Il m'apparaît tout à fait normal que vous soyez les premiers, autant ceux de la première heure que ceux de la dernière heure, à apprendre la nouvelle de dernière heure :
JE NE SERAI PAS CANDIDAT
À LA CHEFFERIE
DU PARTI LIBÉRAL DU QUÉBEC.
À la suite d'une intense réflexion, de nombreuses consultations, d'une analyse exhaustive de mes appuis potentiels autant à l'intérieur qu'à l'extérieur du Parti Libéral du Québec, j'en suis venu, en toute lucidité, à la conclusion de ne pas poser ma candidature à la chefferie du Parti Libéral du Québec.
Permettez-moi de profiter des pages qui me sont offertes sur le blogue du CRAPAUD GÉANT DE FORILLON, pour vous partager les éléments qui ont alimenté mon introspection et le chemin, cahoteux je l'avoue en toute humilité, qui m'a conduit à cette déchirante décision.
En premier lieu, je tiens à remercier les membres de ma famille qui ont su respecter ma méditation, n'intervenant en aucun moment afin de l'orienter d'un côté ou de l'autre. Soit qu'ils ne saisissaient manifestement pas la démarche ou s'en contrefoutaient-ils complètement. J'en ai déduit que si je briguais l'investiture, si j'étais élu, devenais député de ma circonscription et que le Parti Libéral du Québec soit appelé à former le prochain gouvernement faisant ainsi de moi le Premier ministre du Québec, eh bien je ne pourrais pas user de l'argument suivant pour démissionner ultérieurement : « J'annonce que pour des raisons familiales, je me vois dans l'obligation.... bla bla bla...»
Ce premier lieu étant éclairci, ma pensée s'est concentrée illico sur la revue de mon engagement politique au cours des deux derniers siècles. Mon premier vote remonte à 1968. Aux élections fédérales qui menèrent Pierre Elliot-Trudeau au pouvoir. C'est... malheureusement... ma seule accointance avec un parti libéral; que toute personne n'ayant jamais voté «libéral» me lance le premier bulletin de vote ! Ce qui favorise ma candidature c'est le fait de n'avoir jamais commis d'erreurs politiques pouvant me discréditer auprès de l'électorat. Cela signifie qu'en aucune occasion n'ai-je signé une pétition exigeant la démission d'un quelconque ministre libéral; qu'en aucune autre occasion n'ai-je affirmé sans laisser percevoir mon rire qu'un gouvernement libéral n'était pas à la hauteur de toute controverse; qu'en aucune occasion n'ai-je été convoqué par telle ou telle commission d'enquête; finalement, et sans aucun doute voici l'argument massue, lorsque René Lévesque a quitté le Parti Libéral du Québec, je me suis réjoui pour le parti qui dans un geste stratégique quasiment machiavélique, se débarrassait d'un problème se répandant comme une tache d'huile. Donc, en terme politique je suis aussi vierge que Soeur Marie-Madeleine-de-la-Rédemption, ma directrice en septième année.
Il me fallait, par la suite et avant de monter une équipe susceptible de faire marcher la machine, de bien la huiler, il fallait porter mon attention sur un programme clair, compréhensible et surtout accessible à tous et à toutes. C'est vraiment à partir de cette étape que mon discours s'est raffiné, l'embrayant toujours de «tous et toutes» parfois, et «toutes et tous» un autre parfois. Vous remarquez déjà l'intention derrière le message. Mais je ne devais pas en rester là. Comme le Parti Libéral du Québec est reconnu comme étant le parti de l'économie, il fallait m'y conformer. J'ai donc construit une plate-forme surnommée «L'économie, c'est la vie!» J'y traçais le parcours d'un, d'une Québécois-oise, selon un nouveau paradigme - ce mot attire toujours l'attention de ceux-celles qui n'écoutent pas le discours, mais sont éblouis par la qualité exotique d'un vocable inconnu à leurs oreilles.
De la naissance à l'adolescence: école buissonnière supervisée;
de l'adolescence à l'âge adulte: voyages à travers le monde, puisque les voyages forment la jeunesse qui peut ainsi éparpiller partout sur la planète leurs bêtises loin du territoire national;
de l'âge adulte jusqu'à 50 ans: formation obligatoire dans les domaines utiles à la nation québécoise;
de 50 ans jusqu'à ce que mort s'en suive: travail obligatoire, ce qui ne devrait poser aucun problème puisque c'est à cet âge qu'on en saisit toute l'importance et devient le creuset dans lequel verser le bagage accumulé durant sa vie.
Ce plan magistralement réfléchi, lorsqu'on le scrute plus en profondeur, renferme la solution à tout ce que l'ancien paradigme traînait comme problèmes sociétaux, sociaux, personnels et politiques.
