit se préparer. L’accueillir car on assiste à la création de quelque chose de nouveau. Ce n’est plus de l’eau, ce n’est plus un végétal qui craque dans nos doigts, c’est autre chose. Entre les deux, par les deux.

Clémence, toute sa vie, sans jamais avoir tout à fait réfléchi à la transformation des feuilles de thé au contact d’une eau bouillante, préparait le thé tout en faisant autre chose. Comme on le lui avait enseigné. Pas de miracle ou d’alchimie, un thé reste un thé. Allait-il lui dire qu’en plus il ne faut pas jeter les feuilles qui stagnent dans la tasse une fois qu’on l’ait bu? Y lire quelque chose? Comme ces charlatans dont on se moque mais que l’on écoute d’une oreille attentive. Philip serait-il un hâbleur bourré d’orviétan cherchant quelques incrédules afin de leur emplir la tête d’idées folles?

- Un thé ça ne sera toujours qu’un thé, enchaîna-t-elle, comme pour l’assurer qu’elle suivait la conversation.
- Tu as raison. On a raison, toujours, quand les choses sont comme nous les voyons. Mais on interroge notre raison quand on s’aperçoit qu’elles ne sont plus comme nous les voyons. Alors on essaie de se les expliquer avec nos vieux mots, nos vieilles pensées, nos histoires reçues. Parfois ça marche. Parfois ça ne fonctionne pas.
- Veux-tu me dire qu’ailleurs, dans ton pays du nord par exemple, on fait le thé différemment?
- Ailleurs c’est ici pour ceux qui n’y sont pas. Il n’y a pas d’ailleurs. Il n’y a que des ici qu’on ne connaît pas encore. C’est comme pour tes feuilles de thé. Elles étaient ailleurs et là elles sont ici. Elles ont fait du chemin. C’est le chemin qui est important.

Clémence ne savait plus trop que penser. Elle recevait les paroles du géant Philip comme une gorgée d’un liquide dont elle ne connaissait pas le goût, mais qu’elle aimait. Elle buvait ce qu’il disait, doucement, respirant légèrement la petite fumée qui s’en dégageait pour s’enfuir au contact de son souffle.

- Merci pour mon bocal. Je dois rentrer maintenant.

Elle reprit le chemin, la route ne sachant trop si entre ici et l’ailleurs qui l’attendait, ils seraient les mêmes.

…à suivre…

mardi 11 octobre 2005

Le dix-huitième saut de crapaud

… la suite…

Clémence réalisa avoir oublié son bocal plein de feuilles de petit thé alors qu’elle rentrait chez elle. Sa mère remarqua les pommettes rouges de sa fille ainsi que son oubli. Elle n’en souffla mot mais ne se gêna pas pour lui rappeler qu’elle avait mis du temps. Le cœur de Clémence n’était convoité par aucun garçon du village en raison principalement de sa forte indépendance d’esprit. En effet, à ce que l’on racontait et qui souvent provenait de racontars, de je-le-sais-il-me-l’a-dit, de c’est-toujours-comme-ça-que-ça-se-passe, de puisque-le-curé-en-parle-ça-doit-être-vrai, elle fronçait les yeux ou encore esquissait un sourire narquois. Son père disait d’elle que sa tête ne suivait pas son cœur. Sans friser l’âge où on devient vieille fille, tout le village enviait les parents de Clémence car ils auraient l’avantage de pouvoir compter sur elle pour leurs vieux jours. On l’avait classée dans la catégorie des pas mariables, des servantes de maison. Aucun prétendant ne s’aventurait vers elle, tout étant perdu à l’avance. Mais Clémence savait que tout ce qui se disait, n’était que répétitions écholaliques et vieilles rengaines. À l’inverse de toute bonne fille de l’époque, son sourire ironique la rendait… suspecte.


Au départ de Clémence, le grand Philip acheva de planter son pieu, mesura ce qui lui restait à faire et récupéra le bocal de petit thé oublié par celle que désormais il allait appeler la fille aux petits fruits. Le travail effectué à ses bâtiments (la maison aux trois murs et une petite dépendance sise tout près de la falaise) faisait jaser les gens du village. Quelle idée que de construire à l’envers des habitudes! La maison doit donner sur la route. Les bâtiments construits derrière. La maison, peinte en blanc ou en bleu, pas de cette couleur framboise saumonée comme Philip l’avait fait. Sa dépendance était demeurée sur le bois. De l’épinette. Celle qu’il arrachait à la forêt et transportait à bras.


Grand-père se souvint de cette fameuse saison où le temps prit des habits hors de l’ordinaire. Le grand Philip, arrivé l’automne précédent passa l’hiver hibernant loin du village et de ses habitants. Au printemps, plus court qu'à l'ordinaire, laissa brutalement la place à un drôle d’été. Avril de grands vents, à cela on s'y attend, les vieux répétant continuellement que les vents d’avril sont là pour le ménage : transporter les feuilles mortes vers la forêt, sécher la neige et fouetter les arbres afin qu’ils bourgeonnent dru. Quelques jours à peine avaient-ils grugé le mois de mai que la mer s’amusa à faire éclater des vagues gigantesques sur la grave, le lendemain devenant inerte, sans vie et sans couleur. Une espèce de canicule inhabituelle pour l’époque. Tous les gens en parlaient, allant de leurs hypothèses aussi saugrenues qu’invraisemblables. Certains disaient que la mer muait. D’autres que de malins présages s’annonçaient par les alternances de la mer. Plusieurs avaient remarqué que le nordoît et le suroît s'échangaient leur journée. Les animaux sommeillaient en plein après-midi, gambadaient la nuit. Tout semblait tellement sens dessus dessous que le curé proposa une neuvaine éternelle, jusqu’à ce que le temps retombe sur ses pattes. On ne prononçait pas le nom du diable mais chacun y songeait. Les soirées de danse et de boisson furent immédiatement stoppées. La dîme augmentée. Les politiciens en profitèrent pour faire oublier leurs promesses de routes à asphalter et d’aqueduc qu’il faudrait bien construire. Les plus vieux, n'ayant aucune souvenance d’une telle situation, n’osaient plus rien avancer pour expliquer ce phénomène surnaturel... On se croyait face à un inconnu replié sur lui-même, muet et avare d’indices. Tous les repères disparaissaient.


