mercredi 5 mars 2025

1134ième saut de crapaud

 


Il y a si longtemps déjà j'identifiais les billets publiés sur LE CRAPAUD par des nombres transcrits de différentes façons. Cette habitude est devenue obsolète sans trop que je sache pourquoi exactement, mais tel n'est pas mon propos d'aujourd'hui.

Avez-vous déjà pensé au texte de l'épitaphe inscrite sur votre lieu de repos éternel, qu'il soit en cendres, sous terre ou dans l'eau comme c'est maintenant possible ?  

La première citation, celle de Jean-François Beauchemin, est mon choix pour le moment. On la lira, non j'ai une meilleure idée, je vais l'enregistrer quelque part et on la lira le jour où mes cendres se répandront ici et là ou quelque part d'autre... 

. Beaux oiseaux de ma vie bien assis sur vos branches, me direz-vous vers quel soleil mène cet amour plus haut que moi-même et que mon corps ?
Jean-François BEAUCHEMIN


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Avant que vous ne receviez les suivantes, voici l'élément déclencheur qui m'a guidé dans le choix de ces citations provenant comme à son habitude de mes cahiers de lecture : la beauté de la phrase, tout simplement.


. Ils vivaient en silence comme deux vieux époux échaudés par la vie, au-delà des pièges de la passion, au-delà des mensonges barbares du rêve et des mirages de la déception : au-delà de l’amour. Car ils avaient vécu ensemble assez de temps pour comprendre que l’amour est l’amour, en tout temps et en tout lieu, et qu’il est d’autant plus intense qu’il s’approche de la mort.
Gabriel GARCIA MARQUEZ

. … nommer un être, c’est le rendre présent…
Michel TAURIAC
 
. La vraie beauté a quelque chose de si particulier et si nouveau qu’on a du mal à la reconnaître et à l’identifier comme telle.
 Philippe LABRO

. Je n’ai pas trouvé mon bonheur tout de suite, parce que je l’ai cherché dans le malheur des autres. 
Tonino BENACQUISTA
 
. La poésie est un monde à l’arrière du monde.
Jon Kalman STEFANSON
 
. Mais le bonheur est fragile, et quand les hommes et les circonstances ne le détruisent pas, il est menacé par les fantômes. 
Marguerite YOURCENAR
 
. Je suis l’ombre de ce que nous avons été et nous existerons aussi longtemps qu’il y aura de la lumière.
Luis SEPULVEDA

. On dit tant de choses dans une vie, et puis ce qu’on a dit s’efface, ça n’est plus rien du tout. 
J.M.G. LE CLÉZIO
 
. La vie est jeune. En vieillissant, elle se fait durée, elle se fait temps, elle se fait adieu. Elle vous a tout pris, et elle n’a plus rien à vous donner.
Romain GARY
 
. ... la définition de la poésie : dire ce que l’on n’a jamais vu.
Sylvain TESSON




dimanche 2 mars 2025

LES MÉMOIRES DE MAYRON SCHWARTZ

                                                       


Mémoires de Mayron Schwartz

Jean-François BEAUCHEMIN
Québec-Amérique, 2024
 
     Je dépose le bouquin tout à côté de ma tasse à café au fond de laquelle une tisane (valériane et réglisse) a refroidi. À bientôt 78 ans, la valériane est une compagne idéale pour calmer les nuits. Je demeure dans un état que je qualifierais de contemplatif alors que pour l’auteur de ce magnifique livre y collerait plutôt l’étiquette de « spirituel ». 

     Comme je ne peux bénéficier de la présence du Père Labranche, c’est sur You Tube qu’il m’est permis d’écouter les sonates pour clarinette de Brahms. Je regrette un peu le fait que les enregistrements soient pour clarinette et piano, mais dans les champs de l’amoureux des abeilles, des moutons et des bovins, on ne pourrait certainement pas y installer un piano. Moment contemplatif, celui-ci d’une intensité différente puisque la musique l’enveloppait. 

     Faut évoquer, et c’est important, quelques pages auparavant, lors des funérailles de … - j’oublie lesquelles, celles de Hannah à qui Mayron apprend la lecture à partir du Calepin d’un flâneur de Félix Leclerc… celles de la grande dépressive Shamira qu’on ne peut qu’aimer de toutes nos fibres… celles peut-être du magnifique Solomon, le grand-père dyslexique nous offrant des tournures de phrases d’une si grande profondeur… ou les funérailles du végétarien Aaron qui sans doute tente encore de concilier deux religions là où il est… - donc, lors d’une de ces funérailles on a chanté La Chanson de Tessa qu’immédiatement je suis allé réécouter à partir de la version de Mouloudji. Ça va directement au cœur, sans aucun doute l’organe pour qui Mayron a le plus de considération.
 
     J’aurai bientôt 78 ans, l’âge de ses grands-parents  - nous sommes bien ancrés dans deux familles juives ayant survécu physiquement au camp d’Auschwitz - toutefois, marqués dans leur âme par ces horreurs dont le narrateur nous épargne le récit détaillé, mais présente tout du long des mémoires de Mayron. 78 ans bientôt, je suis de l’âge de ces quatre personnes qui cultivèrent durant toute leur vie une solide culture familiale que lui et sa soeur Rivka, tout en mesurant ses fondements, peuvent ensemble - car ils sont souvent ensemble - non pas objectiver, je dirais davantage les relativiser.
 
