samedi 29 mars 2008

SAUT: 203


À quelques heures de son départ pour Cuba (une autre fois, diront certaines mauvaises langues) le crapaud vous offre une petite réflexion sur notre monde ainsi qu’un poème de José Marti, le poète cubain dont les paroles citées sont presque retenues comme l’hymne national de la plus belle île du monde.


Si la population mondiale pouvait être contenue en un village de 100 personnes et si l’on maintenait les proportions actuelles de tous les peuples existant sur la Terre, notre village se composerait ainsi :
* 57 Asiatiques;
* 21 Européens;
* 14 Américains (Nord, Centre et Sud);
* 8 Africains.

On retrouverait, dans notre village fictif :
- 52 femmes et 48 hommes;
- 30 blancs et 70 non blancs;
- 30 chrétiens et 70 non chrétiens;
- 89 hétérosexuels et 11 homosexuels;

Le plus étonnant serait que :

- 6 personnes posséderaient 59% de la richesse totale et les 6 seraient Américains;
- 80 personnes vivraient dans des maisons vétustes;
- 70 seraient analphabètes;
- 50 souffriraient de malnutrition;
- 1 serait en train de mourir;
- 1 serait en train de naître;
- 1 posséderait un ordinateur;
- 1 (oui, un seulement) possèderait un diplôme universitaire.
Si on pouvait considérer le monde de cette manière, le besoin d'accepter et de comprendre devient évident.

Êtes-vous né du bon côté des choses?

Prenons également ceci en considération:

· Si je me suis levé ce matin avec plus de santé que de maladie, je suis plus chanceux que le million de personnes qui ne verra pas la semaine prochaine.

· Si je n’ai jamais été dans le danger d'une bataille, jamais connu la solitude de l'emprisonnement, jamais souffert l'agonie de la torture, jamais été tenaillé par l'étau de la faim, je suis mieux loti que 500 millions de personnes.

· Si je peux aller à l'église ou dans un temple sans peur d'être menacé, torturé ou tué, j’ai alors plus de chance que 3 milliards de personnes.

· Si j’ai de la nourriture dans mon réfrigérateur, des habits sur, un toit et un endroit pour dormir, je suis plus riche que 75% des habitants de la planète.
· Si j’ai de l'argent à la banque, dans mon portefeuille ou même simplement de la monnaie dans une petite boîte, je fais partie des 8% les plus privilégiés du monde.
· Si mes parents sont encore vivants et toujours mariés, je suis une personne réellement rare.
· Enfin, si je peux lire ce texte, j’ai la chance de ne pas faire partie des deux milliards de personnes qui ne savent pas lire...


C’était un homme en déroute
C’était un frère sans doute
Il n’avait ni lien ni place
Et sur les routes de l’exil
Sur les sentiers sur les places
Il me parlait de sa ville

Guantanamera (province de Gunatanamo)
Guajira (jeune fille, petite paysanne de la province)
Guantanamera, Guantanamera,
Ma vie le guantanamera.

Là-bas sa maison de misère
Était plus blanche que le croûton
Les rues de sable et de terre
Sentaient le rhum et le melon
Sur leur jupon de dentelle
Dieu que les femmes étaient belles.

Il me reste toute la terre mais
Je n’en demandais pas tant
Quand j’ai passé la frontière
Il n’y avait plus rien devant
J’allais d’escale en escale
Loin de ma terre natale.

José Marti







mardi 25 mars 2008

SAUT: 202



Ce matin, le crapaud pige dans un cahier de lecture, le premier, celui qui achève maintenant d'être vidé de son contenu et vous offre, en vrac, quelques citations aussi éloignées l'une des autres que les auteurs qui les ont commises.

. Les rêves que les parents font pour leurs enfants ne se réalisent jamais... On ne peut bâtir en rêve une vie pour autrui, on peut seulement façonner sa propre vie.
Bruno Bettelheim


. Dans notre siècle il faut être médiocre, c'est la seule chance qu'on ait de ne point gêner autrui.
Léo Ferré


. Aimer, c'est ne plus comparer.
Bernard Grasset


. Quand on n'a pas ce que l'on aime, il faut aimer ce que l'on a.
Thomas Corneille


. Nous ne devons rien négliger qui puisse donner à la vérité une chance de nous atteindre.
John Stuart Mill


. Aimer, c'est partager avec un être ce qu'on a envie de partager avec aucun autre, c'est se dépouiller de ce qui est enfoui en soi: le bon et le mauvais; c'est donner son âme aussi totalement que son corps. Sinon, si c'est pour vivre en surface comme avec les autres et commenter les nouvelles du jour, je ne vois pas bien l'intérêt.
Françoise Dorin


. Il faut que les gens qui pensent qu'ils ne connaissent rien se rendent compte qu'ils en connaissent plus qu'ils pensent et que leur connaissance est aussi valable que n'importe laquelle.
Fernand Séguin


