mardi 5 janvier 2021

Projet ÉCRITURE ( 2 )

Voici notre projet " Écriture ", le deuxième.

Le déclencheur a été proposé par Pierre.


  

Le don du vertige

En s’infiltrant par l’interstice de la fenêtre mal refermée, le vent de janvier sifflait et sa plainte se faisait entendre comme un long gémissement entre les murs du bureau. Elle était d’autant lancinante que l’homme, prostré, continuait de se terrer dans le silence. Le médecin l’observait patiemment, l’attention partagée entre l’attente d’une réaction et le sifflement de la bise.

Il était remué, bouleversé en fait, par l’état du malade, qu’il n’avait jamais vu si affligé. Celui-ci avait les traits émaciés, le teint cireux, les cheveux épars et graisseux. Son regard chassieux était éteint. Ses ongles longs et recourbés avaient jauni. Comme il était loin l’homme d’autrefois, à la silhouette vigoureuse, au tempérament de feu, à l’imagination créative, qui accumulait les exploits en montagnes et qui maniait une plume si juste, aussi habile à approfondir les idées complexes que la subtilité du monde émotif!    

La plainte du vent continuait à s’engouffrer dans l’esprit du médecin tandis qu’il attendait une réponse à la question qu’il avait adressé, une quinzaine de minutes plus tôt, à l’être effondré devant lui. Persévérant dans l’espoir d’une interaction, le professionnel enveloppait l’homme déprimé d’un regard doux et bienveillant, cherchant personnellement à ne pas basculer dans l’impuissance.  

Ce dernier finit par relever ses yeux bleus délavés d’où toute étincelle s’était éteinte, en murmurant : «Un vertige…»

Un vertige? Un vertige… voilà donc ce que le malade croyait qui pourrait le sauver. «Mais quelle forme pourrait prendre ce vertige?» poursuivit le médecin, encouragé par ce fragile sursaut de vitalité.

Le malade avait rebaissé la tête et de nouveau battu en retraite dans un silence de plomb. Respectueux de la temporalité de l’être dépressif, le médecin avait espoir qu’une précision viendrait. Mais son esprit ne pouvait s’empêcher de figurer une réponse. Il aimait ce patient. Au fil des années, il avait accompagné cet homme dans les fluctuations de ses humeurs, dans ses chutes et ses relèvements. Il avait été impressionné par ses projets et ses idées, sa capacité de rebondissement; sans compter qu’il partageait plusieurs de ses valeurs.

Le malade, engoncé dans son marasme, semblait chercher la source d’un nouveau vertige. Son soignant eut alors une intuition folle, un flash incongru, parce que l’idée qu’il représentait faisait entorse à l’éthique. Pour lui, le lieu du vertige existait absolument! Et il en avait les clés.

Son phare lui apparut alors, érigé dans l’immensité de l’océan du Nord, symbole d’un rempart contre l’adversité des forces déchaînées. Le médecin avait acquis un droit d’accès à ce site improbable par l’entremise d’un ami islandais rencontré lors d’un colloque international.  Il se revoyait y être transporté par hélicoptère et se remémorait des journées grandioses de juin, alors que le jour rejoignait le jour sans nuit, dans un mouvement de couleurs entremêlant des ambres dorés et des voiles opalins; alors que les vagues fouettaient de toute leur force les anfractuosités du piton rocheux de basalte formant des murailles d’écume dansante; alors que le vent, sans obstacle pour freiner sa course, s’époumonait autour de l’humble pièce de guet. Un irrésistible sentiment de liberté solitaire l’avait alors transporté, dans une ivresse jamais ressentie autrement.

Oui, réfléchissait-il, il pourrait offrir ce lieu de vertige pour raviver une étincelle de vie chez celui qu’il aurait aimé appeler son ami. Il imaginait que cet endroit enchâssé dans les franges de l’infini était de nature à aiguillonner de nouvelles ardeurs. L’idée de lui proposer une retraite d’une semaine, au prochain solstice, se consolidait. Il pourrait même s’avancer à prendre en charge les dispositions pour assurer le déplacement. Il imaginait son patient, autrefois aguerri aux ivresses de la montagne, amant de littérature, écrivain à ses heures, reprendre vie, perché comme un oiseau, dans ce nid austère mais plein, posé au milieu d’horizons sans bornes. Rien de moins qu’un bain d’absolu, telle était sa prescription!

Après qu’il eut rompu le silence, le médecin continuait patiemment de plonger son regard dans celui du naufragé.  Comme il croyait y déceler un semblant d’aube au fond des prunelles, son cœur fit alors un bond. Car dans son imaginaire, une autre scène venait de faire effraction : il vit un corps s’élancer du haut du minaret de mer, chuter en vol plané comme une voile décrochée de ses attaches ou tel un Icare aux ailes fondues, pour se fracasser dans les remous glacials de l’océan.

Mais il était trop tard, la proposition avait été formulée et le vertige, offert en don.

