samedi 12 juin 2010

Le trois cent soixante et unième saut / Le trois-cent-soixante-et-unième saut

Nicole Brossard

Nicole Brossard écrit dans BAISER VERTIGE : «la raison d’être de toute anthologie est de réunir en un même lieu de lecture des textes et des auteurs qui ont en partage une géographie, une langue, des thèmes, une histoire, une sensibilité ou une culture minoritaire ou pas. … L’anthologie fait apparaître ce qui, dispersé ici et là, à travers l’espace et le temps, ne se voit pas, ne se remarque pas. Elle rapproche de façon à faire voir et entendre d’une manière nouvelle, parfois elle rassemble pour le simple plaisir de la célébration.»

Cette anthologie (BAISER VERTIGE) a de particulier qu’elle réunit des textes québécois de poésie et de prose faisant écho «aux amours et à la solitude gaies» de même qu’à «la révolte et aux rêves lesbiens». Elle offre vingt-neuf auteurs à lire couvrant différentes époques et plusieurs générations. Certainement un aspect de la littérature québécoise plutôt ignorée.

Voici ce que j’en ai retenu.

. J’étais en train de m’incarner. Quelle sensation éblouissante dans l’arbre du corps, dans la tige du bras, dans les racines des jambes, dans les fleurs des doigts, dans les feuilles des cheveux, dans la rosée de la bouche, dans les étoiles de l’imagination! Je naissais.
Jovette Marchessault

. Mais le temps est tout-puissant. Il dispose de tout. Le temps qu’il faut pour gagner sa vie, le temps de l’attente, le temps gagné dans le rêve, où s’engouffrent ces heures où l’on fuit l’absence. Et puis, soudain, dans ces instants pleins de présence heureuse, le temps qui fuit, aussi vite que la vie, et c’est soudain le vide, de nouveau.
Gloria Escomel

. Comment parler aux souvenirs
Quand le cerveau perd ces échafaudages
De sa mémoire
Qui semble avoir raison de tout
Jean-Paul Daoust

. C’est toute une activité physique que de tremper dans la langue du plus grand nombre pour se tailler une langue bien à soi.
Alain Bernard Marchand

. Nous croyons à tort que les autres arrivent dans nos vies pour rester, mais, dès le premier regard, ils viennent pour que nous apprenions à vivre sans eux. Ce qui reste d’eux est semblable à la combustion d’une étoile. Ils partent au moment où ils sont entrés si loin en nous que leur présence à nos côtés est inutile. Ils veulent être dans le monde et nous les voulons en nous. Ils nous ont sortis de nous-mêmes pour se réfigurer un moment dans cette place vacante que nous avons faite pour eux en nous.
Alain Bernard Marchand

. j’ai compris que c’était le bonheur de t’aimer
qui m’apportait le malheur de t’aimer
André Roy

. le cœur est une arme de poing
Marc Vaillancourt

. l’objet du désir reste inexpliquable
Robbert Fortin

. à bien y penser sur quoi reposerait
le début d’une description
de moi-même portant un autre visage
Robbert Fortin

. La passion est délinquante et obstinée.
Gérald Gaudet

. La passion est une insulte à déverser et à maintenir en des poses variables.
Gérald Gaudet


De Nicole Brossard, SOUS LA LANGUE (1988)

Le corps salive, rien pourtant n’est prévu,
ni l’abondance des touchers, ni la lenteur furtive,
la fureur exacte des bouches. Rien n’est prévu
pourtant c’est à la hauteur des yeux que le corps
d’abord touche à tout sans prévoir la peau nue,
aussi bien le dire, sans prévoir la douceur
de la peau qui sera nue avant même que la bouche
signale l’état du monde.

Rien ne suggère ici qu’au moindre toucher
le regard déjà défaille à vouloir déjà prévoir
un tel rapprochement. Rien n’est prévu sinon
que la respiration, la répétition des sons entre les
chairs. Fricatelle ruisselle essentielle aime-t-elle
dans le touche-à-tout qui arrondit les seins
la rondeur douce des bouches ou l’effet qui la
déshabille? Rien n’est prévu pourtant au bout du
corps la peau fera image du corps car il n’y a
rien sans image au bout du corps ce sont
les images qui foudroient l’état du monde.

On ne peut pas prévoir pencher si
soudainement vers un visage et vouloir lécher
le corps entier de l’âme jusqu’à ce que le regard
étincelle de toutes les fureurs et les abandons.
On ne peut pas prévoir l’emportement du corps
dans l’infini des courbes, des sursauts, chaque
fois que le corps se soulève on ne voit pas
l’image, la main qui touche la nuque, la langue
qui écarte les poils, les genoux qui tremblent, les
bras qui par tant de désir entourent le corps
comme un univers. On ne voit que le désir. On
ne peut pas prévoir l’image, les fous rires, les cris
et les larmes. L’image est tremblante, muette et
polyphonique. Fricatelle ruisselle essentielle
aime-t-elle le long de son corps la morsure, le
bruit des vagues, aime-t-elle l’état du monde dans
la flambée des chairs pendant que les secondes
s’écoulent cyprine, lutines, marines.

On ne peut pas prévoir si les mots qui
l’excitent sont vulgaires, anciens, étrangers ou si
c’est toute la phrase qui l’attire et qui avive en
elle le désir comme un flair de l’étreinte, une
manière de sentir son corps prêt à tout, sans
limite. Rien n’est prévu pourtant la bouche du
corps à corps excitée par les mots trouve
d’instinct l’image qui excite.

On ne peut pas prévoir si l’état du monde
basculera avec nous dans la saveur et le
déferlement des langues. Rien n’est prévu
pourtant la blouse est entrouverte, la petite
culotte à peine décalée de la fente et pourtant les
paupières closes et pourtant les yeux de
l’intérieur sont tout agités par la sensation de la
douceur des doigts. On ne peut pas prévoir si les
doigts resteront là, immobiles, parfaits,
longtemps encore, si le majeur bougera ô à peine
sur la petite perle, si la main s’ouvrira en forme
d’étoile au moment même où la douceur de sa
joue, où son souffle au moment où tout le corps
de l’autre femme appuiera si fort que le livre qui
servait d’appui glissera sous la main, la main, au
moment où l’équilibre sera précaire et que les
cuisses se multiplieront comme des orchidées,
on ne peut pas prévoir si les doigts pénétreront,
s’ils s’imbiberont à tout jamais de notre odeur
dans le mouvement continu de l’image.

Rien n’est prévu car nous ne savons pas ce
qui arrive à l’image de l’état du monde lorsque
la patience des boucles dénude l’être.On ne
peut pas prévoir parmi les vagues, la déferlante,
la fraction de seconde qui fera image dans la
narration des corps tournoyant à la vitesse de
l’image.

On ne peut pas prévoir comment la langue
s’enroulera autour du clitoris pour soulever le
corps et le déplacer cellule par cellule dans
l’irréel.


Au prochain saut

lundi 7 juin 2010

Le trois cent soixantième saut / Le trois-cent-soixantième saut

Éric Fottorino
Hélène Grimaud

Nous avions déjà tenté l’expérience. Ce fut Céline et Radiguet qui en étaient les protagonistes. Aujourd’hui, nous la répétons. Cette fois-ci ce sera en compagnie de la pianiste Hélène Grimaud (VARIATIONS SAUVAGES) et Éric Fottorino (CARESSE DE ROUGE).

