lundi 17 avril 2017

5 (CINQ) (CENT TRENTE-QUATRE) 34





j1)    autour du ch - marché

Nombreux furent-ils à attribuer le calme revenu dans le quartier au départ de l’inspecteur-enquêteur. Comme tout bon Vietnamien, on n’allait pas le crier sur les toits mais cela alimenta les conversations dans les allées du marché. Parler corruption chez les policiers, chez certains administrateurs de la chose publique n’est pas le sujet principal, mais y faire allusion demeure présent et porteur de sens. Dans une société qui, pendant longtemps, a reposé sur la délation, le mouchardage, il ne faut pas se surprendre que l’histoire de la Main ramènerait des souvenirs encore frais à la mémoire de plusieurs.

Les activités organisées par le Comité populaire – beaucoup de gens les nommaient ‘’fêtes’’ - accaparaient l’attention. La vieille méthode, celle qui consiste à lancer des on-dit afin de jauger les réactions, fonctionnait à merveille; ‘’La Maison du Peuple’’ serait mise en chantier dans les semaines à venir. Le local actuel, classé bien patrimonial, allait donc se libérer; pas question de le détruire. Quelle seconde vie allait-on lui donner?

C’est dans cette ambiance que la mère de Tùm (le trapu) clarifia sa position face à l’inspecteur-enquêteur : 
- Je relève directement du Président du Comité populaire, dit-elle sèchement au sous-entendu que venait de lancer cette femme que l’on ne voyait presque plus depuis un bon moment, la mère de Thn Kinh (le nerveux).

Son mari et elle s’étaient présenté au procès de la Main, déçus de constater qu’ayant refusé l’ordonnance d’habeas corpus, il renonçait ainsi à cette liberté fondamentale pour s’en remettre à l’arbitraire du tribunal qui le condamna ipso facto à la prison à perpétuité. Ils ne purent ainsi le voir, lui dire face au juge à quel point il avait détérioré leur vie familiale. Sortant peu de leur demeure afin d’éviter l’opprobre, assiégés dans leur domicile, recevant régulièrement la visite du policier qui se plaisait à tourner le poignard dans la plaie, ils en vinrent à se résigner, se détacher de leur fils, souhaitant même qu’il puisse imiter le geste du plus jeune qui avait choisi de fuir le quartier. Lorsque la vérité éclata, sur demande de Thn Kinh (le nerveux), Dep les rencontra dans le but de recoudre le tissu familial. Cette jeune fille vêtue d’un áo dài blanc entra chez eux, leur expliqua les malversations de l’inspecteur-enquêteur, insistant principalement sur les tourments du fils et achevant sa mission par ces mots de Pearl Buck :   
‘’ Le premier amour au coeur d'un homme est l'amour de soi. Le ciel lui a donné cet amour en premier, pour que l'homme ait le désir de vivre, malgré tous ses chagrins. Et, quand cet amour est blessé, aucun autre ne peut survivre, car, si l'amour de soi est trop entamé, on désire la mort.’’

- On a détruit l’amour-propre de votre fils. Recevez-le comme un convalescent.

La mère du nouveau gardien de sécurité, vieillie par cette épreuve, ne cherchait pas querelle. Les mots de la distributrice des tracts du Parti clarifiaient les choses, c’en était tout. Pour elle ainsi que pour ce petit groupe qui s’était formé. On y reconnaissait la mère de Khuôn Mt (le visage ravagé), celle de Cây (le grêle). Ces femmes, ces mères ne se fréquentaient pas aussi assidûment que leurs fils, se croisaient souvent au marché, le matin, parfois à la pagode. Puis s’ajouta la mère du plus jeune, Tr.



j2)     autour du ch - marché

Les femmes vietnamiennes, on en a déjà parlé, sont résignées. On leur a appris cela dès le jeune âge. Le célèbre poète thaïlandais Sunthron Phu (1786-1855) intéressé à mieux comprendre la pensée féminine au sujet des relations de couple, en aurait tiré quatorze (14) règles. Les voici, sans les explications qui accompagnent chacune d’elles mais qui dépeignent assez bien le comportement de plusieurs Vietnamiennes :
Ton homme est ton Roi; Se lever tôt le matin; Ne jamais le harceler; Souriez;
Soyez à la maison pour lui; Préparez le diner; Laissez-le sortir avec ses amis; Demandez d’abord; Renoncez à la télécommande; Soyez docile; Soyez sauvage au lit; Intéressez-vous un peu au sport; Restez en forme; Gardez les choses propres.

Cela peut sembler étrange aujourd’hui, à l’heure du numérique, de l’internet, des réseaux sociaux, qu’on puisse imaginer ces règles convenir aux femmes du XXIième siècle. Les usages et les coutumes ont tendance à se maintenir aisément à flot dans une société où la famille et la tradition en sont les piliers. Cela mène parfois, pour ne pas dire souvent, à des discussions comme celle que tient les mères des xu xí… Autant sur le non-engagement de leurs maris dans l’éducation des enfants, sur ce besoin de faire paraître tout bien, tout propre, tout correct ainsi que la place qu’elles occupent dans le système de décision familial. Pourtant, la mère de Tùm (le trapu) s’inquiète sur ce qui semble être un profond problème d’identité chez son fils. Elle l’a pourtant bien élevé, tout fait ce qu’une mère doit faire pour son fils. Où se situe le problème? Est-elle responsable en partie de la situation? Si le père avait été là…

La mère de Cây (le grêle), pour sa part, avoue en avoir trop fait, trop longtemps gardé dans ses jupes. Pourquoi avoir été aussi méchante vis-à-vis la jeune fille qui s’intéressait à son fils, au point de l’éloigner définitivement? En était-elle jalouse? Craignait-elle davantage pour elle que pour lui? Élever un enfant, surtout celui qui jamais ne devait venir, seule… aurait-elle sans le vouloir tout écarter autour de lui afin de le garder pour elle-même? Elle réalise maintenant que ce fils n’est plus le sien. Elle l’a pourtant bien élevé, tout fait ce qu’on lui a enseigné de faire… pour en arriver là… là où la sécheresse intérieure la rejoint.