. Arrivez là où vous vouliez en venir, à force de lutte, et vous ne sentirez plus la douleur.
Shirley MacLaine


. L'amour, c'est la clé de la motivation, c'est ce qui donne envie de vivre, de créer, de se propulser et de propulser les autres.
Colette Portelance


. La peur n'est qu'un mauvais rêve à briser.
Yann Queffélec


. L'essence de l'amour, c'est la gentillesse. Ce pourrait être même sa meilleure définition. Une gentillesse passionnée... La gentillesse devenue frénétique, importune et violente.
Robert Louis Stevenson


. L'espace est cet intervalle indéfinissable que l'univers se ménage entre deux concepts bien établis.
Jean O'Neil


. Le plus clair de mon temps, je le passe à l'obscurcir parce que la lumière me gêne.
Boris Vian


. Écrire, c'est ma façon d'être silencieux.
Jacques Godbout


. J'ai eu raison dans tous mes dédains: puisque je m'évade.
Arthur Rimbaud


. L'humain déborde de résignation et possède, enfouie dans ses fibres les plus secrètes, la vocation de la douleur.
André Langevin


. Le beau métier d'homme est le métier d'unir les hommes.
Saint-Exupéry


. Et je veux dévorer du temps, tu m'entends, dévorer du temps comme un avaleur de sable, planté debout, gueule ouverte, sous le trou du grand sablier de l'éternité.
Stéphane Bourguignon


. Il ne suffit pas de faire le bien, il faut encore le bien faire.
Diderot


. Oui, tout est simple. Ce sont les hommes qui compliquent les choses.
Albert Camus


. La mémoire: espace dans lequel un événement se produit pour la seconde fois.
Paul Auster


. ... et le respect, ici, c'est de ne laisser d'illusions à personne.
Jean Giono


Au prochain

lundi 17 mars 2008

SAUT: 201

Il faut beaucoup aimer pour agir comme le crapaud le fait ce matin. Pour ceux et celles qui ont lu les différents poèmes du crapaud, vous savez que le «je» est absent. C'est un choix personnel. Je(le crapaud) l'assume et l'explique du fait que la poésie comme elle me parvient, le fait sous forme d'images que je transcris en mots. Ces images n'ont que fort peu de lien avec qui je suis, ce que je vis ou encore ce que... n'importe quoi.... Elles m'arrivent comme des coups de tonnerre suivis d'éclairs (ou l'inverse). Je les note. Puis les rassemble selon une inspiration se transformant en lignes d'écriture. De toute manière, je trouve que la poésie n'a rien à voir avec le journal personnel qu'un diariste nous propose. Et comme le «je», selon Rimbaud, est un autre, autant l'éviter ou faire comme le poète québécois Danny Plourde, le supprimer à moitié, c'est-à-dire l'exclure mais accepter les possessifs de la première personne du singulier.

Il faut beaucoup aimer pour agir comme le crapaud le fait ce matin, parce que le poème qui suit tablette depuis «x y z » années. Quand j'ai commencé à écrire des poèmes (début des années '60), ma famille vivait en appartement face à un grand boulevard qui s'appelait à l'époque «la route 9» par la suite, boulevard Laurier. Dans ce logement, un bureau. Vert. Un divan en cuir froid. C'est là que j'(le crapaud)écrivais en écoutant la musique des Kreisler, Paganini, Litsz et Debussy sur une toute minuscule table tournante non stéréophonique, de la musique sur disques Columbia: notre père s'était abonné et nous écoutions un album différent par mois.

Je ne me souviens pas du premier poème mais me rappelle très bien de ce cadre, au-dessus du divan, celui dans lequel jaunissait le diplôme que mon père reçut à la fin de son cours, attestant son droit à enseigner. Il était paraphé, ce diplôme, de la main du Surintendant de l'Instruction Publique, un certain monsieur Delage. Mes premiers poèmes, c'est à partir d'un des prénoms reçus à ma naissance, soit Herman, et Delage, à partir de ce cadre, que je les signais. Ça devait faire plus «poétique» d'utiliser un pseudonyme!

Le poème que vous lirez et sur lequel j'aurai planché très longtemps, se veut un coup de chapeau à ce bureau, ce début d'une aventure qui s'étire encore.

Je me demande ce qu'est advenu à ce cahier de poèmes dans lequel je transcrivais ces premières oeuvres et offert à cette cousine Marie-Anne, celle qui insistait inlassablement pour que je continue à écrire?

