lundi 8 juin 2015

QUATRE (4) CENT-SOIXANTE-CINQ (65)

Giacometti

     Il pleut. La froidure ne sait pas trop comment s’excuser d’être en retard dans un printemps nuageux, gris, complètement indécis. Une température qui appelle Berlioz ou le Die Moldau de Smetana, l’un comme l’autre, à réchauffer la maison de Saint-Pie.

J’ai beau me répéter que c’est juin, à moins de deux semaines de l’été, tout cela s’évapore dans l’irréel des journées comme celle-ci qui ont l’audace de se perpétuer régulièrement.

Non. Je ne dirai pas qu’à Saïgon la chaleur quasi caniculaire fait rage ou du moins enragent les plus résistants. Non. Mais j’y songe.


Pour les habitués du CRAPAUD qui savent le plaisir que j’ai à réunir différents auteurs à partir d’une thématique, vous vous y retrouverez; pour les nouveaux venus, j’espère réussir à vous faire partager cette douce fantaisie.

Le thème aujourd’hui : les humains. Facile me direz-vous. Certainement répondrais-je. Voilà la raison pour laquelle je complexifie le tout m'astreignant à ne citer que les auteurs de livres lus au Vietnam entre novembre 2014 et mai 2015. Petit défi mais défi tout de même.

Pourquoi ''les humains''? 

Les êtres humains forment une grande confrérie, l’humanité. Sans doute à cause de cette définition que l’actualité atrophie : ensemble des hommes, du genre humain, parfois considéré comme constituant un tout, un être collectif.

Lorsque je regarde ce qui se passe autour de moi, ce qui arrive aux migrants de Birmanie, du Bengladesh… les exactions de l’EI… les bavures de plus en plus nombreuses et criminelles des policiers à travers le monde… des guerres aux allures de génocides au Moyen-Orient, en Afrique entre autres… à la désinvolture effarante avec laquelle nos politiciens nient  les conséquences suicidaires des gestes posés envers l’environnement… l’insouciance généralisée devant les dégâts dus à l’exploitation outrancière de la nature… Tout cela, et davantage encore, soulève une interrogation : l’humanité est-elle encore un tout, un être collectif?

Et on parle, on parle encore et toujours autour de différentes tables ici et là. Sans aucune action concrète. L’économie, ce nouveau dieu mondial, cette prémisse que l'on décline dans toutes les langues du monde, est devenue la précellence. Notre Harper national l’illustre à merveille. Vous le reconnaîtrez dans ce court vers de René Char : ''L’essentiel est sans cesse menacé par l’insignifiant.''

Je cherche donc un peu d’espoir auprès d’auteurs pour qui l’humanité, les êtres humains, pour qui cela signifie toujours quelque chose.

C’est autour (avec la complicité) de Wajdi Mouawad, Amos Oz, Gabriel Garcia Marquez, Maxence Fermine, Tonino Benacquista et Jon Kalman Stefanson que je m’invite à cette réflexion sur les êtres humains… sur un hypothétique être collectif.



. Il y a des êtres qui nous touchent plus que d’autres, sans doute parce que, sans que nous le sachions nous-mêmes, ils portent en eux une partie de ce qui nous manque.  
ANIMA   Wajdi Mouawad


. Comment peut-on être humain, c’est-à-dire sceptique, capable d’ambivalence morale, et essayer en même temps de combattre le mal? Comment résister au fanatisme sans devenir soi-même fanatique? Comment combattre pour une noble cause sans devenir un combattant? Comment lutter contre la cruauté sans se laisser contaminer? Comment utiliser l’histoire sans éviter les effets toxiques d’une surdose d’histoire? Il y a quelques années, à Vienne, j’ai vu dans la rue une manifestation d’un groupe d’écologistes, qui protestaient contre les expériences scientifiques sur les cochons d’Inde. Ils portaient des pancartes avec l’image de Jésus entouré de cochons d’Inde martyrisés. Leur slogan était: ''Il les aimait aussi.''
Peut-être bien, mais certains d’entre eux m’ont paru capables, un jour ou l’autre,    d’abattre des otages pour mettre fin aux souffrances de ces animaux. Le syndrome de l’idéalisme farouche, ou du fanatisme anti-fanatique, doit inspirer de la vigilance aux personnes bien intentionnées, ici, ailleurs, et partout. En tant que conteur et activiste politique, je garde constamment présente à l’esprit l’idée qu’il est assez facile de distinguer le bien du mal. Le véritable défi consiste à identifier différentes nuances de gris; à calibrer le mal et à s’efforcer d’en définir les grandes lignes; à différencier le mal du pire.
LES DEUX MORTS DE MA GRAND-MÈRE   Amos Oz

