mardi 9 août 2016

S P É C I A L E - Eudore Bergeron (4)

Eudore en compagnie de l'oncle Robert et d'une de ses Cadillac.
On peut lire J.E. Bergeron & Fils


Eudore
et 
Coburn Gore

Quatrième partie

Voilà, c'est tout. 

Par ''c'est tout'' je veux dire que le plan tracé au départ, - souligner le 130ième anniversaire de naissance de grand-papa Eudore Bergeron - est exécuté. En fait, l'intention derrière cet exercice soutenait l'idée de nous le rappeler.

J'avais en tête, au départ, deux grandes idées: 
la première portait sur ma conversation avec Eudore suite à la réception de mon baccalauréat en pédagogie; 
la deuxième, raconter cette semaine hivernale passée en sa compagnie à Coburn Gore. Il fallait faire ressortir le caractère du grand-père, un peu de son cheminement et beaucoup insister sur l'importance que le camp de Coburn Gore revêtait à ses yeux.

Il ne fallait surtout ne pas errer dans les dates. Je devais donc faire corroborer certains détails essentiels à la véracité du texte. Qui de mieux que cousine Danielle pour me renseigner sur ce dont ma vacillante mémoire trop souvent culbutait. Elle aura eu l'immense privilège de cohabiter avec lui et cela dès sa naissance: Eudore, ainsi que Rose-Anna et tante Lucienne. Donc, témoin de première ligne. Nos échanges de courriels ont ravivé je ne sais trop combien de souvenirs. À partir des anecdotes qu'elle m'a racontées, des braises ont repris feu. À tel point que je ne suis plus du tout pressé d'achever cet hommage à 
Eudore. 


 



Nous partageons, Danielle et moi - et sans doute plusieurs autres cousins, cousines de la grande famille Bergeron - un attachement profond envers ce grand-père dont je souhaite voir, tout comme elle, sa mémoire demeure vive au coeur de nos vies .

Je souhaitais aussi recevoir des documents de cette époque. Ici, cousin Yves, par ses trésors inestimables que représentent les photos qu'il m'a fait parvenir, fut d'une aide inestimable

Voilà donc que ce n'est pas tout...  

Je crois en immortalité, c'est-à-dire tant et aussi longtemps que nous citons le nom d'un être, celui vit toujours. C'est mon souhait: remettre Eudore, sa vie, ses nombreuses oeuvres frais dans nos souvenirs.

Il fut le pivot d'une famille peu ordinaire. Il aura fondé, avec grand-maman 

Rose-Anna, un clan (ensemble de familles se groupant autour d'un même chef et ayant un ancêtre commun); une lignée; une filiation spirituelle. 

Eudore Bergeron aura été beaucoup plus que le président d'une compagnie exploitant un produit, la margarine. Il aura été un monument dédié à l'honnêteté, la générosité et à l'honneur. Toute sa vie fut consacrée au travail bien fait, à la recherche de l'excellence. Excellence en tout. 

Homme de peu d'instruction il fut doté d'une éducation exceptionnelle qui lui a permis d'être respecté à bien des égards: les affaires, la politique, la philantropie et la spiritualité. En effet, Eudore fut un être qui n'a jamais douté. Sa croyance religieuse ne logeait pas dans les bénitiers mais dans l'actualisation quotidienne des préceptes chrétiens qu'il aura suivis à la lettre.


Encore je le revois, lors du chapelet quotidien que grand-maman récitait. Les yeux fermés, il continuait la prière là où grand-maman s'arrêtait, mais je sentais qu'il était plus loin que la mécanique des réponds. Son esprit pragmatique devait sans doute le mener là où nous n'étions pas. Il n'a pas pratiqué une religion de demandes, d'exhortations, de suppliques. Il pouvait par lui-même répondre à ses besoins. Il n'allait certainement pas embêter qui que ce soit avec cela.


Danielle, dans les extraordinaires petits moments qu'elle se rappelle et me relate, fait rejaillir tant et tant de choses. 

D'abord, que le chalet de Coburn Gore, on l'a toujours nommé le ''camp''. On allait au camp...

Puis, la présence de l'oncle Napoléon, 

frère de grand-maman Rose-Anna. Cette force de la nature me raconta un jour avoir été de l'équipe ayant peinturé le pont Jacques-Cartier à Montréal, au milieu des années 1920, avec pour équipiers des Mohawks de Caughnawaga (aujourd'hui Kahnahwake). On avait retenu sa candidature en raison du fait qu'il ne souffrait pas du vertige.

Le fait qu'Eudore prononçait le nom de la cousine-germaine de grand-maman 

Rose-Anna, MARIE-ÂNE.  

Les corvées de bois à Coburn Gore que le grand-père dirigeait avec son ardeur coutumière, la mettant à l'oeuvre très tôt le matin, au risque de réveiller tout le monde. Je me rappelle celle que l'on fit tout près du camp Etcheverry, là où tante Paulette faillit mourir de peur alors qu'un ours noir surgit à quelques mètres d'elle.

Les interminables soirées de cartes (500). Grand-maman adorait et on la taquinait, lui disant qu'elle trichait. Elle s'assoyait toujours à la même place, aimait bien avoir tante Lucienne pour partenaire autant qu'elle raffolait prendre la mise. Je dois avouer qu'elle était une excellente joueuse. Mon père Gérard, grand preneur lui aussi, la forçait continuellement à grimper sa prise, ce qu'elle faisait sans se faire prier.

Puis, au grand déplaisir d'Eudore, elle sortait le ouidja... Tout notre avenir allait être dévoilé.

Que dire aussi de la cueillette des fraises sauvages, des framboises et des bleuets. Eudore connaissait les bons ''spots''. Ça se terminait en de fabuleuses tartes! 

Malgré qu'Eudore ne fut pas un marin d'eau douce, il avait acheté un chaland, aujourd'hui nous dirions un ponton. Je ne sais pas si quelqu'un se rappelle l'avoir vu y monter, moi pas. Que cousine Marie-Anne partir en chaloupe afin de voir ce que les castors fabriquaient ou détruisaient. Elle ramait alors que les huards  jasaient avec elle.

Danielle me rappelle avoir appris par lui le nom des arbres. Eudore ne parlait que de ce qu'il connaissait, autrement il se taisait. Mais grand Dieu! qu'il écoutait. Tout ce que ce cerveau mathématique emmagasinait relève de la légende. Sa mémoire phénoménale ne lui a jamais fait défaut mais il avait l'habitude, avant d'énoncer quoi que ce soit, de vérifier l'information par des questions concises et précises.

Coburn Gore fut pour Eudore un royaume où il régnait en maître absolu, mais son pied à terre restera toujours en haut de la beurrerie - Danielle dit en haut des ''boilers'' -  Il y faisait une de ces chaleurs que seule tante Lucienne savourait. Je me rappelle qu'elle dormait dans sa chambre surchauffée, une couverture électrique sur le dos, poussée au maximum.

