mardi 13 septembre 2005
Le septième saut de crapaud
samedi 10 septembre 2005
Le cinquième saut de crapaud

Au-dessus de chez-moi, les meubles bougeant sur des roulettes se dirigent vers la sortie et le camion de déménagement. Le locataire quitte. Il emménage dans un condo. Cela, les déménagements, font partie de la routine montréalaise, mais parfois ils peuvent prendre la forme de grands dérangements. Je pense ici aux bouleversements inimaginables qu'ont vécus les Gaspésiens lorsqu'en juillet 1970, une loi les plaçait devant le fait accompli: plusieurs seraient expropriés et de manière cavalière sinon sauvage afin que l'on puisse aménager le parc Forillon. Je lis actuellement le roman de Lionel Bernier, La bataille de Forillon, qui en trace les grands événements. Je suis certain que si on allait dans les cahiers de notre grand-père, on pourrait facilement y retrouver quelques souvenirs figés dans les larmes et les révoltes de cette triste époque. On y reviendra.
J'offre aujourd'hui trois poèmes écrits en juillet dernier à Saint-Maurice-de-l'Échourie ( il me semble que le comité de toponymie du Québec devrait suggérer à ce petit village magnifique qui n'a pas peur de s'avancer très près de la mer, eh! bien de ne porter que le nom de l'Échourie, c'est tellement beau). Les accompagnent deux photos de ce que les Gaspésiens appellent la mer, d'autres le fleuve, certains l'estuaire.
où?se cache le temps
où?se cache le temps entre l'espace des vagues moutonneuses? au bout de l'horizon nuageux? à la cime des arbres qu'écrasent les oiseaux? sur les ailes du vent qui charrie des couleurs sans nom?
(alors que la mer étire ses bras électriques...
où?se cache le temps entre l'immensité de nos amours vertes? plus loin encore que le regard des îles? là où le soleil installe l'éternité?
...la vie de gauche à droite circule accrochée à du roc rouge accueillant sur la grève une mer incertaine)
où? se cache le temps
...dans le coeur des bouleaux éphémères
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le voyage de la mer
la mer a pris un billet de retour en provenance de l'horizon lointain
accoste au quai délavé y laissant des carcasses incrédules
mourir dans les mains de chaque matin
soleil au dos
la mer glisse sur elle-même vers l'inconnu des terres habitées
assoiffée de galets plats que le gris humide évapore
mille millions de gouttelettes émiettées
jaillissent de son voyage
suivies par des oiseaux blancs
ceux qui étirent les ressacs devenus silencieux
au fond de la mer ensoleillée
on entend comme des voix intérieures
depuis longtemps muettes
éclabousser les silences terrestres
fracasser l'indicible
et
récupérer son ticket
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un trou sur la mer
Neptune et Ophélie sur les vagues d'une symphonie bleue regardent les montagnes immobiles leur sourire vaguement
par la marée du matin ils sont descendus marchant entre les agates rejetées par les chorales de baleines
comme des marins au regard séculaire main dans la main se dirigent vers les miroirs érodés des plages si longues que le temps s'y perd
Neptune et Ophélie enlacés près des portes qu'ouvre le vent chantent le silence comme des oiseaux de laine les hymnes siffleux des rêves
... un trou sur la mer
Les bruits se sont tus au-dessus. Les déménageurs reprennent leur souffle. Une cigarette. Comme il est étrange de voir la profondeur de la mer, malgré le brouillard, l'étendue des mouvements de l'eau quand, pour comparer, c'est la courte ruelle et le bruit d'un moteur diésel qui s'étouffe.
vendredi 9 septembre 2005
Le quatrième saut de crapaud
mercredi 7 septembre 2005
Le troisième saut de crapaud
mardi 6 septembre 2005
Le deuxième saut de crapaud

Il était une fois... selon notre patriarche, un vieux rafiot provenant d'Irlande ou d'ailleurs atteignit les eaux gaspésiennes. Il transportait à son bord des matelots n'ayant pour seule expérience que ce premier voyage au long cours. Ils avaient laissé leur dulcinée la rose au bois sur des grèves connues afin d'entreprendre une carrière maritime. À cette époque, nous sommes dans les années 1770, il y a donc quelques siècles, la mer exerçait toujours sur la jeunesse une solide attraction. On ne croyait pas aux sirènes, seulement qu'aux richesses incommensurables à cueillir dans des contrées devenues illustres par des légendes qu'entretenaient de vieux capitaines maintenant assis sur les perrons rongés par les marées des mers anglaises.