Elles avaient un avenir avant de se marier, maintenant n’en ont plus. Elles piétinent dans la politesse qui, à la fin, les aura enfermées dans le silence, le repli sur soi. Elles n’ont eu aucun choix, bien ou mal élever leurs enfants revenant au même : un lamentable échec dont on ne se gêne pas de les culpabiliser, de les accuser.


      j3)     autour du ch - marché

La mère de Khuôn Mt (le visage ravagé) ne semblait pas tout à fait d’accord avec les propos qu’elle venait d’entendre. Oui, la magie du mariage n’avait pas opéré pour elle non plus. Oui, la maternité avait été comme une commande à remplir. Oui, le fils qu’elle a eu, en peu de temps rejeté par tous en raison de sa laideur, on s’en moquait déjà alors qu’elle le portait tous les jours au marché. Mais elle l’aimait. Jamais elle ne permit à qui que ce soit, devant elle, de lui adresser de mauvais mots. Elle fit avec la déception de son mari un tremplin qu’elle installa sous les pieds de ce garçon qui devint, rapidement et très jeune, à la fois indépendant et soucieux des autres. Qu’on l’éloigne attisait chez lui une ferveur à se rapprocher. Finalement, beaucoup comme elle l’avait souhaité, on finit par regarder au-dessus de lui, on finit par lui laisser une place derrière les autres. Sa mère en était fière; ne lui avait jamais dit craignant qu’il reçoive cela comme de la pitié, exactement ce qu’elle voulait éviter.

La surprise de revoir la mère de Thn Kinh (le nerveux) au marché, le visage découvert de ce déshonneur qu’elle et son mari exhibèrent trop longtemps, en plus de ravir les autres suscitait une question chez la mère du plus jeune Tr :
- Vous en voulez encore à ce policier?

Elle mit un instant avant de répondre.

– J’ai tellement rêvé à sa sortie de prison que mon fils agisse comme le vôtre l'a fait lorsque le suicide a bouleversé le quartier. Qu’il nous quitte... Qu’il fuit… Qu’on n’entende plus parler de lui… Que jamais il ne revienne. Tous les matins, il se levait, la haine au coeur. Moi qui ai porté cet enfant, qui fut heureuse à sa naissance, mon mari également, je ne le reconnaissais plus. Ce qu’on lui reprochait ne ressemblait tellement pas à l’image que nous avions de notre fils.  Tout jeune déjà, une seule chose l’intéressait, le passionnait : la moto de son père. Je le revois encore, tout sourire, rentrer à la maison couvert de cambouis. Lui, un mauvais garçon, je ne pouvais le croire. Le policier a pourtant tout fait pour nous en convaincre. Puis, mon mari et moi l’ayant finalement cru, l’avons répudié. 

Les larmes l’empêchèrent de continuer.

– Nous sommes toutes mères. Mères avant d’être épouses mais aussi avant d’être femmes. C’est peut-être là notre erreur. Nous avons entretenu, sans nous en apercevoir, l’image de celles qui nous ont précédées, réussit-elle à dire avant de se retourner vers la mère du plus jeune.

Depuis le départ volontaire de ce fils, le plus jeune du groupe des xu xí… cette femme en voulait fermement à son mari, l’ancien militaire qui jamais ne cessait de revenir, et revenir encore, sur tous les dommages collatéraux liés à l'agent orange.  

– Ce qui me retient à la maison n’est pas compliqué : je n’ai pas d’autre choix. Mon fils, lui, a choisi de partir. Il a choisi de partir, au grand désespoir de toute la famille qui m’a accusée d’être une mauvaise mère, de n’avoir pas su le retenir. On n’a rien dit au sujet de celui qui vit perpétuellement dans le passé, de la rancœur à la place du cœur. C’est un militaire… il a défendu notre peuple… son courage a tissé notre indépendance… Moi, toujours levée avant le soleil, je n’ai que tenu la maison, porté un enfant, nourri tout le monde… fidèle à mon devoir et à mon mari qui lui… se battait pour l’honneur de la patrie. Parfois, je souhaite qu’il eût été sous le napalm, qu’il revienne non pas défiguré mais prêt à être enterré. J’ai rêvé être veuve. Comme je l’ai rêvé. Une veuve de guerre lasse…


     j4)     autour du ch - marché

Ces voix de femmes, enterrées par le brouhaha du marché, montaient vers nulle part. Seulement elles les recevaient. Aucun écho n’allait les projeter plus loin que les étals de ce marché où les odeurs s’entremêlaient. Cinq femmes… mariées depuis belle lurette… mères depuis des lunes… vieillies par le travail incessant… silencieuses… polies comme on le leur a enseigné.

Ce fut la mère de Khuôn Mt (le visage ravagé) qui reprit la parole :
- Je crois que mon fils est amoureux. De cette jeune fille qui nous a tous surpris lors d’une réunion du Comité populaire. Elle se nomme Dep. Mon fils m’a montré je ne sais plus combien de photos qu’il a prises d’elle. Alors qu’elle vendait des ballons au kiosque de son oncle puis au café où elle a travaillé comme serveuse. 
– Elle est venue à la maison nous annoncer la machination diabolique du policier et nous inviter à recevoir notre fils comme un convalescent.
– Elle est ici depuis moins d’un an et il me semble que l’atmosphère dans le quartier a changé, reprit la mère de Khuôn Mt (le visage ravagé). J’ai hâte d’en savoir plus sur le projet qu’elle a présenté au Comité populaire. Mon fils ne peut pas en parler mais je crois comprendre qu’il s’agirait de réutiliser l’ancien local du comité pour en faire un endroit public, ouvert à tous.

Les femmes étaient en voix. Elle se permettaient de parler, de rire aussi  – il leur aurait été difficile de le faire il y encore quelques jours alors qu’un climat de suspicion planait sur le quartier, alimenté par l’inspecteur-enquêteur. Une femme qui rit de bon cœur, cela soulage son âme; il n’y a rien de plus beau autour d’un marché vietnamien…

… qui retint son souffle quelques instants au passage d’une dizaine de personnes que l’on ne connaissait pas. Des personnes de petite taille, surtout, accompagnées de jeunes filles à l’allure différente, d’un bossu et d’un jeune homme dont la tête était disproportionnée par rapport à son corps. Fermait la marche un être sans âge, cheveux blancs et peau délicate, suivi d’un autre qui semblait compter et recompter sans cesse ses doigts, regardant les flaques d’eau se multiplier devant ses pas.

Ce ne fut pas le silence complet, qu’une interruption des sons et des bruits ambiants. L’espace d’un coup de vent sur le visage de ces femmes retournant à leurs occupations.

À suivre


vendredi 14 avril 2017

CHRONIQUES VIETNAMIENNES



Marine Le Pen



Les élections présidentielles françaises


Benoît Hamon
                                                                       

Le redire serait redonnant : LE CRAPAUD a le flair politique, principalement dans l’imprévisible domaine de la prédiction. Pour les habitués, je vous rappelle que la vague orange NPD de 2011 (au Canada) avait été détectée par mon radar électoral personnel longtemps avant qu’elle ne produise le raz-de-marée qui s’ensuivit.

J’avoue que celle prédisant l’élection d’un gouvernement de la CAQ au Québec (élections de 2012) aura diminué ma moyenne mais j’avais tout de même prévu un gouvernement minoritaire.

