tout brûle dans sa tête folle
nul ruisseau n'éteindra les espoirs
que le temps pesamment y déposa
l'effroi de la nuit, les nuits froides
fondent au matin montagneux
un soleil rouge s'approprie les lieux
les champs bourrés de caféiers,
debout, droits dans l'aurore,
poussent le vent sec de l'inquiétude
sa tête, on dirait un paon fier,
prend la mesure du sang ancêtre
coagulé dans les mémoires
sur une route longue, bordée de cactus,
la courte poussière condensée suit
vacillante comme des rêves trébuchés
sa marche devenue course ne l'arrêtera pas,
à l'encontre des nuages gris qu'encore hier,
la veille, puis demain, elle se renforcera
jamais - ce mot vulgaire truffé d'inconnus
aura disparu de ses yeux nostalgiques,
de son cœur, de son trop-plein de vie
les rideaux oscillant de l'incertitude
glissent à ses pieds calleux
le froid des nuits, les champs broutés,
le soleil, par habitude disparu
le sable d'une route automate
et, comme on arrive d'un inespéré trajet
qu'infiniment les pas multiplient,
des lueurs esquissent un fond café
au grand bruit fauché par mille silences,
à ces mille et un silences, chaque jour
ajouteront des paroles embobinées à l'espoir
celles qui portent, supportent le martyre,
les sacrifices relégués à la grammaire de survie
dont les pages furent radicalement brûlées
toujours il y aura des lueurs pâles
zébrées entre ronces et fleurs,
entre veines de vie et rides de mort
toujours, sans en saisir le sens profond,
les routes ouvertes devant soi
garderont chaude ta tête qui brûle
marcher,
encore et encore,
mû par le moteur du vent
rouler son destin café
sur les coulisses des grands boulevards
jusqu'à la vie, jusqu'où tout brûle dans la tête
26 février 2016
Ce portrait de février 2016 résume, à mon point de vue, ce qui peut se cacher dans la tête de plusieurs jeunes vietnamiens, ceux et celles qui rêvent d'ailleurs, «d'un ailleurs meilleur» comme le dit l'expression, incertains de s'épanouir dans un Vietnam superficiellement cicatrisé suite aux douleurs que trop de conflits lui ont infligées, aux séquelles dont leurs parents encore aveuglés par les éclats des bombes, l'odeur du napalm, les affreusités de l'agent orange ne cessent de leur rapporter.
Ces jeunes vietnamiens qui reçoivent la modernité comme une rescousse, les terres éloignées vues comme l'Eldorado sans mesurer le déséquilibre profond entre leur ici grégaire et un ailleurs idéal, ces jeunes vietnamiens dont tout brûle dans la tête, sans le savoir, peut-être, sont le reflet des lendemains d'une révolution. Il y a toujours des lendemains aux révolutions, qu'elles soient humaine, politique ou de tout autre nature ; ces lendemains représentent la conclusion du rêve de ceux qui l'auront provoquée, rarement l'aspiration de ceux, de celles qui suivent.
Les jeunes vietnamiens sont à l'étape de la vision de leur avenir : ou partir ou rester. Partir ? Rester ? Choisir alors que tout brûle dans la tête.
tache rouge sur la multicolore Saïgon
une tache rouge se déplace
entre les chaises rouges du trottoir
bruits étouffés par celui de la rue
Saïgon
un chien jaune aux yeux jaunes
fixe le stand où pendouillent des saucisses
il n’a pas appris à japper
sur Saïgon
un bus vert s’arrête dans un fracas de fumée
trois femmes descendent, l’une excitée,
l’autre farouche, somnolente la troisième
tout comme Saïgon
sur un tapis gris de nuages effondrés
la pluie hésitante tarde à venir
elle craint trop les caniveaux
de Saïgon
la tache rouge, bougainvilliers aux fleurs de papier,
se cache derrière l'oreille percée d’une bague noire
comme un phare arrimé au cœur de la ville-fille
Saïgon
elle porte le rouge comme on porte un enfant
à bout de cœur, à bout d’âme
collé à son sein
Saïgon
un tissu au sol, taché de rouge
le vent ne l'arrache plus
il s'y colle, brunit, s'évapore
dans une Saïgon multicolore
7 avril 2016
Saïgon ne se définit pas.
Elle, cette ville-fille, est le reflet épanoui des couleurs. Toutes semblent nourries par le soleil omniprésent, transfigurées par les heures qui passent, complaisantes à elles-mêmes, fières, tellement fières.
Le rouge est sans doute, aussi, cette musique qui ressemble le plus à Mendelsshon, celui qu'on préfère ici, parce qu'il éblouie, oui, mais principalement parce qu'il écarte toute violence dans sa musique.
Le rouge accroché partout, au sourire de la vendeuse de fleurs, à celle qui propose un pho à saveur de Hanoï, sur son drapeau, emblême immuable.
Partout dans Saîgon, le rouge se déplace avec cette majesté sûre d'elle-même que personne ne remet en doute.


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