Tous se souviennent des réveillons de Noël dans cette maison où nous nous entassions à je ne sais plus combien d'oncles, tantes, cousins et cousines. Des préparatifs en vue des Fêtes, Danielle saurait mieux que moi vous en parler mais je me rappelle que tante Lucienne avait l'immense tâche, disons plutôt la corvée, de monter à Montréal, chez Eaton, acheter les cadeaux pour tout le monde. Elle profitait de la parade du Père Noël pour s'y rendre, accompagnée d'une cousine: le magasinage, c'était pour les filles.

Tante Lucienne n'oubliait jamais personne sauf elle-même j'en suis convaincu. Comme elle dut être heureuse l'année où Eudore décida que ''les enveloppes'' qu'il offrait à ses enfants, gendres et brus, allaient s'étendre aux filleuls.

Dans ma souvenance, les vacances de Noël pour la famille Turcotte débutaient par un voyage en train. Nous partions de Saint-Hyacinthe, nous arrêtions à la gare de Bromptonville située tout juste en face de chez l'oncle Philippe qui nous attendait. Impossible d'oublier notre joie lorsque celui-ci, un homme jovial comme il s'en fait plus, nous accueillait. On ne le disait pas mais tous nous savions qu'il allait devenir le Père Noël quelques heures plus tard.

Je me rappelle également l'année où l'oncle Philippe fit du film. Comme nous nous sentions importants, impatients de voir les résultats. Ils doivent certainement encore exister rangés quelque part.

Ah! quel beau temps ce fut...

J'achève cet hommage en vous invitant à y joindre un souvenir d'Eudore, une anecdote, une photo et je souhaite que de ces quelques pages, IL puisse renaître en nous, là où de toute façon il vivra toujours.





 Fin


P.S. Comme le dit si bien le dicton: ''toute bonne chose a une fin''... alors je vais l'inverser et dire: ''toute fin amène une bonne chose''.  Alors je vais publier en épilogue quelques photos... qui en feront rougir quelques-un(e)s, sourire d'autres mais surtout intéressantes du fait qu'elles furent prises à l'époque d'Eudore. Et là ça sera vraiment la note finale.  À la prochaine.
















dimanche 7 août 2016

S P É C I A L E - Eudore Bergeron (3)

Voici le troisième texte de la série en hommage au grand-père Eudore Bergeron que l'on voit sur cette photo en compagnie de l'oncle Napoléon, frère de grand-maman Rose-Anna. Ils posent devant le camp à Coburn Gore.




Le voici donc cet autre souvenir vécu avec Eudore, plus intime celui-là. 

Il était de notoriété publique qu'Eudore, continuellement désireux d'aller au camp en toute saison mais jamais seul, lançait des invitations à tout vent. J'en reçus une à l'hiver 1963 ou 1964. En attente d'une chirurgie, il m'était impossible de fréquenter l'école, me morfondant à la maison. Lucienne appela Fleurette et le lendemain la Cadillac me ramassait; nous étions en route vers les États.

Je ne peux oublier le froid qui régnait à ce moment-là. Lui et moi ne faisons pas bon ménage. Eudore fit déblayer la route menant au camp, le chauffa - je crois plus qu'à l'accoutumée - et nous entreprîmes une semaine ensemble, isolés sur la neige ferme. Je ne savais trop à quoi m'attendre puisque c'était la première fois que nous nous retrouvions seuls tous les deux, dans la plus grande intimité.

Lucienne et grand-maman Rose-Anna avaient préparé du ''boulli'' pour la semaine; je crois qu'il dut en rester.

J'avais glissé dans mon bagage deux recueils de Federico Garcia Lorca. Me disant sans doute que le soleil espagnol allait réchauffer cet hiver québécois.

Eudore faisait tout dans le camp, me laissant pour tâche celle de me rendre au lac y puiser l'eau pour les toilettes. Je ne sais pas si ce trou il l'avait creusé lui-même, mais je devais souvent faire éclater les glaçons qui regelaient aussitôt.

- Faut pas que la pompe gèle, disait-il en bourrant le poêle. 

Nos journées se passaient sans autres échanges de paroles que les essentielles. Il faut préciser, et je tiens peut-être cela de lui, que je n'étais guère plus ''jaseux'' que ce grand-père dont je me rappelle me dire qu'il n'avait pas l'air vieux. Il avait plutôt l'air heureux dans tout ce silence qui s'enfermait sur nous aussi rapidement que la neige s'amoncelant sur le camp.

- Parfait pour le ski-doo, dit-il.

Je ne suis pas adepte des activités hivernales mais partir sur cet engin jaune qu'il maîtrisait parfaitement bien, assis derrière lui, fut une découverte. Il m'autorisa le lendemain à le conduire moi-même. Il avait pris soin de me montrer la route; celle qu'il fallait emprunter une fois traversée la route nationale.

Il n'allait pas vite. Le lendemain, moi, plus lentement encore. Le temps se figeait dans la neige et le froid sur ce sentier aux mille et une courbes d'où, j'étais certain, nous allions surprendre un quelconque animal sauvage. 

Quel temps sublime! Garcia Lorca demeura dans mon sac. Je lus trois poèmes, tout au plus. Je n'en avais que pour repartir sur le Bombardier et Eudore, voyant mon vif intérêt pour ces randonnées, me le laissait, s'étant assuré que je n'allais pas être en panne d'essence.

Au retour, ça sentait le ''boulli'' dans le camp. Revêtu d'un tablier qui donnait à Eudore l'allure du chef cuisinier d'un camp de bûcherons.

- L'air pur ça creuse l'appétit, dit-il avec cette espèce de sourire dont on ne pouvait qu'être admiratif. Ses yeux multipliaient tout ce bonheur que rien n'aurait pu diluer.

Eudore était un couche-tôt. Pour ne pas devoir chauffer tout le camp, la porte menant au solarium demeurait fermée. Là où pendant des heures et des heures, l'été, je discutais avec cousine Marie-Anne.

 De poésie surtout. Elle affectionnait Marie Noël. J'ai conservé longtemps l'oeuvre complète de cette poétesse qui fut la première à inspirer les piteux poèmes que j'écrivais. Je les retranscrivais dans un recueil - vert avec des tranches dorées - qu'elle m'avait offert.  - Tu les noteras dedans sans oublier de les dater. Les dates sont très importantes, me disait-elle.

Eudore endormi, j'écoutais l'hiver enragé cracher sa neige et le froid hurler à la porte. Seule une lampe installée sur le bahut près de la porte d'entrée du camp m'accompagnait. Je ne sais trop pourquoi mais je n'arrivais pas à lire. Je n'osais pas mettre en marche la radio de peur de déranger Eudore qui respirait calmement, confortablement assoupi dans la seule chambre du camp.

Couche-tôt, et lève-tôt aussi. J'ai peine à me rappeler si, au déjeuner, il buvait cet infect Postum qu'avant d'aller au lit il semblait déguster comme un élexir.

- Un petit Postum, me demandait-il.  Jamais je n'oublierai les couleurs (bleu et gris) du bocal. Seulement à regarder le contenant, le contenu me répugnait.