Souvenez-vous de ma prédiction dont tous se moquaient autant au Canada qu’à l’étranger, alors que j’annonçais l’élection de Justin Trudeau au poste de Premier ministre du Canada lors des élections fédérales de 2015.

Mais aujourd’hui, LE CRAPAUD se lance dans quelque chose de gros, d’énorme même : mes prédictions pour les élections présidentielles de la République française.

Je me suis fait la main sur deux élections antérieures sans jamais en avoir parlé sur le blogue : celles au Vietnam ainsi que l’élection américaine. Je m’en sors avec une moyenne de 50% : au Vietnam c’était enfantin (un seul parti) – quand même, il m’aura fallu apprendre à bien prononcer certains noms pas faciles – alors qu’aux USA j’ai lamentablement échoué, prévoyant un match nul entre les deux nuls de candidats. Mais c’est du passé, regardons l’avenir.

Je vous décrirai ma démarche qui, vous vous en doutez, repose sur la numérologie et l’association/dissociation des informations obtenues en lien avec la température ambiante.

Voici mes grandes constatations :

– la première est fondamentale : il y a 11 candidats en lice. Le chiffre 11, en numérologie, est symbole de l’idéalisme, l’intuition, l’énergie, l’inspiration, volonté, courage mais aussi celui de la tension et des contradictions. Parmi les candidats en lice, deux portent dans leurs prénom et nom, le chiffre 11 : Marine Le Pen et Emmanuel Macron ;

– la seconde porte sur la date des deux tours, soit les 23 avril 2017 et 7 mai 2017. Comme il s’agit chaque fois d’un dimanche, je ne tiens pas compte de cette donnée. Le premier tout aura lieu en une journée 1 alors que le deuxième se tiendra en 4. Un seul candidat se démarque par rapport au 1, il s’agit de Nicolas Dupont-Aignan alors que deux présentent le fameux 4 du deuxième tour, soit Emmanuel Macron et François Fillon ;

– la troisième fut de relier le chiffre du nombre d’électeurs inscrits sur les listes électorales – 44 834 001 ce qui nous donne un 6 – je me suis longuement interrogé sur l’électeur qui a obligé la statistique de passer de 000 à 001 à la fin du décompte. Comme rien n’échappe à l’œil globuleux du CRAPAUD, cet électeur peut faire bien des ravages. Nicolas Dupont-Aignan aurait avantage à ce qu’il aille voter. Trêve de digressions, retournons à ce 6. Une seule candidate peut se l’approprier, Nathalie Arthaud ;

– la quatrième est la petite sœur de la troisième : le rapport entre les électeurs inscrits et la population française. 66 990 826, tel est le nombre de Français en date de 2017. Ce qui nous donne un 3. Tout comme moi, vous êtes stupéfaits par ce résultat! Un 6 contre un 3, du 2 pour 1 si l’on compare les électeurs et les habitants. Cette question devrait, à mon point de vue, être débattue par quelque conseil constitutionnel ou électoral de la République française afin de corriger le tir. Pas normal que les électeurs aient droit au chapitre deux fois plus que la population… Alors quel candidat répond au chiffre 3? Un seul, Jean Lasalle.

– la cinquième, et non la moindre, a porté sur les relations numérologiques entre un ou des candidats et le Président sortant, François Hollande, qui est un 7. Je vous demanderais de ne pas anticiper sur les résultats à partir de cette donnée. Deux candidats répondent à l’appel : Jacques Cheminade et Jean-Luc Mélenchon, tous les deux de valeureux 7 ;

– pour la sixième constatation, LE CRAPAUD a puisé dans sa longue expérience d’association/dissociation numéro-politique. Pour y arriver et appliquer le modèle que j’ai développé depuis des années, cela prend du flair et surtout… surtout, de bien lire le message des chiffres.


Allons d’abord aux associations :


. Le son « on » regroupe dans le même peloton Nicolas Dupont-Aignan, Emmanuel Macron, Benoît Hamon, Jean Lasalle Résistons !, Jean-Luc Mélenchon, François Fillon ;

. Le chiffre 11 associe Marie Le Pen et Benoît Hamon ;

. Emmanuel Macron est associée à Marine Le Pen par le MA chez Marine et chez Emmanuel Macron – tout à l’avantage de ce dernier ;

. Le trait d’union (-) associe Nicolas Dupont-Aignan avec Jean-Luc Mélenchon ;

. François Fillon est associé par le 4 à Emmanuel Macron ;

. Pour le 7, c’est l’association Jean-Luc Mélenchon et Jacques Cheminade ;

. On remarquera également que chez Nicolas Dupont-Aignan et l’acronyme de son parti DLF, le lien se fait au niveau du nombre de mots utilisés pour l’écrire, soit 3 ;

. Emmanuel Macron et EM pour son parti, les mêmes initiales ;

. Philippe Poutou (2 P) et un autre P dans NPA, le nom de son parti, alors que François Fillon nous offre 2 F dans son nom ;

. Marine Le Pen joue la rime Le Pen/FN de meilleure façon que Nathalie Arthaud/LO. Toutefois, cette dernière se rachète dignement avec une utilisation fort habile du TH dans le prénom et le nom.


Examinons maintenant les dissociations :


. Les Nicolas Dupont-Aignan, François Asselineau et François Fillon présentant le même prénom que les deux anciens présidents sortants (Nicolas Sarkozy et François Hollande) sont désavantagés.

. Plaçons maintenant nos onze candidats en ordre numérique, ce qui permettra de vérifier la dissociation avec la première donnée qui veut que le 23 avril 2017, date du premier tour, soit une journée 1 : Nicolas Dupont-Aignan (1), Jean Lasalle (3), Emmanuel Macron et François Fillon (4), Philippe Poutou (5), Nathalie Arthaud (6), Jacques Cheminade et Jean-Luc Mélenchon (7), François Asselineau (9), Marine Le Pen et Benoît Hamon (11). Un seul candidat est avantagé, il s’agit de Nicolas Dupont-Aignan.

. Vous pouvez vérifier par vous-mêmes la dissociation lors du deuxième tour, celui du 7 mai 2017, un jour 4. Deux candidats se démarquent, Emmanuel Macron et François Fillon.

. Dernière dissociation, à partir des chiffres et des candidats les portant : d’une part les impairs (ils sont 8) Nicolas Dupont-Aignan, Jean Lasalle, Philippe Poutou, Jacques Cheminade et Jean-Mélenchon, François Asselineau, Marine Le Pen et Emmanuel Macron et d’autre part, les pairs (ils sont 3). Quel candidat pair peut envisager remporter le premier tour ? Est-ce qu’un candidat impair peut espérer être du deuxième tour ? À partir de ces questions, il serait élémentaire de croire que le premier tour sera remporté par un candidat impair et le second par un candidat pair. Élémentaire mais un peu trop simpliste pour un domaine aussi complexe que la prévision numérologico-politique. LE CRAPAUD est là pour éclaircir cet imbroglio.


