vendredi 16 mai 2025

Si Nathan avait su... (29) Revu et corrigé

 

Sofa  ou  Canapé

La conversation entre le grand jeune homme et l’éducatrice, sans nécessairement s’être achevée en queue de poisson, n’avait pas permis d’éclaircir les éléments essentiels pouvant les relier.  
 
Herman Delage, ayant reconnu la jeune fille qu'il avait croisée à l’université, lui apparaissant subitement à la porte du supermarché de ses parents une fin de semaine d’octobre, la laissait partir, un arrière-goût dans la bouche. Convaincu que Abigaelle ne s’était pas spontanément évaporée à l’automne 1970 alors que toute la province vivait sous la loi des mesures de guerre que le gouvernement fédéral canadien avait proclamée pour résoudre sans trop de dégâts la situation délicate dans laquelle le FLQ les plaçait. Un diplomate britannique enlevé par une certaine cellule alors qu’une autre, semble-t-il plus agressive, retenait en otage un ministre du gouvernement québécois.
 
Ils s'étaient laissés, lui déçu, elle perplexe, sans promesse de se revoir, sans échanger leur numéro de téléphone, sans avoir vidé complètement la question que Herman avait déposée entre eux.          Je reviens ici les fins de semaines, nous pourrions, si tu le veux bien, reprendre nos échanges.     

Sur quoi Abigaelle, écrasant du pied son mégot de cigarette, laissa flotter la proposition dans l’humidité de l’air.
 
La bruine n'avait toujours pas cessé lorsque l’éducatrice demanda à Herman s’il pouvait lui fournir un peu de haschisch. Nullement surpris, il répondit qu’elle pouvait très bien s’approvisionner ici même dans le village des Saints-Innocents dans un rang sans nom, sans numéro et sans asphalte, non pas chez les autochtones mais auprès de la famille qu’encore on qualifiait de hippie, celle dont le père cultivait différents produits céréaliers. Ce furent leurs derniers mots.
 
Elle traversa la rue pour rejoindre la Westfalia stationnée devant le bureau de poste quand une camionnette bleue filant à toute allure, ne ralentissant pas devant une flaque d’eau formée depuis le matin, l’éclaboussa. Se repliant, le réflexe d'Abigaelle fut de se tourner vers le jeune homme qui entrait dans le supermarché affichant un sourire bizarre.
 
                                                        *****
 
 
Le plus clair de son temps, lorsque Abigaelle demeure à la maison, elle le passe à l’étage, là où son bureau de travail est installé, pièce qui, en trois secondes, l’avait amenée à louer la maison que lui proposait Monsieur Champigny sur recommandation du président de la commission scolaire. Cette pièce dont plafond, murs et plancher, tout en bois, lui est devenue comme un cocon. Elle s’y sent à l’aise, confortable pour organiser sa classe du pré-scolaire et travailler à sa thèse de doctorat. L’endroit n’avait aucunement besoin de décoration, d’ailleurs c’est là le moindre de ses soucis. Pas même de rideaux aux grandes fenêtres se faisant face, l’une à l’est, l’autre à l’ouest, qu’une enceinte pour platine vinyle, placée dans un coin, un cadeau de son père à la fin de sa maîtrise ; elle l'utilisait pour syntoniser le seul poste de radio ayant de l’intérêt pour  elle, Radio-Canada.
 
Son geste, un réflexe peut-être ranimé par certains éléments de la conversation tenue avec Herman Delage, fut de fouiller dans son importante collection de vinyles à la recherche du groupe Crosby/Nash/Stills and Young, pour écouter la chanson Ohio, pièce rappelant les terribles événements survenus à l’Université Kent en mai 1970, au cours desquels quatre étudiants furent assassinés par les soldats de la Garde nationale de l’État. Ils avaient osé manifester contre la présence américaine au Vietnam, exigé le retour au pays des soldats, seule avenue possible pour assurer une paix véritable en Indochine. Absorbée par cette musique, le goût du tabac encore présent en bouche, elle se laissa envelopper par une inavouable nostalgie. Remontait à sa mémoire l’image de ces étudiants américains que son comité et elle avaient accueillis dans leur fuite des USA pour ne pas être enrôlés dans l’armée. Leur objectif premier était de sécuriser leur séjour. Aucun ne provenait de cet état du Midwest malgré que plusieurs eurent gagné à la loterie du Vietnam de 1969. Elle ne recevait plus rien d'eux, parfois des nouvelles des manifestations, des arrestations en lien avec une nouvelle cause à défendre.
 
                                                    *****
 
La secrétaire de l’école primaire des Saints-Innocents, Henriette, lui avait offert dès son arrivée en août dernier un immense sofa afin, lui dit-elle, de pouvoir un peu meubler cette maison qui est si grande.          On ne l’utilise plus depuis que notre fille a quitté le village pour s’installer en Ontario avec son fiancé. C’est certain que cela nous a secoués d’apprendre qu’elle vivrait avec lui sans que la date du mariage soit connue. Que voulez-vous Abigaelle, un signe des temps et nous les parents... eh bien! il ne nous reste qu'à s’adapter, mais c’est difficile !
 
Accompagnée de son mari, un homme costaud et silencieux, Henriette avait accepté l’invitation à souper de l’éducatrice souhaitant ainsi les remercier du transport du meuble que Gérard aurait très bien pu monter seul à l’étage, mais la longueur du sofa obligea les deux femmes à lui donner un coup de main.
 