La semaine passa lentement. Je sentais qu'il la souhaitait encore plus au ralenti. Non pas en raison de ma présence mais surtout du fait qu'il allait devoir par la suite se trouver un nouveau compagnon. Nous ne nous dérangions pas. Sauf les ballades en ski-doo, aucune autre activité s'ajouta au programme. Pour Eudore, être au camp comblait ses besoins. J'étais accessoire. Je ne sais pas si les autres qui l'y accompagnèrent avant et après ont ressenti la même chose, mais rétrospectivement - cinquante ans plus tard - c'est toujours l'impression que j'en conserve.

À aucun moment de notre court séjour il s'informa de quoi que ce soit à mon sujet; il n'aborda pas non plus les questions de l'avenir d'un adolescent de 16 ou 17 ans. Je crois tout de même qu'en son for intérieur il avait compris qui j'étais; c'est flou mais c'est ce que je crois. On a plaisir à raconter, parlant des êtres qui ont eu une influence importante, parfois décisive sur le cours de notre vie, à rappeler une parole, une réflexion qui auraient pu avoir un certain ascendant sur la suite de notre existence. Eudore n'était pas de ce type d'individu. Ce qui dégageait de lui... c'était lui. Entier, honnête, fier et fidèle.

La seule conversation sérieuse que nous eûmes, a porté sur grand-maman Rose-Anna. Comme il a aimé cette femme! Elle fut, dans les peu de mots qu'il utilisa pour m'en parler, toute sa vie. Sans elle, jamais il n'aurait pu surmonter les difficultés énormes qui se sont présenté à lui. Sans elle, jamais il n'aurait songé voyager partout au Canada, au Mexique, en Europe. Les voyages, c'était elle, grand-maman Bergeron, qui lui en inocula le virus. Je ne crois pas me tromper en disant qu'il faisait tout pour elle, qu'elle était tout pour lui.


Et je suis revenu à la maison. Fleurette m'annonça que l'hôpital me convoquait pour dans quelques jours.  - Ça été bien au camp?   Je lui répondis qu'elle devrait faire du ski-doo.






À suivre









vendredi 5 août 2016

S P É C I A L E - Eudore Bergeron (2)

Voici le deuxième d'une série de quatre (4) textes en hommage à mon grand-père Bergeron.


Eudore 
et 
Coburn Gore

Deuxième partie



     Je conserve précieusement un autre souvenir de mon grand-père Eudore. Intime celui-là. Avant de l'aborder, quelques mots.

Je ne sais plus trop qui a dit: une seule fois dans la vie, nous nous approchons du paradis à moins que ce ne soit lui qui s'approche de nous. Ça m'amène à vous glisser quelques mots de celui d'Eudore: Coburn Gore.

À ma souvenance, le grand-père aurait été contacté par un important propriétaire d'une scierie de La Patrie, petit village situé tout près de Lac Mégantic: Wilfrid Grégoire qui possédait un immense domaine de l'autre côté des lignes américaines (dans le Maine) que l'on franchissait à Woburn. 

En 1959, ayant visité l'endroit, il en tomba follement amoureux. Il venait d'y trouver son paradis. Selon quelles modalités et en raison de quels arrangements, je ne sais trop, mais le voici propriétaire de camps en bois rond construits autour du lac Arnold: celui que l'on appelait ''le camp de pépère''et ceux de Lucienne, Philippe, Roger et un autre surnommé ''l'hôtel''. Un urgent besoin d'argent liquide de la part de monsieur Grégoire facilita la transaction. 

Cousine Danielle me rappelle que les Rangers américians furent appelés à plusieurs reprises afin de rappeler à des Américains protestant vigoureusement contre une interdiction qui les empêchait de  pêcher ou chasser sur un territoire dont la propriété était celle de... Canadiens-français, de ne plus y jeter leurs lignes à l'eau. Cela n'a pas semblé impressionner les Bergeron qui ne se privèrent pas d'aller à la pêche sur le lac Arnold ou encore sur le petit lac artificiel de l'autre côté de la route nationale.

L'endroit répondait au nom de Arnold Pond Fish and Game Club. Sans doute géré par une quelconque structure, l'essentiel demeurant que voilà un merveilleux endroit pour la chasse et surtout la pêche. Il existe une tradition de pêcheurs chez les Bergeron que plusieurs de mes cousins et cousines sauraient documenter mieux que moi.

Eudore n'était pas un adepte de ce sport comme le furent Philippe, René, Roger, Paulo par exemple. Malgré leur immense talent, je ne crois qu'ils ont réussi à capturer le fameux ''Oscar'', poisson mythique dont on a tellement entendu parlé. Ce qu'Eudore y trouva fut plutôt le calme, la paix de l'esprit, le repos. Dans une oasis de silence qui convenait parfaitement bien à son caractère et son tempérament.

Il s'y rendait régulièrement. Une deuxième vie s'ouvrait devant lui. Je ne crois pas me tromper en disant qu'il y vécut heureux la plus grande partie de ses dernières années. Grand-maman Rose-Anna y allait mais ne vibrait pas au même diapason. Elle accompagnait son mari. Lui récitait le chapelet tous les soirs. Lucienne, qui n'est peut-être pas entrée dans son propre chalet plus de deux fois, était de la partie.  

Dénombrer ceux et celles qui ont profité de cet endroit enchanteur relève de l'impossible. On y passait les uns à la suite des autres. Pour de courts séjours ou des périodes estivales, ces instants demeurent inoubliables.

Quelle ne fut pas la merveilleuse idée de tante Lucienne d'y inviter, un certain été dont j'oublie le quantième, tous les cousins et cousines, petits-fils et petites-filles d'Eudore! Mémorable. J'invite ceux et celles qui conservent de cette amicale des réminiscences toujours fraîches à l'esprit, de nous les partager.

Eudore, je le revois encore se berçant sur la petite galerie,

fixer l'horizon avec dans les yeux cette expression du bien-être parfait. 

L'été, sa vieille Citroên Deux-Chevaux...
l'hiver, son ski-doo Bombardier qu'il affectionnait particulièrement.

Il n'était pas exigeant. Se lever très tôt le matin, chercher une occasion d'aller en ville (Woburn) faire les courses chez Périnet si je ne me trompe pas, s'amuser avec les douaniers incapables de dire deux mots en français. Pour sa part, Eudore ne comprenait que le devenu célèbre: ''What's your name?''

Il aimait faire le tour de quelques vieilles connaissances toujours actives sur leur ferme, leur achetant des produits tout en placotant du ''bon vieux temps''.

Personne ne l'aura vu malheureux, inquiet, irritable lorsqu'il siégeait à Coburn Gore. Philippe et Bérengère venaient régulièrement lui faire rapport des progrès de la compagnie. Eudore écoutait mais ça ne faisait déjà plus partie de ses préoccupations. Il avait laissé l'entreprise entre bonnes mains. 

Cette autre anecdote de cousine Danielle: '' Je me souviens encore de son numéro de téléphone à Coburn Gore: 3- 2 sonner 2 coups. L’opératrice nous renseignait avant même qu’on demande de faire l’appel, nous disant, ''il n’est pas là''. 



Nous les Turcotte,famille assez bigarrée s'il en est une, fûmes habitués au fait que les parents ne possédaient pas de voiture. Heureuse chance pour les autres automobilistes car les talents de Gérard comme chauffeur ne furent pas très reluisants! Ceux de Fleurette, ma mère, non plus. Valait mieux nous en remettre au taxi ou aux transports en commun.