Un matin de la fin du mois de mai, au lendemain d’une interminable soirée de chapelet offerte à la Sainte Vierge avec la commande précise de ramener le temps dans des allures traditionnelles, Clémence partit vers la forêt, celle située tout juste derrière le repaire du géant Philip.
...à suivre...

dimanche 9 octobre 2005

Le dix-septième saut de crapaud



Le gâteau aux pommes, sur la table, fit se rappeller à notre grand-père combien il est sensible aux odeurs. Juste ce qu'il faut de cannelle pour chatouiller le fruit. Il se surprit à voir les oiseaux plus capricieux ce matin, rechignant devant les morceaux de pain trempés dans un peu de graisse afin de les rendre plus consistants à l'arrivée de ce vent, celui qui ne dément pas, celui de l'automne. Sans doute ne sont-ils pas encore prêts, ne veulent-ils pas que la douce vie de l'aurore, alors que le soleil déjà faisait suer, se change en vent! Car c'est le vent qui annonce les grands changements. Ne dit-on pas qu'un vent de changement souffle sur... Mais le changement pour des oiseaux, pour un grand-père ce n'est parfois que le vent. Cela lui fit souvenance de ce fort étrange personnage apparu dans leur village, en coup de vent.
Tout jeune encore, grand-père avait appris à se fier aux dires des plus vieux. Ils répétaient que la mer, le ciel et la terre prédisaient le temps qu'il ferait sur la nature et sur les gens. Et rarement se trompaient-ils. On prévoyait le beau comme le mauvais. Un nuage, selon sa forme, parlait de pluie ou de neige en orage, de soleil ou de chaleur s'installant à demeure, de moment propice pour planter les oignons. Et on en remettait. La nature, voilà l'universelle référence . Jusqu'à l'arrivée de ce grand bonhomme, plus grand que nature, de la stature des géants, des Beaupré. Il allait changer en l'espace de quelques années combien de croyances ancrées dans cette population qu'à la limite il devint un être inquiétant.
Il avait pris racine sur les restes d'une vieille maison dévastée par un incendie, il y a de cela plus de cinquante ans et qui, jamais, ne fut ni reconstruite ni même entièrement jetée par terre. On s'y était habitué, trois murs bloquant la vue sauf du côté nord. Du côté où le vent est plus fort. Ici, le suroît et le nordoît sont de sombres messagers. Ils font de la mer deux entités aussi différentes que le sont le jour et la nuit. Donc, le grand Philip arriva sans tambour ni trompette, un matin d'automne alors que les oiseaux commençaient à rechigner sur le pain trempé dans la graisse. Il ne portait avec lui que ses bras et ses jambes.
Dans le village on se surprit d'entendre revivre, oh! combien doucement au début, puis rapidement par la suite, cette délabrure aux trois murs chambranlants. Personne, du moins c'est que l'histoire raconte, ne se présenta à lui. Lui aussi d'ailleurs ne s'avança pas vers les habitants de ce coin de mer où la méfiance prend des années à se transfigurer en bonjour-bonsoir lorsque l'on se croise sur la route. Il eût donc tout l'automne pour fermer le mur absent, rafistoler le toit, découvrir le puits, colmater les fenêtres et revenir de longues promenades dans la forêt et d'excursions sur la mer. Sur la mer, il ne s'aventurait jamais très loin. Longtemps après on sut qu'il n'avait pas le pied marin. Le plus bizarre dans cette affaire, ce que tous les villageois se rappellent en ayant tellement jaser, à quel point la solitude, quasi l'isolement, ne semblait pas lui peser.
Venir du nord pour des gens de l'est, c'est un peu comme venir de nulle part. Une espèce de Survenant avant le temps. Sauf qu'il paraissait vouloir ni partir ni s'intégrer. Les gens du nord, du moins c'est que les plus memères du village colportaient, ne pouvaient pas avoir de racines, le froid les empêchant de bien prendre dans le sol qui de toute façon est perpétuellement gelé. Ici, les saisons se coupent au couteau de pêche. La mer se donne des couleurs si différentes, que cela a le mérite d'être clair et net. Pas pour les gens du nord qui de toute évidence ne manifestent aucun intérêt apparent à partager leur sens de l'orientation avec les autres.
Philip, de saison en saison, finit pas faire partie du décor, en fait on finit par l'oublier. Jusqu'au jour où une jeune fille, à la fin du printemps et aux portes de l'été, le croisa, elle s'engouffrant dans le boisée pour y cueillir du petit thé et lui, en sortant, un billot d'épinette à l'épaule. Le sourire dans les yeux du géant rassura Clémence. Ils se toisèrent l'intervalle de deux mots, peut-être moins. Le jour était bleu. Les joues de Clémence devinrent rouges. Les bras de Philip, mauves. Il la salua d'une voix d'écorce. Elle baissa les yeux, passa son chemin.
Quelle ne fût pas sa surprise, alors que revenant sur ses pas, quelques heures plus tard, son bocal (gentiment appelé ici boucot, comme la crevette grise) rempli de feuilles de thé dont l'odeur traçait un sentier devant elle, de voir le géant Philip accoudé à un pieu de clôture qu'il achevait de planter!
- Le vent est bon. L'été sera long et chaud. Tu pourras ramasser des petits fruits en grande quantité.
Elle ne savait trop que dire.
- Tu connais le temps? dit-elle.
- Je le connais par le vent. Il ne se trompe jamais. Surtout lorsqu'il nous amène par les chemins du nord tous les messages qui s'y cachent. Et c'est si loin le nord. Le vent du nord file droit. Ne change pas de direction. Ne prend pas de pauses. Il est trop pressé de dire ce qui s'en vient.
Clémence écoutait Philip et ne reconnaissait rien en lui qui ressembla à ce dont elle avait accoutumance d'entendre dans son patelin de l'est. La mer parle plus que le vent, savait-elle. Et lui, il disait que le vent jamais ne se trompe. Était-ce son regard vert, sa voix éteinte ou encore sa carrure d'homme d'ailleurs qui lui firent chavirer le coeur ainsi qu'un nordoît osant s'infiltrer dans une baie solitaire sous des caps et des falaises plus solides encore que le temps. Elle partit, oubliant son bocal de feuilles de petit thé renversé aux pieds de Philip.
D'un solide coup de masse sur le pieu d'épinette il fit éclabousser le sol.
...à suivre

