
jeudi 1 avril 2010
Le trois cent quarante-cinquième saut / Le trois-cent-quarante-cinquième saut

dimanche 28 mars 2010
Le trois cent quarante-quatrième saut / Le trois-cent-quarante-quatrième saut

Il nous avait surpris lors de Visite tardive (roman, 2004) puis Revenir à toi (variations sur un même thème, 2009) avec des formats plus courts, plus concentrés, certains diront plus minimalistes… que ses premières oeuvres.
Les nouveaux-nés se ressemblent donc de par leur facture : moins de 90 pages chacun. Comme ils paraissaient au même moment, je me suis lancé d’abord sur mono_. Il aurait fallu, pour suivre la chronologie de l’édition, que j’y arrive en second, mais voilà… Ce roman (selon Mario) est plutôt une suite de réflexions qui partent de l’énoncé suivant : l’homme est un animal grégaire. Puis, tout au long de ces coups de lucidité, s’installe une espèce de soliloque interrogeant en mono une foule de sujets s’imbriquant les uns aux autres ou s’en distançant à des années-lumière pour nous amèner à un corollaire : le grégaire du départ débouche, par la suite, au solitaire?
Chacun des chapitres, appelons-les ainsi afin d’installer la structure du livre, possède son propre titre. Partant du regard introspectif (Mario le qualifierait de photographique) d’un narrateur, un peu comme s’il réussissait à se tenir stable sur une roue en mouvement, il examine, s’examine et en tire des conclusions caustiques, parfois fatalistes.
«Sauf qu’on ne peut pas aimer la vie à demi : elle vient avec la vieillesse, et la mort.»
On a l'impression d’enfourcher un monocycle, de tournoyer sur soi-même, surpris de ne perdre ni pied ni tête, de revoir continuellement les mêmes choses sous des aspects différents. Parfois nous les reconnaissons, parfois non, sans doute en raison de notre marche aveugle dans le cycle du naitre-vieillir-mourir. Regarder à travers cette roue en marche sur elle-même à la recherche de la différence entre centrifuge et centripète.
Le livre nous amène à revisiter des trajets, recomposer des réflexions, réfléchir sur ce que devient, en naissant, l’essence des êtres et des situations (chez Mario les choses se transforment généralement en évènements) s’en allant inexorablement vers la mort; nous interroger sur le niveau de lucidité acceptable pour que la démarche demeure cohérente.
Plus près, selon moi, des variations sur un même thème ou plusieurs thèmes que du roman, mono_ plonge dans l’enfance, émerge à l’âge adulte et pointe le bout de son nez dans le vieillissement. Questionner la vie avec une certitude que l’on pourrait croire blasée, cette route que chacun se doit de composer avec ou sans GPS, ce livre se veut, beaucoup, un arrêt sur l’exigence, l’obligation de répondre au dilemme grégaire/solitaire. « À quoi sert d’avoir une vie si on ne peut pas s’y jeter, et s’y vautrer?»
Lorsque je suis arrivé au second jusqu’à épuisement des stocks, j’ai compris qu’il eut mieux fallu lire celui-ci d’abord; beaucoup plus près du roman, sans doute par la présence de personnages (un peu trop peut-être pour un aussi court texte), d’une intrigue (qui suit des méandres parfois compliqués).
Il y a quelques clins d’oeil du premier au second quel qu’en soit l’ordre dans lequel on les ait lus. Non pas au niveau du contenu mais de
« Seulement la liberté n’existe pas. On choisit pas ses origines, ni ses bagages, ni le lieu, ni l’heure, ni la société, rien, on dispose à la rigueur d’une marge de manœuvre, oui, bien mince, balises étroites, dans un registre défini, qui correspond à l’espace probable du bonheur. Sans plus.»
Et encore :
« On s’élève de la poussière pour y retomber. Entre les deux, il y a l’ahurissement de vivre, le reste, le style, dépend de soi.»
J’écrivais dans le saut 261, à la sortie de Revenir à toi que Mario travaillait beaucoup sur le style. Utilisant l’ellipse avec un réel succès - ce procédé littéraire qui consiste à supprimer des mots nécessaires à la construction du texte mais que ceux qui sont exprimés font assez entendre pour qu’il ne reste ni obscurité ni incertitude – il va plus loin encore. Il nous lance ce procédé au niveau des idées. Ici encore ça donne d’excellents résultats.
Je vous invite à la lecture de ces deux livres, dans l’ordre que vous choisirez, et vous laisse sur ces derniers mots tirés de mono_ :
«… j’ignore ce que je redoute, sur le qui-vive constamment…»
Au prochain saut
(Ce saut est écrit en nouvelle orthographe.)
mercredi 24 mars 2010
Le trois cent quarante-troisième saut / Le trois-cent-quarante-troisième saut
Poursuite et fin des citations de Jean Bédard, cette fois-ci… Selon Comenius.
. Consulter pour entendre; consulter pour refléter; consulter pour décider.
. Il faut enseigner tout. La pansophie ne consiste pas à acquérir des connaissances éparses, mais à rencontrer
. Il y a sacrement lorsque le corps et l’esprit nous apparaissent indissociables, lorsque le plaisir tire vers le bonheur. C’est par la conscience et la prière qui en est le moyen que la nourriture devient substance divine. Chaque besoin humain a son sacrement : le sacrement de la propreté, c’est le baptême; le sacrement de la vie sociale, c’est le pardon; le sacrement de la parole, c’est l’enseignement; le sacrement de la mort, c’est l’abandon et le sacrement du désir, c’est le mariage.
. La connaissance jaillit de la rencontre entre l’esprit qui est à l’intérieur de soi et les esprits qui sont à l’extérieur de soi. La médiation de la nature est essentielle. Les âmes assoiffées de vérité prennent chaque chose dans leur intuition, la vérifient dans l’expérience, en découvrent le sens par la syncrise, en expriment la vie dans des œuvres. Par la synthèse, on peut reconstituer une horloge que l’on a démontée, par la syncrise, on peut voir le principe d’une chose dans chaque chose.
. Le désespoir est incompatible avec la démocratie, puisqu’il engendre le désengagement.
