dimanche 19 janvier 2020

Qu'est-ce que le Têt ?

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Dans une foule de pays de l’Asie du sud-est, le Têt représente une période de l’année parmi les plus importantes, sinon la plus célébrée. Afin de bien saisir l’étendue et l’importance de cette fête du Nouvel An Lunaire, qui de mieux que monsieur Hữu Ngọc pour nous l’expliquer.

Cet article tiré de À LA DÉCOUVERTE DE LA CULTURE VIETNAMIENNE date de février 1994.

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- Concevoir le Têt comme un simple Nouvel An comme en Occident, c’est bien mal connaître le peuple vietnamien.

Nanti de lettres de créance respectables, le Nouvel An grégorien n’est pourtant pas arrivé à se faire accréditer en pays vietnamien, surtout dans les campagnes. Notre peuple lui rend des hommages polis, mais réserve toute la ferveur de l’âme au Têt traditionnel.

Plus d’un ami étranger me pose une foule de questions au sujet du Têt. Pourquoi le Nouvel An traditionnel vietnamien crée-t-il une telle intensité auprès de tout un peuple ? Ce qui saute aux yeux, c’est que quelques jours avant et après le Têt, les gares, les stations d’autobus, les aéroports sont bondés de monde alors que tous ces endroits sont désertés pendant les trois jours du Têt.

Pourquoi dans tout le pays, les marchés du Têt attirent tant d’acheteurs, de vendeurs et de marchandises, cinq, dix fois et même plus que d’ordinaire ? Pendant plusieurs mois, toute une section de l’économie est mobilisée pour la production d’articles du Têt. Et des centaines de camions qui apportent de la forêt des tonnes de feuilles de dong pour envelopper les gâteaux rituels de bánh chưng. Pourquoi cette atmosphère d’allégresse, de joie et de relaxation qui baigne êtres et choses pendant le Têt et qui se prolonge parfois plusieurs mois avec des fêtes printanières à la campagne ? Elle se reflète dans une floraison de journaux et de revues du Têt dont le tirage est doublé ou triplé. Cette ambiance du Têt n’est pas un phénomène nouveau.

Voici ce qu’a noté à Hué, il y a plus d’un siècle, un médecin militaire français accompagnant les troupes expéditionnaires au Tonkin : “Pendant près d’un mois, les indigènes, riches et pauvres, vont cesser toutes leurs occupations et passer leur temps à boire, à manger et à se divertir. Plus de commerce, plus de travaux des champs. “ (Docteur Hocquard, UNE CAMPAGNE AU TONKIN, 1892).

Le Têt est une fête mobile qui tombe toujours entre la dernière décade de janvier et la seconde de février.

Pour un peuple de paysans attaché depuis des millénaires à la terre, il a été et reste avant tout une fête de communion de l’homme avec la nature. Dans le rythme des saisons, il marque un temps de pause durant lequel la rizière et le cultivateur goûtent la joie du repos complet après douze lunes de travail. Quang Trung, le dirigeant de la plus grande révolution paysanne de notre histoire, a dû en 1789 faire célébrer quelques jours à l’avance ces traditionnelles festivités pour pouvoir lancer à temps une attaque décisive contre l’armée d’invasion mandchoue campée à Hanoi.

Au cours de cette période de renouveau universel, l’homme du Vietnam sent sourdre en lui la sève printanière qui agit comme une eau de Jouvence purificatrice. De cette sensation presque impersonnelle, sont nées de charmantes coutumes: tout acte de l’An Neuf doit être pur et beau, car il constitue un augure engageant les douze lunes qui suivent. Trois jours durant, on évite de se mettre en colère, de se dire des mots grossiers, la belle-mère la plus acariâtre fait la paix avec sa bru, les époux en désaccord s’efforcent de se sourire, il faut que le monde " neuf " soit le meilleur des mondes. Le temps du repos sacré écoulé, on reprend les activités avec une âme " neuve ", après les cérémonies " d’ouverture " : " ouverture du sillon " pour le paysan, " ouverture des sceaux " pour le fonctionnaire, " ouverture du pinceau " pour le lettré, " ouverture du magasin " pour le commerçant...

Le Têt, c’est aussi la fête de la famille et du patelin. Dans le temps, le villageois quittait rarement la haie de bambous, et ceux qui ne pouvaient pas rejoindre le foyer pendant le Têt, souffraient avec acuité du " mal du pays ". Il est de règle que tous les membres de la grande famille " mangent le Têt " ensemble sous le même toit. Les enfants promettent d’être sages, 
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les grandes personnes leur distribuent des étrennes enveloppées dans du papier écarlate. Les amis et connaissances échangent des voeux que les générations anciennes voulaient " homériques ".

