samedi 8 septembre 2018

CHRONIQUES VIETNAMIENNES




     Les habitués du CRAPAUD attendent, je le sens à travers les ondes reçues de vous, que je m’y mette : que penser des élections québécoises du 1er octobre prochain ? Que prévoir ?

Alors que j’écris ces lignes, la campagne électorale file à vitesse grand V : dans trois semaines tout sera joué. D’entrée de jeu, quelques rappels :
1)    pour la plupart, vous connaissez mon allégeance : je suis un solidaire;
2)   je ne pourrai pas voter le 1er octobre prochain n’ayant pas de domicile au Québec et l’ayant quitté depuis plus d’un an;
3)   je tente toujours de regarder la situation le plus objectivement possible;
4)   je me donne le droit à deux (2) séries de prédictions : celles d’aujourd’hui, la seconde série à 48 heures du vote;
5)   mon analyse se base sur deux coordonnées : mon peu de connaissance en science politique et deuxièmement, sur l’humour;
6)   je combatterai férocement les oui-dire, les quand-dira-t-on, les ellipses et toute idée fondée sur rien de solide ou sur une interprétation farfelue des faits;
7)   je suis conscient de ne pas posséder la voie/la vérité et mes opinions varient selon que l’on démolisse mes croyances les remplaçant par d’autres davantage crédibles.

Ceci étant dit, j’examine avec vous la situation en date du 8 septembre 2018. Si l’on se fie aux différents sondages publiés depuis quelques jours avant le déclenchement de la campagne jusqu’à maintenant, la CAQ devance le PLQ par quelques points, le PQ semble en perte de vitesse alors que QS semble devenir une énigme pour les sondeurs.

Nous assistons à un déluge de promesses. Avouons que cela peut paraître étrange alors que les différents partis politiques nous avaient annoncé, chacun en leurs propres mots, qu’il faut maintenant – en 2018 – aborder la politique différemment, faire de la politique autrement. Pourtant - la situation pourrait s’avérer tout autre suite aux débats des chefs (les 13, 17 et 20 septembre) - il semble que rien n’ait beaucoup changé depuis les dernières campagnes électorales.

L’élection d’un gouvernement nous place devant une évidence : soit les électeurs reporteront au pouvoir celui qui était en place lors du déclenchement de la campagne électorale, soit nous en élirons un nouveau. Nous avons alors le devoir de porter un jugement sur celui qui quitte, ses actions prises au cours des quatre dernières années et ce jugement mènera vers sa réélection ou son éviction. Il doit donc être en mesure de présenter son bilan et sa projection pour l’avenir. Il en va de même pour les partis d’opposition. Quelle appréciation ont-ils de leur travail dans le rôle, souvent ingrat, de critique des actions gouvernementales ? Dans le cas qui nous préoccupe, les partis d’opposition sont au nombre de trois (3) : la CAQ, le PQ et QS.

La personnalité des chefs ainsi que celle des différents candidats dans chacun des comtés joueront beaucoup dans le choix des Québécois. Une certaine partie de la population repose sa préférence sur ce critère, une autre sur les grandes orientations face aux enjeux de l’avenir. D’aucuns, plus cyniques, croient qu’en politique tout changement conduit à du pareil au même sauf que ça sera des figures nouvelles. Plusieurs, et trop souvent ils s’abstiendront de voter, ne croient plus à la politique. Voilà peut-être une raison pour laquelle les mots ‘’changement’’, ‘’renouveau’’, et tout autre synonyme seront à la mode et sortiront de la bouche des politiciens. Cette fois-ci, une donne inhabituelle s’ajoute : près de 30% des votants sont des jeunes qui bientôt dameront le pion aux ‘’baby boomers’’. Une clientèle à ne pas négliger et surtout à courtiser à tout prix. À quelques jours du début de la campagne électorale provinciale, les chefs des quatre partis représentés à l'Assemblée nationale ont répondu aux questions de jeunes âgés de 18 à 35 ans, dans le cadre d’une discussion organisée par l’école d’été de l’Institut du Nouveau Monde et Le Devoir.
     
Les grands thèmes que les électeurs souhaitent être mis sur la place publique afin de mieux les éclairer dans leur choix, divergent en termes de popularité selon qu’un parti politique se situe au centre, à droite ou à gauche. Ces formules ont évolué depuis plusieurs années. Si on scrute les différents programmes et que l’on cherche à se faire plus pointilleux encore, on se doit d’ajouter le centre-droit et le centre-gauche tout comme l’existence d’une extrême-droite semble apparaître depuis l’arrivée de groupes controversés appuyant leur démarche sur des positions extrémistes face à l’immigration, entre autres.