Claire (janvier 2021)

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L’appel de Thridrangar

 

Il était un homme de peu de mots; il fut ensuite un être de peu de déplacements quand il devint gardien du phare à Thridrangar. C’est en visitant le sud de l’Islande que j’ai entendu parler de cet homme qui avait choisi de vivre en permanence au phare installé sur cette flèche avancée de l’Atlantique nord. Pourtant un héliport installé près du phare pouvait lui permettre de joindre l’île principale. Il préférait vivre dans le plus total isolement de ce piton rocheux. On l’appelait Kjetan l’ermite. Plusieurs rumeurs circulaient à son sujet : certains parlaient de peine d’amour inconsolable, d’autres de santé mentale fragile ou même de misanthropie morbide. Chacun savait qu’il était fils de pêcheur des fjords de l’ouest, arrivé ici en remplacement du vieux gardien Guðmundsson, devenu une légende chez les gardiens de phare de l’Atlantique nord. En fait, comme il avait pris ses fonctions sans avoir réellement pris contact avec la population locale du sud de l’île, et héliporté en fin de journée d’un automne particulièrement pluvieux, cela ajoutait au mystère entourant le nouveau gardien du plus célèbre phare islandais.

En fait, seule la belle Yrsa Jonasdottir de la région de Vestfirðir, là où habitent les pêcheurs les plus téméraires du pays, connaissait vraiment son histoire. Yrsa était une amie d’enfance de Kjetan; ils avaient fréquenté l’école ensemble et ne s’étaient jamais perdus de vue, liés d’une amitié d’autant plus solide qu’elle était la seule personne à qui il se confiait. D’un naturel plutôt taciturne, il lui avait avoué sa peur et aussi son amour pour la mer. Cette peur de la mer était inavouable pour un fils de pêcheur des fjords de l’ouest. C’est avec empathie et respect qu’elle avait accueilli cette confidence, ce qui avait d’autant plus consolidé leur alliance. Elle avait aussi bien saisi tout son amour pour la mer ; elle avait donc évoqué qu’il puisse devenir gardien de phare, une occupation très vénérée dans leur pays, et particulièrement dans leur région où de nombreux naufrages emportaient la vie de nombreux valeureux capitaines et marins. Elle lui avait offert ce beau poème de Victor Hugo traduit en islandais:

Ô combien de marins, combien de capitaines

Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,

Dans ce morne horizon se sont évanouis!

Combien ont disparu, dure et triste fortune!

Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune

 

Chaque fois qu’elle lui récitait ce poème, des larmes lui montaient aux yeux. Il résolut donc de s’inscrire auprès des autorités maritimes afin d’obtenir un poste de gardien phare. On lui répondit très rapidement qu’un poste serait bientôt disponible dans le sud du pays, afin de remplacer le gardien du fameux phare de Thridrangar qui allait prendre sa retraite. Comme il s’agissait d’un phare totalement inaccessible autrement que par les airs (un héliport y était d’ailleurs installé), aucune candidature n’avait encore été reçue. C’est avec un grand enthousiasme qu’il en parlât à sa grande amie Yrsa. Elle accueillit cette nouvelle avec stupeur, sachant que c’était le phare le plus inaccessible d’Islande.

C’est avec grande émotion qu’elle lui avoua avoir peur de ne plus le revoir, n’osant, par trop grande timidité, lui avouer son amour.

Il n’en sut rien, n’ayant pu ressentir cet élan du cœur d’Yrsa. Trop emballé par ce projet de vie qu’il considérait à la fois comme un cadeau du ciel, il y vit une façon providentielle de faire une profession si essentielle aux yeux des pêcheurs des fjords de l’ouest, afin que son nom soit à la hauteur des plus grands capitaines de Vestfirðir. Jamais il ne quittait son piton rocheux, s’investissant totalement à sa mission d’éviter tout naufrage dans la région dont il avait la responsabilité de faire briller la lumière par temps de brume comme de nuit australe. Quitter son poste ne serait-ce qu’une demi-journée, était perçue par lui comme une trahison envers les siens. Ysla devint guide touristique et quand elle me parlât en privé du gardien du fameux phare de Thridrangar, elle me fit promettre de n’en rien dire aux gens de son pays. Je publie ce texte en priant les lecteurs de ne pas le traduire, ni en anglais, ni en islandais afin de participer à leur façon à cette mission de Kjetan, l’ermite… philanthrope.

 

Le Bison fier (janvier 2021)

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La légende du phare

     Cette histoire se déroule à l’époque pas si lointaine durant laquelle les enseignants d’une école se voyaient attribuer un local de classe pour une longue période de temps ; ils le disposaient à leur goût, le décoraient afin de le rendre accueillant pour les élèves qui leur étaient confiés.

 Aujourd’hui, c’est l’occasion d’exprimer un hommage à ce vieux professeur qui passe le relais au nouveau venu dans l’établissement scolaire. À la fin de la chaleureuse cérémonie, les deux éducateurs se retrouvent en tête-à-tête dans ce local dénudé qui vit passer toute une ribambelle d’enfants pendant des décennies. Ne reste, épinglée au mur du fond de la salle de classe, qu’une image jaunie par le temps.