jeudi 6 octobre 2005

Le seizième saut de crapaud

Lettre à Lionel Bernier

Lionel,


Je souhaiterais, d'entrée de jeu, citer ces paroles combien senties et tellement appropriées; elles sont de Simone Weil:
C'est un devoir pour chaque homme de se déraciner (pour accéder à l'universel), mais c'est toujours un crime de déraciner l'autre.
LA BATAILLE DE FORILLON, roman publié chez Fides en 2001, vous l'avez écrit afin que jamais cette chronologie faite d'événements macabres ne puisse, d'abord être oubliée et sans doute afin que chaque être humain sache et comprenne combien l'homme peut devenir machiavélique lorsque la servilité le guide.
Mon cher Lionel, je ne vous connais pas, mais que je vous ai suivi à travers ce jeune avocat prénommé Archange. Votre roman m'a rejoint, beaucoup à cause de mon été gaspésien, des quelques remarques grapillées autant à Cap-des-Rosiers qu'à l'Anse-au-Griffon ou encore à Percé, que par cette extraordinaire force d'écriture. Vous savez passer du juridique au poétique, du descriptif au pamphlétaire, de la passion à la raison. Vous êtes Gaspésie! Dans tout ce qu'elle a de terre, de mer et de montagne. Vous êtes Gaspésie! Dans l'avant et dans l'après Forillon. Vous n'êtes pas monté aux barrières, vous avez refusé la barrière, celle qui obligerait les habitants de cette terre arrachée de manière si brutale et si injuste, à franchir tête basse et mots muselés. Vous démontrez avec une clarté digne des soleils du matin et du soir sur la côte gaspésienne, appuyé au phare de Cap-des-Rosiers que sur cette terre, la vôtre pour toujours, on ne capitulerait pas. Jamais. Avant comme après.
Vous nous présentez des personnages attachants (Philip-John, Mme Albina, Tenfan, Félix et combien d'autres), aux prises avec une machine de guerre huilée à même les fonds incommensurables de deux gouvernements, l'un capitulant et l'autre triomphant. Ces hommes et ces femmes profondément ancrés dans ce coin de pays, si éloigné que toute cette bataille aura presque passée inaperçue, n'eût été cette tenacité à voir la justice éclater, ces hommes et ces femmes auront vécu des années d'un supplice insupportable. Mais ils croyaient que cette grande opération d'épuration, comme vous le dites et qu'aujourd'hui se comparerait à certains génocides tristement célèbres, ils ont cru que jour après jour, ils se devaient de sauvegarder un patrimoine si riche, issu de tant et tant d'influences qui tissèrent l'originalité que vous réussissez tellement bien à nous partager.
Les grands débats ont lieu dans les grands lieux. Grave erreur de logique car vous avez vécu un immense débat sur un immense territoire avec, pour écho, que quelques bribes d'information s'échappant lorsque du juteux en sortait. Imaginons un tel nettoyage à Québec ou encore à Montréal. C'est le conflit. Pensons à tout ce qui s'est dit d'acerbe lors des débats entourant les fusions obligées. Ne l'oublions pas, vous fûtes les premiers à être obligatoirement fusionnés. Tout cela de nuit. Sans bruit. Pas de bruit pas d'écho. De toute façon, les centaines et les centaines de kilomètres séparant Gaspé de Montréal auraient facilement dévoré les restes d'un écho venu de votre patrie de mer. Je ne me trompe pas en disant que la Gaspésie, voilà une patrie. Votre roman nous la fait si bien sentir, si bien vivre.
Lionel, je laisse LE BATAILLE DE FORILLON avec, dans le fond de la gorge, un dégoût répugnant. Comment ai-je pu de pas être au courant de vos luttes alors qu'elles se déroulaient? Facile aujourd'hui de dire que les journaux ne couvraient pas les événements, que l'automne 1970 approchait, que d'autres dossiers plus importants sollicitaient mon attention. Facile. Alors que vous étiez les deux pieds dedans. Jusqu'au cou.
Aujourd'hui, 35 ans après, je me permets de croire que vous y pensez encore. Toujours. Une telle cicatrice ne peut pas, quotidiennement, apparaître à vos yeux sans le coeur défaille un peu. Le vertige sur le haut d'une falaise. Même désensibilisé, il est là, installé à demeure comme la marée.
On dira que les magnifiques paysages de Forillon sont la propriété de tous les Canadiens, de toutes les Canadiennes maintenant qu'ils sont parc national fédéral. Il n'en reste pas moins qu'ils cacheront dans les grands bruissements du vent, dans les amples mouvements des arbres et la régularité de la mer, ils cacheront des odeurs de maisons brûlées, de terres violées et principalement, la déprime de gens intensément debouts malgré la courbure de leur dos.
Je terminerai cette lettre en citant les vers de Victor Hugo tirés de La Légende des siècles que vous avez vous-même utilisés:
Oh! que de vieux parents, qui n'avaient plus qu'un rêve,
Sont morts en attendant tous les jours sur la grève
Ceux qui ne sont pas revenus!
Salut Gaspésie.
LA BATAILLE DE FORILLON, Lionel Bernier, Fides 2001