Voici donc pour cette première chronique plus factuelle que les autres à venir. Ce qui m’amène à mes premières prédictions :

Le prochain gouvernement du Québec en sera un minoritaire dirigé par la CAQ;
La première opposition, le PLQ;
Le PQ et QS, nez à nez comme deuxième et troisième opposition.

Les chefs de parti seront réélus sauf Jean-François Lisée.

Manon Massé nous surprendra lors des débats des chefs en français.
Comme François Legault et Manon Massé ne sont pas très habiles dans la langue anglaise, le débat dans cette langue ( le 17 septembre) pourrait n’être que celui Philippe Couillard et Jean-François Lisée.

Malheureusement les thèmes de la campagne tourneront strictement autour de la santé, de l’éducation et de l’économie, évinçant l’environnement.
On risque, en fin de campagne, de voir resurgir la question identitaire provoquant dans son sillage un certain clivage électoral.
On évitera d’aborder la question de l’éthique autant individuelle que partisane, chacun des deux partis en tête de lice ne souhaitant pas en débattre.

Le PLQ réussira à faire oublier les années Charest;
la CAQ s’efforcera de camoufler les candidats évincés pour des raisons obscures;
le PQ, voyant son statut de parti reconnu à l’Assemblée nationale mettre en vedette Véronique Hivon qui, tout comme son chef, en arrachera dans le comté de Joliette;
QS semble réussir à mieux faire accepter l’image de sa cheffe Manon Massé et le rôle de deuxième que joue Gabriel Nadeau-Dubois lui conviendra à merveille.

À surveiller, principalement pour les pelures de bananes qu’ils pourraient glisser sous les pieds de leur chef, Gaétan Barette au PLQ, Éric Caire à la CAQ, au PQ, Michelle Blanc et finalement Amir Khadir chez QS.


À la prochaine

vendredi 24 août 2018

humeur vietnamienne

Mathilde et Catherine
Parfois il m’arrive de me demander si je pourrai à nouveau écrire. Cette question se pose de manière toute spéciale car je ne l’ai pas fait depuis maintenant près de quatre mois. Un silence dû à un mois de mai 2018 au cours duquel j’ai affronté une bactérie accoquinée à un virus qui m’ont obligé à ne rien faire d’autre qu’attendre la victoire finale que se disputait les bestioles aux antibiotiques que l’on m’administrait quotidiennement. Le tout a pris fin au début du mois de juin. Suite à ce mois d’inactivité, les cours d’anglais ont été annulés ainsi que mon habitude à pondre quelques articles pour LE CRAPAUD.

Je suis rentré au Québec le 26 juin dernier afin d’être présent pour l’anniversaire de mon frère Pierre qui célébrait ses 70 ans. Deux mois qui me furent profitables à plusieurs égards : revoir la famille et les amis. Des rencontres à la fois heureuses et combien reposantes. J’ai été accueilli chez mes amies Danielle à Saint-Hyacinthe, Carole à Mont-Saint-Hilaire, Françoise à Montréal tout en prenant possession de ma chambre qu’Odile (mon bijou d’avril) avait préparé pour son père. Un trop court séjour chez Pierre et Claire à Québec qui toutefois aura été à la hauteur de notre fraternelle amitié.

De retour depuis deux jours à Saïgon que je retrouve dans toute sa chaleur. La mousson, me dit-on, aura été particulièrement sévère en juillet et elle compte bien faire sentir sa présence pour quelques semaines encore. La vie reprendra graduellement son habituelle routine, dontles cours d’anglais d’ici quelques jours, mais de manière moins frénétique qu’avant la phase ‘’bactérie’’. Je compte diminuer le nombre d’étudiants ainsi que les heures que je leur consacrais.

Pour ceux et celles qui suivent les péripéties entourant la publication du roman DEP, je serai en mesure d’ici quelques semaines de faire le point sur le sujet. Je serai à Hanoï en septembre afin de finaliser l’entente avec les Éditions Thé Gioi. Le seul point qui nous éloigne est celui de la distribution et il est majeur. On verra ce qui en découlera.

