dimanche 4 août 2013

QUATRE (4) CENT-CINQUANTE ET UN (51)


François Weyergans

Ce matin est indécis. Nuageux et frisquet. Ensoleillé puis chaud. Il varie selon des humeurs qui lui sont toutes personnelles. Il oublie sans doute, ce matin du début du mois d’août, que nous sommes en été et qu’en été, la saison la plus estivale des quatres… on s’attend à autre chose que le cycle canicule/froideur.

À un moment je peux aller tondre le gazon puis les nuages grisonnent l’espace, chamboulant mon horaire. Légère pluie suivie d’un bon coup de vent. Même les chats errants semblent hésiter entre la haie clairsemée et la galerie sur laquelle le bol de nourriture vide les désespère.

Je m’en remets donc à la musique, moi qui me suis réveillé avec en tête Orfeo Negro (à la guitare). Croyant que Baden Powell jouait cette samba tirée du film du même nom, je ne l’ai pas trouvée sur you tube, je me suis donc contenté d’une autre version, au saxophone cette fois.

Les oreilles à l’écoute, les yeux sur l’extérieur, je me suis souvenu de cette note gentiment glissée sous un saut du CRAPAUD : «vous n’avez pas indiqué vos lectures pour 2012.» Exact. Je me reprends donc ce matin alors que la musique qui m’accompagne est celle du film OUT OF AFRICA, elle est de Mozart.

Voici donc la liste 2012 et, comme LE CRAPAUD en a l’habitude, suivront les coups de foudre de l’année.

Amos Oz
-(Il pleut maintenant, c’en est donc fini pour la tondeuse et je m’offre l’intégrale des NOCTURNES de Chopin.)-


L’IDIOT  (Dostoïevski)

KIM-VÂN-KIEÛ (Nguyen Du)

TERRE DES OUBLIS (Duong Thu Huong)

DÉMON (Christophe Dallot)

LES CHAUSSURES ITALIENNES (Henning Mankell)

LA NUIT DU DRAGON (Norman Lewis)

L’AMANT (Marguerite Duras)

LA PISTE HO CHI MINH (Van Geirt)

AU-DELÀ DES ILLUSIONS (Duong Thu Huong)

SANS SANG (Alessandro Barico)

HOMÈRE, ILLIADE (Alessandro Barico)

CONTES DU LUNDI (Alphonse Daudet)

LA LISTE DE MES ENVIES (Grégoire Delacourt)

ÉLISABETH COSTELLO (J.M. Coetzee)

TERRES DE CRÉPUSCULE (J.M. Coetzee)


Cela vous semblera bizarre, mais il m’est désormais impossible de faire la liste de mes lectures en terme d’année; plus facile de l’établir en indiquant les livres lus ici, à la campagne, au Québec et ceux lus en ville, à Saïgon.

Pour entreprendre cette nouvelle façon de faire, je vous laisse dès maintenant ceux que j’ai lus au Vietnam entre le début janvier et le 1er mai 2013. Ceux qui précèdent ayant nourris mon imaginaire entre deux escales vietnamiennes.


L’ENFANT QUI DEVINT FOU D’AMOUR (Edouardo Barrios)

LA DÉMENCE DU BOXEUR (François Weyergans)

SEULE LA MER (Amos Oz)

NOS SÉPARATIONS (David Foenkinos)

LA NUIT SACRÉE (Tahar Ben Jalloum)

VASTE RECUEIL DE LÉGENDES MERVEILLEUSES (Nguyen Du)

LE LAC NÉ EN UNE NUIT ET AUTRES LÉGENDES DU VIETNAM (Minh Tran Huy)

AU REZ-DE-CHAUSSÉE DU PARADIS - Récits vietnamiens de 1991-2003-
(Collectif d’auteurs)

UNE VIE DE CHIEN (Bui Ngoc Tan)

QUAND ON EST JEUNE (Phan Thi Vang Anh)

UN PEDIGREE (Patrick Modiano)

PESTE ET CHOLÉRA (Patrick Deville)

HOMO ERECTUS (Tonino Benacquista)

LE GARDIEN DE L’ORCHIDÉE (Camilla Gibb)

CE QUE LE JOUR DOIT À LA NUIT (Yasmina Khadra)

JE M’EN VAIS (Jean Échenoz)