. Le poids des enfants est décidément un bien étrange fardeau. Il nous écrase et pourtant c’est par lui que nous tenons debout.
. Une raison qui a rompu avec sa propre enfance est tout simplement incapable de penser. Elle suit machinalement une habitude, une logique. Elle pousse en direction de
. Tant que l’on ne se consacre pas à une véritable éducation à la liberté, la tolérance ne fait que répartir la violence, elle ne la réduit pas. Je l’ai observé mille fois dans les écoles, la répression est le corollaire du vide pédagogique. La violence de l’État mesure son incompétence.
. La pacification de l’humanité est une impossibilité sans la justice économique. Les collèges doivent toujours agir en amont de la violence, et le premier pas dans cette direction consiste à éliminer la pauvreté et l’exclusion. Tout individu a le devoir et donc le droit de participer aux décisions, de participer à la production de la richesse et de jouir des richesses qu’il produit. Mais cela ne suffit pas encore, la pacification est impossible sans le désarmement des individus et des organisations.
. Le fanatisme construit un labyrinthe où plus l’uniformité est visée, plus le chaos est engendré. Tel est le principe de
. Terrible souvenir d’avoir été une femme, d’avoir goûté à la sève des dieux, au pouvoir de créer, et de l’avoir perdu… veuve, vide : horribles synonymes. Être devenu un vase de grès, avoir perdu tout le vin, sécher en tremblant de froid, sentir sa chair se racornir, devenir la momie de soi-même et être vivante dedans.
. Elle ne manque jamais de force la vie, car elle se nourrit des morts et recrache des vivants.
. C’est quoi une découverte? C’est la première fois que tu vois une chose assez pour savoir que tu ne l’avais pas vue auparavant. Aller de découverte en découverte, c’est le jeu du bonheur. Va mon petit. Ne t’habitue à rien.
. Tous les obstacles sont gros sous la loupe de la peur, mais pour vrai, ce sont des tunnels de fourmis.
. … même si un lapin meurt de faim, la carotte ne mûrit pas plus vite pour autant.
. L’espoir sans lucidité n’est qu’un rêve. La lucidité sans espoir n’est qu’une démission. Deux chemins faciles et sans fruit. Si tu les fais se féconder, alors naîtra la philosophie.
. … laisser à chacun sa sincérité et il sera dans la meilleure position pour trouver son chemin.
Au prochain saut
samedi 20 mars 2010
Le trois cent quarante-deuxième saut / Le trois-cent-quarante-deuxième saut
À l’occasion de l’entrée de Simone Weil à l’Académie française, cette magnifique phrase :
. C’est un devoir pour chaque homme de se déraciner (pour accéder à l’universel), mais c’est toujours un crime de déraciner l’autre.
Nous avons, avec Jean Bédard, reçu quelques citations de Maître Eckhart – je vous réfère aux sauts 310 et 311 – cet illustre personnage à partir duquel Bédard a écrit un roman historique fort intéressant.
Aujourd’hui, un deuxième personnage tout aussi captivant, Comenius et un second roman OU L’ART SACRÉ DE L’ÉDUCATION, qui scrute la pensée de Jan Amos Komensky, écrivain et humaniste tchèque (un autre) qui vécut de 1592 à 1670. Il est intéressant de noter qu’étymologiquement son nom komenty, en tchèque, signifie «commentaire», «explication». Je vous rappelle que nous avions déjà entrepris une première visite chez lui lors du saut 269.
Nous en aurons probablement pour deux sauts. Bonne lecture.
. On ne donne pas la vie, la vie prend feu dans l’espace inflammable du cœur.
. La partie préparatoire, rigide et cruelle du temps, c’est le passé; sa partie subtile, vitale et malléable, c’est l’avenir.
. On doit déposer la vie lentement sur le dos des enfants, par petits paquets bien pesés. Trop d’atermoiements, ils restent chétifs, trop d’empressement, on risque de les éteindre. Préserver l’enfant, c’est protéger sa joie naturelle. L’enfant aime le difficile, il grimpe, escalade, saute. Par le difficile, il renforce son corps, sa volonté, sa sagacité, sa mémoire. Mais le trop difficile écrase. L’éducateur doit moduler les exigences. Cela suppose qu’il assume lui-même le poids. Tel est le terrible métier de parent.
. Messieurs les renfrognés, j’en ai trop vu des comme vous. Depuis des millénaires, vous guerroyez pour vos idées. Figurez-vous que durant ce temps, vos guerres tuent. Alors, pourriez-vous, un siècle ou deux, cesser d’avoir des idées.
. Si la vérité n’est pas ce qui arrive par soi dans la plus grande des solitudes, elle n’est rien.
. Qu’une partie domine le tout, c’est l’essence même de la violence.
. … la connaissance résulte de la rencontre de quatre sources : soi, la nature, la Révélation et autrui.
. S’il y a une souffrance, c’est que nos enfants doivent poser le pied dans nos lacunes…
. Un homme, c’est une femme, la cervelle en moins. Ça veut fortune, ça dilapide son bien; ça aime la vie, ça la risque; ça veut commander, ça obéit; ça veut une femme, ça se tient entre mâles; ça sème, mais ça fuit la récolte; ça a la tête plein d’idéaux et ça fait la guerre.
. Ce n’était pas la mort qui était passée dans ces villages, c’était l’enfer. La mort relève de la nature, Lucifer relève de l’homme. La mort, on en revient, l’enfer on n’en revient jamais.
. Le démon pousse la victime à ressembler au bourreau. Voir s’infiltrer dans son cœur ce qui nous a fait si horreur dans l’ennemi, c’est le pire de
. … le mal surgit toujours d’une guerre qu’on laisse couver contre soi-même. Toute violence contre les autres n’est que le surplus d’une violence contre soi. Un homme qui a fait la paix avec soi ne fait plus de mal autour de lui. De ce fait, il est plus sage de chercher la réconciliation avec soi que tenter de se punir. Les sages, lorsqu’on leur impose une douleur injuste, une humiliation, une souffrance, dès que ce malheur cesse, ils ne le continuent pas dans leur imagination. Ils n’ajoutent pas à la haine qu’ils ont reçue, ils ne se croient pas coupables parce qu’on les a humiliés. Alors ils souffrent moins longtemps et ils éprouvent moins souvent le besoin de tuer. Et s’ils éprouvent le besoin de tuer, ils attrapent une mouche, ils lui écrasent la tête, lui arrachent les pattes et les ailes. Ça les soulage un moment, après ils apprennent à rire et ils peuvent y voir plus clair.