Je compte bien me remettre à la tâche en ce qui regarde le second roman LES ANCIENS COLONELS qui piaffe d'impatience. Le squelette est bien installé, ne reste plus maintenant qu’à lui greffer les autres organes…

Odile, Éthan et Lohan en compagnie de Delphine, une amie de la famille.


À LA PROCHE PROCHAINE






vendredi 27 avril 2018

humeur vietnamienne

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     Déjà un bon moment sans nouvelles du CRAPAUD. Il s’en excuse, mais le va-vite de la vie à Saigon y est pour beaucoup. À peine le temps de se préparer pour la mousson qui tout doucement s’annonce. Cortège de chaleurs torrides, de pluies, d’humidité, tout cela rendra la vie vietnamienne moins confortable.

Je reçois souvent cette question : comment organises-tu tes journées, le temps ne te semble pas long ?

Voici un synopsis d’une journée-type :
1)    Lever 6 heures 30 et salutation au soleil; comme ma fenêtre donne sur l’Est, j’ai droit à une chaleureuse réponse de sa part.
2)   J’allume mes bâtonnets d’encens devant la photo de mon frère Jacques et en hommage à ceux qui l’ont rejoint ; un peu comme les Vietnamiens font sur l’autel des ancêtres.
3)   Café et lecture du DEVOIR sur internet, après bien sûr avoir ingurgiter mon Immunocal, ce produit santé qui me tient en super forme.
4)   Petit déjeuner très fruiteux…
5)   Écriture et cela jusque vers 11 heures.
6)    Marche dans le quartier qui s’achève par le lunch dans un de ces restaurants de rue si populaires ici : habituellement ça sera un cơm tm avec poisson.
7)    Sieste d’une heure.
8)    Travail jusqu’à 15 heures : préparation de mes cours d’anglais.
9)    Les lundi, mardi, jeudi et vendredi je pars vers le Café Xôm, là où se donnent mes leçons d’anglais – de 6 heures à 10 selon les jours.
10) Dîner dans un restaurant de la rue Pham Ngu Lao où les serveuses sont si gentilles et la cuisine, variée.
11)  Retour à la maison avec mon chauffeur Grab, toujours disponible et surtout, hyper prudent.
12) Je fais le tour des dernières nouvelles avant le dodo aux alentours de minuit trente.

Le mercredi, c’est ma journée ‘’off’’. J’en profite pour une bonne séance de farniente ou encore de voir quelques endroits de Saigon que je ne connais pas. J’ai le privilège d’avoir un guide qui connaît bien les lieux que je souhaite voir et qui sont toujours en-dehors de ce que les guides proposent. Ciel ! les découvertes que l’on me propose sont tellement intéressantes qu’il me faudrait une vie entière pour tout voir.

Bien sûr, il y a Piero et Linh, le restaurant Olé et tous ces amis avec qui je partage du temps d’agréable compagnie.

Mon regard sur le Vietnam change. Si je le compare à celui de 2011, j’avoue que cela n’a plus rien à voir. Certain, je ne maîtrise pas la langue – je me demande si cela est possible pour un étranger – malgré l’immersion totale dans laquelle je vis. Tout se passe en vietnamien ou en anglais autour de moi. Le langage corporel et une certaine habitude des comportements me permettent de voguer allègrement dans cet univers rempli de contradictions et de gestes qu’un bon occidental qualifieraient d’illogiques. J’évite de parler de la circulation qui dit beaucoup sur cette civilisation : chaotique au plus haut point. J’évite de parler des rêves vietnamiens qui s’alimentent toujours de pensées magiques et d’illusions puisées au fait que l’argent règle tout. Sans se complaire dans la misérabilité, ils ont cette tendance quelque peu agaçante d’être toujours à la recherche d’un lendemain meilleur. Ils courbent le dos facilement, mais le réajustent spontanément lorsque l’on s’attaque à certaines causes endémiques comme celle de vouloir s’américaniser afin d’accéder au bonheur.

Leur eldorado, c’est l’Amérique. C’est là que tout se passe sans pour autant imaginer à quel point la vie vietnamienne dans sa simplicité, je dirais dans sa quotidienneté, peut être l’objectif visé par une foule d’occidentaux. Manger tous les jours, être en famille et se respecter mutuellement, vouer aux ancêtres un culte tel qu’il est impossible de le comparer avec nos mœurs qui nous poussent au deuil comme étant une route vers l’oubli, avoir un toit et s’assurer que les autres bénéficient d’un endroit sûr pour passer la nuit : voilà ce qui les nourrit. Je n’oublie pas leur prédisposition naturelle à l’entraide, de celle qui les incite à s’assurer du bien-être de chacun.