lundi 3 octobre 2005

Le quinzième saut de crapaud

Quand cette vague parviendra-t-elle à Cap-des-Rosiers? Qu’aura-t-elle ramassé sur son chemin d’eau et laissera filer dans le golfe, dans la mer? En ce dimanche d’octobre aussi beau que ceux de l’été, il fait bon, en promenade dans le parc Jean-Drapeau, flâner en regardant l’eau. Comme ces personnes dorées, un céleri à la bouche, assis sur leurs petites chaises pliantes, se partageant des sourires camouflés. Ce cycliste qui donne un rythme endiablé à son vélo sur une piste qu’auront tracée au fil des ans des piétons qui doivent maintenant se projeter sur le côté à son passage. À ces asiatiques qui prennent une posture d’occasion pour la photo, même posture reprise mais dans l’ordre inverse un peu plus loin, avec le même sourire de circonstance. Cette dame au regard qui n’en a plus l’air, marchant tête basse, pas ralentis et que je retrouverai sous le dôme de la biosphère, mangeant des croustilles, le même hagard dans les yeux. Ce père, cette mère, cette jeune fille, ce chien, dont l’activité dominicale semble davantage obligée que souhaitée. Le vert sous les arbres. Le bleu dans le ciel. Les ors qui se répandent généreusement sur le fleuve. Et Montréal, en face, feint de dormir pour ne rien changer aux délices d’une île. Île qui me rappelle, presque déjà quarante ans, qu’elle et ses deux sœurs Notre-Dame et La Ronde, l’espace d’un printemps, d’un été et d’un quasi automne, soutenait la Terre des Hommes.





Est-ce que les cormorans partiront eux aussi comme ces bernaches qui, avec leurs ahans saccadés, glissent dans le ciel? Une longue flèche pointant le sud. Des mouettes, ces hirondelles de mer, ainsi que des points blancs de domino, accompagnent ces grands oiseaux dont les cous fouineurs fixent la rive où des pêcheurs alignent des cannes en leur direction. Ils font spectacle, le savent et en profitent pour offrir des poses immobiles parfois ou des battements d’ailes retenus. Alors que les oiseaux de mon jardinet, c’est sur un lit d’herbe qu’ils picorent, eux, c’est sur un plancher de roches qu’ils trônent. Spectateurs immobiles de ces bateaux bigarrés sous le bleu-firmament d’une rare pureté, au vert accroché sous les arbres et aux ors chatoyants qui s’étendent sur le fleuve. Dimanche magnifique!




La nature ne requiert que très peu d’espace pour s’épanouir. Une île, un fleuve et des arbres. C’est tout. Et tellement à la fois. Si près, si à côté de la ville que l’on arrive presque à se dire qu’elle fait partie de soi. Un pont à franchir et ça y est. Ma crainte naturelle des eaux, lorsque celles-ci se surplombent d'un pont, devient phobique. Comme si hauteur, profondeur et longueur se confondaient au point où j'en arrive à figer sur place. Mais cette fois-ci, j'allais le traverser, en route vers une victoire personnelle rudement acquise par une foulée de pas incertains. Il faut regarder au loin si l'on veut chasser le vertige. Ne jamais suivre le courant d'eau qui lui sait tout à fait où il s'en va. Je m'avançais, à la limite d'un courage que les autres piétons et cyclistes ne semblaient même pas utiliser tellement traverser un pont leur est naturel. On perd ses repères lorsqu'une force supérieure à soi nous envahit en y déposant ses énergies négatives. C'est la sueur. La suée. Le plus savoir. Se laisser commander par autre chose. Mais Je traverserais. Traversé. Tout de travers. Lorsque le pied se pose sur la terre ferme, ce qui nous envahit, est une espèce de sentiment d'avoir perdu un temps fou à ne pas avoir pris, une fois, le temps d'affronter ces éléments qui nous paralysent.