. Après avoir tout pulvérisé, ils (les excès de la souffrance) se métamorphosent en calmes brises, reviennent sur leurs pas et réconfortent leurs victimes.
. Mais l’amour est l’amour, il ne repousse pas à la surface, mais amène dans la profondeur.
. La guerre est un instinct. Après un carnage,
. C’était peut-être cela la minuscule graine de l’amour, une demi-seconde de contact suffisait pour
Au prochain saut pour la suite...
mardi 16 mars 2010
Le trois cent quarante et unième saut / Le trois-cent-quarante-et-unième saut
Le cahier de lecture que je viens d'ouvrir a quelque chose de tout à fait particulier. En effet, ce sera le premier (en plus d'être le cinquième à se faire dépouiller) qui couvrira les premiers mois de ma retraite. On parle donc de l'année 2004.
Je viens tout juste d'y jeter un rapide coup d'oeil; ce que je lisais à l'époque - Jean Bédard, Davis Servan-Schreiber, Gérald Messadié, Jean-Claude Guillebaud, Fun-Chang, Mihaly Csikzentmihalyi, Spencer Johnson, Hélène Grimaud, Fernando Savater - laisse deviner un lecteur qui n'a pas encore tirer la ligne entre son lui-même travailleur et un nouveau lui-même... retraité.
Je vous donne un petit aperçu dans ce saut.
. L'indécision, voilà ce qui brise le coeur. (Jean Bédard)
. ... nos émotions sont à la traîne; elles s'accrochent au passé bien après que notre vision rationnelle de la sitaution a passé. (David Servan-Schreiber)
. ... il n'est pire ennemi que l'ennemi de l'intérieur. (Gérald Messadié)
. ... c'est la singularité elle-même qui nous ouvre à l'universel. (Jean-Claude Guillebaud)
. Une partie importante de la sagesse et de la connaissance consiste à ne pas vouloir tgransformer les gens en ce qu'ils ne sont pas, mais à accepter ce qu'ils sont, à comprendre leur expérience de vie. (Fun-Chang)
. Les racines de l'insatisfaction sont internes, de sorte que chacun doit se débrouiller personnellement avec ses propres capacités. (Mihaly Csikzentmihalyi)
. Pour prendre de bonnes décisions, j'interromps le cours d'une mauvaise décision. (Spencer Johnson)
. ... à forcer ses désirs, on en fait des vérités, pire, des réalités. (Hélène Grimaud)
. Le langage est le tapis volant symbolique qui permet cette perpétuelle façon de survoler activement la réalité pour tenter de devenir pleinement réel. (Fernando Savater)
Comme vous pouvez le constater ça annonce bien!
Le poème que je vous offre aujourd'hui, il me serait très difficile de dire comment il m'est parvenu... il gagnerait peut-être même à être revu, retravaillé... je l'envoie quand même.
une vieille dame chinoise balaie la neige sous son balcon
de la neige que l'ennui a sassée sous son balcon
muette de fils, elle lui parle avec ses mains
ses silences parlent anglais
les mots, en elle,
ceux qu'elle avait lus
«un carnet d'ivoire avec des mots pâles»
C A N O P É E ( nom féminin)
C A P I L O T A D E (nom féminin)
Au prochain saut
vendredi 12 mars 2010
Le trois cent quarantième saut / Le trois-cent-quarantième saut
Nous poursuivons, aujourd'hui, notre voyage dans le monde de la nouvelle orthographe: sixième coup de griffe + un petit rappel sur ce que nous avons déjà vu.
6) Les mots empruntés forment leur pluriel de la même manière que les mots français et son accentués conformément aux règles qui s'appliquent aux mots français.
Voici quelques exemples:
Permettons-nous maintenant un petit rappel de ce que nous avons déjà vu:
1) Les numéraux composés sont systématiquement reliés par des traits d'union;
2) dans les noms composés (avec trait d'union) du type pèse-lettre (verbe + nom) ou sans-abri (préposition + nom), le second élément prend la marque du pluriel et toujours lorsque le mot est au pluriel;
3) on emploie l'accent grave plutôt que l'aigu dans un certain nombre de mots pour régulariser leur orthographe. On l'emploie également au futur et au conditionnel des verbes qui se conjuguent sur le modèle de céder, et dans les formes du type puissè-je;
4) l'accent circonflexe disparait sur le i et le u. On le maintient néanmoins dans les terminaisons verbales du passé simple, du subjonctif et dans cinq cas d'ambiguité;
5) les verbes en -eler ou en -eter se conjuguent sur le mode de peler ou de acheter. Font exception à cette règle appeler, jeter et leurs composés (y compris interpeler).
Je vous offre maintenant le cadavre exquis numéro 7:
se tenant par la main,
les inconnus marchent
les amarres lâchées n'ont pas atteint
une ombre blanche
aux mains de sang
enfant de rue, rapine et tapine,
Terminons ce saut avec...
C A M P A N I L E (nom masculin)
. clocher à jour;
D É B A G O U L E R (verbe intransitif et transitif)
. intransitif: vomir;
Au prochain saut
lundi 8 mars 2010
Le trois cent trente-neuvième saut / Le trois-cent-trente-neuvième saut
Voici le deuxième saut contenant des citations de l’auteur québécois Robert Lalonde.
DES NOUVELLES D'AMIS TRÈS CHERS
. J’étais alors le jouet du plus féroce des tourments, celui de n’aimer personne en désirant avidement être aimé de tous.
. Souffrir ne sauve pas, ne punit pas non plus.
IOTÉKA'
. Poète, tu es un vieil enfant qui rêve au paradis que les hommes ont fui.