Abigaelle recevait chez elle pour la première fois depuis son installation ; ne sachant trop quoi préparer qui puisse s’avérer correct, elle opta pour un classique de la cuisine australienne, le poulet parmigiana accompagné d’un dessert très québécois, une tarte au sucre achetée au supermarché. Gérard, en bon agriculteur énergique, dévora sa portion sans manifester quoi que ce soit, engloutit le morceau de tarte puis disparut à l’extérieur allumer sa pipe. Les deux femmes demeurèrent à table jasant de tout et de rien jusqu’au moment où Henriette ouvrit la porte sur un sujet qui, à première vue, pouvait sembler délicat pour Abigaelle. 
 
- Vous ne semblez pas bien vous entendre avec Madame Saint-Gelais ?     L’hôtesse prit la balle au bond se disant que si la secrétaire de l’école abordait la question c’était certainement parce qu’elle avait noté des choses et cela en très peu de temps. Les classes avaient repris deux semaines auparavant tout au plus. 
- Henriette, croyez-vous que ça serait impoli si nous laissions tomber le «vous» pour passer au «tu» ?   
 
Un sourire décontracté emplit le visage de cette femme à qui il était difficile de donner un âge. 
 
- Pas du tout Abigaelle, surtout que tout le monde se tutoie à l’école sauf toi qui emploie le «vous». 
-Tu as noté que je l’utilise quand je m’adresse à toi et à la directrice, maintenant il lui sera strictement réservé.
 
Alors que la conversation devenait un peu plus personnelle, Gérard entra et lança:
- Est-ce que je peux voir comment la cave se remet des dégâts du printemps dernier ?     
- Je ne sais pas exactement comment on y parvient, répondit Abigaelle, surprise par la question.    
- Tu as fait ta chambre à coucher ici en bas ?     
- Oui, vous avez raison.     
- Eh bien! la trappe pour descendre est à l’intérieur du grand garde-robe.  
- Sans problème, allez-y.
 
                   
                            

La conversation entre les deux femmes reprit.
                                   
- Tu vois juste Henriette, la directrice et moi semblons ne pas avoir d’atomes crochus. Le caporalisme n’est pas tellement dans mes cordes.
- Elle a beaucoup changé à la suite de son accident.
- Difficile pour moi d’évaluer, je la connais depuis si peu de temps, mais nos rencontres sont plutôt... froides. De plus, elle ne manifeste pas beaucoup d’intérêt pour la pédagogie et l’enseignement spécifique aux classes du pré-scolaire.
- Je sais qu'elle et toi n’utilisez pas le même vocabulaire, et n'avez pas le même avis sur les activités à offrir aux enfants.
 
Abigaelle, ne sachant trop si elle devait ouvrir davantage ou garder une certaine réserve, résolut de se placer en mode écoute laissant la secrétaire aller plus loin dans son discours.
 
- Pour ce qui de ta classe, je n’ai rien à penser ou à dire, c’est toi la spécialiste, mais affronter Madame Saint-Gelais peut devenir… disons, dangereux. Elle n'aime pas beaucoup les frictions, encore moins qu'on s'oppose à elle.
- Que veux-tu dire exactement ?
- L’accident l’a beaucoup affectée, enfin je dirais que depuis cela… ce n’est plus la même personne. Lorsqu’elle enseignait, toujours la septième année, la classe des plus vieux élèves de l’école, ceux en partance pour le secondaire, tout le monde, les parents comme ses consœurs, notre école n’a jamais eu de professeur masculin, les dirigeants de la commission scolaire et même Monsieur le curé, tous étaient unanimes à dire que c’était la meilleure. J’ajoute aussi que sa beauté qui n’a plus rien à voir avec maintenant, sa beauté faisait tourner les têtes des jeunes hommes du village. Puis, vers la fin de l’été, c’était en 1967, elle revenait d’une journée à l’Expo’67 de Montréal, cet accident, un accident bête, à quelques milles du village. Madame Saint-Gelais passait pour être une jeune fille moderne, d'ailleurs elle seule possédait une voiture dans le canton. Je reviens à l'accident qui s’est passé la nuit, eh bien! on ne l’a retrouvée que le lendemain, en piteux état. Son jeune frère a fait la macabre découverte. Sa voiture complètement démolie et Madame Saint-Gelais, ensanglantée, défigurée, inerte, reposant dans le fossé, l’arbre qu’elle avait frappé de front à demi écrasé sur le capot de la voiture.
- Quelle horreur !
- La nouvelle s’est rapidement répandue dans le village une fois les secours arrivés avec leur bruit de sirène, celle des policiers puis celle de l’ambulance. Le médecin a réussi, certains ont dit que c’est presque un miracle, à la maintenir en vie. On l’a transportée à Montréal, dans un hôpital où elle est demeurée plusieurs mois.
- Tu me fais penser, Henriette, je ne connais pas son prénom.
- Germaine. Germaine Saint-Gelais. Lorsqu’elle est revenue au village, puis à l’école, tous nous l’appelions maintenant Madame Saint-Gelais, peut-être parce que beaucoup vieillie et qu'elle se déplaçait en fauteuil roulant. Vraiment on ne la reconnaissait plus. À son retour à l'école, la directrice de l'époque l'a affectée à la bibliothèque et c'est à ce moment-là que la guerre a commencé... 
 