     Tout ce récit est d’une pureté esthétique digne de l’immense talent de Jean-François Beauchemin, de sa profonde humilité devant les continuelles et pertinentes interrogations que la vie lui pose, la vie qui nous mène à la mort, Inévitablement, mais aussi et je dirais surtout par ce choix qu’il fait de quotidiennement solidifier les multiples jets du bonheur, les finasseries de la joie, que ce soit à voir et s’émerveiller des prodiges de la nature qu’il décrit de manière si délicate, sources inaltérables de recommencements, comme le dirait si bien Hélène Dorion qui rend visite à Mayron, elle qui n'est pas la seule à venir, Yves Beauchemin se présentera tout comme Dany Laferrière ainsi que le contremaître d’une bonne partie de notre architecture culturelle québécoise, Gilles Vigneault. Ces rencontres sont toujours, mais toujours remplies de spontanéité et d’amour qui ramènent l’auteur à ces mémoires d'entre deux âges, celui de l’enfance et celui du jeune homme de dix-sept ans qu’il croise à l’occasion de ses nombreuses promenades qui un tantinet soit peu ressemblent aux couleurs solitaires de Jean-Jacques Rousseau.
 
     Parmi ces personnages se dresse Léa, l’épouse de Mayron dont j’aimerais qu’elle m’invite à sa table comme elle le fit pour un de ses jeunes élèves un peu à la dérive, pour la regarder, lui dire tout simplement, «j’ai aussi une Léa dans ma vie de grand-père qui aura bientôt 78 ans, ma petite-fille que j’aime à la manière dont toute votre famille s’aime» et peut-être que nous irions dans le jardin, une nappe étendue au sol, un Ricard à la main, nous taisant parfois pour regarder le pensif Malraux renifler quelques fleurs sauvages. Il serait trop tard pour saluer son ami Gabriel, mais sans aucun doute nous en aurions abondamment jasé. 
 
     Tous les personnages chez Jean-François Beauchemin, ici tout comme dans les autres livres, sont des êtres… du quotidien, mais nous poussant chacun à sa façon à aller plus loin pour en revenir mieux charpenté comme être humain et principalement, plus heureux. Il ne faut pas oublier parmi les personnages de cet auteur unique, les animaux. Il manifeste pour eux, domestiques ou sauvages, une forme de respect qui loge tout à côté de la vénération. Voir Mayron partir vers la ferme du vieux Labranche, que ce soit de jour ou en pleine nuit, afin de tenir compagnie à la vache Antoinette, son amie Solange, si je ne fais pas erreur, au boeuf Rosaire qui adore qu’on lui lise des poèmes de Gaston Miron ; revenir pour croiser le renard Eugène dont la photo magnifique orne la couverture du livre : mêmes teintes confondues, de cette couleur végétale s’imbriquant dans celle de l’animal au regard presque humain et qui doucement se laisse apprivoiser - nous pensons au Petit Prince - mais de loin, encore.
 
Je l’ai dit, je suis un vieil homme qui aura 78 ans bientôt, alors beaucoup plus en marche vers la mort que ce génial Jean-François Beauchemin et peut-être moins préoccupé que lui par cette inévitable évidence. J’avance une quasi certitude… ce livre m’aura permis de revenir sur de nombreux événements, à la rencontre de plusieurs auteurs qui ont parsemé mon parcours… ce livre est devenu pour moi un coup de vent très léger dans ma mémoire et comme le répète si bien ma belle-soeur Claire, «un livre qui fait du bien à l’âme et qu’il faut absolument relire».
 
Merci Jean-François Beauchemin

Jean TURCOTTE
Un vieux de bientôt 78 ans,
2 mars 2025

Jean-François BEAUCHEMIN


samedi 1 mars 2025

Si Nathan avait su... (21) Revu et corrigé


La nouvelle routine du matin pour l’élève de maternelle devant être prêt à l’arrivée du bus scolaire - on avait été extrêmement clair :  Tu es en retard d’une petite minute et je ne t’attendrai pas, surtout qu’il me faut faire un grand détour pour te ramasser. Compris ? - Benjamin l’a assimilée aussi facilement que rapidement.
 
Jésabelle avait insisté sur le fait que ses livres de poésie ne l’accompagneraient pas à l’école du village, Daniel l’ayant avisée qu’on ne tolérerait pas qu’un enfant de cinq ans puisse, sans avoir fréquenté les classes, lire et commencer à écrire.
 