. Ne t’attache pas à moi. À tout bout de champ je m’envole, je m’enfuis, j’ouvre mes ailes dans un courant d’air tiède et me laisse emporter. Déjà je ne suis que cette toute petite zébrure noire en bordure du nuage, là-bas, au-dessus des pins. Tu me vois? Lève la tête, vite! Tu es si lent, si inattentif, tu as des yeux de taupe. Je serai bientôt en vue des îles Aléoutiennes, sous peu j’apercevrai la presqu’île d’Alaska, l’île Kodiac, le grand chapelet des îles de la Reine-Charlotte. Tu imagines? Oui, imagine – je le sais – mon voyage, mes escales, la force du vent, les constellations qui me guident, leurs reflets dans le miroir des lacs, la grève sablonneuse où je descends boire et me lisser les ailes. Tu imagines aussi, homme inquiet, les dangers que je cours, les orages, les bourrasques, la pluie cinglante, les brouillards aveuglants, la buse qui rôde. Certaines nuits, je sais que tu ne dors pas, occuper à scruter le ciel : tu me crois avalée par le cyclone, me vois chuter en spirale dans la gueule d’un volcan, contempler ma tête fracassée par la paroi d’un glacier imitant traitreusement le bleu du ciel.
Mais tu finis par te rendormir, tandis que je survole une mer de sapins, au crépuscule, toutes mes plumes en chamaille et, au fond de mon œil, ton image à demi effacée par le vent.
. Lever l’œil, purifier le regard, effacer les saccages afin d’imaginer la suite du monde.
. Pour quitter ma léthargie, il me faut cette frousse de perdre ma vie, cette urgence au fond de moi.
. Être humain, c’est être vieux, c’est avoir été, c’est avoir souffert, c’est avoir perdu sa vie, dans la nuit la plus noire.
. L’enfant peut se faire colombe ou loup, alors que le pauvre chien, lui, doit rester chien toute sa vie.
. L’homme sait que sa cervelle est mortelle alors que son cœur n’a ni commencement ni fin.
. Nous ne sommes pas qui nous sommes, mais ce qui fut planté, semé, jeté, déposé en nous, très tôt et une fois pour toutes.
. À demi mort, ton cœur bat toujours, ton cœur ne se repose jamais. Il se souvient, il espère, il écoute, il attend, prisonnier d’une main inconnue qui l’étouffe doucement, les mots dont dépendent sa survie, la suite de ses cognements dans la nuit.
. Interprètes que nous sommes de nous-mêmes, de ce moi multiple et embrouillé que nous abritons sous nos masques successifs, nous jouons, tous, à tour de rôle, l’un en face de l’autre, ce que nous croyons être notre personnage et qui n’est qu’une silhouette, avec son pan de décor brusquement éclairé, sur laquelle, tout aussitôt, la lumière s’éteindra.
. Nous avons tant de scrupules à laisser agir le temps. C’est lui, et lui seul, pourtant, qui apaise (mais il est vrai qu’il tourmente), qui resserre l’âme, la réduit à l’essentiel, à l’irréfutable (mais il est vrai qu’il la dilate et l’embrouille), qui éteint en nous les feux destructeurs (mais il est vrai qu’il les attise), qui détache, éloigne, brise les liens qui nous étouffaient (mais il est vrai qu’il les a tissés). C’est le temps seul qui dévoile la vérité, nous réconcilie avec l’aventure terrestre et, comme l’écrit Catherine Paysan, «nous délivre des miroirs anciens dans lesquels notre âme avait failli se noyer».
. Tel enfant, tel adulte. (Si tant est qu’on devienne adulte. En vérité, non, on n’a pas le temps.)
. Tu ne repasseras plus par tes vieux sentiers, ne reposeras plus les pas dans tes pas, déjà effacés dans le sable. Et pourtant tu marches toujours sur la même route, inconnaissable, connue pourtant. Tout est pareil et tout est changé. Tu sais et tu ignores, tu découvres que tu ignores, tu n’as encore rien fait et tu as toute une vie derrière toi. Tu es fini et tu recommences. Tu te regardes aller et soudain tu t’échappes et tu vois bien ton échappée belle, sur une route de survivance.
UN COEUR ROUGE DANS LA GLACE
. J’ai trois fois vingt ans et ce n’est pas trois fois rien. La jeunesse m’abandonne au matin, me reprend à midi, me chasse de son paradis à cinq heures, je chute avec le soleil et c’est le crépuscule final : encore une nuit, une longue nuit à perdre haleine, à m’essouffler derrière mon jeune fantôme qui tressaute toujours dans sa cage. L’andropause, l’arthrose, le pot aux roses!
Au prochain saut
vendredi 5 mars 2010
Le trois cent trente-huitième saut / Le trois-cent-trente-huitième saut
Les deux prochains sauts seront consacrés à Robert Lalonde, homme de scène et homme de lettres né à Oka en 1947. Voici quelques citations tirées de :
LE VASTE MONDE (Scènes d’enfance)
. Qu’est-ce qu’un ami, sinon cet ange qu’un dieu inconnu ajoute à votre ombre, et alors vous lancez sur la terre une très grande silhouette fabuleuse, invincible?
. Parfois, le silence était tel qu’il me faisait douter de ma propre existence. Alors il m’arrivait de pleurer doucement, debout contre le mur de la grange, en harmonie avec le ciel gris et le croassement des corneilles. La musique allait venir, bientôt, arracher des airs au vide effrayant, ressusciter le désir du désir perdu, brasser cette grande eau libre qui se déverse sans cesse au cœur pour aller se perdre on ne sait où.
. Tout dérangement au déroulement mathématique du temps et des habitudes acquises le dérangeait, comme une erreur dans ses calculs.
. … les pas étouffés de nos misérables errances dans un réel plus incertain que nos rêves.
. … sans cesse, il me fallait voir le monde de très haut ou de très bas, persuadé que j’étais né pour connaître de très proche aussi bien la poussière d’argent de l’aurore boréale que l’eau noire et morte des rivières souterraines.
ESPÈCES EN VOIE DE DISPARITION
. La vie est un mystère, crevé de petits trous par où se faufilent la peur, l’espérance, les malentendus…
. Quelle étrange place nous tenons dans l’univers, où nous sommes à la fois indispensables et de trop…
QUE VAIS-JE DEVENIR JUSQU'À CE QUE JE MEURE?