Abigaelle crut bon ne pas insister. C’est Monsieur Gérard qui cassa le silence, revenant de son inspection dans la cave de la maison.          Tout me semble parfait, mais je ne réussis pas à chasser l'odeur bizarre qui est toujours là. Sans doute l’eau qui stagne depuis des années. En tout cas, Mademoiselle l’institutrice, si vous n’y voyez pas d’objection, je reviendrai avant les neiges. On y va Henriette ?
 
- Merci pour le souper Abigaelle. On se revoit à l’école.
- C’est moi qui vous remercie, le sofa… enfin le canapé, va devenir mon meuble préféré, j’en suis certaine.


                                       

mercredi 14 mai 2025

Merci Daniel pour ce très beau texte.

Mon ami Daniel Cyr, celui qui, déjà, m'a autorisé à publier quelques-uns de ses textes sur LE CRAPAUD, en envoie un aujourd'hui particulièrement remarquable. 

De sa plume aiguisée, avec des mots si personnels et combien seyants, admirablement affinés par une sensibilité toujours poétique, toujours à point, Daniel aborde le sujet de «l'amitié», sujet mille fois traités au point qu'il est devenu non pas banal mais trivial ; dans ce texte, il renaît, rejaillit tant que sa beauté nous éclabousse.  

Merci Ami Daniel




L'amitié


Il n’est rien, dans cette vie, qui m’élève davantage

qu’un ami véritable. Rien ne m’ancre plus profondément

à un autre être qu’une épreuve surmontée ensemble,

qu’un silence habité, qu’un regard où l’âme se dévoile.

Grâce à eux, je me découvre meilleur ; je sens croître

en moi une noblesse insoupçonnée. Sans mes amis,

la vie pâlirait, se traînerait, se voilerait de cendre.

Ce sont eux qui, d’un pinceau invisible,

colorent mes jours monotones et dorent

mes heures glaciales.


L’amitié demeure inébranlable et pudique,

tel un chêne centenaire faisant face aux orages.

En elle, je puise une clarté apaisante, une braise

qui console sans consumer. Elle ne réclame rien,

elle prodigue. Elle ne contraint pas, elle enveloppe.

Plus qu’un sentiment, elle est un pacte sans paroles,

un trésor que je garde au plus secret de moi.


À leurs côtés, je traverse les saisons de l’existence,

le miel des joies comme le fiel des peines,

les sommets lumineux et les ravins obscurs.

Ils sont l’aube qui me réveille et le crépuscule

qui me berce. Parfois, une seule syllabe murmurée

suffit à ressouder les fils du temps, à réveiller

la tendresse endormie sous l’épaisseur des jours.


L’amitié, pour moi, n’a rien de ces liens fragiles

qu’un souffle disperse. Elle est solennelle, radieuse,

aride parfois. Elle exige de moi vérité, loyauté,

persévérance. Mais en échange, elle m’offre la sérénité

d’un port, la douceur des chemins parcourus,

et cette conviction mystérieuse que, même dans la

solitude, un autre quelque part me porte.


Je ne demande pas à mes amis de me servir de miroir.

Je les aime pour leurs dissonances, pour les paysages

inconnus qu’ils déplient devant moi. Ils sont l’harmonie

qui contredit ma mélodie, la note imprévue qui achève

la partition. Ils ne tentent pas de me remodeler,

mais de me lire à livre ouvert.


Et lorsque je pense à eux, lorsque je contemple l’édifice

invisible que nos rencontres ont bâti, une gratitude

sans voix m’envahit. Mon cœur, comme une voile

captant le vent, se remplit d’une quiétude vibrante.

J’ai alors soif de leur dire merci — non avec des mots

sonores, mais par des silences partagés,

des présences tissées d’attention, des instants donnés

comme des offrandes.


Car l’amitié, dans son essence, est cette lueur tenace

qui persiste même lorsque la nuit s’épaissit.

Cette fleur dont les pétales ne fanent pas sous les

gelées du temps. Ce diamant brut que je polis jour

après jour, car il incarne, à mes yeux, l’une des plus

pures expressions de notre humanité partagée.


Daniel Cyr

Daniel CYR

s

vendredi 9 mai 2025

Si Nathan avait su... (28) Revu et corrigé

 

          



À peine un clin d’oeil... une baisse rapide de voltage... l’interruption momentanée de toute activité à l’intérieur du supermarché… L’espace infinitésimal entre se reconnaître ou faire semblant que ce qui nous arrive est de l’ordre de l’impossible, du hasard peut-être… L’échange soudain de deux regards replaçant sur une ligne continue des réminiscences que chacun tente de recadrer afin de trouver les bons mots, l’une pour répondre à la salutation, l’autre, fils des propriétaires du Steinberg, rue Principale, municipalité des Saints-Innocents, pour  confirmer l’apparition qu’il vient d’avoir.
 
- Bonjour… Nous nous connaissons ? demande Abigaelle s’autorisant à dévisager le grand jeune homme debout devant elle.
- Je suis Herman Delage. C’est bien toi Abigaelle Thompson ?
- Tout à fait, mais je suis désolée de ne pas bien te replacer.
- Prends le temps de faire tes courses et nous pourrons jaser à l’extérieur, même s’il pleut un peu.
- En fait, c’est sur recommandation de la maîtresse de poste que je me présente ici. Elle m’a conseillé de m’adresser à un certain grand jeune homme travaillant au supermarché car il pourrait me fournir une carte topographique de la région. Je compte m’en servir pour un peu défricher la forêt.
- Défricher ?
-Je m’exprime mal, ça serait plutôt pour apprivoiser la forêt puisque je suis nouvellement arrivée et ne connais pas la toponymie des bois environnants. On vient tout juste de délivrer mon permis de chasse et j'ai besoin d'une carte récente pour bien m'orienter.
 