- De cet environnement, je ne laisserai que cette image surannée qui m’a observé tout au long de mes trente années d’enseignement. Elle n’a pas bougé d’un millimètre. J’aimerais te raconter la légende qui lui est jointe. Je l’ai communiquée à un très grand nombre d’enfants et avant de quitter définitivement ces lieux pour partir à la retraite, je te la confie ; tu en feras ce que tu veux bien, elle est à toi désormais.

 Le vieil enseignant se place devant l’image vétuste, s’ébroue puis s’élance.

 Tous les contes, toutes les légendes débutent par... Il était une fois. Celle-ci fait exception car elle peut très bien se dire au présent autant qu’au passé. Donc... il était une fois, dans ce pays aux allures de presqu’île, une légende qui circule depuis des lunes. Dans ces temps-là, les phares ne sont pas encore inventés, de sorte que, on s’en doute bien, de nombreux navires voguant sur la mer, lorsque vient la nuit, soit ils perdent le nord, soit ils s’échouent lamentablement sur la rive. Un jour, quelqu’un dont le nom reste toujours inconnu eut l’ingénieuse idée de construire une tour qu’il édifia sur la côte, au sommet de la montagne... tour surmontée d’une source lumineuse puissante servant à guider la navigation maritime pendant la nuit. Après d’incalculables années et les ressacs de la mer, doucement, petit peu par petit peu, la côte fut grignotée par l’eau salée, de sorte que le phare se retrouva à trôner sur un immense rocher triangulaire dont la ressemblance avec un iceberg saute aux yeux. Il fonctionne toujours sans qu’on puisse vraiment savoir ce qu’il advient du gardien réfugié dans la tour. Chose cocasse, la source lumineuse, d’année en année, conserve sa force initiale. Plus personne n’escalade ce rocher planté à quelques centaines de mètres du rivage, la montagne originelle ayant disparue sous les coups répétés des vagues tumultueuses qui la frappent, la corrodant du même coup. Il fallut, un jour, le courage exceptionnel d’un premier de cordée qui, en l’absence d’une échelle au pied du beffroi se trouvant à plus de cent mètres des vagues furieuses gangrenant les flancs du récif, l’escalada. Pas de deuxième de cordée, car on craint, y montant, d’être étourdi et de basculer dans le vide. Le bruit des vagues l’étourdissait sans pour autant ralentir sa montée vertigineuse. Il parvint à la tour... entra. Un très vieil homme s’y trouvait. Son sourire permit à l’alpiniste de reprendre son souffle.

 - Vous êtes brave, jeune homme. Peu de gens auraient pu réaliser ce que vous venez de réussir.

- Comment faites-vous pour survivre seul, si haut ?

- Je suis la vie, plus solide que cet esquif qui éloigne les aventuriers. Vous constatez que cette tour munie d’un phare qui existe afin de guider les capitaines au long cours, eh bien, c’est l’oeuvre issue de mon rêve. Lorsque vous parvenez à atteindre votre rêve, ni le temps ni l’espace vous importent. Je serai ici tant et aussi longtemps que sur la mer circuleront des navires. La mer peut flageller le roc, le gruger, je serai toujours ce quelqu’un qui alimentera le faisceau lumineux balayant les eaux. Apprenez que la vie c’est comme être installé sur un point de vue qui doucement s’érode, arrache sous vos pieds le point d’encrage que vous croyiez solide et inépuisable ; vous devez organiser votre alentour afin de protéger les limites de votre utopie.

Vous redescendrez alors que je continuerai d’alimenter la torche luminescente afin que les bateaux ne s’échouent pas sur le littoral. Trouvez votre chimère... croyez en elle... et réalisez-la. Sachez que cela nécessitera toute votre énergie, celle qui la nourrit.

 - Je raconte cette légende à tous mes élèves depuis qu’on m’a confié ce local de classe. Plusieurs enfants n’en comprennent pas le sens, mais au fil des mois, ils y accostent. La vie est comme cette montagne qui lentement s’est dégradée, devenue cet immense rocher au sommet duquel résiste la tour munie d’un phare qui illumine, au soleil couchant et toute la nuit, des bateaux engagés sur la mer. Il faut bâtir, chacun d’entre nous, une tour munie d’un phare. Certaines fois, il ne fait qu’illuminer les eaux tranquilles, alors que d’autres nuits il devient utile pour ceux qui s’avancent sur la mer parfois déchaînée. La maison-phare au sommet de cet escarpement a été bâtie alors que le terrain n’a pas encore été grugé par l’océan ; être découragé par l’érosion de la montagne, abandonner son rêve d’être à la fois utile ou oiseux, que ce soit pour un seul navire, sera la démonstration que le phare ne sert à rien. De grands oiseaux à l’occasion s’y perchent n’ayant autre chose à faire qu’être là. La vie est spoliée, petit peu par petit peu, tout comme cette montagne le fut durant de nombreuses années, léchée par le sel de la mer. Il nous faut devenir un signal, un sémaphore... alimenter l’objectif que l’on se fixe si nous souhaitons être profitable à quelque chose ou à quelqu’un.