Comme l'eau du fleuve en partance vers Cap-des-Rosiers, le pont m'a fait avancer d'un côté à l'autre en me faisant comprendre que souvent c'est l'entre-deux qui nous engourdit.



jeudi 29 septembre 2005

Le quatorzième saut de crapaud

Il y a de ces matins où le vent et l'espace se disputent l'immensité des lieux. Notre grand-père n'a pas hésité, se vêtit de son coupe-vent et partit vers la mer. Écouter ce mélange de bruits devenus des sons alors qu'ils s'échouaient sur la plage en furie. Cela lui rappela un vieux souvenir: le jour où la vie, espèce de sentiment sépia, lui parla en des mots mystérieux.
C'était il y a de cela plusieurs années. Un lever du jour semblable à celui-ci. Moins clair peut-être mais tout aussi chargé d'inconnu. Il venait tout juste de quitter sa maison partant vers les champs afin d'y vérifier les limites d'un terrain qu'il venait d'acheter. Pas besoin de nouvelles terres sauf que celle-ci se situait en face de chez-lui. Son propriétaire devait partir, la santé ne lui étant plus prodigue. Ils avaient discuté un peu, marchandé deux minutes et conclu une entente que le notaire allait placer sur un document officiel. Le vendeur qui ne l'avait jamais habité, n'ayant pas omis de lui dire que cette terre, revêche à l'agriculture, ne pouvait être là que pour être là. Inutile, voilà les derniers mots. Elle ne servait à rien, ne servirait à rien.
Notre grand-père avait reçu du sien un conseil que toute sa vie il s'était empressé à mettre en pratique: rien ne vaut plus que la terre. Et dans ce pays de mer et montagne, traversé par une route qui l'enrubannait, la terre n'a pas la même valeur que la mer. Il avait souvenance de tous ceux qui durent quitter la région en raison de l'expropriation, parfois sauvage, des lopins de terre, des demeures et des meubles afin de permettre la mise au monde du parc Forillon. Ils partaient sans rien. La dignité en avait pris un grand coup. Mais lui, il put s'en sauver. Grâce, sans doute, à sa ténacité mais principalement à des erreurs administratives de certains fonctionnaires pressés de quitter la place, le travail de mains achevé. Il avait appris que tenir le phare est aussi essentiel que le phare lui-même.
Il avait donc, au fil des ans, tenté de récupérer de la terre. Mais celle qu'il convoitait, possédait le mérite d'être située juste en face de sa maison, donnant sur un cap dont la hauteur paralysait de vertige les mouettes. C'était fait. Et le jour du notaire, il faisait un temps comme ce matin: entre orage de vent et d'eau. Un gris d'ouragan. Le gris qui avance du fond de la mer comme un patineur éloigné s'agrandit à mesure qu'il s'approche.
La transaction paraphée, les poignées de mains scellant les ententes conclues dans la parole donnée, notre grand-père revenait vers sa maison, à pied par la route. Il décida de marcher un peu son nouveau lopin de terre. De grands arbres, sauvages comme si jamais une âme s'en était approché, traçaient dans un ciel bas d'immenses balancements horizontaux. Ils disent non, sembla reconnaître le nouveau propriétaire. Écoutant le message et percevant dans ce signe une exhortation, celle de ne pas s'y aventurer, du moins encore, grand-père coupa vers la mer.
Il ramassa un galet, le faisant passer de gauche à droite. Toute sa vie, grand-père s'était posé la question: gauche, droite ou centre? Des marins lui disaient que ces mots n'ont aucun sens une fois en mer, voilà pourquoi on leur avait donné les noms de babord et tribord. Le centre, rien. Bien peu de vies ont réussi à se situer au centre et y camper. Un vent du large, un soleil aveuglant, des bancs de poissons, une goellette échouée, un mirage plus au fond, on dirait que tout s'organise pour que nous déambulions soit à gauche, soit à droite tout en souhaitant rejoindre et demeurer au centre.
De loin, il tentait de donner du sens aux mouvements échevelés des arbres qui pointaient leur cime comme autant de flèches vers le ciel, vers grand-père. Ils souhaitaient lui dire quelque chose. Mais quoi exactement? Voir une menace lorsque tout tarde à s'expliquer, cela est si simple. Les messages, ces anonymes porteurs d'inconnus, comme il est facile de leur donner la signifiance que l'on veut bien: celle qui nous rassure, même s'il s'agit de mauvais augures. Conjurer ce que l'on ne sait pas. Et grand-père cherchait. Pour rejoindre le sens des choses, il avait appris à se servir de ses cinq sens. Là se trouvait le chemin vers le cerveau. Et la compréhension. Mais il savait aussi que nos sens peuvent nous induire en erreur surtout si on ne fit qu'à eux.
Il décida donc de mieux regarder, mieux sentir, mieux goûter, mieux entendre afin de toucher à la racine même de ces déhanchements synchronisés. Pour se faire, grand-père savait qu'il allait devoir également y mettre du temps. Il choisit donc de ne pas franchir les limites de son nouveau terrain, ne pas le brusquer et surtout, doucement et régulièrement, comme on apprivoise un cheval rétif, le saluer de loin. Le respecter comme il le faisait pour la mer.
Les jours passèrent, s'accumulant en saisons. Les arbres fiers imposaient au grand-père leur même signe: des nons sans noms. Il ne se décourageait pas. Jusqu'au jour où enfin, une lueur traversa le brouillard de ses pensées. Pourquoi continuer de chercher seul un sens qui provient du temps, le traverse et cherche à le transfigurer? Il décida donc de communiquer avec l'ancien propriétaire qui lui indiqua que ce terrain avait, jadis, appartenu à une vieille dame, écossaise d'origine, veuve très jeune et à qui ce terrain fut légué par testament.
Le grand-père avait connu cette dame, sauf que de ses nouvelles, il n'en avait pas et personne semblait être en mesure de l'informer. Avait-elle été chassée de sa maison sous prétexte d'expropriation? Était-elle décédée? Personne ne pouvait le dire... mais une légende, celle qui s'alimente des paroles ajoutées bout à bout pour en faire un bouquet de merveilleux, donc une légende courait. Grand-père alla rencontrer la bibliothécaire du village qui lui raconta...
Au début du siècle dernier, un jeune couple d'écossais arriva dans le village. Personne ne sut d'où ils venaient. Ils s'installèrent sur le cap sur ce terrain que tous les habitants savaient hostile à cause principalement du fait qu'il était complètement dénudé. Pas un seul arbre. Le jeune mari était un marin téméraire, un homme peu sociable et, selon les dires, violent avec sa jeune épouse dont la douceur tranchait avec le caractère primesautier de son mari. Il quittait pour la mer au début du printemps, ne revenant qu'à l'occasion afin de vendre ses poissons et faire sécher les autres. Il ne mangeait que de la morue salée et séchée. Ses arrivées étaient marquées par de grands cris, ceux de son épouse dont personne ne sut vraiment le prénom. Ce que l'on savait, c'est que la maison ne possédait aucune fenêtre. De grands trous béants donnant sur la mer. Au départ du mari, la jeune épouse plantait au pied de chaque fenêtre une graine qui allait devenir un arbre. Au fil des ans, poussaient de majestueux arbres feuillus. Ils bloquaient ainsi les lucarnes. Au retour de la barque du mari, celle qui doucement devenait une dame remarquait le mouvement des arbres. Ils lui parlaient. Mais elle savait que ces paroles étaient le présage des coups de fouet dont elle serait la victime.
Le temps passa. Les années et les arbres grimpaient le long de ce qui devenait ses fenêtres. Un matin, avant le départ du mari, celui-ci la frappa tellement qu'elle perdit conscience et ne se réveilla que pour apercevoir au pied du cap, une barge vide du capitaine et quelques poissons pourris. Elle sut que la mer avait vengé son calvaire, engloutissant cet homme profondément malheureux. Et elle vécut, seule et isolée, derrière le rideau végétal qui s'épaississait d'année en année. On dit qu'elle mourut un matin de grand vent. Que l'on ne retrouva jamais son corps. Le terrain devenu vacant, personne n'osa mettre les pieds de peut d'y retrouver les restes d'une écossaisse dont la vie demeura inconnue de tous.
Grand-père comprit alors le message des arbres. La vie, parfois, se cache derrière des fenêtres ouvertes que des arbres protègent. Mais c'est la vie quand même. Celle qui se balance, grands arcs de vent, et que l'on ne saisit, parfois, que bien longtemps après. Il devint clair pour lui que jamais il n'allait mettre les pieds sur son terrain qu'à partir de ce moment il nomma là où les fenêtres d'écorce sont écossaises.