La conversation semblait permettre à Herman de recadrer des situations communes alors que chez l’éducatrice ça ne semblait pas aussi évident.  Il lui dit qu’elle avait été bien renseignée, qu’effectivement il peut répondre à sa demande.
 
- Attends-moi dehors, je reviens tout de suite avec ce dont tu as besoin, et dans un mouvement de talons aussi rapides que sa façon de parler, il laissa Abigaelle pantelante devant le comptoir devenu libre. La caissière s’adressa à elle d’une voix chevrotante :      Vous vous connaissez à ce que je vois, sans doute des collègues de l’université. Notre fils achève une maîtrise en géographie. Ce n’est pas parce qu’il est mon garçon, mais tout le monde le reconnaît, il est doué. D’ailleurs, Madame Saint-Gelais l’avait remarqué  lorsqu’elle est devenue la directrice de l’école primaire, elle l’a toujours poussé à travailler fort et une fois accepté à l’université je crois qu’elle était aussi heureuse que nous, ses parents.
 
Dans l'esprit de la jeune éducatrice, lentement, une hypothèse prenait forme : ils s’étaient sans doute croisés dans les corridors de l’université de Montréal, peut-être avaient-ils participé à des conférences, d'essentiels complémentaires à leur formation. Pourquoi souhaite-t-il que leur conversation se déroule à l’extérieur ? Sous la pluie en plus. Écoutant d’une oreille distraite les propos de cette maman dont la fierté ne faisait aucun doute à son esprit, elle portait son regard vers les allées du supermarché attendant le retour du grand jeune homme porteur d’une carte topographique.
 
Angelina, la postière, a raison lorsqu’elle étiquette le fils des propriétaires du Steinberg de «grand jeune homme», il dépasse par quelques pouces les six pieds. Sa longue chevelure d’un noir d’encre encadre un visage aussi blême que le brouillard ; le contraste est frappant. La jeune éducatrice n'arrive toujours pas à lui trouver une place dans sa mémoire. Une tête comme celle-là, impossible à oublier, il me semble, se dit-elle alors que d’un pas vigoureux, Herman, une carte à la main, lui désigne la porte menant sur l’extérieur.
 
Il pleut timidement dans cette fin d'avant-midi où la grisaille s'étend de plus en plus. 
 
Herman prit la parole.
 
 - Je comprends très bien pourquoi tu ne me replaces pas. En 1969, j’avais les cheveux ras sur la tête et peut-être encore quelques boutons d’acné au visage. Arrivé à l’université, seul de mon patelin, dans une grande ville en pleine ébullition, je me suis mis à la recherche d'occasions de socialiser un peu. C’est là que j’ai infiltré un groupe qui défendait les idées du FLQ*, moi qui n’avait aucune idée comment marche la politique. Tu t’en souviens ? Nous étions divisés en cellules, tout comme le FLQ. Toi, parmi les plus engagés, les mieux informés et je dirais les plus radicaux ; moi, dans une cellule qui ne comptait que des nouveaux venus, des non-initiés ayant tout à apprendre sur le mouvement. Inscrit à la faculté des Sciences, toi tu étais à celle de l’Éducation, à la dernière année de ta maîtrise. J’épiais tous tes mouvements, surtout les livres que tu transportais dans tes bras. C’est à ce moment-là que je me suis mis à lire la revue Parti-Pris dont je t’avoue les articles dépassaient souvent ma compréhension. Les influences qui me parvenaient de nos réunions, de nos échanges m'incitèrent à laisser les sciences au profit de la géographie, mais toujours je m’interrogeais sur les activités de votre cellule, la mienne étant, si je peux dire, réservée aux amateurs. On nous donnait des textes à lire puis on avait des examens. Ça m’ennuyait souverainement. Par contre, j’adorais m’informer sur les actions menées par le mouvement avant que les groupes Lanctôt et Rose entrent en scène. On peut dire que j’étais, à cette époque, un grand adolescent épris d’aventures, que les bombes, les vols de banque, le camp militaire de La Macaza, Vallières et Gagnon faisant le pied de grue devant le siège social de l’ONU à New York, et j’en passe, tout ça m’excitait beaucoup. Mais ce que je retiens, c’est ta disparition de l’université, pas quand tu as décidé de partir pour l’université Laval à Québec, non, celle qui coïncidait avec les enlèvements de Cross et Laporte, en 1970. La Crise d’Octobre, je la vivais à l’université et toi, Mademoiselle Thompson, tu étais disparue. La règle numéro 1 pour chacune des cellules, comme un serment sur l’honneur, a toujours été de garder le silence sur ce que l’on sait ou avons su. Voilà pourquoi je ne me suis pas informé sur ce qui t’arrivait.
- Tu as parfaitement raison, règle ultime, garder silence. Ce que je continue à respecter.
- Le temps a quand même passé. Je ne peux te cacher qu’au début du mois de mai, au lendemain de la libération de Saïgon, tu étais présente à la manifestation soulignant la fin de la guerre du Vietnam.
- En effet, j’y ai participé, répondit Abigaelle qui cherchait une porte de sortie à cette discussion paraissant l’embêter.