Il se rappelait les années passées à l’école des Saints-Innocents dirigée par Madame Saint-Gelais, nouvellement attitrée au poste de directrice en raison de l’horrible accident de la route dont elle avait été victime lors des dernières vacances estivales, la rendant inapte à enseigner, l’obligeant à circuler en fauteuil roulant. La jeune fille au caractère fort agréable ayant survécu à la collision frontale provoquée par un camion chargé de bois d’oeuvre l’obligeant à bifurquer pour s’écraser lamentablement contre un arbre, vit sa personnalité radicalement modifiée ; devenue plus dure, voire impitoyable, un peu comme si elle devait prendre une revanche sur le destin lui ayant ravi jeunesse et beauté. Dès sa nomination elle instaura un régime que l’on qualifierait aujourd’hui de terreur. Il était primordial que le règlement du nouveau code de vie qu’elle instaura sans avoir consulté personne soit suivi à la lettre, exigeant des institutrices que chaque manquement aux règles par un enfant coupable - c’est ainsi qu’elle l’identifiait - soit immédiatement dirigé vers son bureau qu’elle avait installé face à l’entrée principale de l’école lui permettant ainsi de tout surveiller sans avoir à se déplacer. Cet endroit, auparavant, était occupé par la secrétaire de l’école qui, on le sait tous, est une personne aussi sinon plus importante que la direction. Cela ne correspondait absolument pas à l’esprit de Madame Saint-Gelais de sorte qu’elle fit condamner la sortie arrière de l’école qui s’étend sur un seul étage, et cela malgré l’opposition du président de la commission scolaire de l’époque prétextant des raisons de sécurité, pour y reloger la secrétaire Henriette se retrouvant ainsi au bout de l’école, à côté des salles de toilettes. La directrice trônait maintenant sur un formidable mirador.
 
Benjamin trouva difficile de passer de la nuit au jour, de ne plus pouvoir s’adresser à la lune, sa «perle fabuleuse», mais avec le support de sa mère, il s’adaptait maintenant mieux au nouveau rythme de vie que son statut d’écolier lui collait à la peau. Son père a déjà quitté la maison lorsqu’il prend son petit déjeuner, sa mère à ses côtés, Walden à ses pieds, puis file dans sa chambre jusqu’au moment où Jésabelle lui indique qu’il doit rejoindre l'abri construit par Daniel tout près de la route non asphaltée pour le protéger de la pluie et des affres de l’hiver alors qu’il attend l’arrivée du bus.
 
Un jour, deux semaines après le début de l’école, il proposa à sa mère une modification à la routine :      Je me lève plus tôt, déjeune, me prépare puis je sors attendre le bus dans l’abri avec un livre. Quand je serai parti, tu viendras le ramasser. D’accord ?  C’est le sourire aux lèvres et lui bouleversant les cheveux qu’il tenait à garder plutôt longs, que Jésabelle accepta : marché conclu.
 
Le temps dans l’esprit de Benjamin prit une forme complètement différente depuis le 29 août dernier : plus séquentiel, mieux chronométré. Rarement avant cette date, il n’interrogeait sa mère sur le temps qui passe, l’ayant clivé en nuit et jour ; de «je ne sais pas lire» à «je sais lire sans tout comprendre» ; puis maintenant entre un abri protecteur, un bus le menant d’abord chez son amie ojie-crie puis à l’école ; les heures passées en compagnie de Mademoiselle Abigaelle ainsi que d’autres enfants à qui, pour le moment du moins, il ne pouvait leur étiqueter le nom «d'amis», seulement un prénom lu sur le carton de couleur affichant la belle calligraphie de son éducatrice et qu’une corde rêche retenait à leur cou ; les allers/retours du local de classe à la cour de récréation qu’il retrouvait une fois en avant-midi, sur l’heure du dîner, en après-midi et lors de l’attente du bus en fin de journée ; finalement le chemin inverse dans ce bus, toujours le même, que conduisait un chauffeur, l'irascible Monsieur Clotaire, ne cessant de fixer le rétroviseur, sa pipe au bec, afin d’intervenir immédiatement si Chelle ou lui bougeaient un peu trop ; et enfin, retrouver la maison au bout du rang non asphalté, Walden guettant son arrivée, un dernier salut de la main vers la fille aux longues tresses noires qui paraissait un peu plus inquiète maintenant qu’elle se retrouvait seule à l’intérieur du transporteur scolaire. 
 
Le rituel achevé, Benjamin regardait à l’intérieur de l’abri vérifiant si le livre de poèmes qu’il avait laissé sur le banc ce matin avait été ramassé par sa mère comme le stipulait la nouvelle entente. Sourire affiché au visage, il gambadait vers la maison, Walden ne le laissant pas d’une semelle, heureux du retour de celui dont il arrivait difficilement à s’expliquer la longue absence. On ne saisit pas tout à fait la notion de temps chez l’espèce canine, mais elle est présente se manifestant de manière évidente lorsque l’odeur d’une connaissance disparaît pour quelques heures, quelques jours et certains avancent quelques années, et que tout d’un coup elle lui revient pour raccrocher le présent au passé.
 
Jésabelle prépare tous les jours de classe, au retour de son fiston, un chocolat chaud, pour elle, une tisane. Ils s’installent à l’extérieur lorsque la température le permet, plus souvent qu’autrement dans le solarium, respectent une pause laissant au temps de nettoyer l’atmosphère puis enclenchent ce que l’on peut nommer «la jasette officielle».
 