. «Il faut que ça change!» Mais rien ne change, rien ne changera jamais. Nous venons de nulle part et ne sommes attendus nulle part, en avant, plus tard. Rien ne sert à rien.
. Il faut faire semblant de prendre le parti de ce qu’on veut faire de nous. C’est le seul moyen de leur échapper…
. Il faut pas essayer de comprendre. Il faut s’en tenir aux faits. En essayant de comprendre, on altère les faits. La souffrance existe, un point c’est tout. Il n’y a pas vraiment de coupables, tout s’enchaîne, tout s’équilibre…
. Les créatures sans défense séduisent les cruels, méfie-toi!
. Tu dois aimer la vie et non pas le sens de la vie. Aimer ton existence sans raisonner.
. Et puis, qui qu’on en dise, quoi qu’on fasse, on se console pas. Il faut pas se consoler. On construit du solide avec le chagrin, quand on lui survit. Et quand les autres vous lâchent un peu…
. Ma désinvolture n’était qu’une manière de déguerpir devant moi-même en pensant m’échapper. Et puis tout est toujours à refaire avec le chagrin, je le sais bien. Il ne disparaît jamais. Il se recroqueville, se replie au fond de toi, il attend sagement son heure. J’ai voulu l’oublier, il se venge, il me rattrape.
. On ne naissait pas le jour où l’on venait au monde. On naissait le jour où l’on s’adoptait soi-même. À l’heure, à la minute, à la seconde où l’on se préférait, où l’on penchait subitement en faveur de soi, on naissait.
UN JARDIN ENTOURÉ DE MURAILLES
. (Marguerite Yourcenar : Tout grand amour est un jardin entouré de murailles.)
. … puisque l’amour n’était qu’un «châtiment destiné à nous punir de n’avoir pas su rester seuls».
. «On ne bâtit un bonheur que sur un fondement de désespoir. Je crois que je vais pouvoir me remettre à construire.»
. Chaque souffrance est une initiation, et l’éveil est court.
. … la volonté de séduire, c’est-à-dire de dominer.
. La banalité, c’est l’aveuglement. Tout est signifiant quand on regarde et qu’on voit.
. La réalité n’est pas la vérité.
. La vanité est un feu qui s’alimente délicieusement de nous pour ensuite nous réduire en cendres et nous éparpiller aux quatre vents.
. Chacun cherche sa joie, paye cher son espérance et son désir, et déguste en secret, voluptueusement, le fruit de son aveugle audace. Telle est notre existence de traqués-traqueurs, de chasseurs-chassés, de dévoreurs-dévorés.
. On ne saurait être heureux en oubliant qu’on est malheureux. En fait, on est «mal-heureux», c’est-à-dire heureux par intermittence. La joie et le malheur, ensemble, nous serrent le cœur, ensemble et en même temps. Notre désir fou de vivre à l’abri de tout est dérisoire. En fait, c’est lui, le «haut-mal», l’empêchement de tout, ce triste état de purgatoire où nous tournons en rond autour de nous-mêmes.
. Le vent est mon allié, il est cet ange avec lequel il fait bon se battre dans l’herbe, où nos deux ombres se chamaillent. Le vent me déprend de force de ce piège invisible qui se referme sur moi, à mon insu, ce nœud coulant que nous glissent autour du cou l’immobilité, l’entêtement, l’orgueil de tout tenter tout seul.
Au prochain saut
vendredi 26 février 2010
Le trois cent trente-septième saut / Le trois-cent-trente-septième saut
Depuis un certain temps, j’ai honte. Et cela me dérange. Je me suis donc mis à chercher le pourquoi du pourquoi, le comment du comment, enfin toutes ces questions qui essaient de faire le tour d’un problème ou d’une situation.
D’abord, définir le mot «honte : de Robert en Larousse, d’étymologie en analogie, de synonymes en antonymes… j’en suis arrivé au fait que l’on peut, soit éprouver ou infliger de la honte : avoir honte ou faire honte.
Voici donc où se situe mon propos éditorial en cette fin de février, mois de la déprime occasionnée par un manque de lumière ou une certaine langueur de l’âme… On a le choix.
Donc, j’ai honte. Pour mieux traduire mon sentiment, je devrais dire : j’ai honte parce qu’on me fait honte. J’éprouve une honte que l’on m’inflige. – Je sens du côté du lecteur une certaine hâte à ce que j’arrive à l’essentiel de mon propos… -
Il y a quelques années (depuis la livraison de mon premier passeport canadien, en 1972), voyager à l’extérieur de cet immense pays qu’est le Canada me permettait de constater à quel point, mon pays mes amours! … trônait au cœur d’une certaine élite mondiale, parmi le gratin de ceux dont on disait de belles et bonnes choses, un endroit où il faisait bon vivre. On parlait de l’engagement nos casques bleus (ONU) qui menaient rondement et efficacement des missions de paix un peu partout dans le monde. On encensait notre mode de vie, à la fois moderne et respectueux des traditions nordiques. On nous (les Québécois, Canadiens-Français de l’époque) savait sujets britanniques mais un tantinet rebelles, aux idées autonomistes parfois sécessionnistes réclamant une terre française en terre canado-américaine majoritairement anglophone, et on trouvait cela intéressant. On ne pouvait situer exactement le Québec sur une carte géographique mais c’était la même chose pour le Canada si grand entre deux océans et au-dessus des États-Unis d’Amérique. On aimait notre accent savoureux rappelant à certains Français de France que nous étions, à échelle réduite, de la mouture des ancêtres Gaulois. En fait, on parlait du Canada de bien belle manière.
Puis tout a changé. Sans tomber dans une mesquine analyse politico-socio-etc., je suis en mesure de croire que l’arrivée du seigneur Harper, Stephen de son auguste prénom, et de sa troupe hybride (conservateurs + réformistes) eh! bien (je le sais, c’est une faute mais je préfère l’écrire ainsi) c’est à partir de là que remonte ma honte, qu’elle s’enracine.
Je n’ai jamais été un Canadien émérite, ayant plutôt vécu dans les officines du nationalisme québécois, mais mon passeport canadien renouvelé depuis près de quarante ans, ce passeport me rappelle suprêmement que je le suis de droit.