Le jeu consiste à réunir des citations de deux auteurs dans un semblant de dialogue. Allons-y donc : HG (pour Hélène Grimaud) et ÉF (pour Éric Fottorino).


ÉF Se souvenir le dispense de vivre.

HG J’ai compris que se souvenir, c’est aussi inventer. La mémoire est l’art magique de la composition.

ÉF Je ne veux pas transformer chacun de mes souvenirs en arrêt du cœur.

HG Il s’agissait de bien davantage que de simples points cardinaux autour de moi, au-dessus et au-dessous de moi, il s’agissait d’un point de départ, le bing-bang de ma conscience qui m’a toujours fait dire, surtout pour la musique, que chacun d’entre nous est une opération magique, qu’on fait rarement fausse route et que souvent on n’est simplement pas allé assez loin. Après tout, ce qui dit venir n’est pas tant à découvrir qu’à inventer…

ÉF Les hommes n’ont pas l’habitude de rester. Ils fuient, ils éludent, ils oublient, on ne sait comment.

HG … on peut passer et même perdre sa vie à chercher sa pierre philosophale jusqu’au jour où l’on comprend que la formule est dans l’inverse, qu’il ne s’agit pas de transformer la matière en or, mais au contraire de transformer l’or en matière pour qu’elle devienne moments d’exception, d’enfantement d’art ou de bonté, or en son, et en soi tout simplement.

ÉF Ils paraissent tout savoir des mensonges qui soulagent.

HG J’ai compris ce qu’il m’avait appris, même si à cet âge, je ne l’ai pas tout de suite réalisé : nous sommes musique récitée par notre destin. Chacun porte une clef qu’il sait déchiffrer ou pas; quoi qu’il en soit, le bonheur ne s’obtient que par l’harmonie de son être avec la note qui l’exprime.

ÉF Toute ma vie s’est arrêtée comme une montre à l’heure du crime. Je suis condamné au temps. Ma peine, c’est de le sentir passer.

HG Nous assistons en direct à la création de l’enfer – non pas le lieu de la douleur, mais bien le lieu où l’on fait souffrir, où l’on invente l’éternité de la souffrance.

ÉF La femme a souri comme on sourit à la tristesse, quand on sait d’avance qu’on ne la fera pas entrer en soi. On la laissera là, dans les courants d’air.

HG Depuis la nuit des temps, l’homme a rêvé son double et cette idée, suggérée et stimulée par les miroirs, les fontaines et les lacs, amplifiée par la naissance de frères jumeaux, n’a cessé de fleurir dans les différentes cultures du monde.

ÉF Grandir sans père, c’est s’enfoncer dans un marécage. Ne jamais toucher le socle. Ne pas entendre de voix grave, d’éclats de voix. Ne pas se reconnaître sur un visage masculin. Ne pas arrêter d’y penser. Ne penser qu’à ça, par moments.

HG … celui avec qui l’on s’oppose vous construit mieux que celui dont on se sent le plus proche…

Ici s’achève leur courte rencontre, leur bref échange.

Hélène Grimaud termine ce saut par :

. Plus de villages, puis plus de fermes, plus de routes ni même de poteaux électriques, mais à perte de vue un paysage entier dans lequel j’éprouvais avec délices ma solitude, ce lieu essentiel où je pouvais être moi-même, avec moi-même et venir au monde. Toujours, c’est dans la solitude que la réalité, pour moi, a pris forme sous le signe du désir; et c’est dans la solitude que j’ai appris que ce n’est que ce qu’on désire de soi à soi qui tend vraiment à être réel…

. Nous souffrons tous de mouvements répétitifs. Nous prenons tous des habitudes en grandissant, alors il s’agit de s’en défaire.

. Le corps conditionne le raisonnement. Se défaire des habitudes quotidiennes du corps, c’est se donner la chance d’un autre rapport à la pensée.

. Amour, incessante création. «Raison mystérieuse et imprévue, mesure parfaite et réinventée» comme le chante Rimbaud. Tu étais ma volonté évidente. Tu m’as fait comprendre que ce n’est pas ce qui vient à nous, mais bien ce qui vient de nous qui est la vie véritable. Je voulais être. Aimer, c’est être. Et c’est créer sa vie bien plus que la recevoir…

. … le hasard, cette fantaisie du destin…

Au prochain saut

mercredi 2 juin 2010

Le trois cent cinquante-neuvième saut / Le trois-cent-cinquante-neuvième saut



Un autre petit pas dans la direction de la nouvelle orthographe :


9) Le tréma est déplacé sur la lettre u prononcée dans les suites –güe et güi, et est ajouté dans quelques mots.

Aiguë, ambiguë deviennent aigüe, ambigüe;
Ambiguïté devient ambigüité;
Arguer devient argüer.

Les mots dans lesquels est ajouté un tréma sont : argüer (j’argüe, nous argüons, etc.), gageüre, mangeüre, rongeüre, vergeüre. Le déplacement du tréma évite des difficultés de lecture; son ajout empêche des prononciations jugées fautives.





CADAVRE EXQUIS
NUMÉRO 10



peut-on? mourir
comme une ombre écholalique dans la chaleur usée
entre l’espace des vagues moutonneuses?

m’écoutes-tu?

si mourir avait un sens
où cela mènerait-il ?
serons-nous encore?

fermera-t-on? le portail
aux clôtures des muettes éternités
que l’infini aveugle
au bout de l’horizon nuageux?

si mourir avait un sens
qui le saisirait ?
à la cime des arbres qu’écrasent les oiseaux?






«un carnet d’ivoire avec des mots pâles»


C A S A Q U E (nom féminin)
. vêtement des dessus à larges manches;
. tourner casaque : fuir; tourner le dos à ceux de son parti, changer de partir, d’opinion;
. veste de soie de couleur vive que portent les jockeys;
. blouse ou courte jaquette de femme.


D É L I Q U E S C E N C E (nom féminin)
. propriété qu’ont certaines substances solides de se liquéfier par absorption progressive de l’humidité atmosphérique; état qui en résulte;
- (liquéfaction).
. en complète décadence; perte de la force et de la cohésion;
- (décomposition, décrépitude).

- (décrépit; gâteux; ramolli).


Au prochain saut

vendredi 28 mai 2010

Le trois cent cinquante-huitième saut / Le trois-cent-cinquante-huitième saut



Vous arrive-t-il, à l’occasion, de ressentir l’impression tenace que la solution à une question qui pose problème dans l’actualité, eh! bien… vous la possédez?

Évidemment, ça serait fort utile et combien pratique pour certaines choses que l’on peut classer dans la catégorie «situations simples» (ex. il neige on déneige) alors que pour certains dossiers ça s’avère plus complexe (ex. celui dont je veux traiter aujourd’hui).

Voici la lettre que j’ai adressée à monsieur le cardinal Ouellet. Lettre dont je n’attends pas de réponse.

Monsieur le cardinal Ouellet,

Il me semble que vous voilà bien mal pris! Permettez-moi de vous faire une suggestion pouvant rallier les adeptes des groupes Pro-Choix ainsi que ceux de Pro-Vie; vous comprendrez que mon seul but est de vous assurer une sortie à la fois digne de votre rang et politiquement acceptable.