Herman lui offrit une cigarette qu’elle refusa, remarquant que cette marque, Celtique, avait été sa préférée lorsqu’elle fumait. L’odeur particulière du tabac brun résistait à ce vent d’automne accompagnant une pluie douce et persistante. Le grand jeune homme fumait, se taisait, comme s’il laissait mijoter les paroles lancées vers Abigaelle, attendant, peut-être, qu’elle brisera la règle du silence. Un intervalle de quelques instants, plus long que celui qui présida à son arrivée au supermarché. Puis…
 
- Mon père a toujours été amateur de boxe, un fanatique de Cassius Clay. En 1964, lorsque le boxeur change son nom pour devenir Mohamed Ali, cela eut l’effet d’une bombe aussi retentissante que celle qu’il fit éclater en 1967 alors qu’il refusa d’être enrôlé dans l’armée américaine pour se voir affecté au conflit vietnamien. Cela a déclenché un véritable débat aux États-Unis et l'implication de plusieurs jeunes à manifester contre ce conflit qui faisait de sérieux dégâts dans la population civile vietnamienne. Cette implication multiplia les manifestations d'abord dans les universités, puis dans la population en général. À l’époque, en fait entre 1968 et 1970, je présidais un comité de soutien auprès d'étudiants américains en fuite de leur pays pour éviter de participer à la guerre du Vietnam. En collaboration avec l’université de Sherbrooke, Bishop's University et Laval, nous accueillions des étudiants des États-Unis imitant le geste du boxeur, quittant leur pays pour rejoindre principalement le Québec de plus en plus ouvert à les recevoir. Mais mon père abandonna son intérêt pour ce sport, ne cessant de critiquer celui qui fut son idole.
- C’était avant la Crise d’octobre ?
- Je l’ai dit, entre 1968 et 1970. Ce mouvement, très vite, a fait l’objet d’une surveillance rapprochée de la part de la GRC** et tous les membres ont été fichés sauf les quelques prosélytes de l’université McGill faisant bande à part et cela sans trop qu’on sache pourquoi.
 
On dirait que les conversations qui survolent un sujet épineux deviennent rapidement évasives, n’effleurant que la surface des choses même si les participants cherchent, par on ne sait quels subterfuges, à creuser plus profondément. Frôler afin de se frayer un chemin... ouvrir une porte permettant l'entrée d’une éclaircie qui balaierait l’inconfort, les craintes de se retrouver là où on cherche à oublier, à taire... à se taire, à s'oublier.
 
- Finalement, la fichée de la GRC va accepter une cigarette.

 

*         FLQ (Front de Libération du Québec)
**      Gendarmerie Royale du Canada




mercredi 7 mai 2025

Un peu de politique batracienne... (24)

 LE CRAPAUD et les résultats des élections fédérales 2025




LE CRAPAUD s'est donné quelques jours avant de commenter les résultats des élections fédérales canadiennes tenues le 28 avril 2025. 

L'étendue du pays, de l'Atlantique au Pacifique, ses différents fuseaux horaires, tout cela fait que nous recevons les noms des élus à la traîne, d'abord ceux en provenance des Maritimes alors que tous les autres nous parviendrons à la queue leu leu au fil de la soirée qui, ainsi, s'allonge... s'éternise. Ceci provoque un anachronisme. Certains électeurs s'étant déjà prévalu de leur droit de vote connaissent leur député, d'autres peuvent encore se rendre déposer leur bulletin dans les urnes du centre et de l'ouest du Canada.

Si LE CRAPAUD n'avait pas voté par anticipation, il aurait pu connaître les scores des différents partis politiques avant de se rendre au bureau de vote et, à la lumière de ce qui se dessine dans les provinces de l'est, ajuster son choix. Je ne crois pas que cela aurait pu l'influencer et que cette situation puisse avoir un certain effet autre que chez quelques indécis.

Lors du déclenchement de l'élection, LE CRAPAUD prévoyait l'élection d'un gouvernement minoritaire dirigé par le Parti libéral du Canada, puis à quelques jours du vote, il modifiait son pronostic en un gouvernement majoritaire dirigé par le même parti. Une fois encore, il n'a pas bien anticipé le dénouement, on ne peut vraiment pas le classer parmi les oracles omniscients, 

Un gouvernement minoritaire est certainement le meilleur que les citoyens peuvent souhaiter. Vulnérable, sujet à tomber à tout moment, ce type d'administration est invité - parfois obligé - à une certaine flexibilité, à devoir s'ouvrir à des compromis pour survivre. Aussi, et c'est sans doute le plus intéressant, ça oblige chacun des partis représentés à la Chambre des Communes d'Ottawa - ils ne seront que trois (3) à la suite du scrutin - à puiser dans l'essentiel de leur projet politique et le mettre sur la table. C'est ce qui s'est produit avec le dernier gouvernement, celui dirigé par Justin Trudeau, qui transforma en projets de loi certaines idées provenant surtout du NPD qui, semble-t-il, l'aura payé cher le 28 avril dernier, ayant quasi disparu de la scène politique canadienne.

