mardi 2 février 2016

QUATRE (4) CENT-SOIXANTE-QUATORZE (74)


Émile Blouin



Nous sommes en pleine période du Têt, le Nouvel An lunaire vietnamien: le 8 février 2016. Au revoir Chèvre, bienvenue le Singe!

Déjà plus de deux semaines que le voyage avec Carole, Guy et Émile est terminé. Ce fut, je ne peux que le répéter, en plus de la réalisation d'un rêve, des moments uniques dont nous reparlerons longtemps.

Quatre semaines de l'extrême sud (l'île de Phu Quoc) jusqu'au nord profond (Sapa) du Vietnam, au cours desquelles se sont ajoutées aux merveilles, des surprises et des enchantements. Il est vrai qu'être en compagnie d'amis si proches ne peut qu'augmenter le plaisir et le partage de découvertes souvent inimaginables.

Nous l'avons vécu, ce périple, avec des Vietnamiens (Thuong, Lyn, Lém, Chien) continuellement près de nous et en avons croisés une multitude qui nous ont fait vivre le Vietnam de l'intérieur, leur Vietnam. Je pense à Lisa, Sara, Vienh, Chinh, Tong qui ne sont pas des inconnus et auxquels se sont ajoutés ceux et celles que nous avons croisés au fil des milliers de kilomètres parcourus.

Il y aurait tant à dire que plusieurs sauts de crapaud ne suffiront pas. Alors, je vais plutôt vous présenter, en vrac, les images rapportées de ce trop court séjour pour tout ce qui a à voir, à vivre.

Mais avant de vous les donner, quelques mots sur Émile (le neveu de Carole et Guy). 

Natif de la ville d'Halong City au nord du Vietnam, Émile fut adopté à l'âge de six mois par le frère de Carole et son épouse. Il a une soeur, Marie (d'origine chinoise), adoptée aussi. Elle est venue l'an dernier, seule, traverser le Vietnam.

Pour Émile, c'était une première que de retrouver son pays natal. Carole avait prévu une visite à l'orphelinat où il vivait avant de venir au Québec. Comme ces jours vietnamiens allaient surtout se passer en compagnie d'adultes, j'ai cru bon de lui trouver un compagnon de route: Thuong s'est donc ajouté au groupe et rapidement une belle fraternité s'est développée entre les deux. C'était beau de voir la magie de l'amitié faire son oeuvre.

J'ai rencontré, le 27 décembre dernier, à son arrivée, un jeune homme renfermé, peu volubile mais ouvert à découvrir son pays d'origine. J'ai laissé, le 21 janvier dernier, à  son départ, un jeune homme épanoui qui pouvait dire maintenant qu'il se sait être mi-québécois et mi-vietnamien.

Il m'a vraiment épaté comme voyageur, m'a vraiment ébloui comme personne ouverte, sensible et curieuse. Voyager avec Émile fut un charme. Je souhaite qu'il puisse revenir, ma maison sera toujours la sienne.

Passons maintenant aux photos.




Tour Bitexco


Musée de la guerre du Vietnam à Saïgon

Chau Doc



En route vers l'île de Phu Quoc






École sur l'île de Phu Quoc


Can Tho

Mékong


Chauffeur de moto à Da Lat











Hoï An, Hôtel Prince



Halong city




Orphelinat de Halong city




Sapa




Hanoï


Aéroport de Hong Kong








Merci Émile pour tout ce merveilleux passé en ta compagnie. Je t'attends au Vietnam.



samedi 30 janvier 2016

QUATRE (4) CENT-SOIXANTE-TREIZE (73)

Merci mille fois, cher Jean pour ce magnifique poème inscrit dans mon coeur pour l'éternité...

Merci de m'avoir permis de découvrir ton monde imaginaire si magique, si tendre, si chaleureux...

Ton poème m'a amené dans un monde inconnu où j'ai trouvé des mots plein de colère, d'amour, d'espoir, de tendresse, de vérité.

Je l'adore et je t'adore toi aussi.