Vous vous opposez à l’avortement et qualifiez de «criminelle» toute femme qui use de ce droit reconnu par les lois en vigueur au Canada. Votre point de vue s’appuie, selon vos dires, sur l’aspect moral. Ici, les tenants des groupes Pro-Vie vous suivent alors que ceux de Pro-Choix vous conspuent.

Voici ma suggestion : afin d’éviter que toute femme puisse être tentée par la «solution définitive» que représente à vos yeux l’avortement, vous devriez, à mon humble avis, suggérer aux femmes de pratiquer une contraception qui réponde à leurs besoins. Cette mesure que l’on pourrait définir comme étant «préventive» ne les inciterait pas à user du «geste meurtrier» que vous abhorrez. Vous obtiendrez ainsi l’appui des groupes Pro-Choix et ceux de Pro-Vie ne pourraient plus se battre contre les pratiques d’avortement.

Donc, la contraception contre-indiquerait l’avortement et, monsieur le Cardinal Ouellet, vous pourriez élégamment rallier deux factions que tout oppose… rachetant ainsi vos propos qui, sans doute, furent mal rapportés.



Lors de sa rencontre avec la presse, mercredi de cette semaine, l’archevêque de Québec, prélat de l’Église canadienne, insistait sur le fait que ces propos ont été tirés de leur contexte…


Au prochain saut

mardi 25 mai 2010

Le trois cent cinquante-septième saut / Le trois-cent-cinquante-septième saut



Je me suis amusé à chercher parmi les citations des cahiers de lecture, celles qui se présentaient sous forme de questions. Voici le résultat.

. L’amour n’est-il pas une simple illusion que la peur garde contre les assauts de la lucidité?
Jean Bédard, dans Nicolas de Cues

. « Tu sembles entendre que l’amour est d’essence divine», reprit l’Iscariote. « Mais quand deux hommes prétendent s’aimer l’un l’autre, comme le font les païens, n’est-ce pas une abomination selon le Lévitique?»
« Ce que tu me demandes, Iscariote, est une condamnation et non une explication», répondit Jésus d’un ton coupant. « Si je ne devais répondre qu’à toi seul, je te rappellerais ce qui est écrit dans le Livre de Samuel, que David et Jonathan avaient conclu un pacte solennel, parce que chacun d’eux aimait l’autre autant que soi-même. Le Lévitique condamne la fornication entre hommes comme tout autre forme de fornication qui n’est pas inspirée par l’amour. Mais je veux vous répondre à vous tous, par ces paroles de Samuel, encore : «Le Seigneur n’a pas le même regard que l’homme; l’homme juge par les apparences, mais le Seigneur juge par le cœur.» Qui d’entre vous s’arrogerait le droit de juger quiconque parce qu’il lit dans son cœur? C’est de l’arrogance et non de la compassion que je détecte dans vos questions!.»
Gérald Messadié, dans L’homme qui devint Dieu

. La musique est l’accès à un ailleurs de la parole, que la parole ne peut pas dire et que le silence dit pourtant, en le taisant. Une musique sans silence, qu’est-ce, sinon le bruit?
Hélène Grimaud, dans Variations sauvages

. Car enfin, «partir un peu», qu’est-ce que cela voulait dire, sinon s’éloigner juste assez pour ne plus être là sans aller vraiment quelque part?
Yvon Rivard, dans Le milieu du jour

. Évidemment on peut se libérer même d’une mauvaise éducation. Et puis j’ai grandi en âge et en savoir, et à l’université j’ai lu presque tout Platon. Personne ne m’a jamais plus confirmé qu’il avait rassemblé une belle collection d’objets anciens. Mais si c’était vrai? Et si pour lui ça avait été la chose la plus importante, et que le reste c’était pour gagner son pain et se permettre ce luxe? Au fond, ces tortures qui ont eu lieu, je ne crois pas qu’elles soient au programme des livres d’histoire qui circulent dans les écoles, et c’est mal, il faut bien savoir de quelle pâte nous sommes faits, nous de la lignée de Caïn. Ai-je donc grandi en pensant que l’homme était irrémédiablement mauvais et la vie un conte plein de cris et de fureur?
Umberto Eco, dans La mystérieuse flamme de la reine Ioana

. Et nous-mêmes, que sommes-nous pour ceux qui nous ont vus passer?
André Carpentier, dans Ruelles, jours ouvrables

. Où aller quand la vie t’a fait arbre avec des racines qui partent de la montagne et finissent dans la mer?
Lionel Bernier, dans La bataille de Forillon

. Qui, de sa propre volonté, à part un fou, choisit le meurtre?
Jonathan Little, dans Les Bienveillantes

. - Et quel est ton plat préféré, grand-père?
- Tous, tous, mon fils. C’est un grand péché de dire : ça c’est bon, ça c’est mauvais!
- Pourquoi? On ne peut pas choisir?
- Non, pour sûr, on ne peut pas.
- Pourquoi?
- Parce qu’il y a des gens qui ont faim.
Nikos Kazantzaki, dans Alexis Zorba

. Vouloir libère, mais ce qui tient enchaîné le libérateur même, de quel nom l’appeler?
Nietzsche, dans Ainsi parlait Zarathoustra

. S’il l’aimait, quel droit avait-il de monopoliser son être?
Han Suyin, dans Jusqu’au matin

. Mais comment savoir si une personne a changé ou si elle n’a fait que digérer les événements pour faire d’eux sa propre substance, qui sait même si ce n’est pas toujours un peu ce qui arrive?
Pierre Nepveu, dans Des mondes peu habités

. Où les gens puisent-ils la force de souffrir?
Maxime Gorki, dans La mère

. N’est-ce pas justement propre aux rêves que tout paraisse plus vrai que le vrai. Au fond, la pensée humaine fonctionne ainsi. Il faut croire que l’homme accorde plus de crédit à ses rêves qu’à la réalité. Sinon, comment toutes ces révolutions, ces guerres, ces idéologies auraient-elles pu exister?
Atiq Rahimi, dans Les mille maisons du rêve et de la terreur

. De cette multitude de religions, de toutes leurs ramifications, chacune garante de la seule vérité, chacune excluant l’autre, comment Dieu s’en tirait-il?
Andrée Chedid, dans La maison sans racines

. Quelle existence impossible à découvrir valait la peine de se tenir encore éveillé? Quel avenir valait la peine indicible d’enrichir encore le souvenir? Quel avenir le souvenir devait encore pénétrer? Y avait-il dans un monde pareil encore un avenir?
Hermann Broch, dans La mort de Virgile

. On dit que la liberté libère. Mais que vaut cette liberté si elle n’est fécondée ni par un engagement quelconque ni par l’amour, et dotée ainsi d’un sens qui la dépasse?
André Major, dans L’esprit vagabond (carnets)

. Le rein, l’appendice, songea-t-il. Non, il ne s’agit pas de cela, mais de la vie… et de la mort. Oui, je vivais, et ma vie s’en va; elle s’en va, et je ne puis la retenir. Oui, pourquoi me mentir à moi-même? N’est-il pas évident, pour tout le monde et pour moi, que je meurs, et que ce n’est plus qu’une question de semaines, de jours… à l’instant même peut-être? C’était la lumière avant, maintenant ce sont les ténèbres. J’étais ici; et maintenant, où vais-je? Où?
Léon Tolstoï, dans La mort d’Yvan Ilitch


«un carnet d’ivoire avec des mots pâles»


B L A N D I C E (nom féminin)
. ce qui flatte, séduit
- charme; délice; séduction



B O M B Y X (nom masculin)
. papillon dont la larve tisse un cocon de soie;
. bombyx du mûrier : la larve est le ver à soie.