Le Parti libéral et le Parti conservateur, au coude à coude dans les pourcentages du vote 43,76% / 41,31, voient leur nombre d'élus 169 / 143 les priver de la majorité, ce qui, techniquement du moins, remet entre les mains du Bloc québécois avec ses 23 députés, une arme qui pourrait s'avérer dangereuse et à l'occasion, décisive. Il ne faut pas oublier que la durée de vie d'un gouvernement minoritaire dépasse rarement les dix-huit (18) mois.

Si on regarde du côté des surprises issues de ces élections, LE CRAPAUD en note trois (3) : un) la défaite de Pierre Poilièvre dans son comté, laissant le Parti conservateur sans chef ; deux) la défaite du chef du Parti NPD Jagmeet Singh, suivie de sa démission ; trois) la redoutable efficacité des sondages qui ont presque obtenus une note parfaite.

La question de l'urne ? Certains ironistes la nomme autrement : question pour les cruches... Elle aurait été, cette fois-ci, la suivante : lequel parmi les chefs politiques en lice sera le plus apte à affronter le «p»étasunien ? Il semble que la réponse soit plutôt ambigüe si on examine les pourcentages obtenus par les deux favoris ainsi que résultat final. Dans les faits, on ne pouvait s'attendre à ce que le NPD, le Bloc québécois et le Parti Vert se retrouvent dans la course, ne restait alors que les chefs des deux partis qui depuis des siècles survivent à l'histoire, soit monsieur Carney et monsieur Poilièvre. Minoritairement, la population a jeté son dévolu sur l'ancien directeur de la Banque du Canada puis de la Banque d'Angleterre qui revient tout juste de Washington, d'une rencontre à la Maison Blanche avec le «p»étatsunien qui, contrairement à son habitude, a encensé le nouveau Premier Ministre canadien sans presque jamais lui laisser le droit de parole, roucoulant à son oreille des mots gentils et pour éviter de l'affubler du titre de «gouverneur du futur 51e état étatsunien» l'appelait par son prénom. C'est sans doute là que monsieur Carney aura «mark»é des points.

La suite des choses ? Difficile à prévoir mais il semble bien que les affaires partisanes boufferont une grande partie du temps des libéraux - apprendre à diriger un nouveau gouvernement minoritaire sous la direction d'un néophyte ; des conservateurs également, devant régler la situation d'un parti sans chef de l'opposition officielle et gérer le fait que plusieurs langues se délient à la suite des résultats ne les ayant pas favorisés malgré que depuis plus d'un an ils semblaient assurés de la victoire trônant dans les sondages de façon non équivoque.

Pour le NPD, c'est l'heure d'ouvrir la discussion sur les grandes questions fondamentales autant pour le parti que leur manière de reprendre du poil de la bête.

Le Bloc québécois reçoit une patae chaude et ça ne sera pas du bonbon tous les jours, surtout s'il se retrouve plus d'une fois devant le dilemme : devoir sauver le gouvernement ou le laisser s'écraser, provoquant un retour aux urnes, une activité pas très populaire auprès de la population. Il ne faut pas oublier que s'installe une certaine froideur dans ses relations avec le Parti Québécois, son grand frère.

Le Parti Vert n'a qu'une seule représentante au Parlement, son co-chef que LE CRAPAUD a découvert lors de ses entrevues, lui aussi vient de quitter la direction.

Ce qui s'en vient m'apparaît intéressant et je ne serais absolument pas surpris de voir disparaître de l'écran politique fédéral le parti de Maxime Bernier qui ne fait plus du sur-place mais se pulvérise faute de combattants. Une autre surprise et celle-ci me semble de taille : la résurgence du Parti 51 qui revendiquera l'annexion du Canada aux USA tout comme il le fit lors des élections québécoises de 1989, 2018 et 2022 sans résultats notables.

Si tout va comme prévu, le prochain billet portant sur la politique vue à travers la lunette du CRAPAUD, eh bien sera en octobre 2026...




dimanche 4 mai 2025

Hữu Ngọc R.I.P.


Hữu Ngọc    
 R.I.P.


 


2 jours après la commémoration du 50ième anniversaire de la Réunification du Vietnam et fin de la guerre, le 30 avril 1975, au lendemain de la Fête des travailleurs, le 1er mai, s’ajoute dans le grand livre de l’histoire vietnamienne, le 2 mai 2025, le nom qui désormais demeurera gravé dans la mémoire collective, celui de monsieur Hữu Ngọc , décédé à l’âge de 107 ans.
 
Considéré comme un des plus grands chercheurs spécialisé dans la culture vietnamienne, lui que l’on surnomme et que l’on surnommera toujours «le passeur de cultures», auteur de À LA DÉCOUVERTE DE LA CULTURE VIETNAMIENNE (publié aux éditions The Gioi), une œuvre gigantesque, autant que lui, indispensable à qui cherche véritablement à connaître et comprendre ce peuple dont il aura servi la cause de liberté et d’indépendance comme traducteur, enseignant, journaliste.
 
Raconter une vie qu’il a consacrée à la culture exigerait des pages et des pages, qu’il me soit permis plutôt de lui rendre hommage à partir de mon expérience personnelle auprès de lui. À chacun de mes voyages à Hanoï, il acceptait de me recevoir une fois que mon très grand ami Pham Tran Long m’est introduit à lui. Parfois s’ajoutait à nos rencontres l’ami Romain Kim (Benoît) qui aura été les yeux de Hữu Ngọc pendant plusieurs mois. Merci à vous deux de m’avoir périodiquement informé sur son état de santé.
 