La société des vivants se réjouit sous l’oeil bienveillant des ancêtres, invités à revenir passer quelque temps au monde de l’éphémère. Plusieurs fois par jour, on brûle des baguettes d’encens, on renouvelle les victuailles, l’eau pure, les fleurs et les chiques de bétel exposées en offrande sur l’autel.

Les tombes reçoivent des soins pieux, en général avant que l’An ancien n’expire; on en renouvelle la clôture, on en débarrasse les mauvaises herbes.

Le Têt vietnamien, c’est la communion de tout un peuple dans un idéal de paix, de concorde, d’amour du semblable, je n’en connais pas d’autres manifestations grégaires aussi humanistes. Peut-être que mon ami, le sociologue américain G. Katsiaficas, disciple de Marcuse, pourrait le prendre comme exemple pour illustrer sa thèse de " pulsion de vie " (Eros) qui unit les hommes collectivement, par opposition aux " pulsions de mort " (Thanatos).

     
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samedi 21 décembre 2019

BON ANNIVERSAIRE, Monsieur Hữu Ngọc

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Monsieur Hữu Ngọc et son épouse qui est médecin.
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Monsieur Hữu Ngọc,

votre ami québécois vous souhaite un bon anniversaire, le 102ième.

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Merci d'être si présent à mon coeur comme vous l'êtes pour tant et tant de 
Vietnamiens 
qui reconnaissent en vous le gardien du phare de la culture 
vietnamienne.


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Que la prochaine année vous garde en santé physique n'ayant aucune crainte quant à  votre santé intellectuelle.

À bientôt


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  Monsieur Hữu Ngọc avec en mains À LA DÉCOUVERTE DE LA CULTURE VIETNAMIENNE ainsi que DEP.



samedi 14 décembre 2019

CHRONIQUES VIETNAMIENNES

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Depuis le premier jour, alors que je vous parlais de monsieur Hữu Ngọc, écrivain, journaliste et éminent chercheur culturel, celui dont le livre encyclopédique À LA DÉCOUVERTE DE LA CULTURE VIETNAMIENNE m’aura servi de référence dans l’écriture de Đẹp, plusieurs, devant leur méconnaissance de l’oeuvre d’un des plus grands intellectuels vietnamiens encore vivants - il aura 102 ans le 22 décembre prochain - m’ont demandé de leur proposer certains éléments de sa pensée.

Voici un de ses textes publiés en mars 1999: Où va la famille traditionnelle ?
Sans aucun doute, la famille représente un des piliers qui fondent la culture vietnamienne. Je vous laisse l’apprécier.


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. La Révolution de 1945 qui a mis fin à une période de quatre-vingts ans de joug colonial, a aussi remis en question des valeurs culturelles traditionnelles, parmi lesquelles la famille ancienne qui avait déjà commencé à changer sous l’influence française (c’est-à-dire occidentale), surtout en ville. Ces changements se sont accentués à cause de l’impact des idées de démocratie, de socialisme, d’autant plus que des dizaines de milliers de familles se trouvèrent dispersées pendant les longues années de guerre. Depuis deux décennies, après la guerre, ces changements se sont accélérés, surtout depuis l’application de la politique de rénovation (Đổi mới) en 1986. Celle-ci préconise l’économie de marché et l’ouverture à tous les pays du monde, en particulier à ceux de l’Ouest.

L’avance économique qui résulte de cette politique et les facteurs précités, ainsi que l’invasion des cultures occidentales, ont bouleversé non seulement les valeurs familiales anciennes mais touchent encore à toute notre culture traditionnelle basée sur le sens de la communauté (famille - village - nation).

La crise de la famille traditionnelle a été perçue par plusieurs écrivains dans le milieu des années quatre-vingts. En 1985, le roman Mùa lá rung trong vườn (Saison des feuilles mortes dans le jardin), de Ma Van Khàng, en sonne le glas de manière nostalgique. En 1987, Tướng về hưu (Un général à la retraite) de Nguyên Huy Thiêp est un coup de tonnerre dans le ciel apparemment serein des lettres. Cette brève composition littéraire de fiction donne une image troublante de la société dans laquelle l’officier général de la Révolution de 1945, issu du peuple, ne se retrouve pas, car elle n’est pas celle qu’il espérait quand il combattait. Il ne se retrouve pas dans sa propre famille, parmi ses propres enfants, dans son propre village, et il choisit une mort pathétique.