LA ROUTE DE LOS ANGELES (John Fante)

MES ÉTOILES NOIRES (Lilian Thuran)

LE CONFIDENT (Hélène Grémillon)

3096 JOURS (Natacha Kampusch)

INTRIGUE À VENISE (Adrien Goetz)


Première observation suite à cette nomemclature : les livres lus au Vietnam ne ressemblent en rien à ceux lus en campagne;
deuxième : les livres lus au Vietnam, plus éclectiques que ceux lus à la campagne;
troisième et dernière observation : aucun recueil de poésie si je fais exception des 3000 vers qui composent le KIM-VÂN-KIEÛ, livre-culte s’il en est un pour les Vietnamiens.

Allons maintenant vers nos coups de foudre (2012 au 1er mai 2013), mais au préalable, je vous rafraîchis la mémoire. En 2007, première année de classement des lectures annuelles par ordre chronologique, il n’y a pas eu de coup de foudre, du moins formellement identifié. Toutefois, il semble que s’il en eut eu un, la palme aurait été remise au poète québécois Danny Plourde.

2008, Atiq Rahimi (le Goncourt 2007) et Bohumil Hrabal;
2009, Jean-François Beauchemin et J.M. Coetzee (Nobel de littérature 2003);
2010, Tino Benacquista et Leo Perutz;
2011, un seul coup de foudre, Alessandro Barico.


AMOS OZ et FRANÇOIS WEYERGANS, les voici mes coups de foudre.

Pour ceux qui ne les connaissent pas, voici une trop courte présentation.

AMOS OZ

… est son nom hébreu. AMOS KLAUSNER, né en 1939, est professeur de littérature à l’Université Ben-Gourion de Beer-Sheva. Fondateur du mouvement La Paix maintenant, son engagement politique va dans le sens de la théorie des deux états (Israël et Palestine). Surtout connu pour son roman autobiographie Une histoire d’amour et de ténèbres, il est lauréat de nombreux prix dont le Prix Kafka 2013.
Seule la mer, magnifique roman sur les destins croisés d’un père et d’un fils suite au décès de la mère.


FRANÇOIS WEYERGANS

Belge, il est en 1941. Réalisateur, critique de cinéma, il a également écrit dans la revue Cahiers du cinéma. Weyergans est le seul auteur francophone à s’être vu décerner le Prix Renaudot (il l’obtient en 1992 pour La démence du boxeur) et le Prix Goncourt pour Trois jours chez ma mère en 2005. En mars 2009 il est élu à l’Académie française.
La démence du boxeur raconte la vie d’un cinéaste qui vient de racheter le château où il a passé son enfance.


Au prochain saut

-J’oubliais de dire en terminant qu’il pleut encore, assez pour que j’écoute de la musique de relaxation... vous savez, celle qui tombe sur le gros nerf après trois ou quatre minutes.-

samedi 13 juillet 2013

QUATRE (4) CENT-CINQUANTE (50)



En vrac
Et
Échevelé

Secoué depuis un bon moment par un problème qu’il imagine être unique au monde - la corruption dans le monde politique – le Québec navigue entre le sarcasme et une forme de psychose caractérisée par l’acceptation évidente du vieil adage suivant : «de toute manière, ça toujours été comme ça et ça ne changera pas».

Depuis les révélations faites à la Commission Charbonneau par celui-ci ou celui-là (très peu de femmes ont comparu devant la juge responsable de cette enquête qui prend maintenant des allures de démolition) il semble que toute personne liée de près ou de loin au monde de la politique en général, toute personne associée au monde des firmes de génie-conseil et de la haute construction, tout ce beau monde soit illico étiqueté de suspect de quelque chose de pas correct à quelque part.

On affirme sans aucun sentiment de gêne que la corruption des hommes politiques, de leur entourage et des fonctionnaires est une invention purement québécoise, un peu plus même, une caractéristique de notre société, peut-être une création de chez nous. Entendons-nous bien : croire à cela c’est vraiment vouloir se prendre pour le nombril du monde.

Pour renforcer le psycho-drame, à la corruption on ajoute la collusion, c’est-à-dire pour parler sans langue de bois, que tout ce beau monde en plus de très bien se connaître et se reconnaître dans les 5 à 7, semble s’entendre afin que tout se passe correctement, de manière civilisée, presque par ordre alphabétique.