Vers le second tour:


Nicolas Dupont-Aignan, en raison de son chiffre 1, du son « on », des 3 lettres utilisées dans son nom et celui de son parti semblerait avantagé, mais son tendon d’Achille est double : le fameux électeur qui a fait passer 000 à 001 puis son prénom qui en fait un sortant.

Jean Lasalle (3) possède deux atouts, le premier étant le lien entre les 3 de ses nom/prénom avec celui de la population française, également le son « on » provenant du nom de son parti : serait-ce suffisant ?

Philippe Poutou (5) n’offre pas grand-chose d’autre que ses P.

Jacques Cheminade (7) n’offre pas grand-chose de particulier, en fait rien du tout.

Jean-Luc Mélenchon (7) offre un peu plus que son homonyme numérologique (Jacques Cheminade) en faisant partie du peloton du son « on » et le trait d’union le reliant à Nicolas Dupont-Aignan.

François Asselineau (9), c’est malheureux pour lui mais rien ne l’aide et son prénom lui nuit.

Avec Marine Le Pen (11), on entre ici dans du haut calibre numérologique. Le 11 est un chiffre béni, de plus qu’il s’agit exactement du nombre de candidats en lice ; la trouvaille rimée Le Pen/FN est géniale surtout qu’elle n’utile qu’une seule voyelle, le « E » ; Marine + Le + Pen + FN = un 4, ce qui n’est pas à négliger compte-tenu du 4 en deuxième tour. Mais là où cette candidate se démarque de manière effarante est la suivante : elle est impaire avec son 11 au premier tour et devient paire avec son 11 = 1 + 1 = 2 au second tour. Ceci la rend immensément redoutable.

Benoît Hamon (11) ne part pas négligé en raison de son (11), de sa participation au groupe du son « on » et qu’aucune dissociation lui est accolée. Sa relation intime avec Marine Le Pen par le (11) le favorise.

Emmanuel Macron (4) fait partie du groupe « on », son 4 lui serait fort bénéfique mais au 2ième tour ; ses deux MA lui permettent de faire un pied de nez à Marine Le Pen et lui lance un défi tout à fait visible ; la trouvaille des initiales EM de ses prénom et nom avec celles EM de son parti devrait inquiéter Marine Le Pen ; il est toutefois éclaboussé par son association avec François Fillon, tous les deux des (4) et le fait que ce dernier boîte en raison du prénom François. Les chiffres nous donnent à penser que voici un candidat à prendre au sérieux.

François Fillon (4) se retrouve dans le groupe du son « on », ses F en initiales mais surtout son (4) le favorise seulement au second tour, mais s’y rendra-t-il étant handicapé par le prénom ?

Nathalie Arthaud (6), les chiffres la classerait parmi les candidats atypiques. Si on inverse le 6 pour en faire un 9, elle se collerait à François Asselineau (9) ce qui ne serait pas avantageux pour elle. Elle joue très fort avec ses TH en prénom et nom qui rachète quelque peu la faible rime Arthaud/LO. Malheureusement… les chiffres ne jouent pas en sa faveur.

À partir de cela, voici ce que les chiffres répondent à la question : qui sera du second tour ?

Quelques hypothèses autour de 4 candidats qui ont vraiment une chance de se qualifier pour le 2ième tour :

Hypothèse 1)
Marine Le Pen vs Emmanuel Macron ou François Fillon

Hypothèse 2)
Benoît Hamon vs Emmanuel Macron ou François Fillon

Hypothèse 3)
Benoît Hamon vs Marine Le Pen


Voici maintenant les prédictions du CRAPAUD :

LE CRAPAUD prédit une victoire de Marine Le Pen au premier tour.

LE CRAPAUD prédit une victoire de Benoît Hamon au premier tour.

LE CRAPAUD prédit une victoire de Marine le Pen au deuxième tour.


Ne reste plus qu’à attendre les résultats. Sachez que les chiffres nous disent des choses qui n’engagent absolument pas LE CRAPAUD.

lundi 10 avril 2017

5 (CINQ) (CENT TRENTE-TROIS) 33



     i1) l’achondroplasie

Le directeur de la troupe de théâtre LES NAINS n’avait pas cru nécessaire de déplacer tout son groupe pour cette rencontre; elle visait à mettre en chantier le spectacle que l’on présenterait – deux séances ont été prévues – lors des activités organisées par le Comité populaire du quartier. S’entendre sur un synopsis. 

- Nous avons l’habitude, c’est d’ailleurs notre spécialité, de partir d’une idée suggérée par nos clients pour enclencher l'improvisation. Ça exige une certaine précision quand même. Le responsable du comité ne m’a donné aucune piste s’en remettant à vous, mademoiselle Dep, en qui il a entière confiance.
- Accompagnée de mon ami Tùm (le trapu), je crois que nous pourrons trouver.
- Puis-je me permettre une question? Elle s’adresse à vous deux.
- Allez-y, répondit Dep.

Se trouver en présence de gens qui vivent une malformation physique provoque certains malaises. Lorsqu’il s’agit d’une personne de petite taille, on est porté à s’interroger : … est-ce un phénomène? … une maladie?... quelle attitude adopter? Il était évident que le directeur de la troupe de théâtre souhaitait clarifier cette question dès le départ. Raison pour laquelle il précisa en quelques mots ce qu’était le nanisme, la jeune fille et le musicien ne pouvant y répondre d’eux-mêmes.    

- Il existe des formes multiples de nanisme; la plus fréquente est l’achondroplasie, une maladie génétique due à la mutation d’un gène qui joue un rôle majeur dans la croissance de l’os ou du cartilage. Il s’agit souvent d’un accident génétique. Vous constatez les résultats : les membres sont courts par rapport à la tête et au thorax qui ont une taille normale.
- Cela ne nous gêne pas, renchérit Dep. N’est-ce-pas Tùm (le trapu)?
- Vous peut-être, mais le spectacle s’adresse à un grand public. Tous n’ont pas eu l’occasion d’être mis en contact avec ces particularités qui font de nous des êtres atypiques. Dans notre troupe, vous rencontrerez d’autres personnes de petite taille de même qu’un bossu, un albinos, un autiste, une trisomique et un hydrocéphale. Au total, nous sommes dix. 
– Ça sera un plaisir de travailler avec vous, ajouta le musicien.