Nos échanges se sont toujours tenues en français, une langue qu’il maîtrisait à la perfection, qu’il affectionnait particulièrement. D’ailleurs, je ne peux oublier qu’il me demandait souvent la raison pour laquelle j’avais choisi un titre vietnamien à mon roman écrit en français (DEP) et qu'il trouvait ma réponse pour le moins cocasse.
 
Monsieur Hữu Ngọc possédait une mémoire fantastique, y puisant à l’occasion des faits inédits qu’un historien aurait trouvés savoureux. Jamais la langue de bois entre nous, mais continuellement teintées de nuances qu’il expliquait par la culture de chaque époque. Rarement - moi si curieux - il n’abordait la personnalité de son ami Ho Chi Minh à qui il servit d’interprète (en allemand surtout), déjà conscient, je crois, de l’essentielle importance de cet homme dans le destin du pays dont il n’arrivait pas à concevoir qu’il puisse demeurer coupé en deux.


 


J’ai en mémoire cette journée complète avec lui et sa famille réunie, alors qu’il m’invita à partager le repas à ses côtés, racontant avec une délicatesse qui le caractérisait si bien l’importance du partage de la nourriture, mais surtout l’origine de cette habitude toujours présente chez les Vietnamiens, celle de s’informer auprès de leurs invités s'ils ont mangé. Mon ami photographe qui m’accompagnait à cette occasion, installé tout juste face à lui, le regardait - je ne peux oublier cette image - avec tellement de respect, un peu comme si toute l’histoire de son pays y était imprégnée. Ceci transparaît parfaitement bien dans la photo de famille qu’il prit à cette occasion.
 
De ces rencontres, à la fois uniques et si profondément humaines, je retiens la douceur de sa voix, cette façon si délicate de me prendre la main, me rappelant de lui parler tout près de l'oreille gauche, la meilleure disait-il, répétant «vous savez petit frère, les hommes ne peuvent vivre que s’ils ancrent leur avenir dans les chemins de leurs ancêtres…».
 
Une autre, celle-là particulièrement émouvante. Sa très chère épouse venait de le quitter. Il m’invita dans une pièce où se trouve l’autel des ancêtres, leurs photos dont celle de madame. Silencieux tous les deux devant cette image d’une femme au regard profond, il me prit par la main. La serra. Il venait de dire tout son amour avec cette retenue caractéristique du Vietnamien.


 


Monsieur Hữu Ngọc, vous auriez eu 107 ans le 22 décembre prochain, maintenant vous être immortel.


Madame Hữu Ngọc






samedi 3 mai 2025

1151e billet

 



La pluie dépose sa fatigue



 Il y a la pluie qui vient
                                            on la sent, ne la voit pas bien
 
Ici, on l’attend tant et tant
                                            là, on la craint à tout crin
 
La pluie barbouille les décors
                                            les sentiments, elle les décolore
 
Au bras d’un homme sans parapluie  
                                             languit  une femme issue de la nuit

Ils marchent comme on se promène
                                             sous la pluie, un silence humide les traîne
 
Et si la pluie déesse se posait
                                             du moins à se poser elle cherchait

 

 

 

Qu’adviendrait-il de ceux qui l’attendaient
De tous ceux qui, épeurés, l’appréhendaient
Cette pluie qui n’a que sa fatigue à poser
Indistinctement, sur mille lieux étrangers

 

 

 

Elle alimentait nos continuels rêves
                                        nos cauchemars harcelants qui sans trêve
 
Plaquaient aux nuits courtes et liquides
                                        d’insistantes, d’hallucinantes peurs translucides
 
Celles que certains tant et tant attendent
                                        d’autres, nombreux dans une inquiète sarabande
 
S’en éloignent dans d’interminables allers-retours
                                        sachant s’arrêter puis repartir à rebours
 
La pluie a-t-elle nettoyé nos nuits ?
                                        que laisse-t-elle une fois enfuie ?

 

Cette pluie imperméable
Arrose les rêves impénétrables
Envahira les cauchemars insupportables ...
... Lorsqu’elle aura déposé sa fatigue




mercredi 30 avril 2025

50 ans



Deux chars d’assaut fracassent les grilles protégeant l’entrée du Palais de Norodom. Ils se nomment T59 390 et T54B 843 ; nous sommes le 30 avril 1975, 12 h 30. 

Ils sont maintenant devenus des icônes nationales.
 
50 ans plus tard...

Depuis la fin de l’Opération Ho-Chi-Minh dont l’objectif était la chute de Saïgon et la réunification du pays, ce Vietnam qui, enfin, 6 ans après le décès de son libérateur changeait de drapeau, expulsait par les airs et par les eaux les envahisseurs américains, leurs marionnettes qui écrasaient sous leurs bottes une population prise en otage et vivant dans la désinformation malgré un support international formidable. 

Les exploiteurs du pays cherchent désespérément à fuir tels de lâches collaborateurs. Aujourd’hui encore on glorifie ces déserteurs, ces «boat people» qui ont tant et tant souffert... Le mérite-t-il vraiment ces fuyards aux mains ensanglantées, aux poches remplies de ce qui aura une valeur marchande, ailleurs, leur permettant de couler des jours heureux ? Le mérite-t-il vraiment ?
 
Le 30 avril 1975 le Vietnam devient un pays indépendant et libre comme l’a toujours proclamé Oncle Ho.
 