À écouter ce qui s’est dit et redit, notre bon vieux Québec catholique si détaché des biens de ce monde serait tombé bien bas, plus creux que l’enfer lui-même qui, on le sait depuis la page 34 du «petit catéchisme» à couverture grise, se trouve enfoui très profond dans la terre, tout juste au milieu, en fait.  Alors qu’à l’époque, faire de la politique à quelque niveau que ce soit, c’était répondre à un appel missionnaire, celui de la bonne gestion du bien commun, maintenant c’est posséder le $en$ des affaires. LE CRAPAUD va vous démêler tout cela.

Première question : qu’est-ce que ça prend pour que l’on puisse parler de corruption?

Prenez une minute pour y réfléchir… je vous attends.

J’image que mille et une réponses, spontanément, vous sont venues à l’esprit. Sans doute même que cet avalanche de solutions a-t-elle corrompu votre jugement. Ça nous arrive souvent, dans ce processus éminemment humain que je résumerais ainsi -  vouloir trouver la bonne réponse à la question – de complexifier ou du moins de compliquer ladite question.

Dans la situation qui nous intéresse aujourd’hui et nous préoccupe depuis quelques mois, à savoir la corruption du monde politique, LE CRAPAUD  vous accompagnera afin de bien comprendre, mieux saisir l'étendue de cet épiphénomène, s'il s’agit bien de cela, en plus de clarifier le fait qu'il n'est peut-être pas  un produit québécois de la génération spontanée. Vous remarquerez que cela n'est pas si simple à circonscrire.

Pour qu’il y ait corruption (dans le monde politique, ne l’oublions pas) cela exige un corrupteur et un corrompu. Simpliste direz-vous! Parfois les choses les plus simples échappent à notre esprit frivole continuellement en quête de raisonnements sophistiqués, ceux qui nous apparaissent cohérents  puisqu’ils échappent à notre habituel entendement.

Le corrupteur, celui qui sollicite;
le corrompu (pour être précis, il le deviendra après avoir cédé aux dons ou aux promesses du premier) celui qui se détourne de son devoir ou de sa conscience.

NB: Le masculin et le féminin se confondent dans ce billet en souhaitant que ce ne soit pas le cas dans la réalité de tous les jours.


Deuxième question : qu’est-ce que ça prend pour que l’on puisse parler de collusion?

Si vous avez besoin d’une autre petite minute de réflexion, ne pas vous gêner. Je sais attendre mais sachez que la lumière et la vérité, elles, ne le peuvent pas.

Nous avons donc défini, certains diront reconnu, le corrupteur et le corrompu. Maintenant pour qu’il y ait collusion, cela exige du mouvement: mouvement bilatéral, de chaque côté si on veut être plus clair. Le corrupteur bouge en passant aux actes (le plus souvent il s’agira de remettre une ou plusieurs enveloppes brunes contenant des billets bruns) et le corrompu - il ne peut plus maintenant se draper dans le voile pur et dur de l’honnêteté - reçoit ladite enveloppe avec un sourire circonspect et, sans surprise dira une fois qu’il l’aura ouverte : «Pas si difficile qu’on le croit!». L’acte est posé. La corruption est consommée et la collusion devient la suite logique des choses.

Il est aussi difficile de vivre en corrupteur qu’en corrompu : c’est un vieux principe de philosophie post-sofiste tout à fait élémentaire. Suivant cette règle, l’un et l’autre de ce duo indiscipliné n’auront pour choix que d’élargir leur conscience en y greffant un élastique. L’intérêt de cet élastique c’est qu’il permet d’aller toujours plus haut, plus loin sur l’Olympe de la malhonnêté et savoir revenir au point de départ en un coup de pouce. L’élastique est silencieux en soi alors que le mouvement des corps qu’il supporte peut s’agiter déclenchant un tollé de décibels. Alors, il faudra à nos deux compères s’entendre avec d’autres gens qui d’eux-mêmes se classeront dans l’une des deux catégories ci-haut mentionnées. Vous voyez là une machine qui s’emballe à très haute vitesse.

Très facile pour les amateurs de jeux de mots de dire : quand la collusion s’emballe, elle risque la collision. En effet, surtout qu’avec tous ces trains qui déraillent en raison d’un emballement incontrôlé, la référence ferroviaire est intéressante. Mais revenons à nos moutons et à nos loups. Posons la dernière question qui exigera, je l’avoue bien humblement, un certain moment de réflexion intense : la voici.