Au prochain saut

vendredi 21 mai 2010

Le trois cent cinquante-sixième saut / Le trois-cent-cinquante-sixième saut



On pourra reprocher, et avec raison d’ailleurs - mes amis poètes que je rencontre sur un site internet français s’en font les interprètes assidus - on pourra donc reprocher au crapaud de ne jamais offrir des poèmes dont la substance qui en alimente le thème est «l’amour».

Je ne saurais en expliquer la raison mais aujourd’hui on s’en approche. Un peu. Jugez par vous-même!



rage d’aimer


rage d’aimer, tu répands tes odeurs
emmêlées d’angoisse et de panique
crucifiant le cœur sur un pilori de nicotine
puis

tu te fais douce comme l’eau qui chatouille les roches

rage d’aimer, tu répands tes couleurs
éparpillées sur des ardoises déboussolées
jusqu’aux sillons d’un cerveau éperdu
puis

six heures, tu ne sauras pas dans le vert brun du ciel
si c’est matin ou soir


rage d’aimer, ta blondeur blanche et bleue
pourchasse compulsivement la raison
dans ses derniers retranchements
puis

les deux bougies allumées au pied de ton lit
n’auront pas suffi


arrogante rage d’aimer terrée dans la violence
des nuits froides et torrides
attend le geste zéro comme un loup inquiet
puis

tu écris un poème d’amour sur fond d’océan
turquoise et coquillage


rage d’aimer, tu enserres de tes griffes
les mots insensés qui ne parlent plus
que dans de longs corridors étourdis
puis

les éternels abandons boiteux marchent
sur les aveugles jointures de nos mains


rage d’aimer, menottes d’or aux poignets
tu rentres de ton univers clos
et, consciemment,
ravages la sécheresse des puits…


Je m’amuse beaucoup avec ces cadavres exquis. Voici le neuvième.

CADAVRE EXQUIS
NUMÉRO 9



et si
nous n’étions plus
ces êtres plastiques
que récupère l’éternité
pour nous fondre

Neptune et Ophélie
Rimbaud et Vitalie
herman delage, l’anatife*
Satan aux réveils de la veille
… Spoutnik et Apollo, artéfacts d’acier …
le coupe-papier de Tolède n’était qu’une lame seule
- (une dague ayant perdu son chemin) –
une vieille dame chinoise balaie la neige sous son balcon
silencieuse
elle songe à son fils muet

Rimbaud dit, vit, meurt comme étant un autre je
comme les putains de la rue Ontario



«un carnet d’ivoire avec des mots pâles»


A P P E N D R E (verbe transitif)
. suspendre.
- accrocher; attacher.


A R I E T T E (nom féminin)
. petite pièce vocale ou instrumentale de caractère mélodique.


Au prochain saut

lundi 17 mai 2010

Le trois cent cinquante-cinquième saut / Le trois-cent-cinquante-cinquième saut



Sans doute la fièvre du hockey vous en faire voir de toutes le couleurs! Il faut quand même admettre que pour le moral du peuple, suivre les péripéties - certains diront les miracles – de nos glorieux CH de Montréal tient en forme et favorise les échanges sociaux. Pour tout dire, dans mon Hochelaga-Maisonneuve de quartier, les drapeaux à l’effigie des Canadiens de Montréal flottent au vent et les conversations sont passées de la météo à la haute voltige sportive. On a besoin de héros, de s’identifier à eux, de soutenir ceux qui nous représentent. Je suis à peu près convaincu qu’un sondage, s’il y en avait un, nous dévoilerait ce secret de polichinelle : le hockey est plus populaire que la politique et les politiciens passent bien après nos numéros 41, 14, 13, 21, 91… et les autres.

Ce n’était certainement pas prévu mais la coïncidence doit en réjouir plusieurs: la campagne 2010 contre l’homophobie, intitulée Parler du silence, cible le monde du sport. Et c’est aujourd’hui, le lundi 17 mai que se tient la Journée internationale contre l’homophobie.

La campagne a pour objectif de sensibiliser les sportifs, les intervenants qui oeuvrent de près ou de loin dans ce milieu, les médias, ainsi que la population en général, à la nécessité de combattre l’homophobie associée au sport, tant amateur que professionnel.

Mais comment définit-on l’homophobie? Comme le racisme, la xénophobie ou l’antisémitisme, l’homophobie est aussi une forme de discrimination.

L’homophobie trouve son origine dans l’ignorance des réalités des minorités sexuelles et se manifeste parfois inconsciemment.

Toutes les attitudes négatives pouvant mener au rjet et à la discrimination, directe et indirecte, envers les gais, les lesbiennes, les personnes bisexuelles, transsexuelles et transgenres, ou à l’égard de toute personne dont l’apparence ou le comportement ne se conforme pas aux stéréotypes de la masculinité ou de la féminité.

Souvent incidieuse, l’homophobie se manifeste d’une multitude de manières. Selon les circonstances, les manifestations homophobes peuvent aller de la moquerie jusqu’à la violence verbale et physique.

En général, il n’y a pas de signes apparents permettant de distinguer les gais et les lesbiennes des autres personnes. L’apparence physique et les centres d’intérêt ne sont pas révélateurs de l’orientation sexuelle. Les goûts pour pour une carrière sportive ne sont pas réservés aux personnes hétérosexuelles.

Certains garçons présnetent des signes féminins et certaines filles des signes masculins, indépendamment de leur orientation sexuelle. En raison de leur apparence, ils font l’objet de caricatures, de moqueries et de rejet. Bref, ce sont des manifestations homophobes.
Une Journée internationale contre l’homophobie n’appartient à personne en particulier. Elle est l’affaire de tous ceux et de toutes celles qui désirent un monde dépourvu de préjugés et capable de faire une place à tous et à toutes, indépendamment de leur orientation sexuelle. À l’instar de toutes les journées thématiques mondiales, celle dédiée à la lutte contre l’homophobie doit être prise en charge par tous les acteurs de la société civile : les organismes communautaires gais et les biens, les entreprises privées, les gouvernements, les administrations publiques, les ordres professionnels et toutes les personnes à la recherche de l’égalité.

Pourquoi le 17 mai? Cette date est symbolique de par l’importance qu’elle représente dans l’évolution de la condition homosexuelle et a été proposée par l’IDAHO (International Day Against Homophobia and Transphobia) pour la tenue d’une journée dédiée à la lutte contre l’homophobie. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a retiré l’homosexualité de la liste des maladies mentales un 17 mai, mettant fin à plus d’un siècle d’homophobie médicale.