Depuis plus d’une décennie, de nombreuses études ont été menées par les chercheurs en sciences sociales pour trouver une juste appréciation de l’état actuel de la famille vietnamienne. Certaines conclusions sont optimistes: “Ce qui est positif, progressiste, c’est le développement des rapports basés sur l’égalité, la démocratie, etc. La famille est en train de revenir à ses fonctions premières qui, pendant une certaine période, ont été négligées ou écartées. Elle n’est pas confrontée à une crise, mais s’est trouvée plutôt devant une impasse, un écroulement, si crise il y a, ça serait une crise de maturité”.

L’auteur Lê Thi, se hâte d’ajouter des questions épineuses sur le devenir de la famille: Que doit-elle conserver de la tradition ? Quelles valeurs adoptées parmi celles de la culture moderne ? Comment combiner l’ancien et le moderne ? Quel est le rôle de l’individu ?

D’autres chercheurs, tel Nguyên Tai Tu, se montrent plutôt pessimistes. Selon ce dernier: “La famille a connu de nouveaux problèmes pour des raisons diverses”.
Premièrement, bien des personnes sentent que la famille n’offre plus l’endroit le plus stable pour nourrir et élever les enfants.
Deuxièmement, parmi les riches et les puissants, les pauvres et les faibles, le nombre de personnes jouissant du bonheur familial diminue de plus en plus.
Troisièmement, les rapports familiaux préparent de moins en moins les jeunes membres à aborder les rapports sociaux. Un chercheur de Hô-Chi-Minh-ville, Nguyên Minh Hoa, constate: “La famille perd peu à peu ses fonctions économiques (en tant qu’unité collective), elle acquiert des fonctions de consommateur de produits et de services sociaux. La fonction éducatrice des enfants est prise en charge par la société. La fonction de protection et celle de prodiguer des soins, au point de vue matériel et moral, a tendance à diminuer peu à peu, elle est remplacée partiellement par la société”.

La désintégration de la famille s’est aggravée. Chaque jour, les médias donnent régulièrement des informations sur des phénomènes sociaux inimaginables il y a une trentaine d’années: indignité des parents, banalisation de l’adultère et du divorce, conduite ingrate des enfants, conflits fraternels à cause de l’argent, multiplication des délits chez les enfants, et la liste peut s’allonger. Tous ces maux ont comme causes communes, entre autres, l’effet négatif de l’économie de marché (course effrénée au profit afin d’assouvir les plaisirs matériels) et la baisse de la morale familiale (culte exacerbé de l’individu).

Bien que d’importance primordiale, la famille n’est qu’une des valeurs traditionnelles. Le problème doit donc être posé dans un cadre culturel général. À notre époque de mondialisation, il s’agit de réaliser un amalgame des cultures orientale et occidentale. Concernant l’institution familiale, il faut emprunter à la famille occidentale ses éléments de démocratie et d’individualité (non d’individualisme). En même temps, la famille traditionnelle doit se débarrasser de certaines conceptions confucéennes surannées (infaillibilité des parents, mépris de la femme, patriarcalisme) et garder ses éléments positifs (harmonie et non-conflit des générations, fierté bien comprise de la lignée). De nombreuses pratiques traditionnelles louables demeurent malgré les bouleversements contemporains: culte des ancêtres, visite printanière des tombeaux, célébration des anniversaires de la mort, du Têt, réunions des membres de la lignée (pratique nouvellement réinstaurée).


Voilà, je vous promets de publier d’autres textes de monsieur Hữu Ngọc.























samedi 23 novembre 2019

CHRONIQUES VIETNAMIENNES




Ce billet ne se veut pas une tentative d’explication des événements qui se déroulent actuellement à Hong Kong, en fait l’expression “se déchaînent” s’avère plus juste. Encore moins un éditorial ou une prise de position, sans toutefois être complètement neutre mon regard y constate ceci.


La situation qui perdure dans cette ancienne colonie britannique, revenue dans le giron de la Chine le 1er juillet 1997 suite à des longues négociations qui accouchèrent du principe suivant - “un pays, deux systèmes” - et qui s’intégrera à elle de façon définitive en 2047, ne peut que m'interroger.

                                                       

Elle origine de "la révolution des parapluies", elle-même née en septembre 2014 et qui réclamait davantage de démocratie et la modification du mode de scrutin censé désigner le chef de l’exécutif local. Dès lors, on nous habitue à des manifestations imposantes, animées par un groupe trans-partisan, l’OCPL - Occupy Central with Love and Peace. Des foules dépassant parfois le million de gens, sont composées, semble-t-il, de différentes factions de la société hongkongaise. On n’a qu’à citer celle, fort symbolique, tenue lors du 70e anniversaire de la Révolution chinoise, le 1er octobre 2014 à laquelle des dizaines de milliers de personnes ont participé.