Troisième question : quelle différence existe-t-il entre pot-de-vin et retour d’ascenceur?


Avant d’aborder l’écart assez mince mais tout de même perceptible à un œil attentif muni d’une loupe, je voudrais m’excuser auprès des lecteurs de ce billet pamphlétaire de n’y avoir pas associé – c’eut été si facile, trop même – le sort à la fois triste et funeste de certains maires de villes célèbres dont je tairai le nom afin de ne pas nuire aux enquêtes en cours. L’avoir fait – c’eut été si facile, trop même – aurait sans aucun doute fait fondre mon capital de sympathie auprès des lecteurs qui sont, et je me le rappelle continuellement, des citoyens ayant pour la très grande majorité d’entre eux, le droit de vote et que munis de cette arme de destruction massive pourront, mieux que n’importe laquelle des commissions ou lequel tribunal du même acabit, régler définitivement le sort des corrupteurs et des corrompus. Notez que LE CRAPAUD, dans l’entièreté du billet, a toujours respecté une certaine neutralité plaçant sur la même ligne et par ordre alphabétique inversé les deux catégories en présence dans la corruption/collusion. Je dois affirmer que cela me réjouit.

Abordons donc la question trois. Pot-de-vin et retour d’ascenceur! Différence ou similitude?

Vous pouvez les numéroter si vous souhaitez y répondre: choix 1 / A ou encore choix 2 / B ou toutes ces réponses. Soyez sans crainte, il ne s’agit pas d’un sondage et encore moins d’un recensement à la canadienne!

Voilà, c’est fait. Merci. Continuons.

Je vous suggère de conserver bien présent à votre esprit la réponse que vous avez donnée et user de votre libre arbitre (cf. Traité du libre arbitre de Bossuet pour approfondir le sujet) vous permettant de la modifier en cours de route, si vous le jugez à propos.  Votre CRAPAUD-GPS  vous dirige maintenant vers l’apothéose de sa réflexion chevronnée.

J’ai dit «l’écart assez mince» afin de spécifier la nuance entre les deux termes. Je crois avoir raison et voici pourquoi. Qui utilise le mot «pot-de-vin»? Qui utilise l’expression «retour d’ascenceur»? Vous? Moi? Je ne peux répondre pour vous, mais personnellement je dis «verre de vin», «bouteille de vin», très rarement, occasionnellement «pot-de-vin». Même chose pour «retour d’ascenceur», je dis plutôt «chez mon ami Gérard, il n’y a pas d’ascenceur». Vous voyez tout de suite et sans l’aide de quelques supplémentaires informations que nous voilà dans un monde utilisant un langage codé, presque ésotérique, j’oserais dire abscons.

Je comprends très bien que les enveloppes brunes soient remises de main à main lors de dîners secrets dans quelque chic restaurant où à flot coule le vin. Je comprends parfaitement bien que pour monter vers les hautes sphères de la corruption et de la collusion, il faille s’y rendre par l’ascenceur, ce qui prouve hors de tout doute l’innocence de mon ami Géard dans cette gamique corruptrice.

De l’un à l’autre, vin et ascenceur, la démarcation est mince, une fine ligne de communication réservée aux initiés. Et vous allez continuer de croire que cet épiphénomène est strictement québécois? Je vous rappelle cette phrase lapidaire de Prosper Mérimée, qu’on ne lit plus tellement aujourd’hui malgré le fait qu’il se soit imbu de la pensée voltairienne et lié d’amitié avec Stendhal, phrase qui se lit ainsi :
«Les Grands d’Espagne ont tous reçu de l’argent de lui (le duc de Montpensier) mais pas assez. En matière de corruption, il ne faut pas avoir de repentir.»

Comme ce propos nous interpelle! D’abord – et nous n’allons pas douter de Mérimée, c’est Mérimée quand même et non  Marie-mai –  c’est criant d’actualité, patent d’universalité et combien éclairant sur le propos qui s’achève.