Le voici.


herman delage, l’anatife*


un oiseau griffe la neige
l’autre, la bécote


(herman delage,
du fond de son cadre,
n’a pas plus bougé
que s’il existait réellement)


s’envolent les oiseaux du boulevard
s’incrustent les autres


(herman delage
racontait le froid du bureau vert
comme s’il le connaissait vraiment)


des nuages d’oiseaux sont en feu
d’autres pleuvent


(herman delage
divaguait sur un divan en cuir froid
comme si, inutilement, il se parlait)


les choses connues s’éloignent
une fois dessus, se reconnaissent


(herman delage
était plus vivant
une fois mort)


d’immobiles marionnettes cherchent dans la neige
des personnages au regard pérenne


(herman delage
recherchait encore celui
qui le nommait aux jadis)
et que trouvera-t-il dans l’immobile passé ?

(herman delage
attachera au cou du temps
un collier tintinnabulant de mille coups)


des oiseaux-marionnettes sur des nuages en feu !
ou


(herman delage
soufflera sur la feuille morte
pour en extraire le vent)


des silences condamnés à être fusillés !
ou


(herman delage
bouchera les trous de la clôture
avec des fœtus desséchés)


une main tendant la lettre de laquelle tombent des mots !
ou


(herman delage
se peindra une couche de folklore
sur le dos)


les aiguilles d’une horloge piquant les chiffres pour s’en faire un collier !
ou


(herman delage
nommera les bruits éclaboussés
sur les murs de nos hontes)


des cordes à linge silencieuses dans le froid des glaçons !
ou

des oiseaux, tête enfourchée sous leur aile !
ou

des feuilles mortes courant derrière de petits sacs en papier !

herman delage
l'anatife noyé
dans son cadre
du bureau vert et froid
sur un fauteuil en cuir

* anatife : crustacé qui se fixe aux objets flottant en mer.

Au prochain

jeudi 13 mars 2008

SAUT: 200



Il en aura mis du temps avant de s'installer bien confortablement tout à côté des autres, ce deux centième. D'abord, je ne savais trop comment le titrer: en chiffres ou en lettres. Je me suis offert quelques exemples. Les voici:
Le 200 ou le 200ième: trop mathématique;
Le deux centième saut de crapaud: trop traditionnel;
Le saut deux cent ou le saut 200: comment j'allais continuer par après? deux cent un ou 201;
finalement, j'ai opté pour saut: 200. Plus facile par après... si!

Deuxième chose qui posait problème: son contenu. Fallait-il, comme au centième saut, y aller d'une espèce de bilan, de synthèse, de projection et de lancement vers la suite? Trop traditionnel. J'ai opté pour quelques coups d'oeil. Ne soyez sans crainte, il n'y en aura pas deux cents...


Le premier coup d'oeil du crapaud, sera une question. Fondamentale. Est-ce que je continue?


La deuxième: si je continue, sous quelle forme.


La troisième: si je ne continue pas, est-ce que j'irai enfin terminer les petits chantiers actuellement en cours, qui s'enlisent lamentablement sur un disque dur où tellement de place est disponible? Et par après, que faire avec cela?


La quatrième et dernière: le symptôme (devenu quasi un syndrome...) de la page blanche (est-ce que l'expression est toujours congruente lorsqu'on écrit sur des «fenêtres») me poursuit-il avec férocité au point de tout laisser et redevenir ce que fondamentalement je suis et toujours été, c'est-à-dire un lecteur affamé? Pourquoi me faire souffrir à m'obligeant à «sauter» régulièment. Est-ce que j'en n'aurais pas un peu mar(r)e?


Bon. Sautons sur la première question: EST-CE QUE JE CONTINUE?


Je considère qu'avoir offert deux cents sauts représente une belle réussite et n'ose pas imaginer combien cela fait de pages sur cette toile virtuelle aux ramifications entremêlées m'ayant permis de rencontrer des gens d'un peu partout sur cette petite Terre. Réussite car en un peu plus de deux ans, le crapaud (ça vit jusqu'à quel âge un crapaud?) a pu répandre ses écrits, souvenirs ou tout autre chose au fil des jours avec enthousisasme, même si parfois il en a bavé... Tout ce qui se retrouve sur ce blogue est éclectique, allant des contes aux nouvelles, de poèmes personnels ou d'auteurs en citations, photos et des hommages à des gens qui me sont proches ou maintenant disparues. Des humeurs également. Des opinions. Des trous de mémoire. Des regards à travers ma fenêtre montréalaise sur laquelle miroitait de la Gaspésie, de la France et combien de lieux imaginaires.... Des souvenirs de lectures anciennes, retrouvées pour l'occasion; de lectures actuelles qui, souvent, me ramenaient à des auteurs ayant marqué mon adolescence, ma vie professionnelle mais surtout mon imagination et profondément mon imaginaire... Pour cela, je ne puis que continuer.

Deuxième. QUEL FORME ?