- Jésa, veux-tu que je te lise le dernier poème de Nelligan, celui de ce matin en attendant le bus ?
- Vas-y, j’adore quand tu me lis les poèmes que tu aimes.
- C’est le premier qu’on trouve en ouvrant le livre, il s’appelle CLAIR DE LUNE INTELLECTUEL.
- Je ne suis pas surprise que tu te sois accroché à un poème s’adressant à la lune.
 
L’enfant, recueil bien en main, s’élance:
 
                    Ma pensée est couleur de lumières lointaines,
                    Du fond de quelque crypte aux vagues profondeurs.
                    Elle a l’éclat parfois des subtiles verdeurs
                    D’un golfe où le soleil abaisse ses antennes.
 
                    En un jardin sonore, au soupir des fontaines,
                    Elle a vécu dans les soirs doux, dans les odeurs ;
                    Ma pensée est couleur de lumières lointaines,
                    Du fond de quelque crypte aux vagues profondeurs.
 
                    Elle court à jamais les blanches prétentaines,
                    Au pays angélique où montent ses ardeurs
                    Et, loin de la matière et des brutes laideurs,
                    Elle rêve l’essor aux célestes Athènes.
 
                    Ma pensée est couleur de lunes d’or lointaines.
 
Les deux observèrent un moment de silence semblable à celui prévalant dans un sanctuaire lorsque rien de bouge, seule la lueur scintillante des lampions autour du mystère des lieux.
 
- Un mot m’est resté dans la tête ce matin et j’ai demandé à Mademoiselle Abigaelle ce qu’il voulait dire.
- Lequel ?
- Prétentaines, je le trouve tellement beau. Elle m’a dit nous allons le chercher ensemble dans le dictionnaire, en plus du sens on pourra peut-être voir une image. Il y avait comme trois définitions et pas d’images. Ce que je retiens c’est notre esprit qui vagabonde.
- Ça va bien avec le poème.
- Mademoiselle Abigaelle m’a demandé où j’avais vu ce mot, quand je lui ai dit qu’il se trouvait dans le poème de Nelligan, elle voulait savoir qui me l’avait lu, j’ai hésité avant de répondre, papa m’a conseillé de ne pas dire que je savais lire, ça pourrait m’amener des problèmes, alors j’ai dit que c’était toi qui me l’avais lu.
- Elle a été surprise...      À cette affirmation pouvant ressembler à une question, Benjamin a répondu que non, elle ne lui était pas apparue surprise, mais que Chelle a laissé tomber un petit son d’étonnement. Dans le bus, j’ai demandé à Chelle si elle avait dit à notre éducatrice que je savais lire, elle m’a répondu non, que c’est juste entre nous.
 
Jésabelle profita de cette historiette  pour l’interroger sur ses premières semaines en classe maternelle. Avec Benjamin si on n’aborde pas directement une question il se fait évasif, parfois même cadenassé.
 
- Elle est gentille Mademoiselle Abigaelle, surtout elle parle doucement, pas comme la directrice qui, on dirait, semble toujours en colère. Savais-tu que Mademoiselle Abigaelle adore la pêche et la chasse ? C’est beaucoup pour cette raison qu’elle est venue dans notre village. Elle a dit je suis une aventurière, j’adore me retrouver en forêt, pas seulement pour chasser les animaux, non, aussi pour respirer l’air pur, c’est pas comme en ville où c’est plus de la boucane qu’on y renifle. Tu sais…    

Et le voici parti à décrire ce qu’il observe depuis la rentrée scolaire. Il se rappelle les propos de Daniel sur l’observation : observer avec nos sens, c’est ainsi qu’on peut mieux comprendre les gens, sans les juger.        Il n’y a que Chelle de fille dans notre groupe et moi, je suis le plus jeune, mais personne ne me traite de «bébé lala». Les autres amis jouent ensemble plus qu’avec nous, Chelle et moi. Mais ça ne nous dérange pas. Les premiers jours il y en avait quelques-uns, pas de nos amis, mais des autres classes, surtout ceux de septième année, les plus vieux qui se croient meilleurs que tout le monde mais qui ont quand même une bonne frousse quand la directrice les appelle à son bureau, qui tiraient les tresses de Chelle, la traitaient de sauvagesse, c’est là que Mademoiselle Abigaelle se fâche, elle est différente quand elle se fâche, on ne la reconnaît plus, mais elle redevient elle quand on est rentré dans notre local.
- Et toi, il y en a qui cherchent à te faire du mal ?
- Toujours les plus vieux. On dirait qu’en devenant plus vieux on devient méchant, je ne sais pas pourquoi… mais j’ai mon truc pour me défendre.
- Ton truc ?
- Je me rappelle ce que papa m’a dit quand il m’a donné le livre avec les portraits des poètes. Il m’a dit, les poètes n’ont pas toujours la vie facile. Quelques-uns ont beaucoup souffert parce qu’ils voyaient des choses que les autres ne voient pas, que parfois ils se parlent à eux-mêmes un peu comme s’ils ne se sentaient pas comme les autres ou vivaient dans un autre monde. Je ne comprenais pas avant de commencer l’école et à vivre avec les autres. Alors, quand on m’achale, je rentre en moi-même et je me dis que plus personne n'est autour de moi, c’est comme me faire du silence à moi-même. Il n’y a que Chelle qui comprend ce que je fais quand ça arrive.
-Tu l’aimes beaucoup Chelle?
- Oui. Des fois je lui dis, ça c’est dans le bus, qu’on devrait plus se voir. T’as dit l’autre jour que si on allait tout droit dans notre petite forêt, plus loin que le plus loin que nous avons marché, eh bien! on arriverait chez la famille de Chelle. Avant l’hiver, j’aimerais qu’on s’y rende, toi et moi, qu’on dise à Chelle de faire le chemin à partir de chez ses parents, ainsi on pourrait se rencontrer. C’est papa qui a dit une fois, plus on vieillit plus la distance raccourcit.
 