Quand croyez-vous, à la suite de l'application stratégique de cette réorganisation de notre «vie ensemble», quand les individus rassurés par un schéma clair et précis, quand ces individus auront-ils le temps pour vivre l'insécurité, croire que l'avenir n'a pas de sens devant eux, que le voisin pourrait être un ennemi ?
Quand nos concitoyens auront-ils le temps de souffrir de maladies occasionnées par le stress ? Et si cela devait malencontreusement se produire, une bonne partie d'entre elles seraient soignées à l'extérieur de nos frontières. Notre système de santé s'en trouvera ainsi allégé et beaucoup moins vorace en terme d'investissement.
Nos concitoyens, ayant été des immigrants un peu partout sur la planète durant leur jeune âge, sauront accueillir ceux des autres pays avec le même enthousiasme qu'ils ont reçu et cela sans aucun préjugé. Les préjugés ne sont-ils pas propagés par un système d'éducation biaisé dont les fondements ont des racines refermées sur nous-mêmes ? Les écoles et autres affinités n'étant ouvertes qu'à des hommes et des femmes d'âge mûr, capables de construire ce dont ils ont vraiment besoin.
La question des religions déchire le monde ? Notre nouveau paradigme l'évacura en ne lui donnant aucun privilège privé ou public.
L'abolition de la retraite entraînera automatiquement de fulgurantes économies au trésor québécois.
L'inutilité des syndicats devient une évidence, ce qui élimine définitivement le fléau des grèves.
Il me fallait aborder l'épineuse question de la constitution d'une équipe. La CAQ (Coalition Avenir Québec) ne cesse de proclamer qu'elle seule réunit des citoyens de toutes les allégeances politiques; le PQ (Parti Québécois) oriente ses objectifs vers la souveraineté du Québec, ce qui me semble mieux réalisable dans le paradigme actuel que dans celui que je propose; le PC (Parti Conservateur du Québec), avec tout le respect que je lui dois, n'est finalement qu'un artefact usé de la vieille pensée politique. Face à ces définitions qui m'ont servi de balises, j'en arrive à la conclusion que le Parti Libéral du Québec ne peut être que mon seul choix, mon unique option. Mais là où le bât blesse et cette évidence aura beaucoup influencé le chemin menant à ma conclusion, c'est l'équipe.
Au Parti Libéral du Québec, une sorte de leitmotiv survit à des décennies d'existence: ça prend un chef qui a l'air d'un chef, un chef qui a un passé de chef, un chef qui est capable et surtout habile à fermer les yeux quand la situation l'exige, à les rouvrir avec cet air étonné qui jamais ne remet en doute ses qualités de chef en chef. Un certain panache aussi.
Retournez votre regard vers ceux qui ont occupé la chaise de chef, vous remarquerez un souci de l'évolution avant celui de la révolution. Du premier chef (Henri-Gustave Joly de Lotbinière) jusqu'à Jean Lesage, on parle ici d'environ 100 ans, tous les chefs portaient soit la barbe ou la moustache. C'est l'homme d'Ottawa qui, avant d'annoncer une révolution qu'il souhaitait tranquille, renversait une tendance forte, le port du poil au menton. Plus aucun autre chef en chef n'en a porté depuis. Fallait le faire. Fallait donc un autre type de panache. On l'a trouvé assez rapidement: copier les attributs des chefs libéraux du fédéral. La consigne, fort simple, se résume ainsi: l'élection, ça se gagne avec des dollars, beaucoup de dollars. Les dollars ça se gagne par le concept du retour de l'ascenseur. Des commandites qui ont l'immense privilège d'être drapées dans la pureté du geste généreux.
Ça s'est su assez rapidement auprès des décideurs du Parti Libéral du Québec qu'un quidam envisageait poser sa candidature à la chefferie et qu'il était à l'étape de constituer une équipe. Ce mot chez les libéraux équivaut au tonnerre. Il n'en fallait pas plus pour que des éclaireurs bien mal intentionnés fassent irruption dans mes courriels afin de sentir ce qui se passait. J'ai joué le jeu. Mon recrutement, je l'admets, n'allait pas nécessairement à un train d'enfer, même qu'il battait de l'aile parlementaire.
D'illustres personnalités québécoises réfléchissaient à la manière la plus civilisée de répondre négativement à ma sollicitation. En fait, je me suis rapidement retrouvé seul, tout comme au début. Le compendium adressé à d'hypothétiques candidats m'étant retourné avec la mention «Inconnu à cette adresse.» tirée de la nouvelle surprenamment écrite par Kressman Taylor, il n'en fallait guère plus pour que ma pensée dévie.
Un mot a signé l'arrêt immédiat de mon intention de briguer la chefferie du Parti Libéral du Québec, ce mot tel un coup d'épée bien asséné fut : utopie.
J'ai alors réalisé que la politique ne s'adresse qu'à ceux et celles pour qui l'utopie n'est pas la solution à la réalité.
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