La Déclaration de Montréal issue de la Conférence internationale sur les droits humains des communautés LGBT tenue à Montréal du 26 au 29 juillet 2006, précédant l’ouverture des 1ers Outgames mondiaux inclut une recommandation pour la reconnaissance d’une journée internationale contre l’homophobie le 17 mai de chaque année.


Les informations que le crapaud vous transmet, et ce sera son geste concret pour soutenir la tenue d’une telle journée, ont été recueillies sur le site web de la Fondation Émergence.

Et retournons au hockey .

Au prochain saut

mardi 11 mai 2010

Le trois cent cinquante-quatrième saut / Le trois-cent-cinquante-quatrième saut



La catastrophe écologique qui ravage actuellement les côtes du golfe du Mexique m’a rappelé la Prophétie de Léonard de Vinci que citait Jean Bédard dans son roman historique Nicolas de Cues. Je vous l’offre pour la réflexion.

. On verra sur terre une espèce animale qui sans répit se combattra elle-même avec grandes pertes et morts fréquentes. Elle n’assignera pas de limites à sa malice. Il arrivera donc un temps où elle ne tuera plus par milliers, mais par milliers de milliers. Elle éliminera la peste et le choléra de façon à se rendre maître de sa propre destruction. Elle arrachera à la nature ses droits sur la mort afin d’avoir plus de chairs à broyer dans ses guerres, ses déchirements et ses obsessions. Elle ruinera sa propre âme dans des machines infernales. Ô terre! que tardes-tu à t’ouvrir pour engloutir dans les crevasses profondes de tes abîmes cette monstruosité par trop cruelle! Tu l’as attachée par des liens qui échappent à son entendement. Tu as écrit tes instructions dans une langue qu’elle ne peut comprendre. Tu as fait planer au-dessus de sa tête des espérances inconcevables. Es-tu insensée, ô terre! de graver dans son cœur des aspirations inaccessibles? La voici folle de rage. Elle ronge ses membres comme un renard pris au piège. Elle ne peut tout simplement plus se comprendre elle-même et la voici tournoyant dans son propre chaos comme si elle était ivre de sa propre mort.



Dans son livre L’homme est-il en voie de disparition?, Jean-Claude Guillebaud propose cinq frontières qui délimitent l’humanité de l’homme :

. celle qui sépare l’homme de l’animal;
. celle qui sépare l’homme de la machine;
. celle qui nous sépare de la chose;
. l’homme ne se réduit pas à ses organes;
. la tentation à accepter que l’homme soit «en voie de disparition», le renonciation du sujet.

Et il ajoute :

. … s’il n’y a plus d’homme et s’il n’y a plus de sujet, comment pourrons-nous parler de droits de l’homme? Et si nous sommes convaincus que le cerveau de l’homme n’est rien de plus qu’un ordinateur, comment ferons-nous demain pour expliquer qu’il est plus grave de tuer un homme que d’éteindre un ordinateur?

Un peu dans le même ordre d’idée, cette phrase de Nikos Kazantzaki tirée de son roman Le Christ recrucifié :

. Alors la terre, les arbres et les bêtes avaient respiré librement, délivrés de la contrainte de l’éphémère bipède qui avait un instant bouleversé l’ordre éternel des choses.

Dans son magnifique Jusqu’au matin, Han Suyin écrit :

. Les hommes créent de belles théories et de beaux credos pour se convaincre de la justesse de leur dernier carnage.

La prochaine, de L’hiver de Mira Christophe de Pierre Nepveu :

. Nul ne peut prévoir si nous allons vers le désastre, et si le désastre sera une fin ou un recommencement. Rien ne sert de le précipiter, et je ne suis pas sûr qu’on puisse le retarder.

Et Kafka dans La colonie pénitenciaire :

. Regardez-moi cette machine… Jusqu’à présent il fallait la servir, maintenant elle fonctionne toute seule.

Maxime Gorki, dans La mère :

. Ils étaient nés avec cette maladie de l’âme qu’ils héritaient de leurs pères, qui les accompagnait comme une ombre noire jusqu’à la tombe, et leur faisait commettre des actes hideux d’inutile cruauté.

D’Atiq Rahimi, de son roman Terre et cendres :

. … la loi de la guerre c’est la loi du sacrifice. Dans le sacrifice, ou bien le sang est sur ta gorge, ou bien il est sur tes mains.

Ne trouvez-vous pas que ces citations ont en commun le souci de ne pas… ménager l’homme? Michel Houellebecq en rajoute. C’est tiré de La possibilité d’une île :

. Si l’homme rit, s’il est le seul, parmi le règne animal, à exhiber cette atroce déformation faciale, c’est également qu’il est le seul, dépassant l’égoïsme de la nature animale, à avoir atteint le stade infernal et suprême de la cruauté.

Et ces dernières, en vrac :

. Puisque nous sommes des hommes, il convient, non de rire des malheurs de l’humanité, mais de les déplorer.
Démocrite d’Abdère

. Il restera de l’homme juste assez de phosphore pour fabriquer une boîte d’allumettes et juste assez de feu pour forger le clou d’un pendu.
Carl Sandburg


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vendredi 7 mai 2010

Le trois cent cinquante-troisième saut / Le trois-cent-cinquante-troisième saut


Aujourd’hui, vendredi 7 mai, c’est jour d’anniversaire. Double. D’abord celui de mon ami depuis toujours, Jean-Luc à qui je dédie ce saut et de Sébastien Soly, l’amoureux de Catherine. Je leur souhaite un belle journée et les assure de ma profonde affection.


Il y a un certain temps que le crapaud n’a pas déposé de poèmes sur un de ses sauts. Vous le savez - et ainsi l’excusez - c’est toujours long et pénible pour lui d’entreprendre un poème mais davantage l’achever.

Celui d’aujourd’hui viendra rejoindre (neige chinoise) du saut 314.

À mon ami Jean-Luc :


comme un poème géographique


à une flaque d’eau atlantique, les pieds enchaînés
s’étendront, pacifiques, jusqu’au bout de la terre
au bout de la mer… et des autres liquides
suivant les fuites parallèles des crevasses vierges

à pas timides ils s’avanceront
tel un grand, un long poème géographique
par delà les distances qui explosent des cartes
s’arrêtant finalement à l’envers du monde
pour chercher dans l’eau… sous l’eau
les vérités qui mentent à l’ordalie du temps
et s’y abreuvent jusqu’à plus soif

sur le piédouche des baies arctiques,
puissamment, ils se relèveront de leurs faiblesses
mesurant la hauteur des falaises volcaniques
et à bout de sang, comme celui qui a tout perdu,
ils s’échapperont avec la fonte des icebergs
comme un grand, un long poème géographique



«un carnet d’ivoire avec des mots pâles»


B R A N D O N (nom masculin)
. torche de paille enflammée servant à éclairer ou à mettre le feu;
- flambeau
. débris enflammée qui s’échappe d’un incendie;
. saie-brandon : saisie.



C A R M I N (nom masculin)
. colorant rouge vif, tiré à l’origine des femelles de cochenilles;
. couleur rouge vif.
- rouge; vermillon.

. comme adjectif invariable : du rouge carmin; des étoffes carmin (carminé).