La tisane et le chocolat chaud sont froids, maintenant.


jeudi 27 février 2025

Projet entre nostalgie et fantaisie... (17)

 



difficile à dire

                    les bruits semblent venir de loin
 
une boue ramassée en flaques au milieu de la ruelle
- difficile à dire s’il s’agit de neige ou de pluie -
le vent nuit et jour hante les clôtures
la pleine lune exige l’alignement des étoiles
 
                    les bruits au loin semblent se répercuter
 
- difficile à dire s’il s’agira de pleurs ou de cris -
dans l’inavoué de ces rencontres espérantes
continuellement arrachées à du papier carbone
sur lequel les siècles écrivent à l’encre de sang
des promesses d’angles morts aux intersections humaines
déambulent dos à dos sur des chemins obscurs
 
                    les bruits mouillés dans l’innommé se noieront
 
- difficile à dire si ces larmes diluées dans la neige ou dans la pluie -
comme autant de silences contenus, retenus puis projetés
à même la hargne des oiseaux qui les picorent… se tairont
 
- difficile à dire si leurs microscopiques mouvements -
interrompront l’abrupt parcours des vies en pente descendante
et leurs pas amusés rejailliront des flaques disparues
 
12 juillet 2011
405

 
un ange est passé


un ange passe, 
papillon sur le bout des ailes d’un oiseau se berçant sous les nuages


triste
heureux je fus
puis un ange passa


un ange est passé, 
des étoiles auréolant sa tête piquent ses yeux de diamants


fatigué
puis un ange passa
reposé je fus


un ange est passé 
marchant sous la pluie fine près d’une plage ensoleillée


triste
puis un ange passa
heureux je fus


un ange est passé, 
sa voix enrobée de miel chantait des mots ignorés


fatigué
puis un ange passa
reposé je fus


un ange est passé, 
ses yeux cherchait la terre en lançant des éclairs d’amour


triste
heureux je fus
puis un ange passa


un ange est passé, 
ses mains firent siffler le vent dont l’écho me parvint


triste et fatigué j’étais
heureux et reposé je suis

 

25 juillet 2011
407




lundi 24 février 2025

Poème de mon ami Daniel CYR

 



               Trois ans déjà…
 

C’était l’aube, lourde et blême,
Quand sur Kiev s’abattit l’anathème,
Un ciel de plomb, un vent de fer,
Et le tonnerre en plein hiver.

Le sol trembla sous les obus,
Les toits fendus, les cœurs rompus,
Kharkiv saigna sous les rafales,
Odessa pleura sur son port pâle.

Par trois chemins vint l’envahisseur,
Du nord, du sud, comme un voleur,
Et de l’est, flots d’ombres noires,
Vomissant l’acier et le désespoir.

Mais sous la cendre, un peuple ardent
Brandit son nom face au néant,
La main tremblante, le fusil froid,
Le regard dur, mais plein de foi.

La mort rôdait dans chaque rue,
Les ruines en deuil, les croix nues,
Mais Kiev dressa, sous le déluge,
Un mur d’orgueil contre l’intruse.

Le tyran pensait voir l’oubli,
Un sol soumis, un peuple plié,
Mais sous les bombes, l’âme flamboie,
Et dans la nuit, l’espoir se voit.

Trois ans déjà, mille souffrances,
Mille martyrs, mille espérances,
Mais sur leurs tombes, un chant s’élève :
L’Ukraine vit. L’Ukraine rêve.
- Daniel Cyr

 

INUTILE D'AJOUTER QUOI QUE CE SOIT À CE POÈME FLOTTANT SOUS UN DRAPEAU EFFILOCHÉ MAIS NULLEMENT EN BERNE...

RIEN D'AUTRE À AJOUTER... 
IL FAUT LE FAIRE VOYAGER POUR QU'IL REJOIGNE 
LE PLUS DE CONSCIENCES ET D'ÂMES POSSIBLES.

 

)(     Une fois l'avoir lu, partagez-le, faites-le lire, aux enfants, invitez-les à le mémoriser un peu comme on le fit en France du poème LIBERTÉ de Paul Éluard, à la suite de la Deuxième guerre mondiale 

samedi 22 février 2025

Vous m'appelez... et je serai en retard.