Un beau matin -dans les contes et les légendes, plusieurs événements tragiques ou irréels débutent le matin- le soleil tarda à se lever. Le capitaine, un dénommé Synnett, trouva ce comportement bizarre. Il avait bien noté que toute la nuit ses jeunes matelots avaient jasé de leurs amours, un gobelet de bière noire à la main. Le soleil tardait tant et si bien que son oeil de loup de mer habitué à voir dans la vague et les dos de poissons la direction à suivre, eh! bien cet oeil était embué. Il ne pouvait dire, même après avoir consulté le sextant, dans quelle direction LE GRIFFON, le nom que portait son bateau, se dirigeait. Son premier réflexe fut de réveiller l'équipage au son de sa vache marine. Les matelots dans leur pull en shetland retenaient difficilement quelques rototos provenant des liquides de la nuit. Le capitaine les mit à l'heure du jour dans un matin sans clarté. Tous se regardèrent après avoir viré de babord à tribord des yeux écarquillés. La nuit s'étirait. Ne semblait pas vouloir allé se coucher. Ni menaçante ni annonciatrice de tempête, elle ne faisait qu'être là, semblable à un étang sans fin. On en revenait tout simplement pas. Les mots se cherchaient entre eux pour décrire le phénomène. On attendait l'explication du capitaine. Celui-ci, sa vieille casquette aux couleurs délavés par le sel à la main, prit la parole:
- Sur la mer, l'essentiel est dans le ciel. Sur la mer, tout signe doit être pris au sérieux. Ce matin, le ciel est ailleurs. Il faut que nous trouvions le signe qui guidera notre nacelle. Ayons les yeux ouverts.
Et il se tut.
Pris de remords et tentant de retenir la panique, les matelots s'installèrent, pour certains à la poupe, pour d'autres à la proue, scrutant dans la nuit du jour quelque mouvement ou quelque rien du tout pouvant leur indiquer par où Neptune voguait. Néant. Des heures et des heures, et la situation n'évoluait pas. Le capitaine ne s'était pas pointé le nez. Un grand vide liquide devant eux semblait les porter. Dans leur coeur et leur âme, d'immenses regrets s'installaient. Sans le dire, ils alimentaient la certitude que leur nuit passée à boire et à rire et à tenter d'oublier les rondeurs de leurs filles, eh! bien ils s'en trouvaient punis ce matin, par un matin sans soleil. Ils savaient que la journée avançait, que le bateau stagnait et l'immobilité s'ancrait autour d'eux. Le désespoir prenait la place des remords. Intérieurement, ils prononçaient des prières, des oraisons et alignaient des promesses à chacun de leurs dieux.
Ce matin sans fin se transforma en jours, en nuits, en jours... sans jamais bouger. Et comme dans la chanson les vivres vinrent à manquer. Par chance, on ne connaissait pas le jeu de la courte paille et de toute façon parmi les matelots il n'y en avait pas de plus jeune, ils avaient tous le même âge. La même peur les rongeait. Le même soleil leur manquait. La pluie ne venait pas. Ils vivaient comme dans une espèce de grand rien. Et toujours le capitaine s'isolait dans sa cabine.
Pour faire une histoire courte de cette histoire, voici ce qui arriva environ un mois plus tard...
Le capitaine Synnett, de bon matin dans ce même matin , apparût. Il paraissait dans une forme éclatante. De sa voix chantante:
- La vie ressemble beaucoup à ce matin éternel. Durant de longs et interminables moments nous vivons dans rien, avec rien et de rien. Aucune boussole, aucun sémaphore, aucun instrument à bord du navire ne peuvent nous guider parce que le matin est sans soleil. Parce que nous ne nous souvenions plus que la mer est plus grande que nous, le soleil plus brillant que nous. Alors nous tournons à vide. Faisons du sur place. Nous nous décourageons. Cherchons des signes différents et nouveaux. J'ai vu, en montant sur le pont, que l'aileron d'un poisson trace autour du navire comme un trou. C'est un requin. Bleu. Il nous invite à le suivre. Nous le suivrons.
Et LE GRIFFON prit pour azimut cet aileron de requin. Tout doucement d'abord, plus rapidement ensuite, cela les conduisit sous les grandes ailes d'une lumière lointaine. C'était un phare. Quelques heures plus tard, ils le virent dans toute sa grandeur, sa majestuosité, assis sur un cap où fleurissaient des rosiers. Ils descendirent. Le requin prit quelque distance sans trop s'éloigner. La baie l'accueillit.
- Nous appellerons cet endroit Cap-des-Rosiers.
Voilà donc l'histoire non officielle de ce phare qui encore aujourd'hui lance sur la mer des clins d'oeil à des marins qui tournent en rond dans un matin sans fin.
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