 Le jeune enseignant osa une question:

- Est-ce que les enfants à qui vous racontez cette légende ont l’impression qu’eux aussi, tout comme l’indestructible gardien du phare, peuvent vivre dans un nid haut perché sans jamais trop savoir s’ils seront utiles ou futiles ?

 Le retraité esquissa un sourire semblable à celui d’un vieux sage et répondit :

- La montagne a été dépouillée, croquée par des millions et des millions de vagues cherchant à la déposséder, devenant une ruine de jour en jour, de plus en plus, mais l’important demeure le fait qu’elle s’est transformée en un roc solide que rien ne peut abattre. Tout comme la vie qui nous étiole, les vagues n’ont pas pour but de détruire, elles sont ce qu’elles sont, des forces incontournables... inévitables. Certains jours, nous les craignons, d’autres, elles deviennent une magnifique musique confondue aux sons ondulatoires des remous. La vie s’amuse à nous lancer des peurs et des consolations, il faut savoir composer avec cette dualité.

Les deux enseignants quittent le local vide duquel des odeurs de craies blanches voltigent encore entre les bureaux abandonnés.

Jean ( janvier 2021 )


mardi 22 décembre 2020

Projet ÉCRITURE

     Mon frère Pierre, ma belle-soeur Claire Pelletier et moi-même, nous nous sommes lancé un défi ; un défi écriture. Il consiste à pondre un texte à partir d'un déclencheur qui peut être une image, une photographie, une phrase, un extrait de musique ou tout autre chose que l'un de nous propose à notre imagination. Aucune règle autre que celles auxquelles nous voulons bien nous astreindre.

Le premier projet " ÉCRITURE " part de cette oeuvre de  Sébastien Laval, photographe professionnel à Poitiers depuis 1993.

Voici ce que cela donne.





Et si Rodin…


Et si Rodin

En esquissant son dessin

Avait assis son penseur

Les ischions posés sur la culasse

Glacée d’un canon,

De quelles pensées

Son esprit aurait-il été saisi ?

 

Et si Rodin

Avait modelé la glaise

De son esquisse

Fin 2020

Et en avait vu le bronze hissé

Sur la bouche d’un canon,

Sa pensée aurait-elle hurlé :

Feu !

 

Aurait-il déploré :

Feux, feux… tous les feux !

Fous furieux

Infinie folie

Flammes, toutes les flammes

Déflagrations, explosions, détonations

Depuis le début des temps,

Depuis la première étincelle

Entre les doigts de l’homme

Feux, flammes, fours

Crépitant, rugissant, brûlant, étouffant,

Dévastation, ravages, saccages

Provoqués impunément

Mises à feu et à sang

Et morts

Incalculables morts

À petit feu

Ruines, innombrables ruines

Croisades enflammées

Insupportablement répétées

Par d’impitoyables pyromanes

De pouvoir repus

Feux, feux rampants, incendies,

Brasiers de coupes à blanc

Vents suffocants, tourbillons torrides, tornades funestes

Terres de cendres

Embrasements, émeutes, insurrections

Engouffrement aux portes de l’enfer

Et stupéfaction de la pensée !

 

Et si Rodin

Observant la silhouette

Songeuse sur la culasse refroidie d’un canon

Noyée dans cet embrasement d’afflictions,

Aurait-il alors été empoigné

Par une pure pitié ?

Aurait-il souhaité

Insuffler dans l’esprit de son penseur

Recueilli sur la culasse d’un canon

D’autres desseins

Que ceux de méditer l’immonde ?

Lui aurait-il instillé

Le dilemme de songer à d’autres feux ?

Le doux feu de la flamme

D’une bougie

À peine vacillante

S’élançant dans le silence de la paix

Le feu flamboyant

D’un soleil d’aube

S’étirant dans la beauté du monde

Le feu crépitant d’étincelles

Luisant au fond des prunelles

De regards aimés

Le feu qui réchauffe

Le feu qui rassemble

Le feu qui anime l’amour

Le feu

Feu !

 Et si Rodin…

(Claire, décembre 2020)




Après la guerre, la paix! Vraiment?


« Quand les hommes vivront-ils d’amour ? », semble se demander ce jeune asiatique, pensif et recueilli. Cet engin de guerre m’est en effet si spontanément rébarbatif que je projette probablement sur ce garçon ma répulsion. La maison basse en arrière-plan me fait penser à quelque campagne du sud-est asiatique, la seule région d’Asie que j’aie visiter hormis le Liban. Elle m’apparaît d’ailleurs tellement triste, ayant la même couleur que ce canon qui occupe outrageusement la plus grande partie de l’espace sur cette photo. Métal gris et béton terne, et même le kaki soldatesque du veston de ce jeune, rien qui ne vienne égayer l’atmosphère lugubre de cette méditation solitaire. Sauf peut-être le blanc de la chaussette? 

Quel titre donner à cette image?  Après la guerre, la paix. Vraiment?

Certainement pas celle de l’âme. Comme si le photographe avait voulu laisser le doute envahir son champ de vision.