L'avantage d'un blogue que je définirais comme un espace à remplir, un grand trou noir sur une page blanche, un 5 à 7 non imposé dans un lieu de rencontre imaginaire, que son avantage premier est de pouvoir revêtir toutes les formes possibles et impossibles. LE CRAPAUD GÉANT DE FORILLON (j'annonce tout de suite qu'il ne changera pas de titre) avec le temps, deux cents sauts plus loin, a été, est et demeurera un étang multiforme et multicolore, sur lequel les éléments qui l'ont caractérisé jusqu'à maintenant y flotteront. Sauf, que je ne m'impose pas d'objectifs à suivre, des buts à réaliser... je souhaite qu'il demeure pour moi, ce lieu secret ouvert sur tout le monde...


Troisième: Finalement, elle ne se pose plus.


La quatrième. La pire. L'histoire de la page blanche.C'est tellement vrai. Quelqu'un me rappelait qu'en écrivant régulièrement - tous les jours, parfois à la même heure, au même endroit, disait-il- de manière presque automatique, eh! bien cela prévenait ce symptôme. Le problème, c'est que je préfère lire qu'écrire. Lire partout. N'importe quoi. Trois livres à la fois: un roman, un recueil de poèmes et un livre plus, disons, plus sérieux... Voilà le problème. Le vrai, le véritable, le seul et l'unique. Et de plus, je crains beaucoup qu'en écrivant de manière non-symptômatique, j'en arrive à écrire un peu à la celui-ci ou à la celle-là. Je ne sais pas si je possède un style, ce que je sais toutefois, c'est que le blogue m'oblige à déroger à ma façon habituelle d'écrire qui est la suivante: premier jet... repos de quelques jours... deuxième jet (souvent la correction de la première épreuve) ... repos... et finalement, réécriture entière du texte. C'est long! Longtemps! Pour illustrer cette démarche, je cite cette histoire de marionnette qui en est encore au stade embryonnaire, à l'âge du tétard tout au plus... Mais j'y retourne, périodiquement, et ça traîne, ça ne saute pas haut.... L'avantage toutefois en «bloggant», c'est qu'on ne sait trop à qui on s'adresse (mis à part les courriels qui suivent certains sauts ou les commentaires déposés directement sur la page) on ne connaît pas son auditoire, ce qui nous délivre de cet engagement un peu quelconque à déposer absolument une trace quotidienne de son passage ou du moins régulière. C'est beaucoup pour soi que tout cela se fait... et se continue.


Donc, je (nommément appelé Le Crapaud) poursuis.
Donc, ça sera un peu dans la même veine.
Donc, il risque d'y avoir un saut de crapaud, dans deux jours ou environ plus ou moins... à peu près...


Dernier petit détail: la règle de «cent»... Au pluriel si et si... Je pense qu'elle a joué un peu dans ma retardataire écriture du saut 200.

Au prochain....

vendredi 29 février 2008

Le cent quatre-vingt-dix-neuvième saut de crapaud

Le crapaud ne pouvait pas passer à côté de cette nouvelle!

Québec
2008 est l’Année de la grenouille

Les zoos et les aquariums du Québec ont proclamé l’année 2008 : Année de la grenouille.

Les zoos et les aquariums du Québec font désormais équipe pour sauver les espèces les plus menacées de la planète. Afin d’attirer l’attention sur la crise que subissent les amphibiens du monde, ils ont déclaré l’année 2008 : Année de la grenouille.

Les changements climatiques, la pollution, les pesticides, la perte des habitats des animaux ainsi que leur commerce et leur consommation affectent grandement les amphibiens de la planète. En effet, la Terre fait face à la plus grande extinction de masse depuis la disparition des dinosaures, estiment les six zoos et aquarium accrédités par l’Association canadienne des zoos et aquariums (AZAC) du Québec.

Le tiers des 6 000 espèces d’amphibiens du monde, apparues il y a 360 millions d’années, sont menacées d’extinction. Près de 120 espèces ont d’ores et déjà disparu de la surface de la planète, rappelle le AZAC. Mais la cause la plus préoccupante reste l’apparition d’une maladie fongique appelée le chytridiomycose. Cette maladie incurable dans la nature est responsable à elle seule de la perte de 60 % des espèces d’amphibiens.

C’est pourquoi l’Ecomuseum, le Biodôme de Montréal, le Zoo de Granby, le Parc Safari, le Parc Aquarium du Québec et le Zoo sauvage de Saint-Félicien ont pris la décision de joindre leurs efforts, pour la première fois, et donner une conférence de presse dans l’espoir de sensibiliser la population et trouver des fonds nécessaires pour enrayer cette crise. Des spécialistes de ces six institutions exposeront la situation qui affecte les amphibiens, proposeront des solutions concrètes au niveau local et présenteront les plans d’action qui seront mis en place dans le cadre de l’Année de la grenouille.


Canoë
Virginie Roy

B O N N E

A N N É E !

mardi 26 février 2008

Le cent quatre-vingt-dix-huitième saut de crapaud


Une petite nervosité s'installe à quelques sauts du .... deux centième! Pour s'y approcher tout doucement, voici une invitation que je vous transmets. Elle provient de ma belle-soeur Claire. Celle de Québec. Je lui laisse la parole... écrite...