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mercredi 5 mai 2010

Le trois cent cinquante-deuxième saut / Le trois-cent-cinquante-deuxième saut



Nous y allons d'une huitième leçon de nouvelle orthographe. Vous verrez que nous deviendrons excellents…

8) Les mots anciennement en –olle et les verbes anciennement en –otter s’écrivent avec une consonne simple. Les dérivés du verbe ont aussi une consonne simple. Font exception à cette règle colle, folle, molle et les mots de la même famille qu’un nom en –otte (comme botter, de botte.)

Ainsi, corolle devient corole.
Frisotter, frisottis deviennent frisoter, frisotis.

Là encore il s’agit de supprimer des incohérences : corole s’écrit désormais comme bestiole; mangeoter suit neigeoter.

Quelques exemples :
Ballotter devient balloter
Barcarolle devient barcarole
Cachotterie devient cachoterie
Garrotter devient garroter
Grelotter devient greloter


CADAVRE EXQUIS
NUMÉRO 8



par la marée du matin
ils sont descendus
marchant entre les agates
rejetées par les chorales de baleines


la vie
éternelle répétition parallèle
arpentée
serpentée
comme en des corps
sans regards,
sans mains,
sans voix


peut-on? mourir
comme un amour en marche devant la maison
celui qui attend du désir enfoui
qu’il reprenne son allure
plus espérée qu'inattendue


les cœurs éclatent en un morceau
catapulté aux confins de l’horizon
nourritures pour geais bleus

«un carnet d'ivoire avec des mots pâles»


A P O C R Y P H E (adjectif et nom masculin)

. que l’Église ne reconnaît pas, n’admet pas dans le canon biblique
comme nom : dont l’authenticité est au moins douteuse

- (adjectif : faux, inauthentique)
- (nom : controuvé)


A T R A B I L E (nom féminin) ---a t r a b i l a i r e (adjectif)

. qui a rapport à l’humeur noire.
. * caractère, humeur, tempérament atrabilaire : porté à la mauvaise humeur, à l’irritation, à la colère.
- («L’atrabilaire amoureux», sous-titre du «Misanthrope»)

- (bilieux, mélancolique, coléreux, irritable)


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samedi 1 mai 2010

Le trois cent cinquante et unième saut / Le trois-cent-cinquante-et-unième saut



JE PEINS POUR PARLER COMME J’ÉCRIS POUR VOIR

Roland Giguère écrivait ceci en 1976.

Dans CŒUR À CŒUR, ce poème,

QUAND CELA SERA

Quand nous vivrons de rien
à l’ombre de nos érables
nus et abandonnés
dans le champ désert
de nos seules habitudes
comme fleurs oubliées
sur un corps inconnu

quand nous vivrons debout
dans la nuit éternelle
après nos années-lumière
perdues dans les marges du temps
qui passe entre nos mots
et revient pour dire adieu
sur une page immaculée

quand nous vivrons d’étincelles
au cœur du tableau noir
quand nous vivrons d’étoiles
dans nos jours sans fin
quand nous vivrons de tout et de rien
nous serons libres comme l’amour
dans les draps du vent



Et ces vers magnifiques :

. le temps tombe dans l’étang

. la nuit tombe dans l’étang
le vent fuit dans le vent

. Nous partirons à minuit
avec nos langues de feu
comme boussoles affolées
vers une terre infinis

nous serons inconnus

Dans LA MAIN AU FEU ces quelques citations :

. Pour laisser des traces de nous-mêmes, il nous a fallu nous dépouiller de ce que nous avions de plus pur. Nous avons renié nos propres ombres, nous nous sommes appliqués à donner une transparence totale aux ruines les plus abjectes; un simple verre d’eau devenait une mer bouleversée…

. La poésie, pour moi, n’est pas évasion mais bien, plutôt invasion. Invasion de l’univers extérieur par le monde du dedans.

. On habite ici, on rêve d’être ailleurs, on croit vivre là, on part en voyage, on revient, on ne part plus, on n’a jamais bougé d’ici, on reste, on n’est plus d’ici, on est parti, on est là… Mais à la fin, où sommes-nous? Et vous, où êtes-vous en ce moment? Oui, je sais, vous me l’avez déjà dit : quelque part.


L’ENVERS DU FUTUR

Une nuit peuplée de rivières sauvages
fait croire à la transparence du futur,
mais la vue est courte et la mémoire
opaque. On revient au présent difficile :
une boule de cristal pèse chaque jour de
plus en plus dans les yeux de la voyante
qui ploie sous le poids d’un avenir incertain.

Mais la vie avance et, avec elle, toutes
les chances de survie dans les visages
que nous aimons.


À NE PAS MANQUER, cette exposition actuellement offerte à la Grande Bibliothèque de Montréal :

«Héritier des surréalistes, manieur de l'encre noire comme de la couleur, jongleur de mots, Roland Giguère crée en 1949 Erta, une petite maison d'édition artisanale où l'expérimentation graphique et typographique s'allie à la poésie. Il publie alors son premier recueil de poèmes, Faire naître. Plus tard, L'âge de la parole, puis Forêt vierge folle confirment sa voix poétique, empreinte d'amour, d'humour et de douce folie. Roland Giguère est le seul créateur à avoir reçu le prix Paul-Émile-Borduas en arts visuels et le prix Athanase-David en littérature, deux prestigieuses distinctions décernées par le gouvernement du Québec.
Puisant dans le fonds d'archives du poète ainsi que dans les collections patrimoniales d'estampes et de livres d'artistes de BAnQ, cette exposition met en lumière la contribution remarquable de Roland Giguère aux arts visuels et à la littérature d'ici.»

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jeudi 29 avril 2010

Le trois cent cinquantième saut / Le trois-cent-cinquantième saut





Voilà... Le retour. Ce froid qui ne ressemble en rien au petit frisquet dont Mathilde et moi parlions à la Riviera Maya. Rien à voir.

Une semaine de plage et de farniente, ça vous replace un moral et un «body»... Il a fait très beau malgré deux journées de grand vent qui nous ont obligés à supporter le bord de la piscine et une nuit de pluie. Autrement, et malgré des couleurs qui n'ont pas cette chaleur caractéristique de Cuba et une plage un peu courte pour un marcheur et moins farineuse qu'à Varadero, le Mexique s'est avéré un merveilleux endroit.

Pendant ce temps, nos Canadiens nous surprenaient... Les Québécois qui fréquentaient le même hôtel que nous suivaient les résultats avec autant de surprise que d'émotion. Même sous la chaleur, le hockey possède un côté magique! Surtout quand on gagne!

Nous reprenons donc nos habitudes citadines et pour vous en mettre plein la vue, voici quelques photos mexicaines.

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mardi 20 avril 2010

Le trois cent quarante-neuvième saut / Le trois-cent-quarante-neuvième saut



Un petit bonjour avant le départ, demain, vers Cancun, la Riviera Maya. Une semaine.

Je dois avouer très honnêtement que de remonter en avion depuis les événements de l'automne dernier me rend un tantinet nerveux. Sans vouloir revenir sur le fond de la question, il est clair que les airs me changent l'air...

Nous serons, Mathilde et moi, comme en cadeau de Noël. En même temps, cela nous permettra d'établir certaines comparaisons entre le Mexique et notre lieu de prédilection, Cuba.

la dernière fois que nous étions sortis tous les deux seuls, c'était également en avril mais plus vers les débuts du mois. Il y avait fait un temps extraordinaire. Nous souhaitons que la température récidive.