Chaque société recèle ses propres caractéristiques. Chaque société croit en ses choix, ses us et coutumes. Certaines souhaitent les exporter vers d’autres contrées, parfois à des prix élevés. Ce que j’apprends, ici, c’est combien l’ancrage dans la tradition est important. Combien les personnes âgées s’avèrent des atouts essentiels dans l’évolution de la famille, le pivot de la collectivité vietnamienne. Combien la Patrie, celle que Hô Chi Minh a su rendre digne, libre et indépendante, combien c’est important. Le 30 avril, journée de Fête nationale depuis 1975, sera l’occasion de manifester leur patriotisme. Loin d’être sectaire, cet amour du pays, du Nord au Sud, le 30 avril dira au monde et à tous les Vietnamiens, que la lutte fut dure, pénible et si longue, mais qu’à la fin et malgré les difficultés toujours présentes, le choix de la Liberté et de l’Indépendance fut le bon choix.

J’ai beaucoup d’admiration pour cet Oncle Hô dont je lis les ouvrages avec intérêt. Les jeunes qui n’ont pas vécu la guerre, qui ont perdu plusieurs membres de leur famille, ne souhaitent pas retourner en arrière. Ils veulent s’arroger l’avenir, le faire à la hauteur de leurs espérances. Ils voient un Vietnam en paix, à jamais éloigné de conflits tels à ceux qui depuis plus de deux mille ans se sont acharnés sur lui. De moins en moins d’habitants ici voient dans la venue d’étrangers le visage d’un envahisseur, mais conservent en mémoire les aléas du passé.

Je souhaite à tous mes amis, mes frères et sœurs vietnamiens une excellente Fête nationale.

lundi 26 mars 2018

5 (CINQ) (CENT CINQUANTE-QUATRE) 54



Ce que je vous offre aujourd'hui m'est tout à fait précieux. Le résultat de près d'une année de travail en collégialité. L'idée provient de ma grande amie, celle de mille ans, Monique Racine-Brouillette. Un jour, elle me propose ce projet: écrire un poème en duo tout en suggérant un thème. Celui que vous découvrirez à la lecture de ce poème intitulé LE MIROIR DES ELLE.

Nous nous échangions des idées, des mots, des impressions, des humeurs. Sa gestation fut longue mais combien captivante. Alors, au fil des jours, des mois et de nos nombreux échanges, s'ajouta Mariette Poirier. Une artiste d'une sensibilité à fleur de peau. Nous lui avons confié la tâche d'illustrer le poème. Ce qu'elle fit relève de la plus pure beauté.

L'émotion que je ressens de le voir, maintenant, reçu et lu par les amis du géant, est très vive. C'est comme recevoir un secret de quelqu'un d'important... recevoir un cadeau à un moment inattendu.

Je tiens à redire toute ma gratitude que je porte envers ces deux femmes que j'aime tant et vous faire profiter de leur immense talent. Je n'aurai été qu'un stylo entre des mains angéliques.



Le ciel grisonne.      
Un éclair de chaleur strie le ciel ; sur le lac, un voile entoure la lueur de la lune.

    La noirceur, bientôt, recouvrira les traces de pas laissées sur la grève sans cailloux. Ça sera la nuit, mystérieuse dame noire !

      Un sentier s’ouvre, sculpté à même la forêt. Toute proche. Les arbres moulent un tunnel. Y règne un silence que seuls les oiseaux, tardant à regagner leur nid, dérangent par leur voyage entre lac et forêt.

    Si, d’aventure, on emprunte ce chemin menant à plus de silence encore, qu’une dernière fois l’on se retourne, quittant des yeux ce chalet d’un vert émeraude - chalet fier d’un balcon donnant sur le lac - apparaît la maison. Isolée. Construite que pour y déposer la solitude. Céleste.

      Le chalet et la maison sont habitées par deux femmes. Sans se connaître, elles possèdent de profondes similitudes. Celle que nous nommerons Elle et l’autre, que nous nommerons elle.

      Deux "elle" appariées aux mots pour l‘une, aux couleurs pour l’autre.