«Vous savez sans doute que depuis quelques mois, je concentre mes énergies au projet de mes amies autochtones, Pénélope et Nathalie, qui veulent ouvrir une maison d’hébergement pour les femmes autochtones en difficulté vivant hors de leur communauté (elles ne bénéficient donc plus de l’appui de leur communauté).


Mes amies sont sur le point d’acquérir la fameuse maison dans Charlesbourg (mais les impératifs de la bureaucratie sont incroyablement longs et fastidieux…) et il nous manque encore un peu de sous pour rassembler la «part du promoteur» qui nous incombe.


Nous avons donc décidé de jouer le tout pour le tout et d’organiser un grand spectacle- bénéfice au Palais Montcalm le 24 mai. Chloé Ste-Marie a accepté d’en être la porte-parole.


Nous travaillons donc d’arrache-pied pour trouver des commanditaires et pour nous assurer que nous ferons salle comble (car les coûts d’organisation sont élevés). Je vous sais loin de Québec pour la plupart, mais j’ose vous proposer une façon d’être solidaire de cette cause, si vous ne voulez pas ou ne pouvez pas assister au spectacle.


Vous pourriez nous faire un don pour le montant d’un ou de deux billets dans les corbeilles (36,50$) ou au parterre(76,50$). Nous redonnerons ces billets soit aux femmes autochtones pour qu’elles puissent inviter leurs enfants et famille au spectacle, soit aux parents et amis des artistes, soit aux représentants de la presse. »


À ces mots, elle joint ceci:


RÉALITÉ DES FEMMES AUTOCHTONES:QUELQUES FAITS ET CHIFFRES


. Huit femmes autochtones sur dix sont victimes de violence conjugale, comparativement à trois femmes non autochtones sur dix. (Amnistie Internationale, oct. 2005).

. 73 % des femmes autochtones cheffes de famille monoparentale vivent sous le seuil de faible revenu. (Statistique Canada 2006).

. Les autochtones sont trois fois plus susceptibles que les non autochtones d’être victimes de violence.

. La violence familiale a été reconnue comme l’un des plus importants problèmes auxquels font face les Autochtones au Canada. Le Rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones (1996) recense un certain nombre de facteurs liés à la violence dans les communautés autochtones, dont la discrimination systémique à l’endroit des peuples autochtones, les privations économiques et sociales, l’abus d’alcool ou d’autres drogues et le cycle intergénérationnel de la violence. Selon les audiences de la Commission royale, d’autres facteurs contribuent aux taux élevés de violence dans les communautés autochtones, notamment l’effondrement d’une vie familiale saine résultant des séjours dans les pensionnats, le racisme à l’endroit des peuples autochtones, l’impact du colonialisme sur les valeurs et la culture traditionnelles, ainsi que les logements surpeuplés et inférieurs aux normes.

. Beaucoup de femmes autochtones se retrouvent en milieu urbain pour fuir la violence.

. La population autochtone s'urbanise de plus en plus. En 2006, 54 % des Autochtones vivaient dans une région urbaine, comparativement à 50 % en 1996.

. Dans les milieux urbains, les problèmes des femmes autochtones sont aggravés par l’isolement, la solitude, le racisme, le fait d‘être en transit et la perte des réseaux de soutien familiaux, communautaires et culturels.

. À la différence des autres maisons d’hébergement du Québec, celles s’adressant aux femmes autochtones ont une tâche accrue. Elles viennent en aide à des femmes aux prises avec des problèmes sociaux diversifiés comme le suicide, la toxicomanie, la violence sous toutes ses formes, etc.

. 54% des femmes autochtones, contre 37 % des femmes non autochtones, ont déclaré des formes de violence plus graves et pouvant mettre leur vie en danger. Elles ont été battues, étranglées, attaquées par arme à feu ou au couteau, ou ont été agressées sexuellement.

. Un grand nombre de recherches arrivent à la conclusion que la violence envers les enfants dans les collectivités autochtones a atteint des taux alarmants. Selon les rapports étudiés par l’Association des infirmières et infirmiers autochtones du Canada (AIIAC), les enfants exposés à la violence sont de 10 à 17 fois plus susceptibles de souffrir de graves problèmes émotifs et comportementaux par rapport aux enfants élevés dans un contexte familial non violent.

. Une intervention précoce et efficace pendant l’enfance, adaptée sur le plan culturel et qui tient compte des besoins de protection et du besoin d’avoir des liens avec sa culture et sa famille, constitue un outil essentiel si l’on souhaite rompre le cycle intergénérationnel de la violence conjugale.

. Les maisons d’hébergement pour femmes autochtones ne reçoivent qu’un montant équivalent à 31% du financement de base moyen des maisons d’hébergement non autochtones du Québec.