 


Vous m’appelez… et je serai en retard

Le suis si souvent
Surtout lorsque vous m’appelez
Votre voix circule à l’inverse
Comme l’ubac d’un écho
S’accroche un peu partout
Y demeure le temps d’un rinçage
Puis s’élance entre graves et aigus
Vous m’appelez… et je serai en retard

En retard sur le temps de réponse
Comme si je ne savais trop quoi dire
Risquant de répéter les mêmes mots
Ceux que vous connaissez
Depuis que vous m’appelez
Et qu’en retard je vous arrive

Vous auriez pu écrire, m’écrire
Un mot, souvent, touche mieux qu’une voix
Demeure enfoui dans le vieux coffre de cèdre
Jusqu’au prochain vide-grenier
Réfugié entre les pages d’un livre suranné,
Un peu poussiéreux et jauni
Ce mot qu’on a oublié de relire
 
Moi, j’écris plus facilement que je ne parle
Ça semble plus clair aux yeux de l’autre
Comme un friselis chatouillant les mains
La gauche, la droite, ensemble complices
De tout ce qui, arraché du passé, traverse
L’espace et le temps, évitant les trous noirs
Pour barbouiller de volatils feuillets
 
Et si vous m’appeliez…
Et si je n’étais pas en retard…
Qu’aurions-nous à dire, à lire
De longs monologues, d’inutiles soliloques,
Des pages immaculément blanches
Ou encore, tricoterions-nous du silence
Que nos deux mains scelleraient…


                        

mercredi 19 février 2025

Si Nathan avait su... (20) Revu et corrigé




Daniel et son épouse sentirent le besoin de faire une synthèse de tout ce qui leur arrivait depuis l’annonce de la venue d’un deuxième enfant, leur rencontre avec la famille ojie-crie, l’entrée de leur fils à l’école et d’un certain courant d’air flottant dans le village des Saints-Innocents...

Jésabelle détailla les principales informations reçues à la suite de sa rencontre fortuite avec l’épouse de Don, insistant sur les tourments qui l’assaillent quotidiennement, ainsi que sur sa grossesse qui lui semble plus difficile que la première.

- Elle se décrit comme perturbée au point que notre courte rencontre dans le boisé que nous partageons avec sa famille lui a arraché, péniblement je dois dire, quelques confidences. Je n’ai aucune idée de l’étendue du conflit entre sa belle-mère et elle, mais à première vue je ne serais pas du tout surprise qu’elle… d'ailleurs tu sais que son nom n’est toujours pas choisi même si celui qu’elle aime conviendrait, mais pas à la mère de Don qu’elle nomme l’ancêtre, tout ça c’est une autre histoire… je reviens à mon inquiétude sur ce qui oppose les deux femmes ; il apparaît évident qu’on se retrouve devant un conflit générationnel. Ça ressemble beaucoup à ce qui nous est arrivé, toi ici et moi dans ma grande ville, à la différence que nous avons pris les moyens pour secouer les jougs qui nous oppressaient alors qu’elle semble complètement démunie. Je ne sais même pas de quel côté loge son mari. Par chance ou malchance, je ne sais trop, c’est lui qui aura le dernier mot et prend la décision finale en cas de mésentente, alors les deux femmes doivent se soumettre. On est en 1975… Incroyable d’assister à cela… C’est certain que la culture joue un rôle important dans toute l’affaire.

Daniel écoutait son épouse avec attention, sirotant la tisane qui fumait devant lui.

- Est-ce que Benjamin t’en a dit davantage sur ses premières journées à l’école?         À croire qu’il souhaite que la conversation dévie un peu. Mais il est comme ça Daniel, il a besoin de temps pour réfléchir, pour retourner tous les faits dans sa tête avant de prendre position. Pour sûr, il se retrouve à l’avant-poste des informations du fait qu’il passe une bonne partie de son temps au village alors que Jésabelle s’en abstient comme si c’était une loi qu’elle s’était imposée.
- Tu déportes la question, mais ce n’est pas grave, l’important c’est que tu saches que j’ai rencontré Aanzheni.     Daniel fronça les yeux.     Oui, c’est le nom qu’elle souhaite adopter après son deuxième accouchement. De sa deuxième fille.
- Ça sonne bien à l’oreille, mais sais-tu ce que cela signifie en français?
Esprit d’ange, lui répondit Jésabelle qui ne cessait de tenir son ventre de plus en plus apparent.

Au même instant, ils entendirent le bus scolaire s’arrêter, leur fils en descendre tout en demeurant debout pour répondre au salut de Chelle dont le visage emplit la vitre salie par la route sablonneuse du rang. Walden venait de rejoindre Benjamin, l’encerclant, défaisant le cercle pour tout de suite en refaire un autre, la queue allant d’un bord puis de l’autre.
 
                                                    *****

Le bus avait repris la route à rebours se dirigeant vers l'autre rang, parallèle à celui-ci, pour y déposer la fillette aux longues tresses noires. 