Une fois la table mise, on entra dans le vif du sujet : le thème de la pièce. Une question fut lancée par le directeur de la troupe de théâtre :  
- Pourriez-vous m’indiquer si, dans votre quartier, un événement plus ou moins récent serait survenu ayant eu un impact sur la population?

Un malaise obscurcit le regard de Dep. Tùm (le trapu) ainsi que l’homme de théâtre le perçurent. Le musicien crut bon raconter les grandes lignes de ce qui avait perturbé autant la jeune fille que le quartier, à quelques jours des fêtes du Têt. Le bouleversement, le dérangement allant jusqu’au trouble furent tels que le passage de l’Année de la Chèvre à celle du Singe s’en vit complètement déréglé. Sans entrer dans les détails - Tùm (le trapu) souhaitait-il ménager la jeune fille ? - le topo qu’il en fit permit au responsable de voir l’enchevêtrement d’émotions et de sentiments s’étalant devant lui.  

– Tout à fait clair! Le théâtre, c’est d’abord une représentation devant public. Il possède de grandes possibilités parmi lesquelles notre troupe puise. Nous aimons particulièrement utiliser la métaphore. Elle permet d’aborder drames et tragédies sous un angle différent. Ainsi les spectateurs sont amenés à comprendre ou se réconcilier avec des situations qui frôlent ou qui ont frôlé les limites de l’admissible.

Dep, dans toute sa dignité, la tête haute lui dit : 
- Vous savez, acteur ou actrice dans diverses situations nous le sommes tous. Elles permettent de vivre au plus profond de soi des épisodes d’extrême souffrance ou encore de belle clarté. Il n’y a pas toujours de spectateurs à nos représentations, chacun étant seul avec sa vie. Si, comme vous le dites, la magie du théâtre permet de remonter en nous, de sortir un tant soit peu d’un conformisme bête, d’éclaircir l’obscurité, alors, il faut user de cette magie. Pour soi, pour nous. L’expérience du viol se raconte avec des mots, mais se vit intimement. L’expérience du suicide ne se raconte plus, ne se vit plus. Pouvons-nous, je vous le demande, saisir ce moment de théâtre pour calmer nos âmes, ressaisir nos cœurs?
- Je le crois, Dep.






      i2) l’achondroplasie

Daniel Bloch se rendit, en milieu d’après-midi, à cette agence de tourisme qui proposait des excursions vers le Nord du Vietnam. Il souhaitait, en plus de Sa Pa où on l’encourageait de s’y rendre, monter plus haut encore, vers la frontière de la Chine. Une semaine lui suffirait pour saluer le Fansipan, croiser des gens de différentes ethnies, voir les montagnes et se rendre jusqu’à Cao Bang, où se trouvent ces chutes dont la renommée n’est plus à faire. 

Voyager seul faisait d’abord partie des conditions qu’il formula à la dame de l’agence qui s’exprimait dans un anglais exemplaire. Plusieurs Vietnamiens qui étudient cette langue n’ont pas la chance de croiser des enseignants étrangers devant s’en remettre à des compatriotes chez qui la prononciation et l’accent, souvent, font que l’on n’est pas du tout certain qu’il s’agisse de la langue de Shakespeare.

- Monsieur Bloch, notre agence offre la possibilité de partir quand bon vous semble, en groupe de plus ou moins six personnes. Mais vous désirez partir seul?
- Exactement madame.
- Nous vous dénicherons un chauffeur parlant votre langue et qui pourra vous servir de guide.
- J’apprécierais.
- Vous êtes au Vietnam depuis maintenant assez longtemps monsieur Bloch, pour savoir qu’il s’agira d’un guide masculin. La police des mœurs est stricte sur ce point.
- Qu’il converse en anglais et connaisse la région, voilà l’essentiel.
- La personne à qui je songe est originaire de Ha Giang dans le Nord. Il fait partie de l’ethnie Tày. Vous devriez fort bien vous entendre.

L’étranger au sac de cuir reçut quelques minutes à peine avant de partir vers le café Con rồng đỏ un appel du guide; il le prendrait à l’hôtel en face du Lac de l’Ouest, dans deux jours; un courriel suivrait lui indiquant l’itinéraire. Il monta dans le taxi, satisfait de cet arrangement. Il n’avait pas nécessairement besoin de quitter Hanoï et les amis du haut de la pente, mais ressentait une forme d’urgence, celle d’être seul, d’achever - si cela pouvait être possible - la clarification des questions personnelles l’ayant mené à s’arrêter en terre vietnamienne dans ce long périple autour du monde.


Daniel Bloch éprouva cette même satisfaction à la vue de Thần Kinh (le nerveux) lui ouvrant la portière de la voiture taxi. Leur échange de regards en disait plus long que tous les mots de la terre. Le nouveau gardien de sécurité respirait calmement. La haine qui l’habitait il y a si peu de temps encore semblait se commuer. Il dit :  
- Vous savez, prof, il faudra qu’un jour nous reconnaissions à quel point cette fille, Dep,,a bouleversé bien des vies.
- Je crois comprendre parfaitement ce que tu dis. 

L’étranger au sac de cuir, reçu par Madame Quá Khứ dont le vêtement traditionnel vietnamien noir seyait à merveille, lui adressa deux mots : 
- Je vais m’absenter quelques jours : voyage au Nord du Vietnam. 
- Vous devez penser à vous.
- Pourriez-vous voir à ce que les dîners ne soient pas interrompus durant mon éloignement?
- Soyez sans crainte, la merveilleuse Dep devrait accaparer beaucoup du temps de chacun avec la pièce de théâtre. Deux semaines, ça me semble bien court. Elle a rencontré le directeur de la troupe, cet après-midi. J’étais si heureuse de voir que Tùm (le trapu) assistait à la rencontre.
- Quel être extraordinaire que cette jeune fille!

Daniel Bloch alla s’asseoir tout à côté du musicien qui arborait un sourire lumineux. : 
– Je l’adore, dit-il.



     i3) l’achondroplasie

Lorsque le directeur de la troupe de théâtre des NAINS quitta le café Con rồng đỏ, il fut entendu qu’on se reverrait le lendemain; entre temps, sa troupe jonglerait avec le thème. Sans être parfaitement défini, sans nom et sans titre, il fit tout de même consensus auprès des trois participants à la rencontre de l’après-midi. Il avait été clair : 
- Nous - je parle ici des membres de ma troupe - allons ce soir et pour une bonne partie de la nuit, non pas réfléchir mais bâtir une charpente autour des pistes d’exploration que vous nous avez données, déclencher un processus de création et mettre au monde une situation dans laquelle nous réaliserons la pièce. Unique, jouée que deux fois, ici, elle disparaîtra dans les cerveaux et les cœurs des gens qu’elle aura touchés.