Au plaisir d'en reparler la semaine prochaine.

mardi 13 avril 2010

Le trois cent quarante-huitième saut / Le trois-cent-quarante-huitième saut



Presque, déjà, à la mi-avril! Dans un printemps qui s'éparpille entre été précoce et hiver stagnant, qui hésite entre la pluie et la neige, je vous offre ce matin quelques citations qui cherchent, entre elles, à se parler de poésie, de liberté et d'imagination.


. La poésie veut quelque chose d’énorme, de barbare et de sauvage.

(Diderot)


. Moi seul, étant poète à qui Dieu a départi comme à tous les poètes, d’assumer la douleur d’autrui, j’ai senti sous mes paupières crever des larmes, toi que je n’ai jamais connu.

(Stuart Merrill)


. Un caractère moral s’attache aux scènes de l’automne : les feuilles qui tombent comme nos ans, ces fleurs qui se fanent comme nos heures, ces nuages qui fuient comme nos illusions, cette lumière qui s’affaiblit comme notre intelligence, ce soleil qui se refroidit comme nos amours, ces fleuves qui se glacent comme notre vie, ont des rapports secrets avec nos destinées.

(Chateaubriand)


. Qu’est-ce qu’un poète? Un homme malheureux qui cache en son cœur de profonds tourments et dont les lèvres sont ainsi faites que les espoirs et les cris en y résonnant, produisent une musique harmonieuse.

(Kierkegaard)


. Le monde extérieur existe comme un acteur sur la scène : il se trouve bien là, mais il est aussi quelque chose d’autre.

(Fernando Pessoa)


. Toute mon originalité consiste à faire vivre humainement des êtres invraisemblables selon les lois du vraisemblable, en mettant, autant que possible, la logique du visible au service de l’invisible.

(Odilon Redon)


. L’imagination n’est pas invention, mais découverte de la présence.

(Octavio Paz)


. Tous les pays qui n’ont pas de légendes

Sont condamnés à mourir de froid…

(Patrice de la Tour du Pin)


. Il faut que les mots pour être poétiques, soient chauds du souffle de l’âme, ou humides de son haleine.

(Joubert)


. Tout homme reconnaît les choses qu’il est destiné à aimer.

(Baudelaire)


. Il est dangereux de trop faire croire à l’homme combien il est égal aux bêtes, sans lui montrer sa grandeur. Il est encore dangereux de lui trop faire voir sa grandeur sans sa bassesse. Il est encore plus dangereux de lui laisser ignorer l’un et l’autre.

(Pascal)


. C’est un de ces détestables mots qui ont plus de valeur que de sens; qui chantent plus qu’ils ne parlent; qui demandent plus qu’ils ne répondent.

(La liberté selon Paul Valéry)


. La liberté, ce nom terrible écrit sur le chaos des orages.

(Albert Camus)


. Nous butinons éperdument le miel du visible pour l’accumuler dans la grande ruche d’or de l’Invisible.

(Rainer-Maria Rilke)


. Quand je n’écris pas, j’attends. Pendant que j’écris, j’oublie que j’attends. Évidemment, je me demande ce que j’attends.

(Georges Perros)


. Les barrières du langage sont tombées le jour même où les frontières ont disparu.

(Monique Wittig)


. Celui qui a des idées très fixes, rigides, des certitudes, ne peut être un artiste. Faire de l’art, c’est explorer des domaines qu’on ne comprend pas et qui vous échappent.

(Paul Auster)


. Donner un sens plus pur aux mots de la tribu.

(Mallarmé)


. Le chef-d’œuvre de l’homme, c’est durer.

(Goethe)


« un carnet d’ivoire avec des mots pâles»


À T I R E – L A R I G O T (locution adverbiale)

. beaucoup, en quantité


B E R G A M A S Q U E (nom féminin)

. danse et air de danse à la mode au XVIIIième siècle.


Au prochain saut

vendredi 9 avril 2010

Le trois cent quarante-septième saut / Le trois-cent-quarante-septième saut



Yann Martel a laissé sa place de facteur de livres à la porte de Stephen Harper pour quatre mois, le temps de se balader afin de promouvoir son nouveau roman (Beatrice & Virgil). Au moment où ses lignes s’écrivent il y a déjà plus de 75 ouvrages qui ont été adressés à notre illustre premier ministre… qui ne prend pas le temps de les lire et encore moins d’envoyer un accusé de réception.


Aujourd’hui, HISTOIRE DE PI, roman magnifique qui a obtenu le Prix Hugh MacLennan (2001), le Man Booker Prize (2002) en plus d’avoir été finaliste du Prix du Gouverneur Général du Canada. Vous vous rappelez sans doute qu’il est sorti le 11 septembre 2001.


Voici quelques citations que j’ai retenues.


. Choisir le doute comme philosophie de vie, c’est comme choisir l’immobilté comme mode de transport.


. Tous les êtres vivants ont en eux une mesure de folie qui les pousse dans des directions étranges, parfois inexplicables. Cette folie peut être salutaire; elle est intimement liée à la capacité d’adaptation. Sans elle, aucune espèce ne pourrait survivre.


. … les animaux (de zoo) ne se sauvent pas pour aller vers un lieu mais plutôt pour fuir un lieu. Quelque chose dans leur propre espace leur a fait peur – l’intrusion d’un ennemi, l’agression d’un animal dominateur, un bruit surprenant – et a déclenché une réaction de fuite. L’animal s’évade ou il essaie de s’évader.


. (Hindouisme) L’âme individuelle établit un lien avec l’âme de l’univers comme un puits s’alimente à la nappe phréatique. Ce qui soutient l’univers au-delà de la pensée et du langage, et ce qui est en notre cœur et cherche à s’exprimer, c’est la même chose. Le fini dans l’infini, l’infini dans le fini.


. Le premier émerveillement est le plus profond; l’émerveillement qui suit s’inscrit dans l’impression crée par le premier.


. Être à l’affût de secours dans une oisive espérance, c’est gaspiller sa vie en rêves inutiles.


. Il est important dans la vie de clore les choses comme il faut. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’on peut se détacher de quelque chose. Sans cela, il vous reste les mots qu’il aurait fallu dire, mais que vous n’avez jamais prononcés, et votre cœur est lourd de regrets.


. Être un naufragé, c’est être un point au milieu d’un cercle, perpétuellement. Quel que soit le changement apparent des choses – la mer peut passer du murmure à la rage, le ciel du bleu frais au blanc aveuglant au noir le plus sombre - , la géométrie du cercle, elle, ne change jamais. Votre regard est toujours un rayon et la circonférence lui semble toujours démesurée. En fait, les cercles se multiplient. Être un naufragé, c’est être pris dans une pénible danse de cercles. Vous êtes au milieu d’un cercle, alors qu’au-dessus de vous deux cercles contraires tournoient. Le soleil vous met dans un état de détresse comme une horde, une horde bruyante et envahissante qui vous fait couvrir les oreilles, qui vous fait fermer les yeux, qui vous donne envie de vous cacher. La lune vous afflige en vous rappelant silencieusement votre solitude; vous ouvrez grand les yeux pour échapper à votre isolement. Quand vous élevez le regard, vous vous demandez parfois si au milieu d’une tempête solaire, si au centre de la mer de Tranquilité, il n’y aurait pas quelqu’un d’exactement comme vous qui élève lui aussi le regard, lui aussi coincé dans cette géométrie, lui aussi en train de lutter contre la peur, la rage, la folie, la désespérance et l'apathie.