lundi 26 septembre 2005

Le treizième saut de crapaud


465 kilomètres, c’est la mesure du réseau que composent les ruelles de la ville de Montréal. L’information provient d’André Carpentier, auteur du livre RUELLES, JOURS OUVRABLES, publié chez Boréal. Ces ruelles, il les a marchées durant près de trois ans. Au rythme des saisons. Revenant régulièrement à celles de son enfance, il nous fait découvrir la vie cachée de ce qu’il qualifie de rues ayant relevées ses manches et ses pantalons. Mais c’est à une découverte de soi que ces balades solitaires l’invitent.

… les personnes et les objets conservent quelque chose des yeux qui les ont observés, je dirais surtout s’ils sont transfigurés par une sensibilité. La nature morte a ses origines dans l’esprit vivant.

Cette lecture m’a ramené aux six heures quotidiennes de marche d’octobre 2004 à Paris. On ne découvre véritablement une ville que par nos semelles de souliers. Déambuler pour le nécessaire, le superflu mais principalement pour la flânerie.

Flâner, c’est comme naître ou mourir, ça ne se fait jamais mieux que seul; à quelques-uns si on veut, mais chacun pour soi, en suivant son instinct, quitte à se perdre de vue.

Ainsi qu’à mes nombreuses promenades montréalaises. Mon Compostelle. Urbain. Il y a de la magie dans les ruelles cachées sous leurs arbres servant d’ombrelles, leurs clôtures faisant office de garde-fous, les bruits étouffés par les sirènes au loin, des chiens, beaucoup, des chats surtout. Ils sont les maîtres incontestés de ces artères à l’inégale géométrie, aux culs-de-sacs inattendus, aux spectacles ravissants parfois navrants, aux découvertes de lieux, d’objets et de gens.

En fait, les ruelles se comportent comme des personnes vouvoyant d’abord le passant, puis le tutoyant, et souvent le désignant à la troisième personne, celle de l’étranger : C’EST QUI ÇUI-LÀ? Alors on se donne l’allure qui signifie JE NE SUIS QU’UN PASSANT, et leur air de rétorquer ALORS PASSEZ!