Je n’ai pas honte du passeport, il est quand même agréable à voir, bien fait et me permet toujours de circuler un peu partout avec facilité. Ce n’est pas là que le bât blesse. C’est plutôt lorsqu’on parle du Canada (ici et ailleurs), du Canada de maintenant, de ce gouvernement minoritairement actuel mais qui agit avec une majoritaire audace, c’est là que la honte envahit mon âme… de février!
Nous (un nous inclusif, je le sens bien) sommes maintenant perçus et reconnus comme des barbares de par le monde. Nous (l’armée canadienne en notre nom) tuons à tort et à travers en Afghanistan et cela pour défendre des valeurs que nous ne respectons même pas en terre canadienne. Nous (le gouvernement mineur de Harper et compagnie, en notre nom) réduisons de minimums à plus minimums encore nos gestes significatifs afin de contrer les effets néfastes liés aux changements climatiques, à un point tel qu’il est judicieux de se demander si le problème existe réellement pour Harper et compagnie. Nous fûmes pointés du doigt, plus d’une fois d’ailleurs, à Copenhague comme étant le pays le plus rétrograde dans ce domaine essentiellement urgent. Nous (toujours ces objets de honte que sont nos dirigeants actuels) refusons de reconnaitre à un citoyen canadien (un enfant-soldat) ses droits élémentaires et qui plus est, le laissons croupir dans une prison qui rebute même aux Américains. Nous (je n’insiste pas) prorogeons le Parlement (la Chambre des Communes), muselons la démocratie et ses représentants, renvoyons aux calendes grecques tous les projets de loi en voie d’être adoptés et pire encore, mettons fin aux travaux d’un comité dont le mandat était de faire la lumière sur la participation de notre armée canadienne à la torture de certains prisonniers afghans. Nous imposons d’inutiles sénateurs pour des raisons purement stratégiques alors que l’institution même du Sénat a toujours été remise en question par ce parti minoritairement au pouvoir. Nous recevons de leur part ce message démocratique : une fois le vote enregistré dans les urnes électorales, tout est fini, là s’achève la démocratie et laissez-vous diriger là où on le veut bien.
Voici une liste peu exhaustive des raisons alimentant mon sentiment de honte, sentiment qui se dirige maintenant en extrême droite ligne vers l’inquiétude. Je suis inquiet pour la suite des choses, ce qui pourrait survenir à moyen terme si, dieu nous en préserve, de minoritaire, ce Harper et compagnie se retrouvait en situation de gouvernement majoritaire.
Que faire alors? Le cynisme ambiant par rapport à tout ce qui a trait à la politique ou du moins à l’implication citoyenne n’a rien pour susciter l’encouragement. Et ça semble être planétaire.
Personnellement - et j’aborde la question de manière purement «locale» - je crois qu’il me faut, et le plus rapidement possible, exiger un autre passeport que celui que m’émet le Canada. Je ne dis pas que changer de pays soit l’unique solution, je pense très sérieusement qu’il ne m’est plus possible de demeurer Canadien dans les conditions actuelles.
Ne pas respecter la planète… Ne pas respecter la démocratie… Ne pas respecter les droits individuels… Ne pas respecter la paix dans le monde… Voilà les nouvelles valeurs canadiennes auxquelles je ne souscris pas.
Je fais appel ici à mes compatriotes québécois: il faut dès maintenant que nous sortions de ce piège qui nous empoigne l’âme et «bush» l’espoir. Je propose donc aux propriétaires québécois d’un passeport canadien et qui croient, un tant soit peu, que ce nouveau Canada ne correspond plus à ce qu’ils attendent d’un État du siècle XXI, retournent leur passeport puis s’engagent à faire du Québec un pays libre, autonome, souverain, indépendant et ouvert aux autres pays qui vont dans le même sens!
Restera toutefois cette obsédante question : pourquoi la honte et l’inquiétude ne rejoignent-elles pas les Harper et compagnie ?
Au prochain saut
- Ce saut est écrit en nouvelle orthographe. -
lundi 22 février 2010
Le trois cent trente-sixième saut / Le trois-cent-trente-sixième saut
On continue avec Savater.
. Tous ceux qui veulent démissionner de leurs responsabilités croient à l’irrésistible, aux dominations implacables, que ce soit la propagande, la drogue, l’appétit, la subordination, les menaces, la façon d’être… n’importe quoi.
. La belle vie humaine n’est jamais offerte sur un plateau et personne n’obtient ce qui lui convient sans y consacrer courage et efforts : voilà pourquoi vertu dérive étymologiquement de «vir», la force virile du guerrier qui s’impose au combat contre le plus grand nombre.
. La personne responsable est consciente de la réalité de sa liberté. Et de la souveraineté de ses décisions. La responsabilité, c’est de savoir que chacun de mes actes me construit, me définit, m’invente. En choisissant ce que je veux faire, je me transforme peu à peu. Chacune de mes décisions laisse une trace en moi, avant de la laisser dans le monde qui m’entoure. Et, bien sûr, après avoir employé ma liberté à me façonner un visage, je ne peux plus me plaindre ni m’effrayer de ce que je vois dans le miroir quand je m’y regarde… Si j’agis bien, j’aurai de plus en plus de difficultés à agir mal (et inversement, hélas!) : l’idéal est donc de prendre la mauvaise habitude… de bien vivre.
. … qui vole, ment, trahit, viole, tue ou abuse son prochain d’une façon ou d’une autre ne cesse pas pour autant d’être un humain.
. … une des caractéristiques principales de tous les êtres humains, c’est la capacité d’imitation. C’est pourquoi l’exemple que nous donnons à nos congénères sociaux est si important : dans la plupart des cas, ils nous traitent comme ils auront été traités.
. Mais l’ignorance, même si elle est contente d’elle-même, est aussi une forme du malheur.
. … que signifie traiter des personnes comme des personnes, c’est-à-dire humainement? Réponse : cela signifie essayer de se mettre à leur place, les comprendre de l’intérieur, les prendre au sérieux.
. Échanger, c’est accepter d’appartenir dans une certaine mesure à la personne qui est en face, et inversement.