Nous nous rendions à Coburn Gore avec l'aide d'un généreux conducteur. Le paternel Gérard fut une personne pour qui cesser de bouger relevait de l'impossible. Continuellement, il devait être en contact avec les journaux, les nouvelles de dernière heure, un téléphone à portée de main. Le camp, sans que ce ne lui soit une corvée, ne fut jamais une priorité pour lui. Nous y allions donc plus souvent qu'autrement sans sa présence. Pour Fleurette, tout à fait le contraire.


Jacques et moi furent ceux de la famille qui en bénéficièrent le plus. Moi, j'aimais bien y être lorsque cousine Marie-Anne y séjournait, souvent tout l'été. J'ai toujours voué pour la cousine-germaine de ma grand-mère une immense affection. Montréalaise, elle tranchait beaucoup sur les gens de son âge, autant par ses idées que ses agissements. Elle fumait encore à quelques jours de sa mort. Tous les soirs avant de se coucher, elle déliait des graines de lin dans de l'eau bouillante. Les oncles s'en moquaient bien: ''la graine de lin, la graine de l'autre.''

Jacques, en raison de sa quasi filiation avec Philippe, Bérengère, les grands-parents Bergeron et Lucienne, s'y est rendu régulièrement. Ce qu'il fit tout au long de sa vie. Tous les étés, il appelait Philippe ou Bérengère afin de trouver avec eux un espace libre pour y passer quelques jours. 

Personnellement, je ne peux oublier que c'est à Coburn Gore, en 1978, dans le chalet de Philippe, que Catherine, ma fille aînée, y fit ses premiers pas. Jacques et Sylvie nous accompagnaient.

C'était un lieu commun parmi nous (frère et soeurs Turcotte) de dire que le premier père de Jacques, c'était Philippe, sa première mère Lucienne. Il en fut ainsi toute sa vie. Je me permets un petit aparté. Lors du décès de Philippe, Jacques peinait déjà avec sa voix sans savoir qu'un mal pire encore sourdait en lui. Il lui aura fallu l'aide de Sylvie, son épouse, pour lire le texte qu'il avait écrit en mémoire de Philippe. 

Il ne fallut pas beaucoup de temps pour que Coburn Gore devienne le lieu de chute des familles Bergeron et des autres. Nous savions qu'Eudore y était. Quatre saisons durant. Qui souhaitait le rencontrer n'avait qu'à traverser les lignes...




À suivre

jeudi 4 août 2016

- S P É C I A L E - Eudore Bergeron

Eudore  
et  
Coburn Gore

Première Partie 
J.Eudore BERGERON

Eudore Bergeron, mon grand-père maternel, est décédé il y a 45 ans, le 13 mai 1971. C'est 130 ans qu'il aurait eu ce 4 août 2016. Il a fait fortune, l'a perdue puis retrouvée en commercialisant la margarine, parmi les premiers au Canada.  Auparavant il était beurrier. Ses études - à l'époque une école de laiterie avait pignon sur rue à Saint-Hyacinthe, peut-être y alla-t-il? - furent payées par un curé -    Une anecdote au sujet de sa faillite: une fois qu'il eut la tête  sortie de l'eau et vaincu une dépression, il s'est empressé de rembourser tous ceux qui avaient perdu de l'argent à cause de lui.

Sachant à peine lire, il arrivait à écrire son nom, guère plus. Eudore n'avait pas le sens des affaires scolaires; pour les affaires commerciales, un génie! Il sentait là où niche le profit. C'est par lui-même que mon grand-père Eudore s'est enrichi, personne devant lui pour indiquer la route à suivre, les écueils à éviter. Il aura su éviter les embûches que certains mirent devant lui.

Eudore a été riche, très riche même mais il se plaisait à répéter que sa plus grande fortune était sa femme, Rose-Anna,
la belle Rose-Anna qu'il a vénérée, adorée  durant près de 60 ans. Une autre femme importante pour Eudore, celle que l'on surnommait amoureusement Memère Hardy, la maman de Rose-Anna. Et ses dix-sept enfants dont quinze vivants, se plaisait-il à dire à l'époque où je l'ai connu.

Le travail, de l'aurore à la nuit, aura été sa religion. Il détestait, exécrait même la paresse et le farniente. Un homme se bâtit par l'ouvrage. Une femme, par les enfants et le fait de s'occuper de la maison au sens large du terme. Sauf que pour l'adorée, Rose-Anna, il souhaitait qu'elle conserva cette noblesse, celle des Châtillon de France, qu'elle portait telle une princesse. Une reine.

Tant de fois, et je le revois encore assis au bout de la grande table dans la cuisine surchauffée sise à l'étage de la beurrerie que l'on appelait ainsi, alors que dans les faits on y fabriquait de la margarine, le ''spread''... sans doute en lien avec l'idée de ''tartiner''. Il contemplait sa Rose-Anna, assise à l'autre extrémité, ne lui faisant pas face laissant Lucienne, la plus âgée des filles Bergeron, le soin d'équilibrer la tablée. Il y avait tant d'amour dans ses yeux.

Eudore aura vécu une partie du 19e et du 20e siècle, connu deux guerres mondiales sans y participer, animé par toutes la caractéristiques qu'habituellement on attribue aux ''conservateurs'', aux valeurs conservatrices: l'ordre, le mérite, la sécurité, la tradition, la préférence pour le concret plus que pour l'abstrait, le particulier plus que le général, la famille, la puissance davantage que la connaissance. Tout Duplessis quoi!

Souvent colérique, après tout il est né sous le signe du Lion, mais sans esclandres. Son sacre, Bout de blasphème!, annonçait du très sérieux. Rose-Anna, surtout Lucienne, toutes deux réunies parvenaient à le calmer. Il allait alors s'étendre sur le sofa en cuir brun de la cuisine, les deux femmes sachant très bien qu'il s'en relèverait légèrement calmé... mais jamais complètement apaisé.

Il vouait à ses enfants une admiration sans bornes, surtout ceux qui avaient du caractère et... qui l'écoutaient. Il ne tolérait pas la résistance à son autorité dont, j'en suis certain, il croyait lui avoir été léguée par Dieu. L'autorité paternelle était synonyme, pour Eudore, d'autorité divine. N'était pas né et loin de l'être celui ou celle qui aurait pu ébranler cette croyance. Sauf que le temps, la sagesse peut-être, allait l'assouplir.

Je parle d'Eudore mais dans le tous-les-jours il répondait au nom de J. E. Bergeron: le ''J'' étant le traditionnel Joseph que tous les enfants baptisés recevaient à l'époque. Sa compagnie éponyme: J.E. Bergeron et Fils Limitée. Sise à Bromptonville à quelques petits kilomètres de Sherbrooke en Estrie, rue Saint-Jean-Baptiste.

Eudore est donc né le 4 août 1886, décédé le 13 mai 1971. Je l'ai connu l'espace d'une vingtaine d'années. À titre de filleul, j'eus droit, le privilège devrais-je plutôt dire, de voir mes études entièrement payées par lui. Il ne croyait pas tellement à la scolarisation; ses diverses expériences de ''payeur d'études'' furent plutôt désastreuses. En fait, aucun de mes cousins n'ayant pu lui présenter un diplôme de quelque école que ce fût. J'allais, en 1969, lui remettre entre les mains mon baccalauréat en pédagogie.