Découvertes de lieux. D’aussi loin que nos pas puissent nous supporter, nous éloignant du parallèle des rues pavanant leur nom sur des enseignes similaires, le biais par la ruelle nous plonge dans l’inconnu. Une sorte d’intimité par l’étroitesse de l’espace, l’immensité des couleurs, des odeurs et des agencements que l’humain manipule parfois avec une incroyable créativité. L’enfant sur son tricycle, à trois portes de la maison, découvrant des étendues qui lui font peur et revient, brave mais haletant vers un secteur plus familier. Ainsi se sent le marcheur à l’entrée d’une ruelle, tel un Jean-Jacques Rousseau déambulant tout en faisant défiler en lui des constructions philosophiques. Un monde de lieux. Le premier appelant l’autre, souvent le complétant, l’embellissant ou faisant regretter les nouveaux pas avancés vers ce trou de lumière sans tunnel, tout au bout. Des jardinets. Des garages. Des cordes à linge. Des poteaux. Des espaces qui se mériteraient des premiers prix à des concours d’aménagement floraux. De longs riens du tout. De courts bien trop beau pour ne pas s’y arrêter. Des drapeaux. Découvrir un lieu que le prochain réussira presque à nous faire oublier tient sans doute de la multitude mais surtout de la spécificité. Du coup de doigt dans son chez soi extérieur.

… nulle rencontre ne peut se produire sans le secours de l’imagination, qui est l’autre scène du réel.

Et elles sont nombreuses. Impromptues. Ce garçonnet courant après la balle qui fait office de rondelle de hockey. Cette fillette qui parle à sa poupée avec des mots appris d’avant elle. Ces adolescents cachés là où on ne peut que mieux les voir, déchirent rageusement leurs phantasmes. Ces jeunes gens garçons accroupis sous moteur de leur automobile. Des jeunes gens filles qui accompagnent les jeunes gens garçons tout en faisant semblant de s’y intéresser. Des papas et des mamans assis dans les marches d’escalier d’une galerie en bois, enregistrant des silences qui semblent faire du bruit. Des grands-parents mesurant les changements dans l’organisation de la ruelle comme autant d’années qui ont passées. L’unicité dans la diversité et dans une multitude sans fin.

Et nous-mêmes, que sommes-nous pour ceux qui nous ont vus passer?


Des histoires. Ou encore des poèmes, ces grands chantiers d’images. Ou simplement une ombre cherchant à rejoindre sa lumière. Pour moi, ce sont tellement d’histoires que je me raconte à partir de personnages, de situations ou encore plus de ces vagues impressions qui vous chahutent l’esprit jusqu’au moment où elles tombent sur la feuille en des mots qu’au départ on n’avait pas encore empruntés pour les leur donner.

On n’a pas idée de ce qui se hurle dans ce silence.

Rueller comme il n’est permis de le faire qu’à celui qui prend le temps d’accepter de le perdre pour trouver, au bout de la route, la force de répartir.

vendredi 23 septembre 2005

Le douzième saut de crapaud


L'enfant dormait. Calme et repu. Sursautant à chaque son de la voix de sa mère. À cet âge, ce n'est pas les borborygmes du coeur que le grand-père entendait mais de longs et si délicats soupirs à peine retenus. C'est le coeur que l'on cherche. L'enfant répond par des apnées régulières et retenues. Langage d'une âme qui s'installe entre lui et nous. Prenant sa place préparée par de longs mois d'attente.

Il est là. Petit et immense à la fois. Déjà un géant dans nos amours. Arthur, car voici son nom, roupille. Sa main blanche traçant des ellipses incomplètes, se promène dans ses silences. Parfois, un sourire traverse son visage. Il le retient, puis le laisse partir. Le grand-père le reçoit comme un cadeau angélique.

Se laissant respirer, installé dans un espace à la fois proche et inconnu, il remue ce corps qu'il aura à apprendre avec la grâce du vent. On le sent encore dans des lieux où il patauge, seul et puissant, en appel vers les autres. C'est beaucoup le premier voyage de l'enfant. De tout enfant. Nous rejoindre. Avec un bagage tout neuf. Pur. Près à recevoir et ouvert à donner. Son immobilité partielle est son temps d'organisation. Il se prépare à nous.

Sa main, revenue de ses grands mouvements, se crispe parfois, comme à la recherche d'un appui. De la solidité de l'appui. Et elle s'immobilise entre les doigts du grand-père. Les enfants ont de ses façons de nous comprendre. Ont de ses manières de ne pas se tromper. Ils ne souhaitent que la présence. Elle s'offre à eux par ce contact de l'épiderme. Là où on ne peut mentir, au risque des larmes.

Sa tête de chevalier, douce et ronde, emplit la main du grand-père. Le merveilleux dans ce qui est, s'épanouissant dans ce qui sera. N'étant déjà plus ce qu'elle était, imbibée tant et tant par les sons de l'environnement, la douceur de la chair maternelle, les voyages aériens alors que le père lance son corps frêle vers des hauteurs atteignables, les baisers retentissants d'une soeur magique et les appels au jeu d'un frère curieux. Lui, dans sa tranquilité, celle qu'il a rapportée de sa lointaine étoile bleutée, sourit timidement.