. Justice (la vertu) : l’habileté et l’effort que nous devons tous fournir – si nous voulons bien vivre – afin de comprendre ce que nos semblables peuvent attendre de nous.
. Ce qui se cache derrière toute cette obsession sur «l’immoralité» sexuelle est tout simplement une des plus vieilles craintes sociales de l’homme : la peur du plaisir.
. Pourquoi le plaisir fait-il peur? Sans doute parce qu’il nous plaît exagérément.
. Toute chose peut finir par faire mal ou faire le mal, mais aucune chose n’est mauvaise parce que tu as pris plaisir à la faire.
. Puritain : une personne qui reconnaît une bonne chose à ce que nous n’avons aucun plaisir à la faire; une personne qui trouve toujours plus méritoire de souffrir que de jouir (quand, en réalité, il est parfois plus méritoire de bien jouir que de souffrir mal). Le puritain croit que la personne qui vit bien doit le supporter très mal, et qu’être mal est la preuve qu’on est bien.
. Carpe diem : cela ne veut pas dire que tu doives rechercher dès aujourd’hui tous les plaisirs, tu dois seulement rechercher tous les plaisirs d’aujourd’hui.
. Le plaisir est agréable, mais il a une fâcheuse tendance à l’exclusivité : si tu t’y adonnes trop généreusement, il peut te dépouiller de tout sous prétexte de te régaler.
. Quand un plaisir te tue, ou quand il est toujours – pour t’apporter le plaisir – sur le point de te tuer ou de tuer en toi ce qu’il y a d’humain dans ta vie (ce qui le rendait si riche et complexe et te permettait de te mettre à la place des autres)… c’est un châtiment déguisé en plaisir, un vil piège de notre ennemie la mort.
. Je ne veux pas des plaisirs qui me permettent de m’évader de la vie, je veux ceux qui me la rendent plus intensément agréable.
. L’art de mettre le plaisir au service de la joie, c’est-à-dire de la vertu qui sait ne pas tomber du goût dans le dégoût, est appelé depuis des temps anciens la tempérance (une connivence intelligente avec l’objet de notre jouissance).
. L’exigence de tout être humain de recevoir le même traitement que les autres, quels que soient son sexe, la couleur de sa peau, ses idées et ses goûts, etc. s’appelle la dignité.
. Parfois, l’État, sous prétexte d’aider les invalides, finit par traiter toute la population comme si elle était invalide.
. Il faut savoir ce qu’on veut et réfléchir à ce que l’on fait.
Tirée du roman LE LISEUR, elle est de Bernhard Schlink :
. Tout ce que j’avais pu trouver sur l’analphabétisme au cours de toutes ces années, je l’avais lu. Je savais le désarroi qu’il impliquait dans la vie de tous les jours, pour trouver un chemin ou une adresse ou choisir un plat au restaurant, je savais l’anxiété qui fait suivre des schémas tout préparés et une routine bien éprouvée, je savais quelle énergie cela exige de dissimuler qu’on ne sait ni lire ni écrire, et que cette énergie est prise sur la vie. L’analphabétisme condamne à un statut de mineur. En ayant le courage d’apprendre à lire et à écrire, Hanna avait franchi le pas vers la majorité et l’autonomie, dans une démarche d’émancipation.
Goethe : «Quand je vois que nous épuisons toutes nos forces à satisfaire des besoins, et que ces besoins ne tendent qu’à prolonger notre misérable existence… tout cela mon ami me rend muet.
Guerrier-Provost : «L’amour-passion est quant à lui en faveur de la démesure qui repousse et dépasse les limites ordinaires du quotidien banal, souvent inodore, incolore et insipide aux yeux du passionné.»
Sun Tzu a écrit L’ART DE LA GUERRE, il y a vingt-cinq siècles. Cette citation met fin au cahier 3 :
. Par autorité j’entends les qualités de sagesse, d’équité, d’humanité, de courage et de sévérité du général. Si le chef est doué de sagesse, il est capable de reconnaître les changements de circonstances et d’agir promptement. S’il est équitable, ses hommes seront sûrs de la récompense et du châtiment. S’il est humain, il aime autrui, partage ses sentiments et apprécie son travail et sa peine. S’il est courageux, il remporte la victoire en saisissant sans hésiter le moment opportun. S’il est sévère, ses troupes sont disciplinées parce qu’elles le craignent et redoutent le châtiment.
Au prochain saut
jeudi 18 février 2010
Le trois cent trente-cinquième saut / Le trois-cent-trente-cinquième saut
J’étais convaincu que le cahier de lecture numéro 3 pouvait aller rejoindre ses deux premiers confrères sur la dernière tablette de la bibliothèque et devenir une relique ou un souvenir de toutes ces heures passées à noter des passages de lecture que j'aimais. Afin de bien m’en assurer, je le feuillète une dernière fois et découvre qu’il y restait quelques citations encore inutilisées. Je vous les envoie.
Ces quelques-unes de Fernando Savater tirées d’ÉTHIQUE À L’USAGE DE MON FILS :
. Méfie-toi des maires, des curés ou policiers; des dieux et des diables, des machines et des drapeaux. Aie confiance en toi. En l’intelligence qui te rendra meilleur et en l’instinct de ton amour qui t’épanouira et te permettra d’être toujours en bonne compagnie.
. La morale est un ensemble de comportements et de normes considérés comme valables par toi, moi et quelques personnes autour de nous; l’éthique est une réflexion sur le pourquoi de cette considération, et une comparaison avec d’autres morales observées par d’autres.
. Qu’est-ce que je veux te dire en choisissant «Fais ce que voudras» comme devise fondamentale de cette éthique que nous essayons de cerner? Tout simplement qu’il faut laisser tomber ordres et habitudes, récompenses et punitions, en un mot tout ce qui prétend te diriger de l’extérieur : c’est un problème que tu dois te poser de l’intérieur. Ne demande à personne ce que tu dois faire de ta vie : interroge-toi. Si tu veux savoir comment employer ta liberté au mieux, ne la gaspille pas en la mettant au service des autres, aussi bons, sages et respectables soient-ils : sur l’usage de ta liberté, interroge… la liberté.