      Personne ne saurait nous informer sur chacune d’elles sauf peut-être qu’elles se vouent corps et âme à la beauté : des mots ; des couleurs.

      Deux femmes nocturnes. De la nuit.




      Elle a pris de l’âge. Sa vie active l’aura doucement amenée à tout quitter : famille et carrière. Les raisons qui l’y incitèrent lui sont personnelles… Ni ermite ni sauvage. Un jour - une nuit peut-être - elle laissa sa vie citadine pour se réfugier ici, dans cette forêt. C’est là qu’Elle s’est retrouvée. Dans cette maison dont elle rêvait depuis mille ans. C’est en rêve qu’elle aime y vivre.

      Trop longtemps Elle n’aura vécu qu’entre ses activités familiales et professionnelles. Puis, un jour - une nuit peut-être - sans vraiment comprendre, assise dans le fauteuil laissé par une grand-mère adorée, lui apparurent des mots nouveaux. Dans toute la majesté de la poésie.

    Elle a aimé ce qu’elle lut. De nouvelles vibrations parcoururent son corps et son âme. Ce corps qu’Elle ne connaissait pas vraiment. Cette âme qu’Elle cherchait sans trop le savoir. Et tout comme cet éclair de chaleur striant la nuit, Elle a choisi de tout laisser. Non pas abandonner. Puis, Elle quitta la ville, trouva cette maison qui depuis longtemps l’appelait. Maison cachée en forêt. Elle l’aura fait poindre des ombres qui obscurcissaient sa vie. Elle n’était pas malheureuse ; inachevée.

      Puis Elle s’installa ici, dans cette forêt à quelques pas à peine du lac qui lave l’immense rocher le jour, gazouille la nuit. Elle apprit à aimer la nuit, à respirer autrement ; lire, écrire et rêver.

      Au fil du temps, la maison devint à son image. Aucune saison ne l’attriste; aucun moment ne l’appelle à autre chose qu’à devenir Elle

      Elle a tout meublé à son goût, dans cette simplicité qui la définit si bien. 

      Les habits étriqués dont Elle se vêtait pour traverser la routine quotidienne, de même que ses habitudes, furent accrochés à la patère du passé qu’Elle ne regrette plus. 

      Point de nostalgie. De culpabilité encore moins… ce couteau qui hache les êtres...

      Elle est belle. L’a toujours été. Maintenant, Elle se le dit ; plus besoin des mots des autres, souvent fallacieux, pour s’en assurer… se rassurer. Elle vit sa liberté, sa vérité, consciente d’être qui Elle est.

      Ses besoins, désormais, sont ceux qu’Elle choisit : cette maison dans la forêt… les promenades qui la couvrent de plénitude… le vent qui lui parle différemment selon les saisons… le balcon devenu chambre de lecture, atelier d’écriture, miroir de rêve.

      Tous les jours, Elle va au lac - prend à droite sans trop savoir pourquoi – plonge dans un univers différent selon les saisons. Elle marche, cheveux défaits caressant ses épaules, vêtue de blanc et de rose, les couleurs qu’Elle affectionne. L’intense pureté du blanc, la radieuse odeur du rose. Trois roses séchées ornent sa coiffeuse, doublées par le miroir de sa chambre. Elle ne sait la raison pour laquelle le jaune et le noir l’attirent à présent : en raison de la nuit… en raison du rêve. Peut-être!

La nuit… Le rêve…



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      C’est elle qui a retouché de ses mains en pinceau les verts… jusqu’à reconnaître celui qui deviendrait la couleur de ce chalet. Le balcon, à l’étage donnant sur le lac, c’est là qu’elle passe ses journées. Ses nuits sont offertes à la grève alors que, sans trop savoir pourquoi, prenant sur la gauche une route qui la mène au bout de ses promenades.

      elle aime marcher, bouger. Dans une autre vie, on la voyait contrainte à des courses effrénées entre boulot et dodo. Déjà, depuis toute jeune fille, elle savait que son quotidien devait être autre chose que la vulgaire routine. Ses engagements l’auront empêchée de peindre… sa grande passion.

      elle est femme de passion. De celles qui éclatent en couleurs emmêlées créant des instants d’émerveillement. elle est née pour l’émerveillement… elle est née pour que d’elle, jaillisse, par la magie ensorcelante de ses mains, la face cachée de la beauté.