En conclusion, je dirai :
ce que vous croyiez être un épiphénomène purement québécois s’avère être un phénomène universel, donc notre esprit de clocher en prend un bon coup sur la gueule;
que corruption et collusion sont deux aspects amalgamés du même problème;
qu’un corrupteur ne peut vivre sans corrompu et vice versa;
qu’une enveloppe brune ne peut contenir de vin et voyager par ascenceur;
que Gérard n’a rien à voir à tout cela;
que la collusion est élastique;
que tout est maintenant assez clair et mis à jour pour que puissiez démasquer ceux qui, à l’échelle de votre municipalité, province ou pays, profitent de votre confiance pour en abuser.

Au prochain saut

jeudi 11 juillet 2013

QUATRE (4) CENT-QUARANTE-NEUF (49)



Il est, parfois, des poèmes qui semblent prêts à prendre leur envol mais vous laissent une petite trace d'incertitude, un doute, comme s'ils souhaitaient dire: «Je pars sans être tout à fait assuré de posséder tout ce qu'il faut.»

Celui-ci est de cette nature.

Les images sont exactement ce que je voulais qu'elles soient. 
Toutefois... quelque chose me dit que je devrai le retravailler.

Le voici tel qu'il me semble être en mesure d'être lu.



désert,
la chaise
une femme assise


désert, aux premières loges
tout à côté d’un cactus
comme une scène assiégée
repose la chaise
qu’un mirage embue de vent

sable et sang confondus ruissellent des dunes

une femme assise sur la chaise
cherche de ses mains corrodées
un équilibre précaire et instable
ses yeux, écueils inopinés
sont des chardons brûlants

désert, un amphithéâtre sans auditoire

le scénario, continûment le même
encore mille et une fois rejoué
notes et mots fugaces entre jour et nuit
intrigue de sable et de sang
que la femme assise serine à de faux scorpions

comme chant de désert, de mer, de silence

la chaise de la femme assise s’enfonce
elle qui  réinvente l’exacte attitude
permettant aux mots qui grincent
au sortir de sa bouche gercée
de dire la bible du silence

captive de la chaise, la femme du désert
enchaînée au déséquilibre
répète les mots
de sang et de sable
de vent perdu dans la dune

mère bréhaigne fille outragée
depuis des siècles et encore
vomissent une inachevable écholalie

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jeudi 27 juin 2013

QUATRE (4) CENT-QUARANTE-HUIT (48)




En vrac
Et
Échevelé


Il y a quand même un bon moment que LE CRAPAUD ne s’est  pas arrêté sur les questions d’actualité qui font ou ont fait la manchette dans mon beau Québec (Montréal particulièrement), questions dont assurément on  jase un peu partout dans le monde. Non seulement la tenue de l’événement numéro 1 en terme de pollution atmosphérique (Le Grand Prix de Montréal) au début du mois de juin; non seulement   la vingt-cinquième édition des Francofolies qui a fait vibrer la métropole de tous ses airs il y a quelques jours déjà; non seulement en raison du Festival international de Jazz (événement majeur dans ce domaine et salué un peu partout sur la planète) qui a lieu actuellement. 

- Et je passe sous silence le jeu de chaise musicale à la mairie de la ville (trois maires en peu de temps). –

Ces manifestations estivales (si jamais l’été pouvait s’installer) représentent la marque de commerce de la première ville du Québec. Mais on parle aussi  d’autres choses, des embarras qui s’avèrent préoccupants dont ceci, auquel LE CRAPAUD  ajoute son grain de sel, à savoir la question du :

turban au soccer

Vous connaissez les faits de même que le dénouement de cette affaire - interdiction de jouer au soccer pour tout participant portant un turban, expulsion de Fédération de soccer du Québec par l’Association canadienne et interdiction levée suite à une clarification de la règle par la FIFA - qui pointe son nez alors qu’un grand débat sur les valeurs québécoises doit s’enclencher l’automne prochain. Il semble toutefois que le turban se soit hissé assez haut dans l’actualité pour ne plus être qu’un simple fait divers mais une manchette, davantage même, la «une» des conversations publiques et des interventions de nos politiques.

Peut-on jouer en toute sécurité au soccer si l’on porte un turban et si on en est affublé, devient-on un danger public sur le terrain?