. L’étude de besoins de la Maison Communautaire Missinak (Implantation d’une maison d’hébergement pour femmes autochtones en milieu urbain, mars 2005) démontre que les femmes autochtones se sentent plus à l’aise d’avoir recours à une maison d’hébergement quand les services sont offerts dans leur langue et adaptés à leur culture.


Voici maintenant le communiqué officiel présentant l'activité:


Maison d’hébergement et de ressourcement pour femmes autochtones en difficulté et leur famille

177, 71ème rue, Québec (Québec)
G1H 1L4
Tél. : 418-627-7346


Chloé Sainte-Marie et Joséphine Bacon dévoilent les grandes lignes du
spectacle Mishta Amun - Le grand rassemblement
au profit des femmes autochtones de la région de Québec


Québec, le 6 février 2008 - La chanteuse Chloé Sainte-Marie et la conteuse et réalisatrice Innue Joséphine Bacon ont dévoilé ce matin le contenu du spectacle Mishta Amun - Le grand rassemblement, qui se tiendra le samedi 24 mai 2008 au Palais Montcalm de Québec, pour appuyer la Maison Communautaire Missinak à Québec, une ressource venant en aide aux femmes autochtones en difficulté et leurs enfants, en milieu urbain.

L’annonce de ce «grand rassemblement» (c’est ce qu’évoque Mishta Amun en ancien innu) s’est faite en présence des principaux partenaires, des porteuses du projet de la Maison Communautaire Missinak, Pénélope Guay et Nathalie Nika Guay, et d’un bon nombre de femmes autochtones vivant en milieu urbain.

Le spectacle Mishta Amun se présente comme un événement d’éveil, d’émotion et d’alliance. Il rassemblera des artistes de plusieurs nations autochtones, profondément engagés envers leur culture, ainsi que des artistes québécois solidaires: Bryan André (Innu), Joséphine Bacon (Innue), Bertha Basile (Innue), Patrick Gros-Louis et Samuel Savard (Wendat), Elisapie Isaac (Inuit), Laura Niquay (Attikamekw), Claire Pelletier (Québécoise), Akinisie Sivuarapik et Marie Belleau (Inuit), Samian (Anishinabe), Chloé Sainte-Marie (Québécoise) et Florent Vollant (Innu). Gilles Sioui (Wendat) et ses musiciens accompagneront les différents interprètes tout au long de cette soirée. La mise en scène de l’événement est confiée au metteur en scène et dramaturge Patric Saucier.
«Les artistes autochtones du spectacle Mishta Amun invitent le grand public à participer à une véritable fête d’éveil de la conscience et du coeur, a expliqué Chloé Sainte-Marie, co-porte-parole de cet événement avec Joséphine Bacon. Nous voulons inciter la population à poser un geste d’alliance à l’égard des femmes autochtones qui sont souvent aux prises avec de multiples difficultés et qui viennent reprendre leur élan, en milieu urbain.»

En effet, huit femmes autochtones sur dix sont victimes de violence conjugale, comparativement à trois femmes sur dix chez les non-autochtones, et 73 % des femmes autochtones cheffes de famille monoparentale vivent en deçà du seuil de pauvreté. L’effondrement des valeurs familiales et les blessures d’attachement résultant du régime des pensionnats ainsi que l’impact du colonialisme sur le territoire, sur les valeurs et sur la culture traditionnelle, expliquent en majeure partie la violence qui sévit dans les communautés autochtones.

«Notre organisme a été fondé en 2002 et depuis nous travaillons d’arrache-pied pour offrir aux femmes autochtones et à leurs enfants un lieu d’hébergement et de ressourcement sécuritaire, adapté à leurs valeurs et à leur culture, et où elles peuvent être accueillies dans leur langue, explique Pénélope Guay, une des deux porteuses du projet. Notre mission, c’est de permettre à ces femmes d’entamer un processus de guérison afin qu’elles retrouvent la fierté et la dignité dont témoignaient leurs ancêtres», a encore précisé Mme Guay.

Le Ministère de la Santé et des Services sociaux assure les frais de fonctionnement de cette maison d’hébergement, la première du genre dans la région de Québec. La Société d’habitation du Québec est également partenaire de ce projet. Le spectacle vise à recueillir 90 000$, ce qui représente une partie des fonds nécessaires à la rénovation et à l’aménagement intérieur de la maison, l’organisme ayant déjà amassé 55 000$. Enfin, le Ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine et la Caisse d’économie solidaire Desjardins se sont associés à l’événement à titre de partenaires majeurs.

«Nous voulons offrir un spectacle de qualité, à l’image de nos actions, conclut Mme Guay. Nous souhaitons de tout cœur que le contexte du 400e anniversaire de Québec, qui ravive l’histoire, soit de nature à non seulement sensibiliser la population aux sources des difficultés des femmes autochtones, mais aussi et surtout à nourrir une volonté d’alliance afin d’entamer une véritable démarche de rétablissement individuel et collectif.»