Dans un siècle, vivront ici d’autres hommes, très différents de nous. Des gens raisonnables et réfléchis, qui considéreront nos souffrances d’un œil surpris, circonspect, voire gêné. En attendant, on nous a installés à Jérusalem pour nous en confier la garde. Tâche que nous accomplissons dans la violence, l’obscurantisme et l’injustice. Nous nous humilions les uns les autres, nous nous insultons, nous nous maltraitons, non par méchanceté mais par indolence et pusillanimité. Nous recherchons le bien et faisons le mal. Nous voulons soulager les souffrances et nous les envenimons. Nous rajoutons à la détresse à force de raisonner.
LA TROISIÈME SPHÈRE  Amos Oz


… il se laissa gagner par sa propre conviction que les êtres humains ne naissent pas une fois pour toutes à l’heure où leur mère leur donne le jour, mais que la vie les oblige de nouveau et bien souvent à accoucher d’eux-mêmes.

L’humanité, comme une armée en campagne, avance à la vitesse du plus lent.
L’AMOUR AUX TEMPS DU CHOLÉRA  Gabriel Garcia Marquez


On croit longtemps vivre entouré de gens, de proches, d’une famille aimante. À force d’habitude, on se croit préservé à jamais du malheur et  de la solitude, pièce indispensable dans la grande mosaïque du monde. Et puis, un jour, la mosaïque se fendille et les joints éclatent, jusqu’à ce que chacune des pièces qui constituaient cette étrange fresque humaine s’isole un peu plus des autres. Alors on se retrouve seul face à son reflet dans le miroir, seul dans le cortège des jours qui défilent, et on comprend qu’il n’en était rien.
LE TOMBEAU D’ÉTOILES  Maxence Fermine


Tout le monde se trompe, tout le monde se croise et personne ne va là où il devrait aller. Il paraît que ça caractérise l’humain.
QUATRE ROMANS NOIRS  Tonino Benacquista  (La maldonne des sleepings)


L’être humain est constamment rappelé à son insignifiance, confronté aux grandes questions.

L’être humain est capable d’oublier la plupart des choses ou de les nier en fermant les yeux plutôt qu’en les ouvrant et il est presque toujours plus facile de détourner les yeux que de regarder, car celui qui regarde est forcé de reconnaître ce qu’il voit, ensuite, il n’a pas d’autre choix que de l’affronter.
LA TRISTESSE DES ANGES   Jon Kalman Stefanson 



On appelle à la vigilance; on invite à l'engagement citoyen; on incite à mieux décoder les véritables enjeux, les véritables intérêts qu'ils soient individuels ou collectifs; on hurle à la démocratie alors que le mot démocrature forgé il y a plusieurs décennies, en espagnol, par le célèbre écrivain uruguayen Eduardo Galeano (qui vient de mourir à Montevideo) conviendrait mieux. Il désignait certains régimes qui, sans être des dictatures militaires ouvertes et assumées, conservaient une nature oligarchique, militariste et intolérante face à toute opposition organisée.

L'oeuvre à poursuivre serait-elle aussi simple que: tenter de demeurer humain, tenter de le redevenir...

À la prochaine

dimanche 31 mai 2015

QUATRE (4) CENT-SOIXANTE-QUATRE (64)


Tel qu'annoncé à l'effet que j'allais vous offrir quelques citations tirées de chacun des deux coups de foudre de mes lectures (mai 2014 à mai 2015), eh bien les voici. 
Cela ne interdit absolument pas de vous lancer dans leur lecture.








                                                                             






















L’ORIGINE DE LA VIOLENCE de  Fabrice Humbert 

- Lors d’un voyage scolaire en Allemagne, un jeune professeur, Nathan Fabre, découvre au camp de concentration de Buchenwald la photographie d’un détenu dont la ressemblance avec son propre père, Adrien, le stupéfie…Rentré en France, il retrouve son père, sa famille, mais le souvenir de la photographie ne le quitte plus. Il décide alors de se lancer dans une recherche qui va bouleverser sa vie.