En soit, le fait de porter ou non un couvre-chef ne semblait pas être le véritable enjeu de la controverse. La question nous ramenait tout de go à la symbolique religieuse de cette coiffure. Suite à la Commission Bouchard-Taylor sur les accomodements raisonnables, la situation semblait claire, n’attendant plus que des gestes politiques pour archiver la question. Il paraît que non. Alors que cache vraiment ce débat?
Demeurons sur le terrain de soccer.

Ma première question est la suivante :
le sport est une activité physique souvent pratiquée en plein air, régi par des règles, des conventions, des valeurs, et pour illustrer mon point de vue, je prendrai un sport au hasard, disons...  le soccer.

Doit-on obligatoirement le pratiquer en suivant à la lettre les  conditions spécifiées par un organisme officiel ( une fédération provinviale, nationale ou internationale)?

Si oui, on ne peut accepter que des personnes jouent au soccer de manière ouverte, c’est-à-dire ne respectant pas les directives desdites fédérations.
Si oui, on ne peut accepter que Jonas, ce grand ado qui se promène le jour et dort la nuit avec, sur la tête, sa tuque de laine grise, douze mois par année puisse s’adonner audit sport.
Si oui, on ne peut accepter que le terrain de jeu soit différent de celui prescrit : finis les terrains vagues sur lesquels on jouait entre amis.
Si oui, on ne peut accepter que l’on joue torse nu à 30 degrés Celcius (évidemment vous comprendrez que cet exemple s’applique aux mâles).
Si non, le problème se vide de tout son sens.


Interdire le port du turban pose une deuxième question, aussi pertinente que la première :

est-ce que le turban porté par un joueur contrevient à une règle du soccer?

D’abord et avant tout il faut savoir que la FIFA  (Fédération Internationale de Football Association) n’a pas de règles de jeu mais des lois. Oups! On entre dans une autre dialectique. À la limite on peut enfreindre une règle mais une loi… c’est plus délicat.

Dans les lois édictées par la FIFA (au chapitre de l'équipement du joueur) rien n'est mentionné au sujet du port d'un turban. On n'aborde même pas la situation d'un joueur ayant un pansement à la tête en raison d'une blessure subie dans un mach précédent. Toutefois une notice précisant qu’«un joueur ne doit pas porter d’équipement potentiellement dangereux pour lui ou tout autre joueur (y compris tout type de bijou)». Pas autre chose. On parle de maillot, de short, de chaussettes, de protège-tibias, de chaussures, aucunement de turban. Il faut se rendre un peu plus loin dans le livre des lois pour y retrouver ceci (ceci étant une décision de la FIFA) : «Les joueurs ne sont pas autorisés à exhiber des slogans ou de la publicité figurant sur leurs sous-vêtements. L’équipement de base obligatoire ne doit présenter aucune inscription politique, religieuse ou personnelle. Un joueur ôtant son maillot pour dévoiler tout type de slogan ou de publicité sera sanctionné par l’organisateur de la compétition. L’équipe d’un joueur dont l’équipement de base présente une inscription ou un slogan politique, religieux ou personnel sera sanctionné par l’organisateur de la compétition ou par la FIFA.»

Et plus loin encore, ce que la FIFA inscrit devient fort intéressant pour la question qui nous intéresse :
«En plus de l’équipement de base, un joueur peut en utiliser un supplémentaire si toutefois son objectif est de protéger son intégrité physique et si cet équipement ne comporte aucun danger ni pour lui ni pour aucun autre joueur.
Tout type de vêtement ou d’équipement supplémentaire doit être inspecté par l’arbitre et confirmé comme non dangereux.
Compte tenu des matériaux souples, légers et rembourés dont elles sont composées, les protections modernes telles que casques, masques faciaux, genouillères et coudières ne sont pas considérées comme dangereuses et donc autorisées.
Grâce aux nouvelles technologies, les sports sont plus sûrs – pour le joueur possédant l’équipement et pour les autre joueurs – et les arbitres devront se montrer tolérants quant à l’utilisation des protections, tout particulièrement chez les jeunes joueurs.»

Ouf! Avant de poursuivre ma brillante démonstration, je me demande si tout joueur ou entraîneur de soccer ou spectateur, si tout ce beau monde a véritablement pris le temps de lire toutes ces lois, se les approprier pour mieux les respecter? Mais c’est une autre question.