Les billets à 35 $ (balcon) et à 75 $ (parterre) sont mis en vente dès aujourd’hui sur le réseau Billetech (418-643-8131 ou 418-691-7211) et à la billetterie du Palais Montcalm (418-641-6040 ou 1-877-641-6040).

Relations de presse :
Communications Paulette Dufour (418) 525-5455


Aurons-nous le plaisir de nous croiser à Québec, le samedi 24 mai? Je le souhaite.

À la prochaine

vendredi 15 février 2008

Le cent quatre-vingt-dix-septième saut de crapaud


D'abord - et ensuite je déposerai un petit, tout petit texte sur l'amitié au lendemain de la fête de la Saint-Valentin- une correction apportée au saut 195. Vous vous rappelez, celui dans lequel j'ouvrais entièrement mon coeur et publiais la liste de mes lectures 2007. Voilà. Eh! bien, j'ai omis un livre - de plus que j'en avais beaucoup parlé ici même, sur le blogue - à savoir DU YOGA AVEC O'MA, écrit mon amie Loïse Lavallée, maman de mon gendre Nicolas et grand-maman de Émile, Léa et Arthur.

Voici ce texte d'amitié.



L’AMITIÉ

Voici l'histoire de deux amis qui marchaient dans le désert. Ils se disputèrent et l'un des deux gifla l'autre. Ce dernier, endolori, ne dit rien mais écrivit sur le sable :
« Aujourd'hui mon meilleur ami m'a donné une gifle.»

Ils continuèrent leur marche et découvrant une oasis, ils allèrent s’y baigner. Celui qui avait été giflé manqua se noyer, et son ami le sauva. Quand il fut remis de ses émotions, il écrivit sur une pierre :
«Aujourd'hui mon meilleur ami m'a sauvé la vie.»

Celui qui avait donné la gifle et sauvé son ami demanda :
«Quand je t'ai blessé, tu as écrit sur le sable, et maintenant peux-tu me dire pourquoi tu as écrit sur la pierre?»

L'autre ami répondit :
«Lorsque quelqu'un nous blesse, nous devons l'écrire sur le sable où les vents du pardon peuvent l'effacer. Mais lorsqu’il fait quelque chose de bien pour nous, nous devons le graver dans la pierre, où aucun vent ne pourra l'effacer.

Apprends à écrire tes blessures dans le sable et graver tes joies dans la pierre !





À la prochaine

vendredi 8 février 2008

Le cent quatre-vingt-seizième saut de crapaud


Un saut de crapaud tout à fait spécial, aujourd'hui. Magnifique, vous verrez.

Le crapaud, depuis trois mois, fait partie d'un groupe de poètes et de poétesses réunis autour d'un site qui porte le nom d'Oasis des artistes. On y retrouve: poèmes, contes, nouvelles, créations artistiques, etc., mais principalement des gens charmants et adorables qui ont, pour la poésie et les arts, une presque vénération . De plus, c'est là le plus important, il s'en dégage une convivialité remarquable. Des contacts se nouent, des amitiés se lient et des rencontres personnelles et artistiques parfois spontanées autour d'un poème ou d'un autre geste artistique qui nous interpellent... comme ce qui suit.

Le coup de coeur que je vous offre maintenant provient de ce site. Je le publie avec l'autorisation de Carmelo Lopez (l'auteur de ce centon: pièce littéraire ou musicale, faite de morceaux empruntés).


À la fin, je vais «copier/coller» la communication entre nous.
Bonne lecture.

L'imposture

1 Salut ! Divinités par la rose et le sel,
2 Salut ! bois couronnés d'un reste de verdure,
3 Beaux et grands bâtiments d'éternelle structure,
4 Miroirs profonds ouverts à l'œil universel !

5 Sans me plaindre, saignant, et tombant sur les mains,
6 Me voici maintenant au milieu de mon âge !
7 Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage
8 Au-dessus du bétail ahuri des humains.

9 Les soleils disparus sont des mots éternels.
10 Oh ! combien de marins, combien de capitaines !
11 Un calme soir caresse au loin les belles plaines ;
12 L'homme en songeant descend du gouffre universel.

13 Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,
14 Le long du coteau courbe et des nobles vallées,
15 Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée
16 Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal.

17 J'aime le son du Cor, le soir, au fond des bois.
18 J'aime la solitude et me rends solitaire.
19 Mon âme a son secret, ma vie a son mystère :
20 France, mère des arts, des armes et des lois.

21 Quelquefois ma raison par de faibles discours,
22 Cette faucille d'or dans le champ des étoiles,
23 Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...
24 Et quand les siècles même auront fini leur cours !