      La beauté est un tissu entre ses doigts… une agglomération de fils entrelacés, fins comme la douceur de son âme. elle sait, mieux que tout autre, parler aux couleurs, leur donner cette vibration intérieure qui accroche le cœur. 

elle est peintre, à la recherche des confins mystérieux de l’absolu qu’elle ravive.

      Il faut aimer la nuit pour rejoindre les inconnus qu’elle touche, transforme en morceaux d’un éclat infini. elle rejoint l’inatteignable. 

      elle valse sur des tapis de couleurs, sur les formes abstraites de la réalité, canevas dont l’ossature passe du tableau à la broderie.  elle découpe, taille, crénelle, bretelle à partir de tout et de rien. D’un innocent objet émerge la vie... 

      elle fait éclore selon un ordre soigneux. Peu de place pour l’imprécision, la vulgarité. Une princesse aux doigts de fée, aux gestes de baladi qui enjôlent l’air, récupèrent des parfums jaunes et noirs. Parfums de la nuit… qu’elle affectionne… l’absence de la palette des couleurs lui permet d’en créer de nouvelles… elle, c’est la lumière dans la couleur…

      la nuit elle marche, du chalet, puis sur la gauche, vers les montagnes à l’horizon, ces mystérieux êtres cachant le territoire. elle devine l’envers des choses tout comme, abandonnée au rêve qui constamment revient, ce rêve qui surgit du miroir que devant elle le lac esquisse…


Et cette nuit-là… Alors que rien ne le prévoyait, Elle changea de route et elle fit de même… Puis…



_______________________________________________Cette nuit-là



Un vent calme dans la nuit bleutée, 
piquée d'étoiles, de diamants
s’accrocha aux arbres, 
chatouilla les feuilles…
il s’est revêtu des odeurs de la forêt, 
ces effluves qu'elles aiment tant...


Elle
celle qui pianotait, maintenant dénoue sa longue tresse tortillée de cheveux blancs...


se sentir rose et fleur bleue
comtesse de Ségur


des larges fenêtres ouvertes sur la nuit, 
des rideaux de tulle vont et viennent
comme son âme, jeune encore
comme son corps que le temps 
infatigable passant, 
a démodé...



Elle
celle qui brossait de longs cheveux de soie, ferme les yeux... un sourire, celui qui jamais ne l'abandonne, dessine des océans disparus… Elle attend... en ce soir des mille et une nuits, le rêve dont Elle ne peut se séparer... 


rêve, reviens adoucir ma nuit
ne romps pas le charme


forêt... 
nuit des Perséides... 
étoiles filantes s'éteignant dans le lac...
il n'est pas loin, le lac... 
à quelques enjambées peut-être... 
tout va si vite lorsqu'on rêve

Elle
belle Andromède apparue dans le miroir, mère de Cassiopée qui brille dans la nuit clignotante, dans l'obscurité bleutée ...

suis-je encore belle pour lui, 
le serai-je encore 


depuis mille ans la femme de la maison en forêt
conserve trois roses rouges dans un vase antique ...
une pour la naissance de l'amour,
l’autre pour l’odeur de la nostalgie,
la dernière, pour l'amour
trois fleurs séchées qui narguent le temps...

Elle
celle qui se souvient... le satin des draps, couleur de ses roses... Elle y repose, longue fleur coupée... bras ouverts au rêve... le même... fidèle comme la couleur des roses

nous étions enroulés dans le satin
tes bras sous mes reins cabrés


au salon, 
une musique de Schumann se glisse entre silence et nuit... 
trois notes puis à nouveau le silence... 
un vent voyageur engouffre la suite ...

Elle
celle qui écoute, se décoiffe... Elle sait... le miroir a renvoyé son image puis revient le songe... il se campe au coeur de la pièce... lui colle au ventre comme ce tango, celui d'Évora peut-être... abandonnée, Elle dansera avec cet homme au chapeau jaune.

chaud tango dans la nuit fraîche
comme tu es doux à ma peau



est-il réel ce parfum sauvage
comme ces étoiles qui fuient dès qu'on les voit 
est-il irréel cet homme, 
ce tango...  
 l’homme aux bras couleur argentine, 
celui qu'anime le miroir  ...