Que reste-t-il en effet à la jeunesse, à cette génération post-cataclysmique ? Où est l’espoir? 

En regardant de nouveau cette image, je m’attarde cette fois au jeune homme. Pourquoi s’est-il hissé sur ce canon? Peut-être comme pour les chats, afin de voir le paysage d’un peu plus haut que sur le sol. Sa main sur son menton m’amène à y voir une attitude pensive, dépourvue de tout sentiment de regret ou de jugement en lien avec l’objet sur lequel il s’est assis. Et d’ailleurs, que représente ce canon pour lui? Un instrument de la libération de son pays de quelque envahisseur? Je vois que la couleur blanche de sa chaussette m’amène à voir cette photo de façon moins lugubre. Voici en effet que je vois le gazon vert, sous et autour de l’engin de métal. Comme si le gazon avait repoussé sur une terre brûlée, la nature reprenant ses droits au-delà et malgré les horreurs humaines. Bien sûr les vêtements du personnage rappellent ceux des soldats. Sûrement sont-ils des surplus réutilisés par la population pauvre, étant gratuits; cela leur redonne une deuxième vie au moment où justement la vie revient.

 Finalement, en conciliant ces deux dimensions de ma lecture de cette photo, tristesse de la guerre d’abord, puis espoir de la paix, je termine ce petit essai en pensant à l’œuvre magistrale de Tolstoï : Guerre et Paix, un roman qui « se veut une histoire vraie de la guerre patriotique de 1812 contre l'invasion napoléonienne, telle que l'a vécue la génération des parents du romancier. »

 Comme pour Tolstoï, le thème de la guerre m’amène à reconsidérer toute l’importance vitale de la vie qui bat, celle pour laquelle les générations précédentes se sont battues.


(Pierre, décembre 2020)



Il fait gris...

 

... si gris qu’aucune ombre n’escorte le vieil homme et l’enfant qui s’avancent dans ce champ de ruines. Un peu de vert soutient le jaune des herbes oscillant au gré d’un léger vent poussiéreux. 

- Grand-père, pourquoi m’amènes-tu ici ?

- Pour que tu puisses voir les cendres.

- Lesquelles ? Je ne vois qu’un canon.

- Les cendres sont des débris, comme des spectres mélancoliques, reprit le vieillard dont le regard terne s’attriste à chacun de ses pas boiteux.

 Les deux visiteurs s’avancent sur ce terrain stérile.

 - Tu connais cet endroit, grand-père ?

- Regarde le canon.

- On dirait une statue, répond le jeune garçon se précipitant vers l’arme de fer.

- On érige des statues après la guerre alors que les canons, eux, on les utilise lorsqu’elle sévit. Pour chaque chose existe un avant et un après subsiste.

- C’est quoi la guerre ?

- Des moments qui assombrissent les gens.

- Pourquoi fait-on la guerre, demande le jeune garçon s’assoyant sur la  morne carcasse.

- C’est lorsque les gens ne s’aiment plus.

- On ne la fera pas nous, n’est-ce-pas grand-père ?

 Le vieil homme cherche à fuir la grisaille du jour de laquelle quelque morosité remonte en lui. Il surveille son petit-fils. Les enfants d’après la guerre ne voient dans les canons silencieux que des statues, des bustes de plomb sans savoir qui les a abandonnés dans leur profond mutisme.

 - Prends-moi en photo ?

- Ça laissera un trace de plus, mon enfant, reprend l’homme taciturne.

 Quels souvenirs raniment ces silencieuses ruines, alors qu’au plus fort des combats les bruits de la guerre assourdissaient ce champ devenu stérile, l’immortalisant au milieu de ces épaves amères ?

 - Parle-moi de la guerre.

- Tu le souhaites vraiment, mon garçon ?

- Oui, car je ne sais pas pourquoi les gens ne s’aiment pas. Toi et moi nous nous aimons, alors on ne fait pas la guerre. Mais d’autres l’ont menée.

- Parfois il semble plus facile de haïr.

- Et quand on ne s’aime plus, on fait la guerre, c’est ce que tu veux dire, grand-père ?

 Le vieil homme se déplace, pose sa tête à l’embouchure du canon. Il passe une main veineuse sur la poussière qui s’y est déposée, puis, regardant le jeune garçon qui balaie les alentours d’un regard penaud, entreprend, après l’avoir pris en photo, de lui raconter, dans des mots pouvant l’atteindre, la brumaille de cette journée semblable à celles qu’il a vécues, ici, dans cette vétuste aire de bataille, revêtu de son uniforme kaki .

 - Il fait gris aujourd’hui, mon petit. Durant la guerre, tous les jours sont gris. Personne ne réussit à détacher ses yeux de cette morne couleur qui enveloppe tous vos membres. Même quand le soleil resplendit, que les champs sont verdoyants, c’est encore gris. Les hommes qui font la guerre ne savent pas toujours pourquoi ils enfournent dans la gueule des canons ces pièces d’artillerie dont le but est de tuer. La guerre, c’est tuer. Avant. Pour éviter d’être tué.