Voici quelques extraits de ce livre à la fois déchirant d'émotion et garni d'inattendus à chacune des pages:

.  Le microscope a ceci de merveilleux qu’il nous enfonce dans un monde aux déclivités énormes, aux contours fabuleux, comme un conte visuel d’ordinaire inaccessible. La mince lamelle translucide, sur laquelle est déposée un minuscule fragment, révèle brutalement un univers, de sorte que l’infiniment petit recèle autant de richesses qu’une planète entière. Mais en même temps, l’œil collé à l’embout noir, absorbé par ce nouveau monde, ne voit plus rien de l’ancien.


   … si la mémoire s’arrêtait en même temps que meurent les générations, l’humanité n’existerait plus.

.  Rien de plus difficile pour un homme que l’espoir déçu.

.  Dans cette vision brève et ramassée, toutes les fantasmagories de l’horreur que j’avais cru déchiffrer dans le nazisme me revenaient : l’enfer, la bête, l’adoration de la mort, la destruction. Encore une fois j’avais la conviction que le nazisme n’était pas un événement ponctuel mais l’achèvement d’un Mal qui sinuait depuis l’origine dans le cœur de l’homme et qui se signalait aussi bien par ses ravages historiques que par ses manifestations esthétiques.

.  L’oubli, c’est ce qu’on a trouvé de mieux pour les secrets. Ce n’est pas de la lâcheté, c’est juste la voix de la vie. (…) … la mémoire est pour les morts ou les mourants, ‘oubli est pour les vivants. C’est valable pour les peuples comme pour les individus.




Mozart nous a offert LA TRISTESSE DES ANGES dans son Requiem pour un rêve:


www.youtube.com/watch?v=EwS8yZ3sUwk


Dans le livre La tristesse des anges qui fait suite au roman Entre ciel et terre, Jon Kalman Stefansson, auteur islandais, nous présente Jens le Postier arrivant au village. Accueilli par Helga et le gamin qui le détachent de sa monture avec laquelle il ne forme plus qu'un énorme glaçon. Sa prochaine tournée doit le mener vers les dangereux fjords du Nord. Il ne pourra pas les affronter sans l'assistance d'un habitué des sorties en mer.

Le gamin qui l'accompagnera dans son périple, découvre la poésie et prend peu à peu conscience de ses désirs. Il ira «là où l'Islande prend fin pour laisser place à l'éternel hiver». Malgré leurs différences, ils n'ont d'autre choix que de se raccrocher l'un à l'autre, face à l'impitoyable nature.


Au milieu des tempêtes enneigées islandaises, Jón Kalman Stefánsson fait naître une stupéfiante chaleur érotique. Mariant douceur et extrême, il restitue cette intense lumière qui «nous nourrit autant qu'elle nous torture».

La tristesse des anges de Stefansson, c'est la neige, un personnage important à l'extrême.

Voici des extraits parmi tant d'extraits que j'ai conservés de ce roman de la froidure, de la découverte des limites de la virilité





LA TRISTESSE DES ANGES de Jon Kalman Stefansson 

.  … la poésie ne nous rend pas humbles ou timides, mais sincères, c’est là son essence et son importance.

.  Nous mourons si nous n’écoutons pas ce qu’enseigne l’expérience, mais nous moisissons si nous y prêtons trop d’attention.

.  Nombreux sont ceux qui choisissent de se taire quand la vie leur inflige les plus cuisantes brûlures, d’ailleurs, les mots ne sont souvent que des pierres inertes, des vêtements élimés et usés. Ils peuvent également être de mauvaises herbes, de dangereux vecteurs d’infection, des planches vermoulues qui ne supporteraient même pas le poids d’une fourmi et d’autant moins celui d’un homme. Pourtant, ils sont l’une des rares choses qui demeurent à portée de main lorsque tout semble se jouer de nous. 

.  Gardez bien cela à l’esprit. N’oubliez pas non plus ce que nul ne comprend : les mots les plus insignifiants et les plus improbables peuvent, sans qu’on s’y attende, se charger d’un lourd fardeau et conduire la vie pour la sauver par-delà les plus vertigineuses crevasses.