À mon tour de t'offrir ce modeste poème.
Monique




Poème pour hier et pour demain

Il y a peu de lumière dans la pièce
Le reflet sombre dans le miroir accentue les cernes mauves sous mes yeux
Il n'y a pas assez de mots pour me voir

Petite, j'allais parfois aux mûres avec un récipient en fer blanc
Le temps a passé
Les mûres, chaque automne, reviennent sans moi
Elles ont laissé leur couleur sous mes yeux vieillissants

Avec mon long manteau noir je marche d'un pas hésitant
comme une femme entrant dans sa dernière tranche d'âge
Des corneilles, deux par deux, croassent, 
juchées sur les fils électriques
Je ne suis plus sur la rue Principale

Journée chaude de septembre
Fillettes marchant en rangs deux par deux,
Robe noire sévère, collet romain
On dirait des corneilles
Je suis dans le rang sur la rue Principale

Dans ma crinoline sous ma robe soleil
celle que je porte parfois le dimanche pour aller à l'église
Je marche vers mon destin
Escarpins fous à talons hauts
Lèvres peintes rouge vermeille, yeux brillants d'espoir
de lumière inconnue
Je ne sais pas encore... lui non plus...

Une longue correspondance s'échange
J'ai lu quelque part d'un auteur dont le nom m'échappe
''Les hommes regardent les femmes
et ils perdent la vue
Les femmes regardent les mots d'amour
et elles y trouvent leur âme...''

Mon père, cet homme qui a passé sa vie
Les pieds sur terre, la tête dans les étoiles
et le coeur serré pour ne pas trop souffrir
Mon père aime les hirondelles
Il leur construit plein de cabanes.
Avec lui, dans la balançoire, je les regarde voler
Moments de bonheur partagé

Dans la rue où j'ai grandi, de la fenêtre de ma chambre
j'entends des claquements de talons hauts sur le trottoir tout fissuré
Ce sont les femmes de nuit  qui entrent furtivement chez elle

Je rêve
Je rêve d'une lumière volage
Je ne sais d'où elle viendra

Que faire avec ce que l'on sait des gens
À quoi ça sert de savoir quelque chose
au sujet de quelqu'un?

Peut-être faut-il croire aux miracles  quotidiens
comme à l'éclosion d'une fleur aussi belle que des millions galaxies
Ou savoir avec incertitude que quelque part dans une forêt
il existe une maison qui n'existe pas
construite par personne sur un sol jonché de feuilles 
craquant sous les pas de celle qui la cherche
inutilement

Ma mère...
Où sont les mots pour vous parler de ce qu'elle était?
A quatre-vingt-neuf ans, c'était une jeune femme
Sa lumière nous réchauffait plus fortement que le soleil
Son amour nous enveloppait dans un nuage de tendresse
Son sourire continuait à nous faire croire 
que la vie est une merveilleuse aventure où tout est permis
pour qui le veut

Moi qui vis une histoire sans histoire
je me questionne, je cherche
Quand devient-on une vieille femme?
Quand n'est-on plus de celles qui donnent?
Quand nos lèvres ne savent-elles plus embrasser avec passion
ni même avec tendresse?
Quand nos yeux  ne parlent-ils plus du coeur?
Quand le chant des oiseaux n'est-il plus une musique de Schumann?
Quand cherche-t-on les mots pour dire tout ce que l'on a vaincu?
Quand notre sourire n'est-il plus une excuse pour être sublime?

Pourtant, il y a plus de mille ans,
j'ai  souvenir d'une forêt d'arbres colorés
dans lesquels traînaient des arcs-en-ciel,
des tapis de fleurs et des maisons  qui n'existaient pas

J'ai souvenir de la mienne
celle que je recherche maintenant
celle qui n'a jamais existé
où j'allais écrire mes lettres d'amour
où le temps n'existait pas
où, par une fantaisie des Anges,
les mots sortaient de mon coeur 
comme une déchirure dans le ciel
pour venir se poser sur le papier bleu, parfumé
comme dans un rêve
quand on s'envole vers quelqu'un 
quelque chose qui n'existe pas.

Cette maison appelait la solitude,
celle qui apporte tant de bonheur
celle que l'on aime à la folie
parce qu'on l'a apprivoisée
minute après minute
où l'on se retrouve dans une zone de grand calme
de grand réconfort
Alors vieillir est beau, noble, grand
si cette solitude vient à nous dans toute sa splendeur.