Il s’arrêta. Respira un grand coup. S’adressa directement à Dep : 
- D’ici notre prochaine rencontre, je vous demanderai deux choses. 
- Lesquelles?
- D’abord, ne pensez plus à la pièce de théâtre. Elle est désormais entre nos mains.
- La deuxième?
- Ce jeune homme qui vous accompagne, il brûle de vous parler. Je vous laisse, car vous avez beaucoup à vous dire.

Le directeur de la troupe sauta en bas de la chaise sur laquelle on le sentait inconfortable, quitta le café, laissant pantoise derrière lui, une Dep se retournant vers le musicien.
– Pourquoi a-t-il dit que tu brûlais de me parler? 
– Ce type possède un don : celui de lire dans la tête de gens. 
- Tùm (le trapu), qu’as-tu à me dire?

Le musicien fixait la jeune fille directement dans les yeux. Se sachant impoli, il ne pouvait détourner son regard. Il la voyait comme pour la première fois. Malgré le fait que plusieurs matins il la croisait, la saluait, maintenant, assis face à elle, il fut envahi par une étrange impression, celle de l’avoir qu’à lui seul. Sa présence écartait tout. Elle faisait abstraction de l’ensemble du monde se concentrant corps et âme sur la personne qui lui adressait la parole. Dep possédait cette rare qualité d’être omniprésente à l’autre.  


– Tu sais, je suis très intimidé devant toi. 
– Pour quelle raison? demanda Dep. 
– Depuis ton arrivée dans le quartier, c’est comme si tu avais apporté avec toi… le changement. 
– Et beaucoup de malheurs…   
- J’ai pensé cela aussi. Mais suite à cette rencontre… je ne sais pas si l’apparence physique du type m’a influencé…   
- Tùm (le trapu), ne tourne pas autour du pot. Que veux-tu exactement me dire et qui te brûle.   
– Je ne suis pas bien dans ma peau. Cela depuis toujours. Je souhaite changer de sexe. 
– Ouf! Tu me lances cela en peu de mots. Ça exigerait une longue conversation. Je sais que nous l’aurons mais permets-moi simplement de te dire ceci : cette troupe de NAINS n’est pas là par hasard. Colle-toi à eux, ils te seront utiles. Quant à moi, ce que tu me dis me rappelle ces mots de Pearl Buck : " Il y a un lieu en moi où je vis toute seule. C’est là que se renouvellent les sources qui ne se tarissent jamais."

Dep se leva, toucha la main potelée du musicien lui adressant ce sourire qui fait fondre les glaciers.


     i4) l’achondroplasie

Daniel Bloch demanda à Tùm (le trapu) de bien vouloir annoncer à tout le groupe son absence pour une semaine, qu’il serait de retour à temps pour les activités et la pièce de théâtre. Dep se rapprochant de l’étranger au sac de cuir lui fit savoir qu’elle souhaitait le mettre au courant du travail de création de la troupe de théâtre et cela avant son départ. Ils convinrent d’un rendez-vous le lendemain, en fin de journée. Elle désirait, par la même occasion, l’entretenir d’une autre chose.

Les troupes de théâtre itinérantes comme celle des NAINS voyagent à travers le pays, un peu à la gitane, sans trop de ressources. Le Comité populaire avait accepté, par contrat, de les loger et les nourrir. On s’était entendu avec la tenancière du café Con rồng đỏ pour les repas et des espaces furent libérés à l’intérieur du local qui allait bientôt, si la population entérinait le projet, devenir la bibliothèque. Selon ce qu’on en su le lendemain, toute la nuit ça discuta ferme chez les membres de la troupe avant de s’accorder un long moment de répit suivi d’une musique provenant d’un appareil nouveau genre. Le directeur de la troupe, pour faire entendre un morceau musical propice à alimenter l’imagination, déposait son portable dans un verre, de sorte que le son, glissant sur les parois, émettait presque en stéréophonie.

Dep demanda à Khuôn Mặt (le visage ravagé) de l’accompagner vers le lieu servant d’hôtel à la troupe. Elle voulait s’assurer que tout allait convenablement mais sans pour autant intervenir dans leur travail.  

- Merci de vous préoccuper de nous. On avance… mais permettez-moi de vous présenter les membres du groupe.

Le directeur précisa, pour chacun et chacune, son rôle dans la troupe, son lieu d’origine ainsi que l’âge. Au Vietnam, il est important de connaître l’âge de quelqu’un car la langue vietnamienne doit s’y adapter; on utilise un vocabulaire différent s’il s’agit de quelqu’un de plus âgé ou de plus jeune que soi.


Dix membres de la troupe des NAINS, présentant tous un handicap particulier, formaient un groupe soudé comme les doigts de la main. Khuôn Mặt (le visage ravagé) s’intéressa principalement à ceux chez qui s’ajoutait, à une certaine malformation, la laideur du visage. Il se surprit de constater que l’aspect physique n’avait plus l’importance qu’il y accordait auparavant. Une jeune trisomique, elle devait avoir plus de vingt ans, se leva, se dirigea vers le couple :  
- Comme vous êtes beaux tous les deux! Allez-vous vous marier?


Les deux inséparables sourirent d’un même élan.

À suivre







jeudi 6 avril 2017

5 (CINQ) (CENT TRENTE-DEUX) 32


      h1)       la vie est traîtresse comme le faisan qui se mêle aux paons

La piste s’appelait Trẻ (le plus jeune). Debout sous la pergola à l’entrée de la terrasse, immobile, l’air affamé autant qu’à sa première rencontre avec l’étranger au sac de cuir qui l’invita à s’approcher. Le malaise chez Tùm (le trapu) ne faisait aucun doute.

– Tu as mangé ce matin? demanda Daniel Bloch.
– Pas encore.

Le garçon de table apporta la carte, attendant le choix du plus jeune, droit comme au garde-à-vous. Les feuilles chuintaient dans les arbres au rythme de celles du menu.

– Il me semble que quelque chose vous lie tous les deux.
– Vous avez raison, répondit le musicien. Je vais l’expliquer. C’est simple, vous verrez.