.  Le destin peut toutefois tisser des liens inattendus, nous devons en être reconnaissants, sinon, bien des choses seraient prévisibles et l’air qui nous entoure ne connaîtrait que peu de mouvement, si peu qu’il en deviendrait vicié et que l’existence nous semblerait endormie et morne. L’étonnement et l’inattendu sont des forces physiques qui mettent l’air en mouvement et chargent la vie d’électricité.

.  … l’homme doit toujours souffler longuement sur les braises afin que le feu ne meure pas, quel que soit le nom qu’on lui donne : vie, amour, idéal, il n’y a que l’étincelle du désir qui s’éveille d’elle-même, l’air est son combustible et l’air enveloppe la terre.

.  Celui qui vit dans le doute n’arrive jamais à rien, il ne devient rien.

.  Tout comme l’homme, l’océan possède une chair sous la peau et il faut du temps pour se remettre d’un assaut. Il est rarement possible de juger les choses à leur surface, qu’il s’agisse de la mer ou de l’être humain, et par conséquent il est tellement facile d’être la proie d’une illusion qui peut nous coûter la vie ou le bonheur : je me suis donnée à toi car tu étais si doux et si beau en surface et me voilà désormais malheureuse; je suis parti en mer parce que les eaux étaient calmes, à présent je suis mort, je pleure dans les profondeurs parmi d’autres noyés, les poissons me traversent le corps.

.  Le meilleur moyen de s’assurer une vie aussi paisible qu’engourdie est de ne pas mettre en doute ce qui nous entoure – seul vit celui qui doute.

.  La poésie est un monde à l’arrière du monde.

.  La vie de l’homme n’est qu’une vague vibration de l’air, elle est si brève qu’elle passerait inaperçue aux anges s’ils fermaient un instant leurs paupières.

.  … il est vrai que les mots peuvent être tellement vacillants, tellement fragiles, il existe un tel abîme entre eux et les choses qui s’agitent au fond de vous, et cette distance est souvent source de regrettables malentendus, il arrive même qu’elle détruise des vies. Voilà pourquoi il vaut parfois mieux se taire et s’en remettre à ce que voient les yeux.

.  Serre-toi tout contre moi, le froid s’évanouira.
   Serre-toi tout contre moi, la solitude s’adoucira.
   Serre-toi là contre moi, la beauté règnera.
   Serre-toi bien contre moi, la mort ne m’effrayera.
   Serre-toi fort contre moi, et je trahirai tout.

.  … le pouvoir engendre invariablement l’injustice et, bien que la vie soit probablement belle, l’être humain est bien imparfait.

.  Le bonheur est éphémère mais l’amertume est plus tenace, elle t’est plus fidèle, elle ne t’abandonne pas, l’amour est un vacillement, la haine, un roc.


.  L’être humain est capable d’oublier la plupart des choses ou de les nier en fermant les yeux plutôt qu’en les ouvrant et il est presque toujours plus facile de détourner les yeux que de regarder, car celui qui regarde est forcé de reconnaître ce qu’il voit, ensuite, il n’a pas d’autre choix que de l’affronter.


À la prochaine











mardi 19 mai 2015

QUATRE (4) CENT-SOIXANTE-TROIS (63)


La Librairie française de Saïgon
     C'est devenu une tradition annuelle. Comme une sorte de bilan des lectures du Crapaud.

Mais d'abord, une courte explication pour les nouveaux adeptes du CRAPAUD GÉANT DE FORILLON: les billets écrits et publiés de Saint-Pie sont numérotés tout comme celui-ci (463); ceux en provenance du Vietnam se retrouvent regroupés soit sous la rubrique Les chroniques de... ou sous un titre original.

Le 463 vous indique sa situation dans le temps, c'est-à-dire selon l'ordre de parution depuis septembre 2005 alors que démarrait ce blogue.

Revenons au bilan des lectures. Je précise que depuis mes séjours vietnamiens qui remontent à l'hiver 2011, la liste des livres lus s'étend d'un mois de mai à l'autre. Je respecte mon objectif de ne lire, au Vietnam, que des livres d'auteurs
qui me sont inconnus ou d'auteurs que je n'avais pas encore eu l'occasion de m'approprier. À Saint-Pie, c'est plus étendu comme choix d'oeuvres à lire et ouvert aux recommandations. Je tiens d'ailleurs à remercier celles et ceux qui l'ont fait suite à la publication du bilan de l'an dernier.