Avant d'aborder ce moment resté imprimé dans mon esprit de manière indélébile, une petite anecdote qui vous montrera à quel point payer pour des études le rendait hésitant mais respectueux d'honorer sa décision de le faire. 

À l'École normale des hommes (rue Jolliet à Sherbrooke), je vivais en résidence. Une sorte de ''tout inclus'': chambre, cafétéria, études. Lorsque prise la décision de déménager nos pénates à l'Université de Sherbrooke, la situation changea. Il me fallut trouver un appartement. Tante Lucienne et moi en visitèrent quelques-uns avant d'établir mes quartiers généraux sur la rue Montréal. Une chambre et une salle de bains, pas de cuisine. Eudore, en homme pragmatique, décida de rencontrer monsieur Paul Lussier qui alors exploitait la grande cafétéria de l'Université. Il s'entendit avec lui: j'allais recevoir une liasse de billets que j'échangerais à la cafétéria contre un repas. Comme de raison, la liasse comprenait la quantité exacte de tickets équivalant au nombre de repas hebdomadaires. Eudore passait toutes les semaines pour régler la facture. Vous imaginez bien que j'étais le seul à bénéficier d'un tel traitement qui me valut quelques bonnes blagues de la part de confrères et consoeurs...

 Je tairai ces quatre années universitaires (Université de Sherbrooke pour laquelle dans un élan philanthropique il avait généreusement contribué à la fondation) qui furent remplies de plusieurs tours de passe-passe orchestrés par Lucienne, mon extraordinaire tutélaire.
Tante Lucienne, fière comme pas une, avait reçu mon diplôme avec beaucoup d'émotion. Elle me suggéra d'attendre le bon moment pour le présenter à un Eudore usé par le temps et dont il fallait ménager les coups d'émotion. Le temps venu, Lucienne ayant habilement préparé le terrain, je me présentai à lui. Il venait tout juste de se réveiller, confortablement étendu sur ce divan de cuir de la cuisine. 

Le sourire d'Eudore a toujours été énigmatique. Il émergeait de sa bouche un rictus à la fois doux et narquois. Ses yeux ne laissaient rien transparaître même si parfois, remplis de larmes décolorant leur texture, s'en dégageait une formidable sensibilité.

Je lui remis le document officiel attestant la fin de mon parcours couronné de succès. Il se taisait. Le sceau doré semblait le fasciner, ça se voyait. Il me jeta un regard oblique, me tendit sa main veineuse, chétive. Il dit:   ''Avec ce papier-là, tu peux enseigner?'' J'avais en tête une requête. Tante Lucienne m'avait conseillé de ne pas la lui présenter d'entrée de jeu, voir sa réaction puis, délicatement, sortir le chat du sac.

Il aura fallu quelques jours avant que nous fussions en mesure, lui et moi, d'aller plus loin que le papier officiel de l'Université. À cette époque, les directions générales des commissions scolaires arpentaient les universités pour y recruter de nouveaux enseignant(e)s. Nous sommes en 1969, la réforme scolaire qui suivit le Rapport Parent allait bon train et on manquait d'enseignants partout sur le territoire. 

Les deux dernières années passées à l'U de S (Université de Sherbrooke), sans qu'Eudore ne soit mis au courant car, me disait Lucienne, il aurait manifesté son désaccord, j'étais président de l'association étudiante. Un mandat fort chargé en raison du fait que le Ministère de l'Éducation, mettant la clef dans la boîte des écoles normales, intégrait tous les étudiant(e)s dans les facultés universitaires. Ce fut à Sherbrooke une ère... difficile.

La manière dont était gérée l'École Normale datait du siècle dernier (XXième). La mainmise des responsables de la formation des enseignants (autant chez les hommes que chez les femmes) calquait davantage le style des communautés religieuses que celle qui prévalait dans les facultés des Sciences de l'Éducation. Les relations entre Monsieur Richard Joly (recteur de la faculté des Sciences de l'Éducation de 1968 à 1972) et Monseigneur Maurice O'Bready (principal à l'École Normale) étaient excellentes. L'illustre Monseigneur voyait dans l'arrivée des Normaliens à l'université un grand pas pour l'éducation.   Monseigneur O'Bready a été un des fondateurs de l'Université de Sherbrooke. La grande salle de spectacle de l'Université porte son nom, un hommage fort bien mérité. 

Ce ne fut pas aussi facile du côté des différents responsables pédagogiques de l'École normale qui voyaient le tout d'une autre façon. Tout ce brouhaha rejaillissait sur nous, étudiants pris entre deux feux. Heureusement, le modernisme l'emporta sur ce que je pourrais appeler l'archaïsme.

J'en discutais avec ma tante Lucienne, Elle suivait de près la situation me conseillant toujours de n'en point parler avec mon grand-père qui aurait été choqué par mon engagement auprès de l'association. Je marchais donc sur des oeufs... Il a toujours soutenu que l'on ne peut courir deux lièvres à la fois.

La diplomatie et l'influence de Mgr O'Bready firent que nous fûmes (Normaliens devenus Universitaires) intégrés de manière disons... correcte. Sans plus. Mes responsabilités à l'association devinrent, du coup, complexes. C'était comme si nous sortions d'un cocon bien ouaté pour nous joindre à un univers plus dynamique, plus engagé, plus aérien.

Je me suis beaucoup investi dans cette tâche. Pierre-Marc Johnson, alors président de l'Association des Étudiants de l'Université de Sherbrooke, facilita bien des choses.

Au cours de ces deux années (1967-1969), Eudore répétait avec fierté que son petit-fils étudiait à l'Université, qu'il allait devenir, tout comme le fut son père Gérard, professeur. Le terme avait pourtant changé. Nous serions des enseignants, le titre professeur demeurant réservé à ceux de l'Université et des CEGEP qui alors pointaient leur nez dans le décor.

Eudore, au volant de sa Cadillac, venait occasionnellement me reconduire sur la rue Montréal où j'avais ma chambre, laissant le soin à Lucienne de me déposer, sous les regards moqueurs de mes confrères et consoeurs, sur l'agora de l'Université. Après quelques mois, c'est elle qui fut chargée de régler les comptes avec la cafétéria de Paul Lussier. J'avais droit à ce traitement de faveur alors qu'une fin de semaine sur deux je me rendais à Bromptonville. Le lundi matin on me ramenait à l'Université ou je sautais dans le bus.

Je reviens donc sur la suite de la remise du diplôme à Eudore, ayant, sur les conseils de tante Lucienne, attendu quelques jours. Avant de repartir vers Saint-Hyacinthe pour un emploi d'été, je demandai à mon grand-père s'il acceptait de financer mes études vers la licence en Français. Le terme ne lui disait rien. Je lui expliquai. Je le revois encore réfléchir. Ça roulait vite dans cette tête! Il me dit:   ''Tu m'as dit que pouvais travailler avec ton papier?'' J'acquiesçai.   ''Alors mon gars, va travailler.'' Mon sort universitaire était scellé. J'avoue, par la suite, qu'il a eu raison. Les différentes conventions collectives négociées avec le gouvernement avaient instauré le régime ''scolarité/expérience'' de sorte qu'à l'usage je fus gagnant. Engagé par la Commission Scolaire Régionale de l'Yamaska, je me suis inscrit à l'Université du Québec à Trois-Rivières afin d'y poursuivre un baccalauréat d'enseignement en adaptation scolaire.

