vendredi 3 avril 2026

LE CRAPAUD s'en va-t-en guerre ! (suite 7)

 

Qu'on parle de la bonté, du vent ou de l'électricité, il s'avère toujours plus facile d'en exposer les effets que  s'attarder à en trouver une définition qui fasse promptement image dans notre cerveau.

C'est peut-être la même chose pour la guerre, quelle qu'elle soit : guerre des boutons... des tuques... guerre de Troie, et j'en passe. Une illustration s'imprime dans notre tête, surgit à chacune des fois que le mot ou l'expression se présente à nous.

Alessandro Baricco terminera, dans ce billet, sa réflexion sur l'Illiade, achevant de formuler les idées qui ont germé dans son esprit après plusieurs mois de travail sur le texte de Homère. Déjà, il lançait celle de la beauté. Une autre beauté que celle  prévalant à une certaine époque et qui a perduré pendant des siècles, à savoir que la guerre méritait ses monuments, ses histoires racontées, écrites ou filmées. 

Un certain pacifisme sans fanatisme. Un pacifisme unificateur. 

Envisageable pour l'homo sapiens que nous sommes, celui qui, sur l'échelle de l'évolution, a réussi à parvenir jusqu'à maintenant en éliminant tous ceux et toutes celles qui ont osé se dresser contre lui, sans s'attarder à envisager la paix comme une hypothétique avenue à emprunter ? 

Il aura tout de même tenté d'instaurer des institutions ayant pour objectif de faire régner la paix : la Société des nations (1919) dissoute en 1946, puis l'ONU créée en 1945. Inutile de s'étendre sur chacune de ses deux tentatives qui a tenté et tente à maintenir la paix, les résultats s'équivalent en termes d'efficacité.

Il m'apparaît important de signaler que la constitution des USA prévoit dans son deuxième amendement qu' « Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d'un État libre, le droit qu'a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé. »  Cela signifie que chaque citoyen étatsunien peut les utiliser en dehors d'un contexte de guerre, ce qui, dans les faits, nous amène à croire que des conflits internes quelle qu'en soit leur nature, pourraient devenir une occasion d'utiliser des armes et, a fortiori, organiser une guerre à petite ou moyenne échelle. Comme cela ressemble à nos ancêtres primitifs qui déambulaient munis d'armes correspondant à leur époque !



Revenons à Baricco.

«  Aujourd'hui, la paix n'est guère plus qu'une convenance politique : ce n'est certainement pas un système de pensée ni une manière de sentir vraiment répandus. On considère la guerre comme un mal à éviter, bien sûr, mais on est loin de la considérer comme un mal absolu : à la première occasion, tapissée de beaux idéaux, l'idée de partir à la bataille redevient très vite une option réalisable. On la choisit même, parfois, avec une certaine fierté. Elles continuent, les phalènes, à se jeter dans la lumière du feu. Une réelle, prophétique et courageuse ambition pour la paix, je ne la vois que dans le travail patient et caché de millions d'artisans qui travaillent quotidiennement à faire naître une autre beauté, et la clarté de lumières, limpides, qui ne tuent pas. C'est une entreprise utopique, qui suppose une confiance vertigineuse dans l'homme. Mais je me demande si nous sommes jamais allés aussi loin que nous le faisons aujourd'hui, sur un tel chemin. Et c'est pourquoi je crois que personne, dorénavant, ne pourra plus barrer ce chemin, ou en inverser le sens. Nous réussirons, un jour ou l'autre, à enlever Achille à cette guerre meurtrière. Et ce ne seront pas la peur ou l'horreur qui le ramèneront chez lui. Ce sera une certaine beauté, une beauté  différente, plus aveuglante que la sienne, et infiniment plus douce. »

*****





C'était quatre hommes... je les renomme afin qu'ils puissent continuer à inspirer, Bao Ninh, Graham Greene, Tim O'Brien, Alessandro Baricco, quatre hommes qui, chacun à sa manière, à sa façon, ont vécu la guerre activement ou l'ont relatée ou encore, y ont porté une attention à travers des textes immortels, tel l'Illiade de Homère.

Aucun de ces quatre hommes n'y a laissé sa vie, une partie intime de lui-même sans aucun doute, partie à laquelle ils sont revenus afin d'examiner, autrement,  la guerre, en-dehors des clichés, poncifs et lieux communs.

Nous nous sommes trop facilement apitoyé sur les aspects néfastes de celle-ci : 
ses millions et millions de morts inutiles ; 
ses milliards et milliards de dollars, d'euros, de yens, de marks, de francs, de roupis, de pesos, de roubles, de yuans... ; 
ses déchirures, ses impacts sur les êtres humains, sur les systèmes politiques et économiques, ses déplacements de populations, ses destructions massives d'infrastructures ;
sur l'histoire...

Dénombrer les écrits en tout genre sur le sujet, les textes romanesques, poétiques, les essais, les chants et les chansons, tout cela sempiternellement les mêmes à quelques mots près, ça relève de l'impossible.

Comment, aussi, ne pas oublier les discours larmoyants lors de commémorations de mille et une armistices, prononcés sous des drapeaux en berne... 
Les harangues fanatiques hurlées à tout vent... 
Les vibrants appels à sauver la nation... 
Tous, autant qu'ils soient, ont une haleine de sang,  appellent directement ou indirectement à la vengeance...

Il ne faut pas oublier tout cela, tout ce qui cherche inutilement à perpétuer la mémoire de la guerre tout en oubliant manifestement ceux qui l'ont subie ou la subissent encore et qui n'ont pour seul souhait : oublier. Peut-être faut-il oublier de se souvenir ?





LE CRAPAUD s'en va-t-en guerre ! (suite 7)

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