- Toi, tu n’es pas mort à la guerre.

- J’ai été privilégié.

- Tu as fait comment pour ne pas mourir ? Interroge le garçon qui, tout d’un coup, sans tout à fait comprendre, mesure l’étroite distance entre la vie et la mort ; entre le bleu et le gris.

 Le vieil homme, doucement, à pas lents et feutrés, glisse sa main de la bouche du canon jusqu’à l’extrémité du tube, s’approche de son petit-fils fièrement dressé tel un cavalier solitaire.

 - Tous les jours pouvaient être le dernier jour. Les camarades qui ont survécu à la veille se levaient ; certains allaient, dans le même gris qu’hier,  vers leur dernier repos ; plusieurs autres aussi dans des champs pareils à celui-ci Moi, à mon réveil, je pensais à ta grand-mère, tes parents, tes oncles et tes tantes, me disant que je devais absolument passer à travers les plombs qui tombaient comme une pluie rageuse. C’est l’espoir de les retrouver qui m’a permis de ne pas mourir. En fait, je ne savais pas comment faire pour mourir. Quand tu te poses cette question - comment fait-on pour ne pas mourir ? - tu mises sur la chance et risques qu’elle soit de ton côté.

 Le jeune garçon ne semble pas bien saisir les paroles de son grand-père qui s’appuie sur le silencieux engin de guerre. À califourchon sur cette arme de combat que le temps a rendu muette, il est difficile de percevoir dans ses yeux interrogateurs si vraiment il conçoit les mots du vieil homme.

 - Et nous nous cachions.

- Vous vous cachiez de la mort à l’ombre du canon.

- C’est un peu cela.

Et les deux, main dans la main, reprirent la route en silence dans ce gris amer ; un vieil homme boite plus qu’à son arrivée...


(Jean, décembre 2020)

lundi 14 décembre 2020

Humeur vietnamienne

 



On me pose souvent la question : est-ce que la fête de Noël est soulignée au Vietnam ? Afin d’y répondre, je vous propose ce texte de monsieur Hữu Ngọc, intitulé LA NOËL DES HANOÏENS publié en décembre 1992. Cet article fait un bref retour sur l'histoire du catholicisme au Vietnam.

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    L’on sait que la Noël fêtée depuis le IVe siècle avait adopté les pratiques païennes célébrant le solstice d’hiver. Depuis plus d’un demi-siècle, les “ païens “ de Hanoï ont adopté la Noël catholique. 

Chaque année, le soir du 24 décembre, la foule, venue même des faubourgs lointains malgré le froid en général rigoureux, envahit littéralement le parvis de la Cathédrale dédiée à Saint-Joseph et les alentours de cette église bâtie en 1886. C’est à qui mieux mieux de trouver une place à l’intérieur du temple pour la messe de minuit, je parle également et surtout des non catholiques. C’est aussi une occasion pour les jeunes gens de se pavaner en costume “ new fashion “ ou de faire connaissance, de flirter, ou simplement de “ faire les quatre cents coups “. 

Et dire qu’il y a un siècle et demi, tout Vietnamien se hasardant dans un milieu catholique était exposé aux pires sévices. Vraiment, l’Histoire a fait un bout de chemin. 

L’histoire du catholicisme au Vietnam est pleine de tourments, peut-être à cause de son “ péché originel “. 

Le XVIe siècle marqua le début de l’expansion coloniale européenne à l’échelle mondiale. La découverte de nouvelles terres en Asie y favorisa l’extension du Royaume du Christ. Malheureusement, l’évangélisation se confondit souvent avec l’entreprise coloniale. L’encyclique Roman Pontifex de 1855 consacra en fait la division des sphères de domination politique entre Espagnols et Portugais. Au Vietnam, les Dominicains et les Espagnols ont fait leur apparition au XVIe siècle et au début du XVIIe siècle. Mais ce sont les Jésuites qui ont réussi à former vers 1650 un noyau de 30 000 fidèles. Les prêtres français des Missions Étrangères de Paris ont réussi cependant à évincer les prédicateurs portugais. L’un des missionnaires français, Alexandre de Rhodes, arriva en 1627 au village de Ba Làng à Thanh Hoa. Tandis qu’il semait la bonne parole aux paysans pêcheurs venus à la plage pour voir le bateau, le Seigneur Trinh Trang vint à passer. Il alla à sa rencontre, lui donna une montre et un livre de mathématiques. Il fut autorisé à prêcher et baptisa 200 personnes en deux mois. C’est ainsi que la catholicité a fait tache d’huile. 

Mais cette foi nouvelle heurta les croyances et coutumes indigènes. Régnant sans partage, elle interdisait le culte des ancêtres, la consommation des victuailles offertes en sacrifice et la polygamie, elle proclamait l’empire universel du Pape au détriment du roi vietnamien, Fils du Ciel. Le catholicisme, de ce fait, ne put pas devenir partie intégrante de l’organisme social vietnamien comme l’avait été le cas du bouddhisme et du confucianisme. Il fut interdit à plusieurs reprises. 