Revevons donc à la question 2. Vous constatez comme moi que la position de la FIFA pourrait être qualifiée d’élastique. En effet, un porteur (ou une porteuse) de turban pourrait évoquer que celui-ci protège son intégrité, ou encore qu’il s’agit d’un équipement supplémentaire ou, à la limite, exiger une certaine tolérance de la part de l’arbitre, maître après Dieu sur le terrain règlementaire de jeu. D’ailleurs, une sous-question explose ici dans toute son évidence : peut-on jouer au soccer avec pas d’arbitre? Vous constatez avec moi la vastitude du problème!

Si l'organisme suprême (la FIFA) semble dire entre les lignes que le turban ne pose pas une si grande difficulté alors que la manchette québécoise l’a épinglée tout en haut de la carte de pointage d’un match de soccer, où est donc l'énigme?

LE CRAPAUD possède la réponse. Vous verrez comme il fallait posséder toute la sagacité de son sixième sens pour bien saisir l’enjeu fondamental de cette histoire. Préparez-vous à lire quelque chose qui risque de vous sidérer.

L’histoire de l'interdiction de jouer au soccer en sol québécois à tout individu portant un turban est un vaste complot fourbi, allumé et alimenté par deux fédérations rivales. Et que je nommerai illico : celle du baseball en collusion avec cette du boulingrin.  Pourquoi? La raison en est fort simple : le soccer supplante ses deux rivales en nombre de joueurs et en investissements de la part des divers niveaux de gouvernement. On souhait jeter un discrédit sur ce sport en réveillant le spectre cauchemardesque des méchants étrangers qui veulent y jouer à leur manière, vêtus à leur manière et ainsi dénaturer le jeu comme on le pratique et comme on doit continuer à le pratiquer dans la belle province. Par ricochet, les parents n’inscriront plus leurs enfants au soccer et reviendront au baseball et au boulingrin pour les plus âgés.

Vous n’aviez pas vu cela venir?

LE CRAPAUD est très heureux de rectifier les faits et vous interpeler sur ce genre de manigance qui cache toujours dans son fond quelque chose pouvant s’attaquer à nos bases ancestrales.

Au prochain saut

jeudi 13 juin 2013

QUATRE (4) CENT-QUARANTE-SEPT (47)



Il fait pluie depuis plusieurs jours, plusieurs nuits. Par chance, nous avons installé des gouttières; elles permettent moins d’eau autour de la maison et dans la cave qui en a suffisamment reçu au cours de sa vie. Mais, bon côté des choses, la pluie fait verdir le gazon, les fleurs qui sont en mode attente du soleil.

Je me demandais que faire alors que l’extérieur m’est quasi inaccessible, Lire, oui. Retourner dans mes bons vieux cahiers de lecture et tenter d’y puiser quelques réflexions… ensoleillées.

Voici ce que j’ai trouvé.

YASMINA KHADRA
. On ne peut pas arroser d’une main la fleur qu’on cueille de l’autre; on ne rend pas sa grâce à la rose que l’on met dans un bocal, on la dénature; on croit en embellir son salon, en réalité, on ne fait que défigurer son jardin.

. On ne se rend pas coupable du tort que l’on nous fait, mais seulement du tort que nous faisons.

. … garde tes peines pour toi, elles sont tout ce qu’il te reste lorsque tu as tout perdu …

. Le vrai secret ne se partage pas.

. Il n’est pire cataclysme que l’humiliation.


MAXIME GORKI
. Les gens ne croient pas les paroles toutes nues, il faut souffrir, et les tremper de sang…

. Nous autres, gens du peuple …, nous sentons tout, mais nous avons de la peine à l’exprimer; nous avons honte, parce que nous comprenons, mais nous ne pouvons pas le dire. Et souvent, à cause de cette gêne, nous sommes en colère contre nos pensées. La vie, elle, nous frappe et nous meurtrit, de tous côtés, on voudrait se reposer, mais les pensées nous en empêchent.

ATIQ RAHINI
. J’avais peur, peur de tout, de toi, du lit, du sang. Mais en même temps c’était une peur que j’aimais. Tu connais ce genre de peur qui ne t’éloigne pas de ton désir, au contraire, ça t’excite. Ça te donne des ailes, même si ça peut te brûler. C’était cette sorte de peur que j’avais.