J'ai aussi l'habitude de vous donner mes deux coups de coeur, c'est-à-dire un auteur ou un livre qui m'a fait chavirer le coeur, l'esprit et remplit de bonheur. L'an dernier ce fut un livre, cette année deux auteurs. Vous retrouverez leur nom à la fin du billet mais débutons par la liste.


                                                                         Liste des livres lus 2014/2015

L’EXCEPTION            Audur Ava Olafsdo’thur
ROSA CANDIDA        Audur Ava Olafsdo’thur
DANS LE GRAND CERCLE DU MONDE      Joseph Boyden
LES COLLINES D’EUCALYPTUS                Duong Thu Huong
LETTRE AU PÈRE                                   Kafka


CHANTER                                                               
Amos Oz
AINSI RÉSONNE L’ÉCHO INFINI DES MONTAGNES     
Khaled Hosseini
CHERCHER SAM                                                      
Sophie Bienvenu
EN FINIR AVEC EDDY BELLEGUEULE                         
Édouard Louis
UNE ENFANCE MAL FERMÉE                                     
Jean-François Beauchemin


LA SOLITUDE DES NOMBRES PREMIERS                    Paolo Giordano
ANIMA                                                                    Wajdi Mouawad
LES DEUX MORTS DE MA GRAND-MÈRE                     Amos Oz
RABOLIOT                                                               Maurice Genevoix
L’ÉTUDIANT ÉTRANGER                                            Philippe Labro 



JUSTE AVANT L’HIVER                                              
Françoise Henry
FERRAILLE À VENDRE                                               
Anthony Burgess
VENT D’EST, VENT D’OUEST                                      
Pearl Buck
LES AMANTS CALLIGRAPHES                                     
José Frèches
L’AMOUR AUX TEMPS DU CHOLÉRA                            
Gabriel Garcia Marquez

LE TOMBEAU D’ÉTOILES                                            Maxence Fermine
LES GRANDES PERSONNES                                        Bruno Tessarech
LES LETTRES DE CAPRI                                              Mario Soldati
MOBY DICK                                                               Herman Melville
AU PAYS                                                                   Tahar Ben Jelloun



UN GARÇON PARFAIT                                                 
Alain Claude Sulzer
L’ORIGINE DE LA VIOLENCE                                       
Fabrice Humbert
LA COLÈRE DE L’AGNEAU                                            
Guy Hocquenghem
RIEN NE S’OPPOSE À LA NUIT                                      
Delphine de Vigan
JADE                                                                          
Michel Tauriac



LES GENS                                                                   Philippe Labro
LE PALAIS DE MINUIT                                                  Carlos Ruiz Zafon
QUATRE ROMANS NOIRS                                              Tonino Benacquista
1.- La maldonne des sleepings
2.- Les morsures de l’aube
3.- Trois carrés rouges sur fond noir
4.- La commedia des ratés
L’INVITÉ                                                                      Hwang Sok-yong
GÉOGRAPHIE DES BALEINES                                         Manuèle Peyrol



LA TRISTESSE DES ANGES                                            
Jon Kalman Stefanson
NAUFRAGES                                                                 
Akira Yoshimura
AMERICAN EXPRESS                                                     
James Salter
LA TROISIÈME SPHÈRE                                                  
Amos Oz
À PROPOS DE COURAGE                                                
Tim O’Brien



NOUVELLES ORIENTALES                                               Marguerite Yourcenar
L’OMBRE DE CE QUE NOUS AVONS ÉTÉ                           Luis Sepulveda
LA MONTAGNE DE MINUIT                                        Jean-Marie Blas de Roblès

UNE INTRODUCTION À LA CONNAISSANCE DU VIETNAM   Tran Thi Hao


Voici les coups de coeur de l'année.

Le premier:

Fabrice Humbert

Fabrice Humbert, auteur français est  agrégé et docteur en Lettres. Il enseigne au lycée franco-allemand de Buc. Auteur de plusieurs romans dont Autoportraits en noir et blanc (2001), Biographie d'un inconnu(2008) et L'Origine de la violence (2009). Il rencontre le succès avec son troisième roman, L'Origine de la violence. Le livre à caractère autofictionnel raconte l'histoire d'un professeur de lycée qui visite le camp de concentration de Buchenwald avec ses élèves et croit reconnaître son père dans la photo d'un détenu. Le livre remporte le prix Orange du livre en 2009, le Renaudot du livre de poche en 2010 et le prix littéraire des Grandes Écoles la même année. 