. Les hommes veulent parfois des choses contradictoires qui provoquent des conflits. Il est essentiel de savoir établir des priorités et d’imposer une certaine hiérarchie entre ce qui plaît sur le coup et ce qu’on veut au fond, à long terme.
. La vie est un tissu de temps, notre présent est plein de souvenirs et d’espérances… notre vie est un tissu de relations humaines…
. Car le charme de toutes choses réside justement dans ce qu’elles permettent – en tout cas en apparence – d’avoir plus facilement des relations avec autrui!
. Nous voulons aussi être traités comme des humains, car l’humanité dépend dans une grande mesure de ce que les uns font aux autres.
. Il n’y a pas d’humanité sans apprentissage culturel et, pour commencer, sans la base de toute culture (ce qui constitue donc le fondement de notre humanité), à savoir le langage.
. C’est pourquoi parler avec quelqu’un et l’écouter, c’est le prendre pour un être humain, ou tout au moins le traiter comme tel.
. L’humanisation (à savoir ce qui nous transforme en êtres humains, en ce que nous voulons devenir) est un processus réciproque (comme le langage). Pour que les autres puissent me rendre humains, je dois aussi les rendre humains; s’ils sont tous comme des choses ou des bêtes vis-à-vis de moi, je ne vaudrai jamais plus qu’une chose ou qu’une bête. C’est pourquoi s’offrir une belle vie n’est finalement pas très différent d’offrir une belle vie.
. … une chose – fût-elle la meilleure au monde – ne peut donner que des choses.
. En traitant les personnes comme des personnes et non comme des choses (c’est-à-dire en tenant compte de ce qu’elles veulent ou nécessitent, et pas seulement de ce que je peux tirer d’elles), je leur permets de me donner ce que seule une personne peut accorder à une autre personne.
. En ne transformant pas les autres en choses, nous défendons au moins notre droit à ne pas être des choses pour les autres.
. Je crois que la condition éthique première et indispensable est de se résoudre à ne pas vivre n’importe comment : être convaincu que tout n’est pas sans importance, même si on doit mourir tôt ou tard.
. À quoi ressemble cette conscience qui doit nous guérir de l’imbécillité morale?
a) Savoir que tout ne revient pas au même, car nous voulons réellement vivre, et qui plus est vivre bien, humainement bien.
b) Surveiller résolument si ce que nous faisons correspond à ce que nous voulons vraiment.
c) À partir de notre pratique, cultiver le bon goût moral qui développe notre répugnance à faire certaines choses.
d) Renoncer aux alibis qui cachent que nous sommes libres et donc raisonnablement responsables des conséquences de nos actes.
. … qui est égoïste sans être un imbécile? Celui qui veut le meilleur pour lui-même.
. … les adultes revendiquent toujours leur liberté pour s’attribuer le mérite de leurs réussites, mais préfèrent s’avouer «esclaves des circonstances» quand leurs actes n’ont rien de vraiment glorieux.
. Et le sérieux de la liberté, c’est qu’elle a des effets indéniables, qu’on ne peut effacer à notre guise quand ils se produisent.
. Le sérieux de la liberté, c’est que chacun de mes actes libres restreint mes possibilités futures quand j’opte pour l’une ou l’autre d’entre elles. Et inutile d’attendre le résultat, bon ou mauvais, pour en assumer éventuellement la responsabilité.
. Le «remords» est donc ce mécontentement que nous éprouvons vis-à-vis de nous-mêmes quand nous avons employé notre liberté à l’inverse de ce que nous voulons vraiment en tant qu’êtres humains. Et être responsables, c’est se savoir authentiquement libre, pour faire le bien ou le mal, assumer les conséquences de ses actions, réparer les dégâts dans la mesure du possible et profiter du bien au maximum.
Je crois qu’il faudra bien au moins un autre saut pour finaliser le cahier 3. J’achève celui-ci avec une citation d’Erich Fromm :
. L’éthique humaniste, contrairement à l’autre, peut aussi être définie selon des critères matériel et formel. Formellement, elle est fondée sur le principe que seul l’homme peut décider en quoi consiste la vertu et le péché, et que ce choix n’appartient pas à une autorité qui le transcende. Matériellement, elle s’appuie sur le principe que le «bien» est ce qui est bon pour l’homme et le «mal» ce qui lui est préjudiciable. Le seul critère de valeur éthique est le bonheur de l’homme.
Au prochain saut
dimanche 14 février 2010
Le trois cent trente-quatrième saut / Le trois-cent-trente-quatrième saut
En ce jour de la Saint-Valentin, je vous offre ce poème de Gérard de Nerval.
PENSÉE DE BYRON
Élégie
J’avais cru fléchir ta rigueur,
Et le souffle de l’espérance
Avait pénétré dans mon cœur;
Mais le temps, qu’en vain je prolonge,
M’a découvert la vérité,
L’espérance a fui comme un songe…
Et mon amour seul m’est resté!
Il est resté un abîme
Entre ma vie et le bonheur,
Comme un mal dont je suis victime,
Comme un poids jeté sur mon cœur!
Pour fuir le piège où je succombe,
Mes efforts seraient superflus;
Car l’homme a le pied dans la tombe,
Quand l’espoir ne le soutient plus.
J’aimais à réveiller la lyre,
Et souvent, plein de doux transports,
J’osais, ému par le délire,
En tirer de tendres accords.
Que de fois, en versant des larmes,
J’ai chanté tes divins attraits!
Mes accents étaient plein de larmes,
Car c’est toi qui les inspirais.
Ce temps n’est plus, et le délire
Ne vient plus animer ma voix;
Je ne trouve point à ma lyre
Les sons qu’elle avait autrefois.
Dans le chagrin qui me dévore,
Je vois mes beaux jours s’envoler;
Si mon œil étincelle encore,
C’est qu’une larme va couler!
Brisons la coupe de la vie,
Sa liqueur n’est que du poison;
Elle plaisait à ma folie,
Mais elle enivrait ma raison.
Trop longtemps épris d’un vain songe,
Gloire! Amour! vous eûtes mon corps :
Ô gloire! tu n’es que mensonge;
Amour! tu n’es point le bonheur!
Gérard de Nerval
Si Nathan avait su... (Partie 2) -34-
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