"La révolution des parapluies" n’aura pas réussi à soutirer quoi que ce soit de la part des autorités locales bien appuyées par la Chine. Il faudra attendre 2019, en février, alors que l’exécutif en place dépose un projet qui allait modifier substantiellement la loi sur les extraditions de citoyens de Hong Kong vers la Chine, pour qu'immédiatement, l’opposition, les juristes et les milieux économiques se soulèvent craignant la venue indirecte du contrôle chinois sur le territoire. En mars, on réduit la liste des motivations, mais cela ne suffit pas car en avril, des milliers de gens prennent la rue afin de protester. En mai, on limite une autre fois la possibilité d’extradition à ceux ou celles qui encourent un minimum de sept années d’emprisonnement, assortie de promesses de garanties sur les procès.


Cela ne répond pas aux revendications, puisque le 4 juin 2019 - à Hong Kong - des dizaines de milliers de gens commémorent les 30 ans du massacre de la Place Tiananmen à Pékin. Fait unique, et historique à la fois, si on tient compte de tout le secret qui a entouré cet événement.


Quelques jours plus tard, le 9 juin, plus d’un million de manifestants descendent dans la rue et cela pour plus de sept heures. La population de Hong Kong s'élève à 7 millions de personnes. 

La cheffe du Conseil législatif de Hong Kong, madame Carrie Lam, promet une révision du texte, mais le 12 juin on la reporte à une date ultérieure, ce qui met le feu aux poudres enclenchant une suite de manifestations et le recours à la violence, autant policière que dchez les manifestants. Un premier opposant meurt cette journée-là alors que l’on tente d’entrer dans le parlement.

                                                    
    
Malgré que madame Lam ait, à nouveau, pratiqué une valse d'allers et de retours - le 15 juin, elle rectifie et annonce la suspension du projet de loi - on assistera le lendemain au défilé de deux millions de personnes revêtues, pour la plupart, de noir, et exigeant sa démission.

                                                         

Le 17 juin est libéré Joshua Wong, le leader du mouvement des parapluies, qui immédiatement appelle la population à la révolte.

                                                      

Depuis, on n’a qu’à suivre les vidéos qui proviennent de Hong Kong, les appels à l’appui international pour comprendre que la situation explosive qui y règne est loin de se calmer.

                                                             


Question: pourquoi cette situation me préoccupe-t-elle ?Plusieurs raisons l’expliquent. D’abord, la ville de Saïgon (Ho-Chi-Minh-ville) calque ses visées d’avenir sur l’image de Hong Kong. Certains, plusieurs même, avancent l’idée que l’on souhaite, ici, dépasser ce modèle économique et devenir un deuxième Hong Kong. Je sais que les jeunes y croient, le souhaitent. Un modèle, on peut le modifier tout en l’imitant, mais comme il s’agit, ici, d’un patron capitaliste avec tous les avantages et inconvénients que cela transporte, on peut sans doute émettre l’hypothèse que des actions et des réactions similaires à celles que l'on connaît à Hong Kong actuellement puissent s’y produire.

Ensuite, il y a le fait que je me suis toujours intéressé aux mouvements d'opposition, que ce soit la Révolution tranquille du Québec, celle de Mai ‘68 en Europe, la situation au Vietnam, le FLQ en 1970, ce type de mouvements qui accrochent la jeunesse en proposant de nouvelles approches, de nouveaux vocabulaires et surtout de nouveaux concepts.

Ce qui m’accroche dans ce que l’on pourrait continuer appeler la Révolution des Parapluies, c’est beaucoup l’implication des jeunes, oui, mais aussi cette solidarité qui rapidement a pris forme autour des différentes couches de la société. 

Rappelons que Hong Kong n’est plus une colonie britannique depuis 1997, il y a donc 22 ans... Dans la rue, dans les universités, les jeunes de 22 ans et moins doivent s'adapter à un paradigme qui n’est pas celui de leurs parents. Ils se retrouvent à devoir choisir entre la démocratie à l’anglaise, celle que leurs parents ont connue,  et celle qui anime les autorités en place afin d’offrir Hong Kong sur un plateau d’argent, en 2047, aux autorités chinoises.

Tout cela reste à voir, bien entendu. 




SI NATHAN AVAIT SU... (Partie 3) - 2 -

  Monsieur Thompson, avant de choisir le restaurant qui conviendrait à un tête-à-tête avec sa fille, pensa l’inviter là où ils pourraient go...