Monique


Merci ma très unique Monique xx

mercredi 27 janvier 2016

QUATRE (4) CENT-SOIXANTE-DOUZE (72)

Monique Racine-Brouillette

Ce billet revêt à mes yeux un caractère tout à fait spécial. Écrire un poème, ça va puisqu'il vous vient à travers des méandres holographiques souvent bizarres. Il sait se faire attendre, désirer, maintes fois souhaite être couvé avant de trouver sa place parmi les images que l'on souhaite imprimer dans votre imaginaire. Puis, sans trop savoir comment ou, mieux encore, pourquoi, sa forme s'impose à vous comme une espèce d'inattendu que attendiez.

Celui que je vous offre aujourd'hui, entièrement écrit à Saïgon, a mûri longuement; mille ans. 

Sur ma table, dans l'atelier du laboratoire où je me réfugie afin d'écouter venir les mots, seul nautonier à bord, je deviens ce guide menant, d'eau-forte en gravure, cet amalgame souvent incongru vers un destin qui lui sera propre. Unique.

Ce poème a donc longuement mijoté. Maintenant, prêt à être servi, il m'est apparu clairement qu'une personne devait le recevoir personnellement.

Monique Racine-Brouillette, amie de mille ans, cette âme riche à mon coeur, je te le remets, puisque maintenant, il est de toi, pour toi. À toi.

Tu auras été la première à l'accueillir. Et tu lui as répondu. 

Voici le poème, et au prochain billet, je publierai celui que tu m'as transmis pour lui faire écho.

Monique, je t'aime.



cette maison…

à mon amie de 1000 ans, Monique Racine-Brouillette  -

( lire en écoutant LES SCÈNES DE LA FORÊT  - Schumann )



cette maison n’existe pas, pire, elle n’a jamais existé
ni dans les rêves ni dans les mains d’une vieille dame 
-  longtemps on lui fit croire que si…

pourtant, toutes les nuits, cette maison agace ses rêves
sans jamais la reconnaître elle sait qu’il s’agit bien d’elle
-  toujours elle l’a entretenue…

les rideaux verts ont disparu, le carreau des fenêtres, souillé
ça ne peut pas être chez elle, pourtant sans cesse ça revient
-  comme une douloureuse obsession…

à l’intérieur, de froides couleurs, si irréelles à l’extérieur 
des abeilles grafignent la dentelle écrue de sa mémoire 
-  elle s’activent au-dessus d’une ruche vide…

les fleurs règnent sur des troncs d’arbre cachant aux regards insaisissables,
perché au balcon remuant, un chat doré que le soleil avale de ses mirages
-  visions et cauchemars confondus…

la vieille dame, celle de la maison pas à elle mais qui chaque nuit
ressuscite des mémentos périmés, la vieille dame se fait squatter
-  créatrice de la mesure du temps…

on aura transporté cette maison près de l’appontement, puis démolie
lancée madriers, poutres et chevrons au loin sous ses yeux engourdis
-  ses rêves s’endormiront au matin citron…

elle fera comme on le lui a dit, le lui a enseigné puis répété toujours
la vieille dame laissera fuir sur un radeau fragile ce qu’elle imaginait 
- une maison plus vieille qu’elle, que la nuit grêle…

ainsi iront ses rêves, chimères appâtées, réalités sibyllines,
vogueront telles des galères ancêtres, un jour, devant elle
- dans la vase des jours… la vase des jours…

sans doute ne rêvera-t-elle plus, la dame à la maison engloutie
sans doute jamais n’aura-t-elle vraiment rêvé de cette maison
- rêve-t-on lorsque nos pieds éloignent tout…

elle partira par de grands chemins, ceux qu’elle ne connaît pas
oubliera maison, nuit, rêves et frissons glacés de cauchemars
- tout près d’elle une volée de coquecigrues…

affamée, lycanthrope engouffrée dans le labyrinthe des forêts,
elle n’écoutera, n’entendra plus râler les séismes noctambules
- comme libérée de ces voix aiguës…