Jamais je ne lui aurai révélé que durant toutes ces années - seule tante Lucienne était au courant - les étudiants présentant un bulletin officiel de l'École normale ou de la Faculté de l'Éducation avec une note A, leurs frais d'études étaient remboursés. Donc, Eudore n'aura payé mes études qu'indirectement, en acquittant le loyer et les frais afférents. Tante Lucienne à qui je remettais le chèque du gouvernement, me le remettais illico.

Voilà donc pour ce souvenir que je conserve de mon grand-père Eudore. Avant son décès, en mai 1971, durant ma seconde année d'enseignement, je ne l'aurai que trop peu revu. On excuse si facilement nos absences par des obligations de toutes sortes. Lorsqu'on m'a appelé, j'étais en classe à ce moment, pour m'annoncer que son état s'aggravait considérablement, je pris la route vers Bromptonville. Dans ma tête remuaient une multitude d'images. Son regard, celui qui venait de loin et allait si creux en toi, je ne l'ai plus croisé. Mon frère Jacques assumait une présence auprès de lui jusqu'à la fin de son agonie.
Cousine Danielle Bergeron que je remercie pour son aide dans la rédaction de ces textes, me rappelle qu'au moment du décès d'Eudore, alors que plusieurs personnes s'y trouvaient, tante Lucienne l'a forcée à fermer les yeux de son grand-père. Jeune encore, ce fut pour elle une expérience qui l'a surprise au point qu'elle s'est enfuie, manquant renverser le Dr Caron qui montait le grand escalier de la beurrerie, l'apostrophant d'un - ''Vous arrivez trop tard!''  Danielle dira par la suite que cela lui aura permis d'accompagner son père, Philippe, jusqu'aux portes de la mort.

Nous étions donc plusieurs dans la chambre du fond; celle qui fait face de celle de tante Lucienne, auparavant celle de Philippe et Bérengère. Grand-maman Rose-Anna, agenouillée au pied du lit, tenant la main d'Eudore, ne pleurait pas encore. Au dernier souffle, celui qui s'en va avec la vie, elle éclata. Je me souviens de ce qu'elle murmurait d'abord, puis criait pas la suite:   ''Mon mari, mon mari.''

Sur le coup, je ne compris pas. Pourquoi n'a-t-elle pas utilisé le prénom de son mari? Cette question, je l'enfouis en moi-même trop occupé à voir, pour la première fois, quelqu'un passer de vie à trépas.

À suivre

Eudore lors du mariage de Monique, la plus jeune des filles Bergeron.


* Je tiens à remercier cousine Danielle pour l'apport à ce texte par ses souvenirs et anecdotes, ainsi que cousin Yves pour les photos d'archives que je continuerai d'utiliser dans les trois prochains textes à venir
 









lundi 1 août 2016

QUATRE (4) CENT-QUATRE-VINGT-QUINZE (95)

Afin de laisser toute la place au prochain saut, celui dédié à la mémoire de mon grand-père maternel, Eudore Bergeron, je devance la parution du 5ième épisode de   ILS ÉTAIENT SIX... brisant la courte tradition de les voir paraître sous un nombre pair.

Ainsi vous pouvez trouver les 4 précédents aux 486; 488; 490; 492 et 494.

Je vous convie à la lecture des textes qui seront publiés à partir du 4 août (jour de la naissance de Eudore Bergeron, il y a maintenant... 130 ans). 
Pour l'occasion le saut aura un nombre ''grand-pair''.


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     1e) C'est encore la nuit. On n'y peut rien. La pluie habillée de froid tyrannise ce petit coin d'Hanoï. En haut d'une pente, celle qui mène au lac. On y vit encore comme à la campagne. Il y a bien la bineuse russe, que l'étranger aura nommée excavatrice, qui s'amuse à défigurer l'espace. Personne ne sait trop ce que l'on construira. Certains ont dit, sans être en mesure de vérifier les faits, qu'un hôtel sera érigé. Un ''trois étoiles'' écrasé sous la majesté des étoiles qui font des trous lumineux dans le ciel. Partout le tourisme s'impose comme une nouvelle religion. Plusieurs en profitent, d'autres le craignent.

Alors que Dep, dans un demi-sommeil entrecoupé d'apnées, cherche un repos qui ne vient pas, à quelques maisons de là roupille le nerveux. Lui, n'a pas mis longtemps à décrypter ce samedi soir. Il a tout compris. L'idée de rire, proposée par le plus âgé des six, le ramenait quelques mois en arrière. Il savait bien ce que fricotait le plus âgé. La fille vendeuse de ballons multicolores, le nerveux était bien au fait que le plus âgé l'avait dans la peau. On ne peut pas mentir à plus menteur que soi.

Thần Kinh* porte bien son nom. Ou ce surnom assigné depuis longtemps déjà. Les noms vietnamiens, habituellement construits de trois éléments, le họ (nom de famille), le tên đệm (prénom) et le tên (nom de famille) laissent souvent place à un surnom - plus commode - que chacun choisit à sa guise. Pour le nerveux, Thần Kinh lui colle bien à la peau. Par la suite aucun de ses gestes, de ses actes ne trahirent ce sobriquet. Même en prison, là où il passa plusieurs mois, geôliers et taulards, sans le connaître, le désignèrent également ainsi. Rapidement on apprit à ne pas le bousculer, encore moins le regarder directement dans les yeux. Toute action, tout mouvement en sa direction étaient perçus comme une confrontation; un rien le met en rogne. Il a toujours réagi sans avertissement, sautant au cou de quelque agresseur que ce soit. En tôle, on a dû l'isoler à maintes reprises afin de tenter de calmer des ardeurs que le nerveux ne voyait pas venir et encore moins contrôler.

Au retour du plus âgé, quelques heures auparavant, de retour du lac, seul le nerveux perçut la nature exacte de l'affaire. On ne fait de dessins au nerveux. Il décode rapidement les intrigues. Les taches rouges fraîchement imprimées sur le pantalon de celui qui leur avait ordonné de rentrer au café ne trompaient pas. Abuser le nerveux c'est comme craindre le soleil la nuit. Il se retourna. S'endormit. La nuit allait lui être bonne. Agréable.

* nerveux en vietnamien.

2e) C'est encore la nuit. Les berceuses, c'est pour les enfants qui vivent dans les villas. Pas de villas en haut de la pente. Des enfants oui, des villas point. En fait, on peut en dénombrer deux ou trois. Isolées des maisons construites il y a de ça plusieurs années. Une rangée de briques rouges enduites de ciment.  Maisons bâties en longueur ou en tube, selon l'année de leur construction. Toutes plus ou moins semblables. Même toit sur lequel de longues feuilles de palmier d'eau sont déposées. Quelques-unes furent détruites puis hâtivement rafistolées suite aux bombardements aveugles des forces armées américaines.