La femme sans nom attendait sur l’accotement de la route, les mains jointes et les bras prêts à s’ouvrir. Chacun des retours de l’école maternelle réveillait chez la mère de Chelle un état d’inquiétude que son visage ne pouvait dissimuler, un peu comme si elle prévoyait la confirmation de son angoisse l’ayant torturée toute la journée.

À la fenêtre de la maison, dissimulée derrière les rideaux de crêpe, des yeux surveillaient la scène. Des yeux dans lesquels se lisait une désapprobation totale de la situation. L’ancêtre se disait intérieurement qu’elle devait absolument trouver une solution au problème perçu comme une attaque frontale aux traditions objibwéés. Elle se rongeait les sens à propos de cette bru pour qui elle n’avait aucune affection. Une soeur demeurée à la réserve de Sault-Sainte-Marie lui avait signifié son appréhension et conseillé de ne pas accepter cette femme auprès de son fils qui, selon elle, serait porteuse de malchance, pire, de malédiction. Sa famille agirait continuellement de manière à ce que leur groupe - leur race comme le disait l’ancêtre - lentement se désagrège en s’intégrant aux Blancs. Ce fut, a-t-on su au village une fois qu’elle fut installée, la raison de sa venue à des Saints-Innocents. 

Chelle demanda à sa mère pourquoi son chien-loup n’était pas là pour l’accueillir, ce à quoi elle reçut pour réponse que Ojibwée ne se manifestait plus lorsque le bus avait repris la route sablonneuse le matin.         Tu sais ma fille, depuis la rentrée scolaire elle se sent bien seule et je n’ai pas toujours le temps de m’en occuper comme toi le fais. S'éloigner c'est peut-être une façon de tromper son ennui, je ne sais pas trop. Sois certaine qu’elle t’a entendue arriver et bondira sur toi dans deux minutes.

La mère et la fille se dirigèrent vers la maison où trônait l’ancêtre, les bras croisés.     Va te changer, ensuite nous irons marcher vers les bouleaux. Ouste, je t’attends.  
    
Les paroles acérées de cette vieille femme eurent l’effet de la foudre, statufiant la mère et précipitant Chelle à l’intérieur. L’ancêtre, sans jamais regarder sa bru, descendit lentement les marches de l’escalier, siffla pour que le chien-loup la rejoigne, lui signifia d’un doigt inquisiteur de s'asseoir, puis s'installa dans l'attente, ce qui représentait le pire des supplices qu’elle puisse endurer.


                                         


Finalement Chelle et sa grand-mère s'engagèrent, sans se tenir la main, dans l’entrée du boisé, suivies par Ojibwéée, demeurant toutefois à une certaine distance, ne quittant pas l’enfant du regard, ralentissant sa marche à cause de leurs constants arrêts, des longs monologues de la vieille femme que Chelle écoutait distraitement.

- Tu m’écoutes quand je parle ! Comment pourras-tu devenir une vraie ojie-crie si tu ne suis pas mes explications ? N’oublie jamais que nous, notre race et nos traditions sont en toi, que tu auras à les protéger, à les défendre toute ta vie sans te laisser corrompre par les Blancs qui veulent nous voir disparaître et font tout pour que cela arrive.
- À l’école…
- Tais-toi. À ton âge, on se tait et on écoute. Un jour tu devras répéter à tes enfants ce que je t’enseigne, pour cela ne sois pas distraite, garde toute ton attention sur mes paroles, mes leçons.
- Oui, mais ce n’est pas la même chose que j’entends de maman.
- Ta mère n’a pas encore de nom, n’est donc pas encore une ojie-crie complète. Elle a quitté Sault-Sainte-Marie pour venir épouser mon fils, ton père, mais sa connaissance de nos traditions, de nos mœurs est incomplète et le pire c'est qu'elle cherche seulement à se mêler aux Blancs comme toute sa famille d’ailleurs. Je n’étais pas d’accord avec le fait que tu naisses à l’hôpital et que tu fréquentes l’école du village. Tous, je dis bien tous, veulent te déshériter de notre héritage ojibwé. Il faut…
- Papa aussi ?
- Depuis quand tu te permets de m’interrompre ? C’est une habitude, une mauvaise habitude que tu apprends des Blancs. Ne tiens jamais compte de ce que dit ta mère, obéis à ton père même si parfois il n’a pas raison parce qu'il est beaucoup trop en contact avec les Blancs, ça dérange son esprit, il faut que tu saches ça. C’est moi la porteuse de l’héritage de nos ancêtres depuis que ton grand-père, mon mari, est mort, que ses cendres sont enterrées ici dans cet espace de bouleaux blancs. Ce sol n’est pas le nôtre, voilà pourquoi toi et moi devons venir le fouler souvent, très souvent pour qu’il devienne progressivement une terre inviolable. Tu as remarqué que notre chienne jamais n’urine par ici. Elle a le sens du respect, elle. Tu dois l’imiter. Respecter ce sol qui avec le temps deviendra sacré. J’obligerai ta mère quand elle aura accouché de venir déposer ta sœur sur cette terre, ici, ça sera comme la présenter à son grand-père, comme un baptême ojibwé. À la suite…
- Grand-mère, tu m’en dis trop, ça m’étourdis.
- Quoi ? Ce que je te dis t’étourdit ? Serais-tu déjà une ingrate ?