Tout est à reconstruire - les infrastructures administratives - la politisation de gens nouvellement habitués à la disparition d’un régime corrompu laissant place à un nouveau centré sur le peuple, sa dignité à retrouver, à reconquérir, à rebâtir.
 
Les blessures sont nombreuses, on a tant et tant violé durant ces interminables années de guerre : - la terre acidifiée par l’agent Orange, - les maisons brûlées, - les habitants civils et militaires ; surtout, on aura violé les espoirs d’une vie libre, empêché de briser le licou esclavagiste qui étouffait leurs âmes.  

Il aura fallu qu’un homme, infatigable, dont la foi en son pays, en sa réunification, transporte les Vietnamiens, les amenant à croire en eux et en elles, car il ne faut pas  oublier ces femmes qui menèrent des combats essentiellement importants pour la sauvegarde d’une nation porteuse d’avenir.
 
50 ans plus tard...

Le Vietnam est devenu une nation qui se ressemble, celle qu’elle a toujours été au plus profond d’elle-même, de ses ancêtres, une nation qui a éclos lorsque rassemblée malgré la trop longue césure qui tranchait son territoire en deux solitudes, C’était ne pas connaître l’âme vietnamienne. Cette volonté que certains puissants ont voulu broyer, à savoir que les gens du nord et les gens du sud seront, à jamais, incapables de s’unir, de se retrouver. Eh bien, cette volonté s’est transformée en  ardeur, peu commune, à s’approprier autant les souffrances cruellement ressenties au cœur des familles, que ce vouloir profondément ancré dans la force du travail et de la collaboration, l’assurance que l’indépendance et la liberté, maintenant acquises, durement, plus jamais, plus personne jamais ne pourra les en départir.
 



J’aurai été là, présent, fébrile, face au Palais de la Réunification - l’ancien Palais de Norodom - pour chaque 30 avril depuis 2012, coude à coude avec une innombrable foule rassemblée à 12h30 sous un soleil de plomb et plus tard en soirée alors que le temps devient tiède, participant aux réjouissances que les feux d’artifice éclairaient, feux qui, sans doute,  rappelaient à certains les détonations des kalachnikovs de 1975.
 
Aujourd’hui...

30 avril 2025, 50 ans après, jour de la Réunification du Vietnam, je lève mon chapeau et salue bien bas ce grand peuple !



dimanche 27 avril 2025

Puisque vous me le demandez !


Parfois, et encore maintenant, je demeure surpris par certains commentaires reçus qui m'indiquent que je devrais publier davantage ce type de billets par rapport à d'autres.

Les nouveaux arrivés sur le blogue, à mon grand plaisir, prennent le temps de crapahuter selon des itinéraires différents. On me parle encore du «grand-père» des premières heures, des récits de voyages, des clins d'oeil familiaux, ce qui démontre le côté éclectique du CRAPAUD.

Ce qui revient souvent et surtout régulièrement, c'est l'intérêt que l'on porte à mes carnets de lecture desquels je soutire des citations de mes auteurs préférés. On en redemande. Ce à quoi je réponds qu'il serait intéressant pour tous de composer son propre florilège. Ainsi, je m'amuse quelques fois à organiser une dialogue entre deux auteurs à partir d'un thème précis. J'avoue que cet exercice périlleux exige beaucoup de temps. Mais, c'est passionnant.

Puisque vous me le demandez... si gentiment, voici quelques citations ayant pour thème...  Allez ! Allez ! Trouvez-le.

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Dans cette vision brève et ramassée, toutes les fantasmagories de l’horreur que j’avais cru déchiffrer dans le nazisme me revenaient : l’enfer, la bête, l’adoration de la mort, la destruction. Encore une fois j’avais la conviction que le nazisme n’était pas un événement ponctuel mais l’achèvement d’un Mal qui sinuait depuis l’origine dans le cœur de l’homme et qui se signalait aussi bien par ses ravages historiques que par ses manifestations esthétiques.
                         . Fabrice HUMBERT
 
 
L’absence répétée ne finit-elle pas toujours par creuser son trou?
                       . Michel TAURIAC
 
 
La vérité des gens ne se jauge que dans l’échec ou la crise.
                        . Philippe LABRO

 
La plupart des traditions ne sont que les maladies d’une société.
                        . Carlos RUIZ-ZAFON

 
… il est bon d’avoir des gens fragiles autour de soi, ils nous aident à comprendre ce monde, même si je ne sais toujours que faire de ce que cela m’apprend.
                        . Jon KALMAN STEFANSON
 
En racontant des histoires, vous rendez objective votre propre expérience. Vous la séparez de vous-même. Vous cernez certaines vérités. Vous en inventez d’autres. Vous commencez parfois par un incident qui est réellement arrivé … et vous le projetez en avant en inventant d’autres incidents qui ne se sont pas réellement produits mais qui cependant aident à l’éclaircir et l’expliquer.
                        . Tim O’Brien

Tout finit comme tout a commencé, ou presque.
                        . Éric FOTTORINO

On se fatigue de la pitié quand la pitié est inutile.
                        . Albert CAMUS

Tout ce dont nous avons peur est en nous, dans ce que nous imaginons, dans ce qu’on appréhende de trouver si on scrute un peu trop longtemps l’obscurité.
                        . R.J ELLORY


                                             

Entre nostalgie et fantaisie ... (44)

  Il n'y a que le réalisme qui arrive à ne pas décrire le réel... ou plus précisément, à le décrire de manière telle qu'il devient ...