Le second:


Jon Kalman Stefanson

Jón Kalman Stefánsson (né le 17 décembre 1963 à Reykjavík) est un auteur islandais. Il grandit à Reykjavík et à Keflavík.

Après avoir fini ses études au collège en 1982, il travailla en Islande de l'ouest. Il entreprit ensuite des études en littérature à l'université d'Islande de 1986 à 1991, mais sans les terminer. Pendant cette période, il donna des cours dans différentes écoles et rédigea des articles pour le journal Morgunblaðið. Ensuite (de 1992 à 1995), il vécut à Copenhague où il participa à divers travaux et s'adonna à une lecture assidue. Il rentra en Islande et s'occupa de la Bibliothèque municipale de Mosfellsbær jusqu'en 2000. Depuis, il se consacre à la production de contes et de romans.

Il a publié quatre romans jusqu'à aujourd'hui.

Dans un prochain billet, je vous ferai lire quelques citations de ces deux auteurs que je vous recommande fortement.

À la prochaine




lundi 11 mai 2015

Notes prises à l'aéroport Hamad, Doha, Qatar

                            

     Vous avez huit heures et quelques poussières en transit dans un aéroport, et pas n'importe lequel, celui de Doha au Qatar dont l'étendue dépasse l'entendement, que ferez-vous?

Vous venez de partir de Ho Chi Minh, y laissant une importante partie de vous-même, avez voyagé près de neuf heures dans un Boeing 767 fort confortable, il faut le dire, mais c'est tout de même un avion; il est début de soirée, vous vous préparez à reculer dans le temps en raison des fuseaux horaires avec pour destination, premier arrêt, Doha au Qatar, la pensée initiale: que faire pendant plus de huit heures?

D'abord et avant tout, marcher, se dégourdir les jambes puis... Je ne veux pas vous décrire cet immense aéroport où tout est convenable, facile mais plutôt laisser défiler les notes prises en ce 31 avril 2015 et glisser quelques commentaires.



. Il y a un délai de 9 heures chez Népal Airlines pour le vol Katmandou/Doha alors que le Doha / Katmandou de Qatar Airways partira à l'heure. Je rencontre au comptoir de la pharmacie un Montréalais de retour du Népal. Il était là, présent lors du tremblement de terre, et encore secoué et sans mots.

. Le type de la sécurité de l’aéroport vient de Katmandou. Il me dit que ses parents sont en sécurité tout en répondant à un nombre effarant de questions … souvent les mêmes, mais rien de mieux qu’un aéroport pour rafraîchir ses notions de géographie… certains noms de ville ne me disent absolument rien.

. Un aéroport ne serait pas un aéroport sans 1) des toilettes et 2) un lieu où se procurer de l'imodium.

 . Il y a tellement de femmes voilées que je n’arrive à ne plus les remarquer, que les voir en déambulant. Je dois dire toutefois qu'il existe une mode car le voile ou encore la tunique diffèrent d'une à l'autre.

. Possiblement ici que j’aurai vu le plus grand nombre de cicatrices : il y a certainement une histoire derrière chacune.

. Les langues, multiples, se croisent, se mêlent, aussi belles les unes que les autres; j’imagine le concert qui devait se tenir dans la tour de Babel.

. On a prévu plusieurs lieux de prière dans cet aéroport, pourquoi pas, il y a bien des salons pour fumeurs, les deux s’isolent pour accomplir leur rite.

. Toujours me suit cette manie de trouver des ressemblances entre des gens que je connais et ceux que je rencontre. Parfois elles sont flagrantes. Sans doute un argument de plus pour dire que les races n'existent pas.

. Cet aéroport, le Hamad de Doha au Qatar, resplendit de propreté. J’ai vu un employé dont la tâche consistait à nettoyer les mains courantes des escaliers mobiles, et ça reluit.

. Les selfies? Je vous dis pas…

. Le ''in'' du voyageur branché : ne pas avoir l’air d’un touriste. On y met tellement d’ardeur qu’on le reconnaît tout de suite.

. Croyez-vous qu’il existe autant de gens portant lunettes que ceux n’en portant pas?

. Un truc : vous voyagez seul, deux ou trois bagages à main, vous devez vous rendre aux toilettes, que faire? Vous laissez vos bagages sur un siège libre tout à côté d’un couple occupé à son IPad, l’autre son IPhone. Sécurité garantie.