Celle de l'oncle de Dep ne se distingue pas des autres. Si on ne sait pas exactement où la trouver, ce n'est pas l'adresse qui peut vous y conduire. Ce fut d'ailleurs pour la nièce de cet oncle, frère du père de la vendeuse de ballons multicolores, comme s'engouffrer dans un labyrinthe. La lettre qui lui parvint de Nha Trang, annonçant l'arrivée de cette jeune fille qu'il n'avait encore jamais vue, il ne sut pas la lire. Une voisine s'en chargea. Il n'est pas allé l'accueillir à la gare. Lorsque Dep frappa à sa porte, il lui dit:  - Je vais te montrer où tu travailleras.  Deux mots sur l'image de Pearl Buck puis ce silence dans lequel, encore et encore, il s'enferme.

Lorsque le juge prononça la sentence, le nerveux, menottes aux mains et aux pieds, comprit que les prochains mois n'allaient pas être de tout repos. D'un geste de la tête il avait refusé les alternatives à l'emprisonnement. Pour lui, se promener aux yeux des habitants du village revêtu de l'uniforme du prisonnier, nettoyer la place publique, ne convenait pas à son tempérament. Déjà à ce moment-là il sut qu'un jour il allait tuer quelqu'un. Il alimentait ses rêves de scénarios aussi funestes les uns que les autres. Morbides. Il avait mis une croix sur son honneur, convaincu que plus jamais il ne pourrait le laver. Souillé à demeure. Ses parents, humiliés, marchent depuis, tête baissée. Lui, le nerveux, n'a plus de tête.

Dans ses songes les moins ensanglantés qui l'assiègent toutes les nuits, il revoit la jeune fille qu'il a abusée. Elle dut être hospitalisée. Expédiée par la suite chez des parents éloignés quelque part dans le Mékong. Retirée de Hanoï, le gens racontaient qu'elle aurait perdu la raison présentant des comportements hystériques. On ne la revit jamais plus, celle dont le coeur est maintenant enroulé dans du fil barbelé. On a souvenir d'elle qu'en croisant le nerveux. Le village entier vécut cet épisode comme un drame collectif; jamais les deux acteurs ne furent plus importants que la scène elle-même. Chacun se la remémorant lorsque Têt * réapparaît.

* Têt ( Têt Nguyên Dán ) Fête du nouvel An vietnamien


3e) C'est encore la nuit. La mémoire de Dep est prodigieuse. Depuis toute jeune, sa mère lui lisait tous les soirs les mots des pages de Pearl Buck. Elle apprit à placer dans sa tête autant les histoires que les messages dissimulés derrière elles. Sa mère lui répétait sans cesse qu'écrire c'est au-delà de la graphie des mots. Davantage  qu'un moyen de raconter des histoires. Écrire c'est permettre à d'autres d'apprendre. Sur tout: le passé ainsi que ses soeurs le présent et l'avenir. Dep s'en souvient. Elle serait en mesure de redire tout VENT D'EST, VENT D'OUEST par coeur. En expliquer le sens sous-jacent. Elle ne s'est jamais lassé du livre caché. Des autres non plus qui, par la suite, lui succédèrent.

Ce soir, tremblante et agitée, elle cherche à travers les soubresauts de la nuit, les mots qui pourraient la calmer, l'amener jusqu'au matin. Jusqu'à ce que le jour qui efface la nuit, ramène la réalité quotidienne et ses banales habitudes: petit déjeuner servi à cet oncle intéressé qu'à accumuler les đồngs*, balayer la maison, aérer les nattes puis partir vers le kiosque où elle vend des ballons multicolores. Un livre enfoui sous son kangourou troué.

đồng   La monnaie vietnamienne


Il fut très facile pour le nerveux de conjurer ses cauchemars. Il avait vécu la prison durant quelques mois. Suite à cette expérience, les mauvais rêves devinrent fantomatiques. Et comme les fantômes n'existent pas, facilement il avait évincé leur contenu de toutes les hallucinations, spectres, chimères ou toquades qui s'y embourbaient. Son tempérament pragmatique permit que sa peine fut ni réduite, ni rallongée. On lui avait proposé un camp de travail, qu'il accepta, ainsi il sortirait de prison où personne, jamais, ne venait le visiter, un papier de ''bon ouvrier'' en poche. Il sera engagé pour remplir les trous qu'une bineuse russe - l'étranger corrigeait en insistant sur le terme exact d'excavatrice - dans son village. Village qui retint son souffle. Puis... oublia.

Dans le groupe des six, les xấu xí... il se faufila pour une simple raison: il travaillait avec eux. Quand le nerveux travaille, il ne fait que cela. Avec un acharnement que personne d'autre ne peut rivaliser. Comme s'il combattait la terre, défiait les trous vides, tels des ennemis personnels. Le contremaître l'appréciait comme manoeuvre, le craignait comme individu. Il apprit assez rapidement à ne jamais le dévisager. À ses dépens. 


4e) C'est encore la nuit. Sur le chantier, le plus âgé et le plus jeune forment une équipe inséparable. Le nerveux travaille seul. Personne ne peut suivre son rythme. Le contremaître, souhaitant sans doute fouetter l'ardeur de sa troupe, cita le nerveux en exemple.   - Si j'avais six ouvriers comme lui, ça avancerait plus vite.   Il y eut un moment de froid silence. Le nerveux lança sa pelle en direction du contremaître qui l'évita de justesse. Le regard hostile du nerveux, les quelques pas qu'il fit vers le chef de chantier pétrifièrent tout le monde. Il ne dit pas un mot, écumant de rage. Les autres se momifièrent en deux instants. Depuis, mutisme parfait sur le chantier. Les ordres parviennent d'un homme qui leur tourne le dos.  

Les mots, à pas de loup, s'installent dans le cerveau de Dep. Elle sait qu'elle écrira à sa mère de façon correcte graphiquement, intelligible pour celle, perspicace, qui sait lire entre les lignes, comprendre les messages qu'elles voilent. Dep écrira dès demain; dès la nuit passée. Avant que les images n'en pervertissent les ravages. On ne doit pas s'éloigner des événements si on souhaite en conserver toute leur justesse, le temps ayant la malheureuse habitude de tout dénaturer.

''Quand la maison d'un homme est pleine de chiens sauvages il lui faut chercher la paix ailleurs.'' C'est Pearl Buck qui dit cela.

Comme cette nuit est longue. Et froide. Et pluvieuse.




                                                    

À SUIVRE...

samedi 30 juillet 2016

humeur vietnamienne

De la belle visite sur le balcon que cette libellule amoureuse de mes hibiscus!



     Ça y est, la mousson s'installe. Tous les jours, les pluies parfois très fortes nous tombent dessus souvent sans aucun avertissement. Des trombes d'eau peuvent s'abattre en quelques minutes, emplissant les rues à un point tel que les motos doivent obligatoirement stopper, les conducteurs revêtir d'urgence l'imperméable, se mettre en attente de l'accalmie, une vingtaine de minutes plus tard.