Elle
celle qui se love au tango... un autre suivra... retrouve l'envoûtante lascivité qui l'enveloppe...

retiens-moi, moi qui m'abandonne
ne m'abandonne pas, toi qui me retiens



la forêt déplacera du silence 
à la vitesse de la musique
devenue valse
essoufflée sans doute
suite aux langoureux tangos
de ses ailes... d'une Elle vers une autre...
la nuit s'abreuvera du rêve
près du lac

Elle sortit de la maison de la forêt, la tête mouillée de feu… ses pas la mènent sur la droite…





elle
femme maritime aux doigts de fée, aux yeux de mille et une couleurs... celle qui parle un pinceau à la main

       comment définir le bleu de cette nuit 
bleu rêve, 
étoiles de diamant, 
 

il y a dans l'air nocturne
comme des odeurs de valses russes
sur les ondoyantes vagues du lac
Anna Karénine au salon couleur d'opale


elle
femme presque fille encore, légère dans le vaporeux des tissus qui doucement choient à ses pieds impatients... nue... orchidée blanche que lèche la vague… marche vers son miroir d'eau... un navire sans pavillon l'aspirera… elle le devine déjà


le lac m'a façonnée pour la musique des violons


elle sait que de l’ombre océane étendue sur le lac, sortira … à pas lents... cet homme qui a dansé, tenu dans ses bras une femme au dos assoupi, revêtue de bombasin… elle  tangue déjà… son cœur perd la raison

elle, qui trempe ses pieds dans le flou des vagues, offre une main, puis l'autre… et la musique s'allonge en eux... corps reconnus dans l'embrun brouillé la nuit


et ils dansent
dansent cette musique de valse
dans l'irréel du rêve
d'un miroir à un autre, 
papillonne le rêve comme une ouate humide
s'entortille entre eux


elle, celle qui accrochera ses yeux noirs au cou de cet homme comme si elle craignait, les fermant, que s'évanouisse la silhouette, s'engloutisse dans le tourbillon de violons

elle, ses pieds enflammés par la valse, ne parle pas, ne parle plus


leur danse, 
unique valse, 
du bout des doigts se marie
comme un pinceau à la toile
dans la pureté de la marceline


                  j'aime ce chuintement, un bégaiement d'eau dormante sur le lac



elle ne s'épuisera pas, 
coulera dans l'espace comme une hirondelle aveugle, 
bouche ouverte avalant la nuit, 
dévorant la fraîcheur de l'espace... 
et l’enjôleuse musique des violons humides la nettoie 


puis, elle marchera sur la grève, à gauche maintenant, sa main encore cherchant le chapeau jaune que les eaux du lac poussent vers l’horizon…


____________________________________________________la rencontre



Deux femmes se croisent. S’arrêtent. Se saluent. 

Il y a 
dans leur regard, l’une vers l’autre, comme une complicité tacite... comme si un rêve les réunissait par cette nuit bleutée…

Il y a 
dans cette rencontre, entre elles deux, une fragrance commune… celle d’un danseur disparu avec le rêve, 
jusqu’à un prochain rendez-vous inscrit déjà au patin de leurs miroirs…  
mystérieux miroirs où le givre des sueurs de la danse aura estampillé les phéromones du désir sur leur épiderme…

Il y a
sur chacun de leurs poignets, une empreinte similaire… une trace jaune et noire… une odeur argentine d’elles seules connue...
la délicatesse de la musique retiendra les soupirs de leur peau…
d’un tango convertit en valse…
un homme à chapeau jaune issu de deux miroirs, l’espace de deux instants aussi longs que la nuit, aura apparu…

Il y a 
le même rêve, les mêmes bras enlaçant leur corps
le même homme fantôme que les mots disent
que dessinent les demi-teintes 
il s’éloigne au bout du lac…

Il y a… il y a eu… il y aura
un tango langoureux et une valse russe
à jamais collés dans l’âme de deux femmes
Elle et elle
qui marchent dans la nuit bleutée, piquée d’étoiles, de diamants…
un vent calme chatouille les arbres…




                        

Merci Monique, merci Mariette, mes deux femmes de la nuit, mes deux Muse..

jeudi 15 mars 2018

humeur vietnamienne



Ma grande amie Monica, co-propriétaire du restaurant Olé de Saigon, s’inquiétait alors que je lui annonçais que j’allais déménager de Nhà Bè vers le District 7.

-      J’ai peur qu’un soir tu te trompes et te retrouves à la porte d’un ancien appartement !
-       
J’admets que depuis juillet 2017, avoir beaucoup voyagé dans Saigon passant du District 8 au District 1 puis à Nhà Bè pour finalement échouer ici, dans ce quartier populaire qui ressemble énormément à Hochelaga-Maisonneuve de Montréal. Une autre manière de visiter ma ville !