. La couleur ''in'' chez le voyageur en transit à Doha : n’importe laquelle en autant qu’elle soit identique à un de vos bagages à main.

. Le bruit des petites roulettes des valises devient énervant quand vous vous tapez un transit de huit heures.

. Les enfants qui pleurent dans l’aéroport ont la surprise d’entendre leur voix en écho. Pour plusieurs ça les surprend et ils s’interrompent.

. Un employé qui revêt son uniforme de travail devient tout d’un coup tellement sérieux que c’en est drôle.

. Mâcher de la gomme pour débloquer les oreilles lorsque l’avion prend de l'altitude… ça ne fonctionne pas pour moi.

. La carte d’embarquement, document essentiel au voyageur sans oublier le passeport contient sur un petit carton toutes les informations pertinentes à votre vol et il est hyper personnalisé. Pourquoi certains voyageurs en piétinent d’autres pour s’assurer d’être bon premier dans l’avion?

. Première fois pour moi, qu’on lance, en vol, une demande urgente pour un médecin. On sent la panique se faufiler dans les allées: on veut voir, savoir… Il y a toujours un peu d’inquiétude dans les airs.







                                      

Dernières photos prises à Saïgon avec Lisa, Phat et les enfants ainsi que YoYo.

À la prochaine

mercredi 29 avril 2015

30 avril 1975 / 30 avril 2015



          Au moment où vous lirez ces lignes écrites à Saïgon, le 767 de Qatar Airways se dirigera vers Doha en provenance de Ho Chi Minh. Je serai à bord. Puis, après un transit d’environ huit heures, un second 767 s’envolera vers Montréal. Je serai à bord, également.

Tout cela un 30 avril: 40 ans après la libération de Saïgon par les armées vietnamiennes du Nord. En une journée, la guerre du Vietnam, celle que menaient les GI's Américains contre ce peuple énergique et courageux, prenait fin. Des hélicoptères avec à leur bord des ressortissants américains, des collaborateurs vietnamiens faisaient la navette entre ce qui est appelé aujourd’hui le Palais de la Réunification ou encore Palais de l’Indépendance et des bateaux parqués sur la mer Orientale, prêts à fuir, direction USA.

S’enclenchaient également les départs successifs et nombreux des ''boats people'', ces Vietnamiens du Sud qui ne se voyaient pas vivre dans un pays à obédience communiste. Ces mêmes ''boats people'' que le Sénat canadien veut honorer aujourd'hui en leur dédiant le 30 avril comme journée commémorative. Je passe rapidement sur cette effronterie mais la signale tout de même au passage.

30 avril, journée fériée au Vietnam et en raison de son 40ième anniversaire, elle connaîtra un déploiement plus important qu'à l'accoutumée, autant politique que populaire. Plusieurs rues du Distrcit 1 où se situe le Palais de la Réunification sont fermées et se préparent à accueillir une foule imposante lors de grandes festivités. Déjà hier soir (29 avril), on inaugurait la rue Nguyen Hué devenue rue piétonne, embellie par ses éclairages de type solaire, ses jets d'eau qui ont su fasciner jeunes et moins jeunes. On se serait cru en période du Têt.

Je serai dans le 767, frustré de manquer la fête, déçu de n’avoir pu, dans une quelconque chronique écrite à Saïgon, aborder ces sujets notés au cahier noir:

-     j’aurais aimé vous entretenir des cireurs de souliers qui, arpentant les rues du centre-ville,  offrent leurs services; 

-  vous parler de l’importance des ''sécurités'' que l’on croise partout, principalement occupées à gérer le stationnement des motos; 

-   de ce faisceau de lumière blanche provenant de loin, sans de l’aéroport, puis ceux de la tour Bitexco qui, telles des épées, balaient le ciel; 

-   du livreur de glace, en moto, descendant de celle-ci pour livrer son butin congelé que l’on soupèse afin de ne pas payer ce qui a fondu en chemin; 

-   du cellulaire, omniprésent chez tout Vietnamien;

-  des installations du Marché Ben Thanh qui le transforment vers 18 heures et  cela en quelques minutes, lui donnant l'allure d'un gigantesque marché de nuit; 

-   de cette manie qu’ont les gens de vous interroger sur votre âge, votre nom et de ne jamais les oublier par la suite; 

-  des fumeurs de JET, la cigarette nationale, qui préfèrent vous acheter un paquet entier au lieu de vous en offrir une;

-  de la bière vietnamienne servie ''tablette'' dans un verre contenant un immense glaçon; 

-  de ces personnes âgées étrangères, majoritairement masculines, au bras de jeunes vietnamiennes;

-   du lien entre mère et fils dans ce pays où la moyenne d'âge est sous les 30 ans.