Depuis son départ du quartier, il y de cela maintenant quelques mois, Trẻ (le plus jeune), pour survivre, a fait tous les petits métiers autour du Lac Hoan Kiem: vendeur de babioles, guide pour touristes égarés, balayeur de rue, et on en passe. Rapidement il s’aperçut que cela ne procurait pas l’argent nécessaire pour se loger, se vêtir et se nourrir. Tous les deux jours, croisant Tùm (le trapu) en chemin vers ses cours de flûte, il lui empruntait quelques dongs, certain de ne pouvoir les lui remettre. Toujours il refusait la proposition du musicien de rentrer à la maison, reprendre son boulot au chantier. Pas question d’ajouter à la honte dont il avait éclaboussé sa famille. Refusait aussi de parler de l’événement qui fit disparaître celui qu’il considérait comme son propre frère. Il assumerait sa vie de sans-logis, de sans demeure fixe, d’apatride,

La déveine agrafée à lui devint une poisse dont il croyait impossible de se débarrasser. Un jour sans date, sans rien qui n’annonça quoi que ce soit, Trẻ (le plus jeune) croisa une femme, à l’évidence égarée dans le Vieux Quartier de Hanoï. Il lui proposa de la reconduire à son hôtel. Elle accepta et l’invita à dîner. Cette dame voyageait seule. Originaire de Pologne, elle se débrouillait en anglais mais pour le vietnamien elle devait avoir recours à un traducteur en application sur son portable. Après leur repas dans un restaurant de rue, ils se quittèrent à la porte de son immeuble cinq étoiles. S’il était disponible le lendemain, elle accepterait de défrayer sa journée en échange d’une visite des principaux endroits susceptibles d’intéresser la touriste qu’elle était. Il accepta.

Auprès d’elle, il côtoya de grands restaurants, visita des musées, se promena un peu partout dans Hanoï qu’il apprenait à mieux connaître. Il refusa toutefois de monter la pente menant au lieu où vivaient ses parents. Il prit goût à ce style de vie. À son départ de la capitale du Vietnam, la dame lui remit une coquette somme d’argent. Dans les jours qui suivirent, il croisa Tùm (le trapu) qui le mit au courant des derniers développements dans son ancien secteur. Cette conversation raviva certains souvenirs dont celui-ci : l’oncle de Dep cachait une bonne quantité de dongs à la maison. Un matin, s’étant assuré de ne pas être vu et une fois la jeune fille en route vers le kiosque de ballons, il entra subrepticement chez l’oncle. Surpris, le vieil homme, cherchant à le faire fuir, fut pris d’une syncope. Il s’effondra sur le divan. Le plus jeune fouilla la maison, découvrit la cachette et à l’aide d’un poignard força un tiroir pour s’enfuir avec la forte somme qui s’y trouvait dissimulée. On connaît la suite.



     h2)      la vie est traîtresse comme le faisan qui se mêle aux paons



Trẻ (le plus jeune) devint rapidement un excellent voleur à la tire. Les touristes se croient invulnérables; n’imaginant pas se faire piquer ou escroquer, ils délaissent les mesures élémentaires de sécurité devenant ainsi des proies faciles. Perverti à ce jeu, il devint en peu de temps un habile filou. Tùm (le trapu) ne reconnaissait plus celui qui, depuis tout jeune, depuis toujours, fut un modèle d’honnêteté, de fidélité et de franche naïveté. Il se mit à le craindre sans toutefois être en mesure de cesser de le fréquenter. Son affection ne trouva pas chez lui l’accueil espéré, mais il demeurait habité par une impossibilité quasi physique de s’en éloigner. Le plus jeune bascula. L’argent, facilement gagné, ajouté au fort montant dérobé chez l’oncle de Dep l’entraîna vers les drogues dures. De sorte qu’en très peu de temps – en plus de tout perdre – il mit à ses trousses des revendeurs fort peu recommandables. La seule ressource qui lui restait : le musicien.

Daniel Bloch, fixait son regard sur le toxicomane dévorant sa côtelette de porc. Il interrogea Tùm (le trapu) :
– Est-ce là le seul lien qui vous rattache?

Le garçon de table boiteux renouvela café et smoothie, puis déposa une autre assiette devant le plus jeune qui prit la parole :
– Je ne vous ai croisé qu’une seule fois, monsieur, c’était lors de circonstances tragiques. Difficile pour moi de revenir là-dessus. Tous les jours, cette question me hante: si la vie ne tient qu’à un fil, pourquoi une corde ne peut-elle pas la retenir? Depuis ce dimanche diabolique, je porte continuellement un t-shirt avec un tigre imprimé dans le dos. C’est tout.

Il revint à son assiette. L’étranger au sac de cuir n’allait rien ajouter à une douleur visiblement manifeste. En lui-même, il se dit que la transformation, le changement, cela peut jouer dans les deux sens : de A vers Z et son corollaire.

– Le mal dans lequel je patauge n’atteint que moi. J’ai songé rejoindre mon frère plusieurs fois. La peur de mourir a ralenti mes élans mais si j’étais sûr de le retrouver, j’irais. Sauf que je ne crois plus en rien. Je ne fais plus confiance à personne. Sa disparition a été mon exposition à l’agent orange. Elle m’a défiguré, dénaturé, insensibilisé. Il n’y a que cette poudre blanche qui puisse me permettre de m’évader quelques heures.

Tùm (le trapu) souffrait aux paroles du plus jeune alors que l’étranger au sac de cuir soutenait son regard détérioré. Il relança la même question que le musicien attrapa au passage :
– Ce qui nous lie? Un lien qui ne nous relie pas. J’ai raconté à Trẻ (le plus jeune) tout ce que je vous ai dit. Il ne m’a pas jugé. Ni ri, ni même souri. Il a écouté. Ni parlé, ni posé de questions. Il a écouté. Lui ai raconté à quel point je hais la carcasse que je traîne; la jalousie qui m’habitait à le voir tel un satellite autour du plus âgé; mon horreur pour la flûte; ma différence. Il a écouté. La parole et l’écoute, voilà ce qui nous lie.

Il revint à son smoothie.

– Autre chose également. La dame polonaise.
– Je ne saisis pas tout à fait, dit un Daniel Bloch interloqué.
– Oui. Cette dame aura joué un rôle important dans sa vie. Dans la mienne aussi.
– Peux-tu être un peu plus précis?
– Je les ai croisés tous les deux. On m’a invité à dîner. Lors de ce repas, elle a dit que son mari, chirurgien, devait rentrer de Chine dans quelques semaines. Il était impossible pour elle de l’attendre ici à Hanoï. Elle a demandé à Trẻ (le plus jeune) s’il pouvait le guider tout comme il l’avait fait pour elle. Lorsque le chirurgien polonais arriva, il me fut présenté et accepta de me recevoir en consultation. Je dois à Trẻ (le plus jeune) mes premiers pas dans cette démarche pour changer de sexe.