pour celle qui sort de rêves trompeurs, captieux et cauteleux
marcher sur des terres anonymes c’est charroyer de la liberté
-  c’est blanc et bleu et blond et blanc et bleu…

pour la vieille dame au pied léger, au talon ferme et à la jambe raide
c’est sa traversée de la Bérézina… moins les canons, moins la retenue
- tête haute sous la feuillée… 

ses yeux qui ne lui servaient plus qu’à endormir des rêves éveillés
ses yeux chinés de toute la duplicité du vent dans son dos, crèvent
-  alors qu’enfin elle voit…

elle voit dans un ruisseau aux couleurs de l’arc-en-ciel
ce que les autres voyaient d’elle, qu’elle ne voyait pas
- les yeux des autres sont des orages refoulés…

la vieille dame marche, marche encore, des traces la suivent
s’émiettent derrière elle, se coagulent à vitesse vertigineuse
- personne n’en percera l’ombre…

elle croisera dans les méandres de ses détours impromptus
tant d’images palpables, au bout de ses doigts tourmentés
- un grand florilège sur papier couleur sépia…

son cœur, celui qui à tout rompre battait la chamade 
que lui arrivera-t-il alors que là, elle se recommence
- naissance à nouveau et cri primal…

la vieille dame de la vieille maison, nue d’avant et nue d’après
couverte des rides de la fatigue, de l’imaginaire usé par la foi
- elle ne gémira pas, ne gémira plus…

plus jamais elle ne pleurera plus, ses larmes d’autrefois
n’ont de sens que l’envers du chemin qu’elle emprunte
- elle inverse le monde…

peur, crainte, angoisse auront été son pain quotidien, rassis
elle l’aura mangé ce pain, la bouche camouflée par sa main
- les dents noires d’Ordalie la ridiculisaient… 

repue ainsi qu’un enfant nourri la veille d’une mort annoncée
la vieille dame de la vieille maison s’immobilise, fragilisée
- parfois, souvent même, la léthargie est geste premier…

les mots qu’elle cherche ne sont plus actifs dans sa mémoire
si par mégarde elle les retrouvait, ils n’auraient aucun sens
- la grammaire du silence ne se devine pas…


au bout du sentier de feuilles vertes et salies
une vieille maison, vieille de vieillesse
vieille comme une somnambule
aspirée par des odeurs inconnues

 et
tout au bout de ce sentier
rien



* Le poème de Monique, celui que sa sensibilité fine a créé suite à celui-ci vous parviendra sous peu.



lundi 21 décembre 2015

QUATRE (4) CENT-SOIXANTE-ET-ONZE (71)

TOUS MES AMIS, AUX AMIS DU CRAPAUD
À TOUS CEUX ET TOUTES CELLES QUI AIMENT LE VIETNAM





Vous savez combien le Vietnam et les Vietnamiens font partie intégrante de ma vie. Depuis près de cinq ans. À raison de six mois par année alors que vous subissez un hiver parfois rigoureux, moi je suis ici à 21 000 km du Québec vivant dans ce pays devenu ma seconde contrée. De plus en plus près de Vietnamien(ne)s qui, chaque jour, m’incitent à mieux vivre.


Je connais maintenant plusieurs d’entre eux. Davantage chaque jour. Les réseaux se multiplient. Chacun ayant sa caractéristique particulière.


Je ne suis un quêteux professionnel, vous le savez. N’aime pas quémander. Mais je sais que vous me voyez venir avec mes grosses gougounes. Alors, je vais directement au but.


J’ai l’intention de vous demander quelques pia$$e$ afin de soutenir plusieurs Vietnamiens dans le besoin. À titre d’exemples :

1.- T… et son épouse V… attendent un enfant pour dans quelques mois; la grossesse s’annonce difficile, donc exigera un suivi médical serré;

2.- des étudiants ayant complété leurs études doivent quitter Saïgon pour une région éloignée afin de travailler sont dans l’indigence, ne pouvant se déplacer sans acheter un billet de bus ou de train;

3.-  deux enfants d’amis proches sont en attente d’une chirurgie et ici les soins sont dispendieux;

4.- de plus en plus d’enfants orphelins vivent dans la rue, dans la dèche et requièrent de l’assistance : nourriture, vêtements, etc.;

5.- une amie de Hanoï pilote un projet de soutien financier auprès d’étudiants sans le sou.