J’aurais aimé vous entretenir de tout cela; ne l’ai pas fait, me disant sans doute que l’occasion se présenterait; mais tempus fugit, de sorte qu'à la fin des sujets restent en plan.



Aujourd’hui, 30 avril 2015, comme ultime message de ce voyage, je publie à nouveau ce poème écrit à Saint-Pie et offert au Vietnam lors des événements des Paracels (Archipels Hoang Sa et Truong Sa) le printemps dernier, en raison de l’intervention chinoise en zone territoriale vietnamienne. Ceci déclencha une levée de boucliers, un regain du nationalisme et une prise de conscience du territoire et de son essentielle protection.

Il a été écrit en français, je l'ai traduit en anglais et finalement par mon ami Lâm l'a revêtu en vietnamien.



Palais de la Réunification

ils ne pourront oublier tes yeux…

ceux qui maintiennent ta gorge immobile
ils ne pourront oublier tes yeux
tes yeux de mer, tes yeux de soleil

ceux qui violent ta route
ils ne pourront oublier tes yeux
tes yeux de sol, tes yeux de pluie

ceux qui pétrolent tes rives
ils ne pourront oublier tes yeux
tes yeux d’hier, tes yeux de maintenant

savent-ils, ceux qui marchent sur tes îles,
que ton sable couleur sang
emplira le gouffre creusé par leur ingérence

ils ne savent pas
mais ils ne pourront oublier tes yeux
que tu as plantés au cœur de ton courage

sauront-ils, ceux qui enceignent tes rives
que tes yeux ouverts sur les vagues du temps
ne seront dupes des pirates mariés aux sirènes

ils ne pourront oublier tes yeux
tes yeux couleur de mer
et s’y embabouineront


Palais de la Réunification

they can not forget your eyes ...

those who maintain your throat still
they can not forget your eyes
your sea eyes, your eyes sun

those who violate your way
they can not forget your eyes
your soil eyes, your eyes rain

those who rape your shores
they can not forget your eyes
Yesterday your eyes, your eyes now

they know, those who walk in your islands
than thy blood-colored sand
will fill the pit dug by their interference

they do not know
but they will remember your eyes
you have planted in the heart of your courage

will they, who encircle your shores
your eyes open on time waves
not be fooled by the lure married pirates

they can not forget your eyes
your sea-colored eyes


and they get stuck in the mud



Palais de la Réunification
(Pas d'objÀ : Jean Tu

HỌ SẼ KHÔNG THỂ NÀO QUÊN ĐƯỢC ĐÔI MẮT

Vẫn còn đó những người làm em đau
Nên làm sao họ quên đi được đôi mắt
Với nỗi đau rộng như biển và sắc như ánh mặt trời

Những người hại em còn tồn tại trên đời
Nên mãi mãi họ sẽ phải còn khắc ghi đôi mắt
Đôi mắt đì lên sỏi đá, đôi mắt lạc giữa những cơn mưa

Những kẻ đã làm đục bẩn đôi vai em lúc xưa
Sẽ muôn đời bị ám ảnh bởi ánh nhìn như cắt
Đau thắt những ngày qua, xót xa cho đến tận mai này

Những con người đan tâm cướp đi những gì em đắp xây
Rồi sẽ phải lắm đầy cả cuộc đời của họ
Bằng nước mắt, bằng máu…và bằng cái gọi là quả báo ở trên đời

Vì nổi đau không đong đếm bằng lời
Nên cả đời họ sẽ không thể nào nghe được
Rằng lòng can đảm của em đang lớn mạnh từng ngày

Rồi đây những kẻ đã làm dơ đôi bờ vai ấy
Sẽ phải thấy bằng ánh mắt thời gian
Không phai lãng bằng những điều giả dối

Họ sẽ không thể quên, không thể nào, tuyệt đối
Đôi mắt với nỗi đau rộng sâu như biển
Và sắc như ánh mắt trời...


À la prochaine

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