Puis le soleil revient, séchant le tout assez rapidement. Il y a quelques semaines, ce scénario survenait une ou deux fois par jour. Plus régulier maintenant.

Ici, à Saïgon, on ne connaît pas les affres des typhons que la ville de Hanoï subit. Cette semaine, deux jours durant, des vents forts accompagnés de pluies diluviennes y ont fait des dégâts importants. Nous sommes protégés disent les vieux Vietnamiens qui en ont vu d'autres.

Le matin, le soleil se lève sans être barbouillé de nuages. Ils s'amoncelleront en milieu de matinée, éclateront en pluie par la suite; pluie aléatoire car de mon 29ième, je peux constater les districts où ça tombe alors qu'ici on est épargné... pour le moment du moins.

Les Vietnamiens, fort peu gênés par ces changements subis, ont tout prévu: les toiles pour recouvrir les cafés de rue, les balais à eau pour repousser l'agresseur aquatique, les petits abris improvisés autour des stationnements pour motos, les parapluies qui, il y a quelques jours encore, les protégeaient du soleil et surtout... la patience.

Les pluies permettent de nous arrêter, d'apprécier le voisinage de celui-ci ou celle-là qui, comme moi, attend que ça passe. Bizarre à quel point les Vietnamiens parlent peu de température, de météo! On aborde très rarement ces sujets. Ce sont des éléments de la vie courante qui ne méritent pas que l'on en discute.

Parfois la pluie est si forte qu'elle nous ensevelit littéralement sous d'opaques rideaux gris. Il faudra un vent fort pour dissiper le tout. Alors qu'il y a quelques semaines encore l'humidité annonçait le déluge, maintenant y on culbute sans tambours ni trompettes. Puis... ce vent léger, quasi frais qui caresse la ville. Je le surnomme ''le petit vent de Saïgon''. Il me rappelle ceux du Québec fin d'été, début d'automne.

La mousson est donc entrée de plain-pied à Saïgon et dans l'ensemble du Vietnam. Et ça n'a vraiment rien à voir avec tous les canevas que j'avais imaginés. Comment ne pas admirer ces ciels de fin de journée où s'accrochent des nuages aux teintes rosées!


Voilà donc pour la saison des pluies. 

    


     Deux mots maintenant sur l'aventure d'un certain lundi matin, 5 heures 40. La visite inopinée de trois policiers qui, sans mandat, enfoncèrent la porte d'entrée de l'appartement y pénétrant avec leurs gros sabots. Réveillé par ces bruits inhabituels, je me retrouve en présence de trois ''verts'' qui exigent dans un vietnamien international, mon passeport. Alors que je le remets au premier qui semble être en charge de la perquisition, les deux autres scrutent les lieux minutieusement: chambre, cuisine et balcon. On me demande de m'asseoir face à mon laptop et quittent aussitôt.

La police est omniprésente au Vietnam. Elle règne presque de manière dictatoriale. Il est conseillé de ne pas la contredire encore moins d'user d'un quelconque humour. Sur ce point, je me trouve désarmé. Les ''verts'' n'ont pas la même puissance que les ''beiges'' que je pourrais comparer à des despotes.

Seul devant le laptop comme un imbécile, je me réjouis (sic) d'avoir affaire avec eux plutôt qu'aux tout-puissants. La première chose que je suis dite: il n'est aucunement question que j'ouvre le porte-monnaie qui est ici la meilleure façon de se tirer de tout embarras administratif. Deuxième chose: je passe en revue l'officialité de mes documents; tout est en règle. Troisième chose et sans doute la plus importante: qu'est-ce qui se passe?

Me revient immédiatement à l'esprit ma rencontre avec le dénommé Pierre, un type vietnamien d'une quarantaine d'années qui m'avait salué dans un excellent français près de l'arrêt de bus. Il s'est présenté comme un activiste associé au groupe clandestin Viet Tam et recherché par la police. Nous avons discuté quelques secondes, échangé nos numéros de téléphone et entendu sur une rencontre quelques jours plus tard.

Depuis, aucun signe de vie de cet individu sur lequel je comptais afin d'en connaître davantage sur ce mouvement. Deux semaines après je l'ai appelé. La ligne était coupée. Un texto sans réponse. Je l'ai donc placé dans les rendez-vous manqués.

Après voir vérifié si on avait coupé ma connexion ''wi-fi'', je n'avais d'autre option qu'attendre. Je me demande encore maintenant pourquoi, comme un pur idiot, je restais cloué devant le laptop. Je me dis que je ferais une bien docile crapule. Combien de temps pourrais-je résister à la torture? Serais-je plutôt de la catégorie des lâches ou des héros? Que d'idées aussi absurdes que bêtes se bousculent dans la tête alors que bascule sa douce quiétude vers un monde inconnu.

Je suis donc resté avec cette image forte: voici un étranger, blogueur en plus, en contact avec un activiste en cavale. Une proie facile pour les carnassiers s'amusant à mes dépens. Je me voyais emprisonné avec des malfrats de tout acabit. Incapable malgré mon mois de cours intensif en vietnamien d'exiger l'intervention de l'ambassade du Canada.

C'est fou comme ça peut rouler vite dans un cerveau encore sous l'emprise du sommeil! 

De mon siège que je comparais à un tabouret d'interrogatoire, j'entendais des conversations au bas de l'escalier. Impossible de décoder quoi que ce soit. Toujours la même voix de stentor qui se rapprochait tout doucement du hurlement. Elle ne recevait aucune réponse. Reprenait les mêmes mots comme une rengaine.

Les minutes m'apparurent des heures. Je ne souhaitais que me lever et faire du café. Je n'osais pas me disant que je risquais des représailles de la part de ces maîtres après Dieu. Puis, le dénouement.

Une jeune étudiante monta jusque chez moi. Blême, elle tenait à la main mon passeport. Son anglais peut ressembler à mes balbutiements en vietnamien. J'ai pu comprendre, enfin!, que cette opération matinale avait pour but de surprendre trois jeunes gens - ils vivent dans une chambre deux étages plus bas - soupçonnés d'être des consommateurs de drogue. Au Vietnam, on ne rit pas la ''dope''. Encore sous les effets narcotiques, on les avait, brutalement me dit-on par la suite, menottés. On exigeait la présence du ''manager'' de l'étage.

Celui-ci vint, tentant d'expliquer tant bien que mal son niveau d'irresponsabilité dans cette cause. Les policiers s'en foutaient complètement et lui dirent qu'ils étaient à contrôler tous les locataires. Les Vietnamiens ne purent récupérer leur carte d'identité que 48 heures plus tard. Je me suis donc considéré chanceux.

En discutant avec des amis vietnamiens, tous me dirent que j'avais eu la bonne attitude, que la réglementation vietnamienne n'avait rien à voir avec celle du Canada, que le mieux à faire étant d'oublier tout ça. Surtout le dénommé Pierre, l'activiste qui aurait très bien être un agent double.

Voilà donc pour cette expérience. J'en ris maintenant mais sur le coup, un peu moins.


La seule interrogation qui me reste: suis-je fiché à la police vietnamienne?



À la prochaine

Si Nathan avait su... (Partie 2) -34-

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