Son deuxième plat achevé, le jeune toxicomane se leva, quitta la terrasse de l’hôtel en face du Lac de l’Ouest, laissant traîner derrière lui : « Nous nous reverrons. »


     h3)      la vie est traîtresse comme le faisan qui se mêle aux paons



L’avant-midi passait rapidement. Cette rencontre avec le plus jeune n’empêcha pas Daniel Bloch et Tùm (le trapu) de poursuivre leur échange. Combien de fois l’enseignant avait-il répété à ses étudiants qu’on devait absolument achever ce que l’on avait entrepris. Il décodait mieux les relations existant entre les deux jeunes hommes, leur souffrance aussi. Le processus de transformation était vraiment différent : souhaiter se reconstruire pour un; l’autre, se détruire. Le premier cherchait au fond de lui-même qui il était vraiment; le deuxième, corrodait celui qu’il avait été en plongeant dans l’absurde des euphories passagères. Le fragile pont les arrimant au-dessus du fleuve de la vie, reposait sur des bases précaires. Un en démarche, l’autre en panne.

L’étranger au sac de cuir relança la conversation :
– Je suis plutôt curieux d’en apprendre davantage sur cette troupe de théâtre qui, me disais-tu, est composée de personnes de petite taille.
– Je rencontre son directeur cet après-midi en compagnie de Dep.
– Saurais-tu me parler d’elle?

Surpris par la question, le musicien prit un recul sur sa chaise qui sembla se plaindre du poids qu’elle devait supporter.

– Cette fille a apporté le malheur avec elle. Notre groupe de six n’a plus jamais été le même une fois qu’elle s’est installée derrière le kiosque de ballons. Lorsque son oncle y était, nos marches du soir s’avéraient drôles. On se moquait de lui. Il ne nous aimait pas et ça rendait tout le monde sardonique. Comme on s’amusait! Puis, elle se pointa, personne ne sachant d’où elle venait, même pas son prénom. Elle devint le seul sujet de conversation du plus âgé qui, ça devint évident, l’avait dans l’œil.
– Que lui?
– Oh! non. Seul moi ne lui trouvait rien de spécial. Nous avions vécu l’histoire avec Thần Kinh (le nerveux) quelques mois auparavant, alors le sujet des filles c’était tabou. J’étais certain que la présence de Dep n’allait rien y changer. Je me suis amèrement trompé.
– Trompé?
– Cette fille m’est vitement apparue différente des autres. Tous les matins alors que je rendais à mes cours de flûte, je la croisais. Elle me saluait poliment avec son beau sourire. On appréciait la joie qu’elle répandait autour de son kiosque. Même chez les marchands qui tiennent commerce, ce qui n’est pas pu dire puisque la compétition, on n’aime pas beaucoup. Ma mère, vous savez qu’elle distribue les tracts du Comité populaire, collecte beaucoup d’informations durant ses marches. Personne n’avait rien à dire contre Dep sauf qu’elle était une étrangère, qu’elle n’avait pas beaucoup de chance de faire partie de la famille de cet oncle détestable.
– Tu as commencé en disant qu’elle a porté le malheur avec elle.
– Vous êtes au courant des événements autant que moi.
– Oui, mais elle fut la victime, si je ne trompe pas.
– D’accord, mais les calamités qui suivirent, c’est en raison de sa présence.

Le ton revenait exactement au point où Daniel Bloch ne souhaitait pas qu’il s’accroche, c’est-à-dire loin de l’essentiel. Il précisa sa pensée :
– Bon, ça va. Tu ne réponds tout à fait à ma question. Me parler d’elle en lien avec ce que toi tu vis.
– Je ne lui ai jamais parlé directement, que répondu à ses salutations du matin.
– Et si tu en avais l’occasion.
– Une seule chose me viendrait à l’esprit : est-ce difficile d’être une fille?
– Je vois.



     h4)      la vie est traîtresse comme le faisan qui se mêle aux paons



Daniel Bloch devait recevoir en début d’après-midi un représentant d’une agence de voyages afin d’organiser un court séjour vers le nord du Vietnam. Il souhaitait se rendre à Sa Pa, y découvrir ses paysages à couper le souffle, lui avait-t-on dit, ainsi que grimper le mont FanSiPan. Il allait charger Tùm (le trapu) de prévenir les autres de son absence pour quelques jours. Sauf que maintenant, les paroles du musicien ajoutées à celles du plus jeune, maintenaient vive son attention. Il dit :
– Tu veux mon opinion?
– Au sujet de lui ou de moi? répondit Tùm (le trapu).
– Un peu des deux.

La jeune réceptionniste a bien raison de dire que l’étranger au sac de cuir consomme trop de café et qu’il devrait s’en remettre au thé. Après avoir déposé la tasse, elle retourna à son poste hochant la tête de gauche à droite.

– Je n’aime pas, reprit Daniel Bloch, donner des conseils, pontifier sur des sujets qui ne me sont pas familiers. Je préfère écouter les gens, tenter de comprendre sans juger. Chacun possède son vocabulaire personnel. Le sens qu’on attribue aux mots puise au fond de nous-même, dans des régions complexes et intérieures parfaitement inconnues des autres. La linguistique porte sur les langues, oui, mais d’abord sur le langage. Ce besoin humain de communiquer, de dire, de demander, de s’interroger.

Il prit une courte pause, vida sa tasse de café.

– Ce que j’ai entendu de toi, autant hier que cet avant-midi, me mène à davantage de questions qu’autre chose. La première, et tu n’as pas besoin d’y répondre maintenant: crois-tu qu’une intervention chirurgicale qui modifiera ton apparence extérieure, te faisant passer de jeune homme à jeune femme, puisse répondre à l’essentiel de la question : " pourquoi ne suis-je pas bien dans ma peau?  " Tu y réponds sommairement en disant que tu hais cette carcasse. C’est un début. L’autre : " la modifier de fond en comble te mènera-t-il à mieux t’accepter? "
Tùm (le trapu) écoutait attentivement l’étranger au sac de cuir qui vérifiait si sa tasse de café était réellement vide.

– Il y a dans ta décision beaucoup d’inconnues… des inconnues féminines. Tu souhaites savoir si « être fille » est difficile : parles-en à Dep. La chirurgie sera également féminine, tout comme ton regard sur le plus jeune est féminin. Il t’a bien fait comprendre que le type d’affection que tu lui portes n’est pas réciproque. Cela doit faire partie de ta réflexion. Il n’est pas dit qu’une fois devenu « fille » la situation puisse être différente. Le changement, c’est plus profond. C’est un processus qui exige du temps, une démarche qui invite à explorer d’autres paradigmes. Tùm (le trapu), tu es un garçon qui aime les garçons. Accepte cela et continue ton introspection.
– Je…
– Tu dois maintenant rejoindre Dep.

Le musicien se leva, faillit s’accrocher au cabaret que le garçon de table boiteux tenait à la main afin de desservir. Leurs regards se croisèrent.



À suivre

Si Nathan avait su... (Partie 2) -34-

  Madame Saint-Gelais, précipitamment, ferma la porte du local où s’achevait la réunion de parents. Elle prit la parole: - Je vous demande d...