Par ailleurs, être naufragé, c’est être pris entre des opposés effroyables et épuisants. Quand il fait clair, l’immensité de la mer est aveuglante et effrayante. Quand il fait noir, l’obscurité est étouffante. De jour, vous avez chaud et vous rêvez de fraîcheur et de crème glacée et vous vous versez de l’eau salée sur le corps. La nuit venue, vous avez froid et vous rêvez de chaleur et de cari épicé et vous vous enveloppez de couvertures. Quand il fait chaud, vous êtes complètement desséché et souhaitez être mouillé. Quand il pleut, vous êtes presque noyé et souhaité être au sec. Quand il y a de la nourriture, il y en a trop et il faut vous gaver. Quand il n’y en a pas, il n’y en a vraiment pas et vous mourez de faim. Quand la mer est étale et immobile, vous aimeriez qu’elle bouge. Quand elle se hisse sur ses vagues et que le cercle qui emprisonne est rompu par des montagnes d’eau, vous souffrez de cette particularité de la haute mer, la claustrophobie dans un espace ouvert, et vous aimeriez que la mer redevienne plate. Les opposés apparaissent souvent simultanément, tant et si bien que, quand le soleil vous brûle au point que vous vous affaissez, vous êtes également sensible au fait qu’il fait sécher les lanières de poisson et de viande qui sont suspendues à vos cordes et que vos alambics solaires en profitent. Par ailleurs, quand une pluie soudaine et venteuse refait le plein de vos approvisionnements en eau fraîche, vous savez aussi que l’humidité va affecter vos provisions de nourriture séchée et qu’une certaine partie se gâtera peut-être, devenant pâteuse et tournant au vert. Quand le mauvais temps diminue et qu’il est évident que vous avez survécu aux attaques du ciel et à la traîtrise de la mer, votre jubilation est tempérée par votre rage qu’une telle quantité d’eau fraîche tombe directement dans l’océan et par la crainte que ce soit la dernière averse que vous verrez jamais, que vous allez mourir de soif avant que la prochaine goutte de pluie ne tombe.


La pire combinaison d’opposés qui existe est l’ennui et la terreur. Votre vie est parfois un pendule qui va de l’un à l’autre. La mer est au calme plat. Il n’y a pas le moindre souffle de vent. Les heures durent, sans fin. Vous vous ennuyez tellement que vous sombrez dans un état d’apathie qui est presque un coma. Puis la mer s’agite et vos émotions sont secouées de frénésie. Et pourtant, ces deux états contraires ne se distinguent pas franchement l’un de l’autre. Dans votre ennui, il y a des éléments de terreur : vous éclatez en larmes, vous êtes plein d’effroi, vous criez; vous faites exprès pour vous faire mal. Et dans les griffes de la terreur – la plus forte tempête - , vous ressentez quand même de l’ennui, une profonde lassitude face à tout cela.


Il n’y a que la mort pour stimuler constamment vos émotions, soit que vous la contempliez quand votre vie est sauve et fade, soit que vous la fuyiez quand la vie est menacée et précieuse.


La vie sur une chaloupe de sauvetage, ce n’est pas une vie. C’est comme une fin de partie aux échecs, une partie où il reste peu de pièces. Les éléments sont d’une simplicité extrême, mais les conséquences ne peuvent être plus risquées. Physiquement, c’est extrêmement ardu, et moralement, c’est mortel. Il faut vous y ajuster si vous voulez survivre. Bien des choses deviennent inutiles. Vous tirez votre joie de là où vous pouvez. Vous atteignez un point où vous êtes au fond de l’enfer, et pourtant vous avez les bras croisés et le visage souriant, et vous vous sentez comme la personne la plus chanceuse de la terre. Pourquoi? Parce qu’à vos pieds il y a un tout petit poisson mort.


Au prochain saut

lundi 5 avril 2010

Le trois cent quarante-sixième saut / Le trois-cent-quarante-sixième saut



Prêts pour un septième petit coup d’orthographe nouvelle?

Allons-y!

7) La soudure s’impose dans un certain nombre de mots, en particulier dans les mots composés de contr- e- / et entre –e ; dans les mots composés de extra-, infra-, intra-, ultra ; dans les mots composés avec des éléments «savants» (hydro-, socio-, etc.); dans les onomatopées et dans les mots d’origine étrangère.

Quelques exemples :

(AN) contre-appel (NO) contrappel

(AN) entre-temps (NO) entretemps

(AN) extra-terrestre (NO) extraterrestre

(AN) tic-tac (NO) tictac

(AN) week-end (NO) weekend

(AN) porte-monnaie (NO) portemonnaie

La soudure est étendue; au-delà des cas cités dans cette règle, les auteurs des dictionnaires sont invités à privilégier la graphie soudée.

Je vous suggère un site fort intéressant (Le Centre collégial de développement de matériel pédagogique – CCDDMD -) qui propose de très belles pages d’exercices :

www.ccdmd.qc.ca/fr/jeux_pedagogiques/?id=5099&action=animer

Vous devriez bien vous amuser!

CADAVRE EXQUIS

NUMÉRO 7


(alors que la mer étire ses bras électriques la vie de gauche à droite circule accrochée à du roc rouge accueillant sur la grève une mer incertaine)


mille millions de gouttelettes émiettées

jaillissent de son voyage

suivies par des oiseaux blancs

ceux qui étirent les ressacs

devenus silencieux


comme des marins au regard séculaire

main dans la main

se dirigent vers les miroirs érodés

des plages si longues

que le temps s’y perd


dans ta brouette liquide

tu bourlingues l’écho de nos peurs

les distribues

ne les ayant pas encore complètement échappées


… lèche sournoisement

du marcheur les illusions

les rêves les songes les deuils

agglutinés au bout des pieds

comme des coquillages étourdis


les crabes boitent sur une musique de Bach

les oiseaux de mer planent sur un quatuor de Bartok

les grands poissons jazzent sur un air de Berlioz

les coquillages vides transportent des échos de Borodin

les vagues blanches lèchent une symphonie de Brahms


«un carnet d’ivoire avec des mots pâles»


A M P H I S B È N E (nom masculin)

. serpent fabuleux à deux têtes;

. reptile fouisseur, lézard apode capable de se déplacer dans les deux sens.


A P P E A U (nom masculin)

. instrument avec lequel on imite le cri des oiseaux pour les attirer au piège;

- (leurre, pipeau, courcaillet)

. oiseau dressé à appeler les autres et à les attirer dans les filets;

- (chanterelle, appelant)

. servir d’appeau à quelqu’un / se laisser prendre à l’appeau : se laisser duper / se laisser leurrer

Au prochain saut

Si Nathan avait su... (Partie 2) -34-

  Madame Saint-Gelais, précipitamment, ferma la porte du local où s’achevait la réunion de parents. Elle prit la parole: - Je vous demande d...