Chelle paraissait de plus en plus impatiente et comme l’obligeait sa grand-mère, ses yeux ne fixaient que le sol, celui au-dessus duquel, attachés aux branches d’un bouleau blanc, flottaient des rubans multicolores.

- Je veux retourner à la maison, dit-elle, alors que le chien-loup se levait, leur tournant le dos et prit la direction du tipi qui parfois lui servait de niche. Les parents de la jeune fille avaient remarqué qu’au retour de chacune des balades au boisé, Ojibwée s’installait, l’air triste, abattu, devant le tipi. Parfois, un long soupir modulé sortait de sa gueule et ses yeux devenaient intensément tristes. Regrettait-il le grand-père ou comprenait-il dans son cerveau de chien que Chelle n’était pas heureuse de ces promenades, chamboulée par le délire de l’ancêtre ? Les chiens ne reniflent pas seulement des odeurs !





dimanche 16 février 2025

Projet entre nostalgie et fantaisie ... (16)

 Parfois il arrive qu'un poème se présente dans sa plus entière nudité, à un point tel que le nommer paraît impossible. 
C'est le cas ici. Trois poèmes écrits à Paris en 2010.



Sans titre valable   l

depuis si longtemps, depuis si loin il marche
                                                            lui semblait-il…
devant lui s’effiloche une route cartographiée
                                                            croyait-il…
 
derrière un rideau en laine d’eau
coulissent des images
                                                            lui semblait-il…
plus diaphanes que des ombres de fantômes
                                                            croyait-il…
 
on lui avait dit et si tant répété
de ne pas marcher sur cette route,
cela l’atrophierait jusque dans ses couleurs
 
mais les paroles ne le rejoignaient pas
                                                            semble-t-il…
depuis longtemps et depuis plus loin encore il marchait
                                                            croit-il…
 
au croisement de huit lignes parallèles
des odeurs inconnues apparurent
quatre routes entre vie et mort
les autres entre mort et vie
 
et ce fut tout, la fin de tout
l’entrée du départ, la sortie de l’arrivée
                                                            croyait-il…
ou du moins
                                                            lui semble-t-il…
 
29 novembre 2010
384     Paris

 

 

Sans titre valable   ll 

Je crains pour la politique
Bientôt elle disparaîtra
Au profit d’organisations hybrides
Réunies par un même désespoir
Reflétant aléatoirement
Nouveau style de vie et
Décloisonnement social
 
Je crains aussi la violence de ceux qui n’ont rien, rien à espérer, rien à perdre
La vie urbaine semble de plus en plus favoriser ce modèle
Il se réalisera tout doucement, dans le silence complice des vastes cités
Les grandes valeurs qui nous accrochent seront déchiquetées
Manger boire dormir chier et pisser puis faire l’amour avant de mourir
Sans enfants sans projets sans rêves sans papiers sans nom et sans foi
Il pleuvra tout le temps sans que ça ne purifie nos fruits et nos légumes
Un nouveau monde gris de novembre à novembre
 
3 décembre 2010
385     Paris

 

Sans titre valable lll

la jeune fille blonde aux bas noirs striés
lisait ERNESTINE de Sade
dans le métro
 
assise devant moi
sa jupe grise tranchait sur son blouson noir
 
elle tournait les pages
son cou blanc sursautait
ses yeux petits devenaient grands
et cela n’avait rien à voir
avec les soubresauts du train
dans le métro Barbès-Rochechouart
 
et si elle se prénommait JUSTINE…
 
15 décembre 2010
395 Paris


jeudi 13 février 2025

On arrive d’où l’on est parti…




On arrive d’où l’on est parti…

 

        … là où tout le monde s’en va
        Insouciant tel un astéroïde égaré
        Une comète échevelée
        Une lettre à la poste sidérale adressée
 
        … il y a comme un vide étrange
        Difficile à remplir, à combler
        Le vocabulaire nous manque
        Regorgeant de tant d’imprécis
 
        … à leur urgent départ, les gens
        Abandonnèrent des lanternes éteintes
        De longues rues fermées
        Quelques valises pleines
 
        … cherchant à ne rien oublier
        Et sans savoir quoi garder
        N’agrippèrent dans leur hâte
        Que ce qui ne sert à rien
 
        … des bouteilles vides
        Récupérées en bord de mer
        Des liasses de papiers bruns
        Que le vent avait éparpillés
 
        … sans savoir où tout déposer
        Arrivés d’où ils étaient partis
        Se sont regardés, yeux assombris
        Les deux pieds ampoulés
 
        … on cherche à se reconnaître
        Sommes-nous du même ailleurs
        Arrivons-nous là d’où on est parti
        Inconscients de la route franchie
 
        … et si nous étions inéluctablement
        Attirés par une telle gravité
        Différente d’où l’on est parti
        Celle d’un super trou noir…



Entre nostalgie et fantaisie ... (44)

  Il n'y a que le réalisme qui arrive à ne pas décrire le réel... ou plus précisément, à le décrire de manière telle qu'il devient ...