Les choses s’aggravèrent dans la deuxième moitié du XIXe siècle quand l’Église eut partie liée avec l’envahisseur français. L’administration coloniale et la hiérarchie catholique ont réussi à transformer la communauté catholique en faction hostile au reste de la nation, opposée au mouvement de libération nationale. Au cours des deux guerres d’Indochine, les colonialistes, anciens et nouveaux, surent tirer profit de cette situation ; typique fut le cas de Ngô Dinh Diêm. Cependant, des forces catholiques patriotiques ont combattu dans les rangs de la résistance, préparant la réintégration des catholiques dans le giron national à la fin de la guerre en 1975. Désormais, la Noël doit être la fête de la réconciliation nationale.


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vendredi 27 novembre 2020

Quelques citations en ces temps morbides !

 



Parfois, en certains moments difficiles de notre vie ou celle de la collectivité, il est recommandé de prendre “ un pas de recul “. Une fois fait, se retourner vers les auteurs, les penseurs, les philosophes peut s’avérer extrêmement intéressant pour nous aider à rejoindre notre âme, chérir notre coeur et clarifier notre cerveau.

Je vous propose ces quelques citations, souhaitant qu’elles puissent servir de baume en ces temps morbides.

 

• LES DEUX MORTS DE MA GRAND-MÈRE

( Amos Oz )

J’ai toujours été convaincu que les optimistes devaient être très malheureux, alors que les pessimistes ont une chance d’être, sinon heureux, du moins satisfaits. L’optimiste se lève tôt le matin, persuadé de trouver ses pantoufles près du lit. Elles n’y sont pas, et il est déçu. Puis il se coupe en se rasant, et cela l’irrite. Il veut préparer du café mais il n’y en a plus, ou bien l’électricité est brusquement coupée. Le pessimiste, au contraire, ne s’attend jamais à découvrir ses pantoufles près de son lit, et s’il les voit il est très content. Il veut faire du café, s’aperçoit qu’il en reste, et l’harmonie règne dans le monde.

 

• L’ÉTUDIANT ÉTRANGER

Philippe Labro )

Et je n’en étais pas conscient parce que j’étais encore trop inexpérimenté et je n’avais pas acquis la faculté de transformer un moment vécu, une observation subjective, en une généralité qui peut s’appliquer à une culture, une civilisation, des femmes et des hommes. Vous apprenez ces choses-là à mesure que vous avancez dans l’existence, quand vous avez suffisamment rencontré la mort ou la violence ou la beauté ou la crudité, ou tout cela à la fois et vous parvenez petit à petit à établir comme un éventail de comportements ou de valeurs, et à définir ce qui auparavant surgissait, spontanément, sans avertissement, et vous enregistriez sans comprendre. Le sphinx, alors, est en état de résoudre sa propre énigme et si l’histoire tout entière repose en un seul homme, tout doit pouvoir être expliqué à partir d’une expérience individuelle, une histoire comme un pays, comme les hommes de ce pays et qui ont fait cette histoire. J’avais lu ça dans Emerson et j’ai mis quelque temps à me pénétrer de ce phénomène de multiplication infinie des actions humaines, de cet unanimisme qui m’a toujours poursuivi, depuis, de façon parfois simpliste. Il se passe la même chose, en ce moment, à des milliers de kilomètres de distance, et cependant ce n’est pas du tout la même chose, et pourtant, c’est pareil. 

 

• L’AMOUR AU TEMPS DU CHOLÉRA

Gabriel Garcia Marquez )

…elle l’avait aidé à supporter l’agonie avec le même amour qu’elle avait déployé pour l’aider à découvrir le bonheur.

 

• LE TOMBEAU D’ÉTOILES

( Maxence Fermine ) 

On croit longtemps vivre entouré de gens, de proches, d’une famille aimante. À force d’habitude, on se croit préservé à jamais du malheur et de la solitude, pièce indispensable dans la grande mosaïque du monde. Et puis, un jour, la mosaïque se fendille et les joints éclatent, jusqu’à ce que chacune des pièces qui constituaient cette étrange fresque humaine s’isole un peu plus des autres. Alors on se retrouve seul face à son reflet dans le miroir, seul dans le cortège des jours qui défilent, et on comprend qu’il n’en était rien.

 

• LES LETTRES DE CAPRI

Mario Soldati ) 

Les passions les plus viles obéissent à un stratagème : quand elles nous assaillent, elles s’efforcent de ne pas nous inquiéter. Pour mieux se glisser en nous, elles se dissimulent derrière une prétendue légèreté. Et comme notre raison résiste, elles s’attaquent à notre vanité. Nous sommes si vains, si sûrs de tenir bon, que nous nous moquons volontiers d’elles; nous feignons d’en être animés, pour les parodier justement et nous complaire dans notre vertu. Mais nous sommes obligés ainsi de nous en occuper, de les expérimenter sur nous, de goûter leur douceur; nous nous y habituons entièrement et insensiblement, et devenons bientôt leurs esclaves.