Et il dort encore. Sa tête sur un coeur qui vieillit. Arthur, dans les bras du grand-père, se laisse doucement bercer comme un hamac que Mozart ferait bouger par ses arpèges retenus. Une musique, que lui seul entend, résonne en lui. Il semble l'écouter lui tracer une route vers le soleil.

Arthur, tel un roi couronné, qui trône au beau milieu de nous avec la légèreté du jour, la fragilité du temps et la force des géants, je t'offre ce poème.

corps
sans regards
sans mains
sans voix


corps,
aéroports éclairés par les lumières d’une torche pâle,
chimie et sang chaud emmêlés
sous des ailes éloignées

regards,
navires embués broutant des paroles englouties
sur de grands fleuves malades,
ces orbites du passé


mains,
grands manèges arrêtés aux portes grincheuses
clinquant et requinquant
les moulinets défaits

voix,
cicatrices-stigmates cherchant aux veines imperméabilisées
plus singulières que plurielles
le peu de leur sève séchée


la vie
éternelle répétition parallèle
arpentée
serpentée
comme en des corps
sans regards,
sans mains,
sans voix

mardi 20 septembre 2005

Le onzième saut de crapaud

Notre grand-père tenait un galet à la main. Il le passait de la droite à la gauche. Son regard balayait inlassablement les grands coups de vague sur la mer. Depuis quelques jours, aucune nouvelle de son crapaud. Le grand silence. L'étang ne bougeait que par ses longues quenouilles dépassant d'une tête les aulnes fragiles qui tenaient courageusement le coup face aux brusqueries du vent. Grand-père savait qu'à cette époque, celle de la frileuse météo, tout comme les grands oiseaux de passage, nomades courant du nord au sud derrière la vie, son crapaud chercherait asile dans un endroit toujours inconnu pour lui. Pourquoi ne pas l'avoir salué avant son dernier plouf! ploc! ? Parce qu'un crapaud, eh! bien ça ne dit pas bonjour ni à l'arrivée ni au départ. C'est là, un point c'est tout. Il s'agit pour lui de trouver le bon étang. Calme et nourriture. Non pas l'abondance mais la régularité.
Ce crapaud qui ne connait sans doute que l'entrée du parc Forillon, quel âge a-t-il? Où macère-t-il ses expériences de vie? Que sait-il d'elle? Grand-père se souvient de leur première rencontre. On n'oublie jamais les premières rencontres. Que ce soit avec les gens, les animaux ou les choses. Dans une lettre qu'il écrivait à Wagner, Charles Beaudelaire disait quelque chose comme tout homme reconnaît les choses qu'il est destiné à aimer.
C'était un matin particulièrement frais. Rien pour empêcher de sortir, aller saluer la mer laissant au ressac mille messages pour ceux qui ne lisent pas comme lui les odeurs et les couleurs du temps. Grand-père le rencontra. Plouf! Ploc! Un grand trou dans l'étang. Et ce fut le début de toute une série de rencontres et de conversations univoques. Mai à septembre. Sans rater un seul jour. Pour un crapaud, le beau temps est celui de la journée. Jamais grand-père ne l'a entendu chialler. Toujours le même. La seule modification importante, en fait il y en a deux: la couleur sous la pluie lorsque ne plongeant pas, il se laissait humidifier par cette eau douce mêlée à l'eau de mer et le dernier plouf! ploc!
Grand-père savait sa propre permanence et craignait pour celle du crapaud. Grand-père trouvait des nuances dans le temps et chez les hommes. Pas lui. Ce crapaud n'est devenu géant que plus loin dans leurs rencontres. Et c'est ce souvenir que ce matin de galet à la main il revivait. Les souvenirs, grand-père les conserve dans une mémoire plus affective que chronologique où les phéromones des gens et des choses s'imprègnent définitivement.
Le crapaud était là, tout près de lui, inquiet et solitaire. Issu de l'étang comme un étranger cherchant sa route sans la demander. Immobile. Beau dans sa laideur. Grand-père s'arrêta, il s'en souvient le galet était dans la main droite. Leurs regards l'un dans l'autre se fixèrent. Et le crapaud fit son plouf! ploc!. Déjà il venait de se relancer à l'eau. Grand-père le cherchait. Tous les autres matins, de mai à septembre, ils se croisaient. Combien de fois les événements doivent-ils se reproduire avant qu'ils ne puissent prendre du sens? Mais dès là, le crapaud devint le compagnon essentiel. Sachant, en silence, recevoir les mots du grand-père avant de retourner à sa demeure.
Comment le crapaud devint géant? Par le simple fait d'être présent, de revenir inlassablement offrir son mutisme aux élans de l'âme d'un marcheur de grève. De grave comme on dit par ici. Les gens que la vie, dans ses grandes occurrences, nous permet de recevoir sont comme un crapaud. Parfois, ce n'est que plouf! et ploc!, un point c'est tout. Mais les faire devenir des géants pour soi, voilà l'occasion superbe qu'il faut saisir. Des géants de taille réelle, car grand-père voyait ce crapaud plus grand que nature par le simple fait que ses yeux le cherchaient quotidiennement dans un espace si vaste qu'il lui fallait absolument l'agrandir pour qu'il s'installe définitivement en lui. On ne rend jamais assez géant tout ce que l'on aime.

SI NATHAN AVAIT SU ... (Partie 3 ) - 17 -

                                                                        La musique japonaise, un après-midi transportant délicatement sa dou...