dimanche 18 janvier 2026

Si Nathan avait su... (Partie 2) -32-


Il a fallu obligatoirement que Abigaelle s’approprie une nouvelle technologie : l’Internet. L’idée d’un réseau informatique permettant à plusieurs ordinateurs de communiquer entre eux s’est avérée pour elle un merveilleux moyen d'entrer en contact avec des universités dispersées à travers la planète, là, bien sûr, où c’était implanté. L’intérêt pour la doctorante est facile à imaginer, cela réduit de moitié ses allers-retours vers Québec. Le seul problème c’est que pour y avoir accès elle doit se déplacer vers la grande ville ce qui l'empêche d'y recourir spontanément et selon ses besoins. Toutefois, laisser le village des Saints-Innocents quelques heures à l’occasion, ne lui déplaît pas outre mesure.

Sans Internet, Monsieur Saint-Pierre, le concierge de l’école, avait quand même réussi à collecter de plus amples informations au sujet des vapeurs méphitiques, dénichées dans un document provenant du gouvernement canadien. Il y était écrit noir sur blanc que le plomb dans la tuyauterie n’allait plus être autorisé, en fait n’était plus autorisé depuis 1975. La maison Champigny date de plus de cinquante ans et il serait assez surprenant que le propriétaire y est apportée les corrections requises par la loi ou en démarche pour le faire. Il fallait aussi prendre en considération la situation de la municipalité dont la conduite maîtresse doit certainement contenir son lot de plomb. Du plomb dans les tuyaux, dans la peinture ayant servi à peindre autant l’extérieur que l’intérieur de la maison, une telle rencontre pourrait causer les désagréments que vit Abigaelle depuis le printemps.  

 
La secrétaire de l’école se présenta à la porte du local qu’occupe le groupe préscolaire, quelques lettres à la main.
 
- Une convocation, Abigaelle. Une pour toi, les autres pour les parents de tes enfants. 
- Merci Henriette. Tu pourras dire à Gérard qu’on aurait finalement découvert la source des odeurs qui circulent dans ma maison.
- Oui, je sais. Monsieur Saint-Pierre m’en a parlé. Je crois qu’il a finalement trouvé une solution pouvant régler ton problème.
- Les nouvelles vont vite.
- Ça tu le savais, répondit Henriette, sourire en coin.
 
Elles entendirent le grincement du fauteuil roulant de Madame Saint-Gelais se dirigeant dans leur direction.
 
- Henriette, tu as remis les lettres à Abigaelle ?
- C’est fait.
- Alors, tu retournes à ton bureau.
 
La secrétaire, sans baisser la tête, colla un sourire narquois à sa figure, puis repartit.
 
- Il s’agit d’une convocation provenant de la commission scolaire. Nous prévoyons réunir les parents des élèves de maternelle de cette année ainsi que ceux qui sont inscrits pour l’an prochain.
- Les actuels enfants du préscolaire sont-ils tous orientés vers la première année ?
- Vous voyez une raison pour que ce ne soit pas le cas ?
- Le classement automatique n’est pas la meilleure façon d’offrir des services à chacun des enfants. Vous devez savoir que certains exigent un peu plus d’appui.
- Nous ne bénéficions pas des ressources et du personnel à cet effet.
- Ce qui ne signifie pas qu’ils n’en aient pas besoin.
- À partir de la première année, la direction de l’école peut faire redoubler un élève si elle juge que c’est pour son bien.
- Exact, mais je ne crois pas qu’un classement automatique soit la panacée. J’aimerais que vous interrogiez les services à l’élève de la commission scolaire sur la possibilité de nous fournir un psychologue afin d’évaluer certains enfants.
- Un psychologue ?
- Psychologue scolaire, oui. Je crois savoir que Monsieur Raphaël Létourneau en est un.
- En effet, mais il travaille pour le service à l’enfance, pas pour nous.
- Je parle d’un prêt de service, quelques heures seulement.
- Vous pensez à un élève ou des élèves en particulier?
- Oui.
- Puis-je savoir de qui il s'agit ?
- Le jeune Patrick.
- Le fils de Monsieur le maire.
- Il m’apparaît important d’agir rapidement auprès de lui.
- Le fils de… Laissez-moi voir.
- De mon côté, je vais contacter Monsieur Létourneau.
 
Madame Saint-Gelais eut de la difficulté à contenir la bouffée de rage qui montait en elle et fit demi-tour pour regagner son bureau.

 
Le calme régnait dans le local de son groupe lorsque Abigaelle rentra. Chelle et Benjamin achevaient une conversation qui apparut sérieuse aux yeux de l’éducatrice, alors que Patrick boudait dans un coin, les bras croisés, manifestement inactif. Elle leva la main, ce qui signifie pour les enfants que leur enseignante a un message à passer.
 
- Vous aurez une importante responsabilité à réaliser, celle de remettre ceci à vos parents.     Déambulant entre les tables, Abigaelle déposait une enveloppe devant chacun des élèves.       Maintenant, vous y écrivez votre nom du mieux que vous pouvez, vous rappelant que c’est pour vos parents et qu’ils méritent que cela leur parvienne de façon propre et sans retard.
 
Leur laissant quelques instants pour effectuer la consigne, elle interrogea Patrick, lui demandant d’expliquer à tous ses amis ce qui venait de se passer depuis le moment où elle était revenue en classe. Le garçon garda un silence hermétique que l’éducatrice ne prolongea pas.
 
- Je comprends Patrick que tu n’aies pas le goût de t’adresser aux amis, tu as certainement tes raisons. Veux-tu que je demande à quelqu’un d’autre de remplir la tâche pour toi ?
 
Le garçon qui dépasse les autres en grandeur et en poids, hocha affirmativement la tête.
 
- Chelle, s’il te plaît, résume ce que j’ai demandé.
 

Tout le groupe se prépare à quitter le local au moment où le bus scolaire s’arrête dans la cour. Monsieur le concierge, debout dans le corridor, remerciait encore une fois les enfants de tenir leur local propre.
 
- Abigaelle, j’ai deux mots pour toi. Le premier, j’ai vérifié auprès de Nicéphore, l’employé de la ville, et il a confirmé que la tuyauterie maîtresse est bel et bien en plomb. Je lui ai parlé des vapeurs méphitiques dans ta maison. Il te propose quelque chose. N'oublie pas qu'il se dispute continuellement avec Monsieur le maire quand vient le temps d’acheter des produits chimiques pour les travaux d'entretien. Il croit davantage aux vieilles recettes de nos grands-mères
- Et quel est ce quelque chose ?
- Toutes les semaines, dans les tuyaux de la maison, il te conseille de verser du bicarbonate de soude mêlé à du vinaigre blanc et de l’eau bouillante. Si tu bois du café, alors il t’encourage à jeter ton marc dans l’évier. Mais là où je n’ai pas pu m’empêcher de rire, c'est lorsqu'il a dit de déposer une tasse de yogourt dans le renvoi d’eau de la douche. Même si les vapeurs disparaissent, tu continues le procédé au moins durant un mois. Finalement, il serait bon que ton propriétaire oublie l’idée d’un déshumidificateur pour, à la place, engager un plombier qui changerait tout ce qui est plomb dans la maison.
- Merci beaucoup Monsieur Saint-Pierre, j’entreprends  l’opération dès maintenant.
- Dernière petite chose, Abigaelle. Nicéphore m’a rappelé un détail. Lorsqu’on utilise des munitions pour la chasse, eh bien il y a beaucoup de plomb qui se déverse.
 

Lorsque Abigaelle sortit de l’école, c’est fou comme elle sentait un regard lui fusillant le dos.





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