Ainsi, un beau jour, notre raison chavire brusquement, elle aussi. Et soudain, la passion, les passions, que nous taxions jadis de bassesse ou de mensonge, nous apparaissent bientôt revêtues de grandeur et de vérité. Voilà notre chemin! Voilà la lumière! nous disons-nous alors en nous berçant d’un réconfort extraordinaire, mais trompeur. Nous sommes comme les autres, les gens convenables. Normaux. Nous n’avons plus de doutes. Quel repos! C’était si simple. Il suffisait d’avoir un peu d’humilité. Nous nous croyons humbles. Et c’est le début de notre ruine.

Le propre de l’humilité est que celui qui la possède croit en être privé !

 


• AU PAYS

( Tahar Ben Jelloun )

… le temps c’est nous, ce n’est pas le cadran de la montre, non, c’est toi qui fais le temps, tu fermes les yeux et tu es dans le passé, tu les fermes encore et tu te projettes dans le futur, quand tu décides de les ouvrir, pas de mystère, tu es dans le présent, celui qui est aussi mince qu’une feuille de cigarette, tu vois ce que je veux dire ?

 

• UN GARÇON PARFAIT

( Alain Claude Sulzer )

Si l’amour meurt, c’est la mort qui vient, si l’amour vient, c’est la mort qui meurt.

 

• L’ORIGINE DE LA VIOLENCE

Fabrice Humbert )

Le microscope a ceci de merveilleux qu’il nous enfonce dans un monde aux déclivités énormes, aux contours fabuleux, comme un conte visuel d’ordinaire inaccessible. La mince lamelle translucide, sur laquelle est déposée un minuscule fragment, révèle brutalement un univers, de sorte que l’infiniment petit recèle autant de richesses qu’une planète entière. Mais en même temps, l’œil collé à l’embout noir, absorbé par ce nouveau monde, ne voit plus rien de l’ancien.

 

• JADE

Michel Tauriac )

L’illusion est une des grandes causes de la souffrance humaine.

 

• LA TRISTESSE DES ANGES

Jon Kalman Stefanson ) 

Nombreux sont ceux qui choisissent de se taire quand la vie leur inflige les plus cuisantes brûlures, d’ailleurs, les mots ne sont souvent que des pierres inertes, des vêtements élimés et usés. Ils peuvent également être de mauvaises herbes, de dangereux vecteurs d’infection, des planches vermoulues qui ne supporteraient même pas le poids d’une fourmi et d’autant moins celui d’un homme. Pourtant, ils sont l’une des rares choses qui demeurent à portée de main lorsque tout semble se jouer de nous. Gardez bien cela à l’esprit. N’oubliez pas non plus ce que nul ne comprend : les mots les plus insignifiants et les plus improbables peuvent, sans qu’on s’y attende, se charger d’un lourd fardeau et conduire la vie pour la sauver par-delà les plus vertigineuses crevasses.

 


• À PROPOS DE COURAGE  

Tim O’Brien 

Une histoire existe pour l’éternité, même quand la mémoire est effacée, même quand il n’y a plus rien d’autre à se rappeler que l’histoire elle-même.

 

• NOUVELLES ORIENTALES 

(  Marguerite Yourcenar 

Il est sorti du monde des faits pour entrer dans celui des illusions, et il m’arrive de penser que l’illusion est peut-être la forme que prennent aux yeux du vulgaire les plus secrètes réalités.

 

. UN AMERICAIN BIEN TRANQUILLE

 ( Graham Greene) 

Assez d’ismes et de craties. Je veux des faits.

 

LE PORTAIL  

( François Bizot) 

Cette merveilleuse faculté qu’a l’être humain de s’attacher aux objets les plus dérisoires de son existence, aux instruments mêmes de son supplice, simplement parce qu’ils font partie du modeste décor de son quotidien, du simple fait qu’ils lui sont devenus familiers, occupa mon esprit pendant des heures. Sans doute en va-t-il de même de notre vie entière. Je méditai longuement sur ce que cette réalité révèle de la condition humaine, et je ne cesse encore aujourd’hui de m’en étonner.

 

. ENFANCE et ADOLESCENCE

( Léon Tolstoï )

 Mais, à mon sens, la non-conformité de la position d’un homme avec son activité morale est le signe le plus sûr de la vérité.

 

. L’IMMORALISTE

( André Gide)

Et comment une antique réponse eût-elle satisfait à ma nouvelle question : Qu’est-ce que l’homme peut encore ? Voilà ce qu’il m’importait de savoir. Ce que l’homme a dit jusqu’ici, est-ce tout ce qu’il pouvait dire ? N’a-t-il rien ignoré de lui ? Ne lui reste-t-il qu’à redire ? Et chaque jour croissait en moi le confus sentiment de richesses intactes, que couvraient, cachaient, étouffaient les cultures, les décences, les morales.

 


Voici donc ces quelques citations que j’ai glanées au fil de mes lectures autant vietnamiennes que québécoises depuis quelques années. Y revenir, parfois, me rend confiant et perplexe tout à la fois.

J’ose espérer qu’elles puissent trouver un chemin en vous.

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