La liste pourrait s’allonger mais je sais que vous êtes en mesure d’imaginer ce que quelques pia$$e$ ramassées au Canada, transformées en VietnamDongs, pourront être d’un grand secours et cela au quotidien. Améliorer des vies.


Je n’apprécie pas tellement les organismes ici (majoritairement français de France) qui collectent des fonds afin d’aider mais qui s’ankylosent dans des structures compliquées et souvent dirigées par des dames patronnesses. Préfère le direct. Auprès de gens que je connais, dont je perçois parfaitement les besoins criants.

Les pia$$e$ que vous voudrez bien me faire parvenir, je les convertirai en services de première ligne, non en argent à distribuer.

 


Le dimanche 13 décembre dernier, j’ai conduit un enfant de la rue dans un restaurant près du Marché Ben Thanh afin qu’il puisse manger

Le lendemain, lundi 14 décembre, j’accompagnais un Vietnamien chez le dentiste. Il souffrait horriblement des dents, incapable de travailler. Il y en a eu pour environ 200$.

Vous pouvez m’aider. Je sais que je peux compter sur vous qui savez donner sans compter.
À l’avance, en leur nom et le mien, je vous remercie.



Voici comment procéder :

Mathilde (ma fille) recevra vos dons* que vous voudrez bien lui poster à l’adresse suivante :

MATHILDE TURCOTTE
8, Ste-Cécile
Saint-Pie
Qc, J0H 1W0

Elle transférera le tout dans un compte prévu à cet effet et je ferai un rapport mensuel des personnes aidées qui, par mon entremise, vous remercient à l’avance.

Une petite idée de comparaison :

1$ canadien  =  16 393,44 Vd


Jean

·         Les chèques peuvent être faits au nom de Mathilde TURCOTTE.




vendredi 18 décembre 2015

LES CHRONIQUES VIETNAMIENNES - Saïgon (6)

                                                             Je me permets tout de même, et cela tous les soirs, de flâner quelques longues minutes accoudé au parapet du balcon de mon appartement PLUS HAUT QUE LES HIRONDELLES au 29ième étage du building qui surplombe le District 8. À dévisager ma Saïgon. Lui faire la scène du balcon. La regarder tout doucement s’éteindre, point par point, district par district, se laisser séquestrer par une noirceur de soie. Belle dans toute sa plénitude quasi érotique.


Saïgon, à la presque nuit, il lui perle des couleurs du jour qui n’ont pas su s’éclipser. Je les comprends les couleurs du jour. Pouvoir encore caresser cette ville-fille en de longs mouvements de serpent, en vols gracieux de chauve-souris, en quelques clins d’œil de phosphore égratignant les nuages; pouvoir encore respirer cette chaleur diluée au petit vent capiteux, unique, celui qui décoiffe les stands, chasse les papiers des trottoirs, avale ce reste d’humidité, se faufile dans les maisons ouvertes - elles sont toujours ouvertes les maisons de Saïgon - celui qui s’amuse puérilement à faire frétiller les pieds nus.

                                     

Cette Saïgon que j’aime, une Saïgon plus énigmatique encore que la belle jeune fille à l’ao-daï bleu et blanc assise en amazone sur une Vespa jaune; cette Saïgon immensément confiante en ses pouvoirs de séduction; cette Saïgon aux yeux et aux cheveux noirs dans la nuit qu’elle éclaire.

Accoudé je lui dis, dans l’obscurité de plus en plus profonde de ses yeux multicolores, qu’elle m’ensorcelle. Qu’aujourd’hui encore, déambulant dans le District 8 tout près de l’appartement, sans m’y égarer, je lui dis qu’elle me réserve toujours des surprises fascinantes de sa voix aux mille et un tons, vocalises, un arpège qui surpasse Mendelsohn et Schumann réunis. Plus gracieux que la démarche typique de ses habitants.

Et ce que je lui dis n’a de cesse que les émerveillements qu’elle me procure.