. … la douleur, soit elle arrive à fondre et à s’écouler par les yeux, soit elle devient tranchante comme une lame et jaillit de la bouche, soit elle se transforme en bombe à l’intérieur, une bombe qui explose un beau jour et qui te fait exploser…

. Parler, ça ne suffit pas, mon frère, si on ne t’entend pas, ça ne sert à rien, c’est comme des larmes…

. Le cri meurt dans ma gorge sèche. Je suis toujours dans un rêve; non, pas un rêve, un cauchemar. Mais oui, c’est bien dans les cauchemars que les cris sont captifs; c’est dans les cauchemars que l’on a l’impression d’être réveillé, et que les yeux refusent de s’ouvrir et les bras de bouger. Mutisme et inertie.

. Ce que j’ai fait est sans importance. C’est ce que je n’ai pas fait qui compte.


TONINO BENACQUISTA
. Il venait de comprendre que toute douleur est relative : celui qui pense avoir tout perdu a encore tant à perdre.

. L’harmonie a horreur du vide.

. Les contes de fées n’existent pas, même pour les fées.

. … une utopie ne dure que le temps d’une utopie.

. Parce que c’est un peu ça la vie : on s’attend à croiser des alligators et on tombe sur un requin.


DANY LAFERRIÈRE
. Le temps ignore notre impatience.

. Un type qui donne son avis sur tout finit toujours par vous planter une aiguille d’inquiétude dans le crâne.

. C’est souvent dans les douleurs qu’on se reconnaît dans l’autre.

. Le désir, c’est la distance à parcourir entre la soif et la fontaine qui recule au fur et à mesure qu’on avance vers elle.

. … le problème d’identité de l’étranger c’est qu’on lui refuse le droit d’être autre chose que du folklore.

. Dans la vie, on prend toujours le mauvais chemin au bon moment.


REBECCA SOLVIT – L’art de marcher –
. … dans une culture vouée à la productivitié penser est généralement assimilé à une activité difficile à assumer. On y parvient mieux en faisant semblant d’agir, et rien n’approche plus ce désoeuvrement que marcher. De toutes les activités que nous faisons délibérément, la marche reste la plus proche des rythmes qui agitent le corps sans que nous y soyons pour rien, tels la respiration ou les battements du cœur. Elle crée un équilibre subtil entre travailler et muser, être et faire. La marche est un effort du corps uniquement productif de pensées, d’expériences, d’arrivées.

. … marcher, c’est aller tout près et très loin à la fois.

. Tout marcheur est un gardien qui veille pour protéger l’ineffable.

. Partir à la découverte du monde est un des meilleurs moyens d’aller à la découverte de l’esprit, et qui voyage à pied circule de l’un à l’autre.

. Écrire, c’est ouvrir une route dans le territoire de l’imaginaire, ou repérer des éléments jusque là passés inaperçus le long d’un itinéraire familier.  Lire, c’est voyager sur ce territoire en accpetant l’auteur pour guide…


Et au moment où j’achève ce saut, il faut un soleil radieux.

Au prochain saut

dimanche 2 juin 2013

QUATRE (4) CENT-QUARANTE-SIX (46)

fille et garçon

odeur de la fille, thé de lotus
thé de jasmin, celle du garçon
couple-escargot accroupi au fond d’une coquille

comme les gazons multiplient le vert!  
le colorent à perte de vue!
un regard monte vertical face à l’horizon … fille et garçon, même azimut

goût de la fille, mangue fraîche
celui du garçon, durian vanille
deux colimaçons rampant dans un bol de sardines

comme des œufs le soleil cuit la peau
graciles, les hirondelles jouent aux F-18
leur chanson autour des arbres grésille

on entend la fille ne rien dire
le garçon l’écoutera encore
double main en une seule; leurs yeux recherchent l’instant

comme la longue plainte des sirènes sur une mer étourdie
une voix-mouette interroge le ressac des vagues engourdies

fille muette et sourd garçon
aveuglés de vert tendre
demeurent suspendus dans le creux vide de l’espace

il et elle regardent… respirent… virevoltent et pirouettent…
 regards prolixes ralentis par des gestes sybillins

couleur de la fille, vert feuille
celle du garçon, la même…
repus de lumière, il et elle s’observent comme des aveugles

Entre nostalgie et fantaisie ... (44)

  Il n'y a que le réalisme qui arrive à ne pas décrire le réel... ou plus précisément, à le décrire de manière telle qu'il devient ...