J’ai quitté le 8 pour les raisons que j’ai déjà expliquées, quelques petits problèmes avec un manager qui oubliait de régler ses comptes avec le building et associé à la mafia du District. Vous vous souvenez de cette histoire abracadabrante : eau et électricité coupées durant trois jours en raison du non-paiement par ce dernier auprès des gestionnaires de SamLand cie.

Pour le District 1, l’appartement vendu je devais quitter les lieux. Puisque cela devait se faire dans un temps record, je me suis rabattu sur Nhà Bè en compagnie de deux colocataires. Peut-être qu’à mon âge avancé, vivre en compagnie de jeunes ne me convenait pas. Alors, j’ai déniché cet appartement dans le District 7 (au 5e étage d’un building construit assez récemment, situé tout à côté d’une école primaire) qui m’offre un tout tout tout petit balcon avec vue sur un des nombreux ponts enjambant la rivière (ou le fleuve…) Saigon.

L’environnement, composé d’une population que je définirais de locale, me sera plus efficient que dans Nhà Bè où je ne trouvais pas de petits restaurants de rue et un transport vers le centre-ville exigeant que je me tape 30 minutes de bus.

Je me suis assuré avant de signer un contrat d’une année que le bougainvillier de Jacques soit bien installé tout comme le baobab de grand-papa Eudore. L’appartement donne sur l’est ce qui permet suffisamment de soleil, les deux exigeant environ trois ou quatre heures par jour.

Une autre raison qui m’incitait à me rapprocher du cœur de la ville est en lien avec le transport de mes étudiants. Nhà Bè, éloigné de leurs demeures, représentait une certaine contrainte. J’ai décidé de louer (quatre soirs par semaine) un local dans un café du District 3. Nous nous y rencontrons et ça convient davantage à tous.

Les cours d’anglais (deux rencontres hebdomadaires de deux heures pour chacun des deux groupes) roulent à plein. Je m’amuse beaucoup tout en apprenant énormément sur la langue anglaise et les différents styles d’apprentissage des Vietnamiens. Leur sérieux, leur motivation et leur enthousiasme font qu’ils progressent de façon étonnante. Alors qu’au début des cours, je devais avoir recours à un traducteur vietnamien, maintenant nous n’en avons plus besoin. Tous, sans exception, se situaient au niveau ‘’beginners’’. À la fin du ‘’level 1’’, je les mettrais… à mon niveau… Nous pouvons avoir des discussions là où il n’y avait que monologues de ma part.

Enseigner l’anglais exige pour celui qui est loin d’être bilingue, une formidable tâche mais combien exigeante. Il existe peu de liens entre la langue vietnamienne et celle de Margaret Tatcher… Je dois alors modifier les exemples afin qu’ils puissent être bien reçus de leur part. Le contexte culturel doit continuellement être tenu en compte.

Quant à l’écriture, je me dois d’être discipliné. D’ici une semaine je devrais recevoir une réponse de l’éditeur vietnamien (Thé Gio publishers) sur leur intention de publier mon roman (DEP). Deux autres maisons vietnamiennes ont le manuscrit en leur possession ; attente de ce côté. Les éditeurs français (Ella) doivent aussi me faire savoir s’ils y sont intéressés ou non. Je conclus qu’il est aussi long, en termes de temps, d‘écrire un roman que de le faire publier.

Le prochain qui s’intitulera LES ANCIENS COLONELS repose calmement sur ma table de travail. J’en suis encore à l’étape des recherches. Je compte me rendre au Cambodge d’ici ma rentrée au Québec prévue pour septembre prochain afin de visiter certains lieux où l’action se déroulera. Je suis en contact avec certaines gens qui sont des spécialistes de cette guerre qui opposa Vietnam/Cambodge, dont un vieil homme fervent adepte de Pol Pot. Ça s’annonce… captivant.

Voilà pour cette humeur vietnamienne écrite dans mon nouvel appartement, alors que dehors il fait une température frôlant les 35 degrés. Le soleil est magnifique et ce petit vent qui s’amuse dans mon 505 a tout pour se faire aimer.


À une prochaine




SI NATHAN AVAIT SU ... (Partie 3 ) - 17 -

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