 

Ce qui ne m’empêche aucunement de songer à ce que bientôt Carole, Guy et Émile arriveront. Ce sera une joie multipliée que de leur faire découvrir – pour trop peu de temps - toute la magie de ma ville-fille. Ma folle Saïgon. Je voudrais que nous puissions y passer des jours et des nuits mais les exigences du voyage feront que d’autres endroits aussi fabuleux nous attendent : le delta du Mékong, ce fier fleuve; Phu Quoc, l’île enchanteresse; Da Lat, la ville des fleurs; Dak Lak, la pureté des Hauts Plateaux; Da Nang et Hoï An, le summum de la beauté vietnamienne; Hanoï, vieille ville aux mille contrastes; la Baie d’Halong, le chef-d’œuvre de la nature vietnamienne; finalement, Sapa, la haute montagne.

Lorsque je vérifie le planning en collant à l’itinéraire le temps mis à notre disposition, je me dis qu’il leur faudra des jours et des jours, une fois de retour au Québec, pour décanter tout ça, ajuster dans la mémoire ces richesses inouïes que renferment ce pays prodigieux.


Maintenant que les principaux intéressés ont été mis au courant, je puis me permettre d’écrire ici ma décision de demeurer au Vietnam en avril prochain; ne pas rentrer. Le retour se fera plutôt en avril 2017.

Je veux y vivre une année complète. Connaître la mousson. Voir comment ma Saïgon se replie sur elle-même alors que les pluies diluviennes s’abatteront sur elle. Je veux hurler mon horreur à l’humidité qui me fera suer pendant quelques mois. Aimer c’est aussi accepter de souffrir avec ceux que l’on aime.

L’an dernier et les années précédentes, je croyais avoir fait le tour de mes réseaux. Non. On n’en fait pas le tour… on en ajoute. Au point que j’arrive difficilement à partager mon temps entre toutes ces connaissances qui me font l’immense privilège d’être des leurs, leur ami.

Devenir le grand-père d’un Vietnamien pur laine; devenir dans quelques mois le parrain d’un petit ou une petite vietnamienne, ses parents me l’ayant demandé; devenir l’oreille attentive d’amis qui s’ouvrent à moi; devenir l’ ''english’s teacher'' de plusieurs d’entre eux; garder les yeux pour quelques heures sur l’échoppe de celle qui doit courir à l’hôpital avec sa fille souffrante; devenir…  Oui, ce verbe qui ramasse en son sens du passé, du présent et de l’avenir. Oui, je suis en devenir. Et heureux de l’être.

Il y a dans les rapports avec les Vietnamiens une fois rassurés quant à vos intentions profondes – certaines cicatrices du colonialisme sont toujours apparentes - il existe, fort comme du roc, une sorte d’infinitude, un au-delà du temps et de l’espace qui donnent à réfléchir. Autant sur les relations humaines que sur la franchise et le partage.

Souvent, la question de la pauvreté et des différents moyens pour s’en sortir ressurgit dans nos conversations. Je leur rappelle que toute comparaison univoque ne mène nulle part. Leur grandeur d’âme, la qualité de leur culture et la richesse de l’ouverture à l’autre dépassent, et de beaucoup, la simple question monétaire. Évidemment, a beau parler celui qui a les poches pleines, cela ne modifie en rien le quotidien de l'autre. Mais, comme me le répétait tous les jours YoYo, mon guide durant quatre ans, ''aujourd’hui, je suis vivant''.

Oui. Vivant. Je dirais plus; être capable de vivre tous les jours, combattre cette chaleur tropicale, s’assurer que la famille, les amis puissent en faire autant, être présent, véritablement présent, de cette présence à la communauté qui obnubile la souffrance et les incertitudes.

L’engagement vietnamien est permanent. Ils ont tellement eu à se serrer les coudes que c’est quasi de l’atavisme maintenant. Ils sont de cette hérédité que nous, occidentaux plaintifs et insécures, en sommes dépourvus. Il ne faut pas se surprendre que les gouvernements brandissent la moindre menace à la sécurité pour nous faire reprendre le rang. Je ne vois pas cela ici. Ne vois ni la peur ni la crainte. Plutôt des hommes et des femmes aguerris à la vie. Ils se savent redevables à ce qui leur a permis de continuer à devenir.

À la prochaine











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