25 Digne objet de mes soins, beau sujet de mes pleurs,
26 Je suis l'esprit, vivant au sein des choses mortes.
27 A travers la matière, affreux caveau sans portes,
28 Ce vase plein de lait, ce panier de fleurs.

29 J'ai gravé sur le tronc nos noms et nos amours,
30 Un air si rare au milieu des formes tragiques.
31 J'ai longtemps habité sous de vastes portiques
32 Ces ponts, ces aqueducs, ces arcs, ces rondes tours.

33 Une nuit, c'est toujours la nuit dans le tombeau,
34 J'ai révélé mon cœur au Dieu de l'innocence,
35 Cette chanson d'amour qui toujours recommence
36 Maintenant que mon temps décroît comme un flambeau.

37 Feuillages jaunissants sur les gazons épars !
38 Comme je descendais des Fleuves impassibles,
39 Les douleurs vont à Dieu, comme la flèche aux cibles ;
40 Amour est en ses yeux, il y trempe ses dards.

41 Seigneur, tu es parfait et l'homme ne l'est pas.
42 M'embarquant en Amour, je vais courir fortune !
43 Où sont ces doux plaisirs qu'au soir sous la nuit brune...
44 Je suis tel qu'un ponton sans vergues et sans mâts.

45 L'universelle mort ressemble au flux marin,
46 De tempé la vallée un jour sera montagne,
47 Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
48 Cent fois, pour vous apprendre à vous lever matin.

49 Pleurez, doux alcyons, ô vous, oiseaux sacrés,
50 Les chênes qu'on abat pour le bûcher d'Hercule !
51 Rose au cœur violet, fleur de sainte Gudule,
52 Son sourire est tranquille et ses yeux assurés.

53 Ô l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux !
54 C'est un trou de verdure où chante une rivière,
55 C'est l'ange Liberté, c'est le géant Lumière,
56 Aux couleurs du couchant reflété par mes yeux !

57 Jamais, avez-vous dit, tandis qu'autour de nous
58 L'ennui descend sur moi comme un brouillard d'automne.
59 Je regarde la mer qui toujours nous étonne
60 Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous.

61 Et je serais sans feu si j'étais sans amour !
62 J'aime de vos longs yeux la lumière verdâtre,
63 Qui sont, qui sont ceux-là, dont le cœur idolâtre
64 Le bois retentissant sur le pavé des cours.

65 Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
66 Parmi l'écroulement des grandeurs séculaires
67 Et les dragons avant de rentrer aux repaires
68 Quand sans bruit tu descends pour baiser ton amant.

69 Il est des parfums frais comme les chairs d'enfants !
70 J'adore l'indécis, les sons, les couleurs frêles :
71 A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
72 Et les citrons amers où s'imprimaient tes dents.

73 Sans cesse à mes côtés s'agite le Démon !
74 Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ;
75 La connais-tu, Dafné, cette ancienne romance
76 Suivant le son du Luth et les traits d'Apollon ?

77 La Nature est un temple où de vivants piliers
78 Qui fait du cœur de l'homme un temple d'harmonie.
79 C'était au beau milieu de notre tragédie,
80 Tous tes pas vers le jour sont par l'ombre épiés.

81 Maintenant je pardonne à la douce fureur.
82 Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
83 Puisque j'ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine,
84 Puisque bientôt l'hiver va nous mettre en valeur,

85 Je te donne ces vers afin que si mon nom
86 Garde toujours ce douloureux empire
87 Comme un dernier rayon, comme un dernier zéphyre
88 Et puis est retourné, plein d'usage et raison.

89 Désormais que ma Muse, aussi bien que mes jours,
90 Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
91 O cieux, ô terre, ô mer, prés, montagnes, rivages,
92 C'est ici ma raison, mon champ et mes amours !

93 Hélas ! combien de jours, hélas ! combien de nuits,
94 Résonnait de Schubert la plaintive musique ;
95 La terre a tressailli d'un souffle prophétique...
96 Maintenant tu es vive, et je suis mort d'ennui.

97 Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m'as consolé,
98 Ta douleur, du Périer, sera donc éternelle ?
99 Je plante en ta faveur cet arbre de Cybelle,
100 Avec une indicible et pâle volupté.

101 Ton silence où est-il ? ton repos et ta paix ?
102 Un mystère d'amour dans le métal repose
103 Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,
104 O muse de mon cœur, amante des palais !

105 Voici la mort du ciel en l'effort douloureux !
106 Mon âme, il faut partir. Ma vigueur est passée,
107 Voici l'étroit sentier de l'obscure vallée
108 Que les soleils marins teignaient de mille feux,

109 Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron !
110 L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques
111 Enflamme de feux verts tes yeux énigmatiques,
112 Que le vent du matin vient glacer à mon front.

113 Comme on passe en été le torrent sans danger,
114 Mon cœur, lassé de tout, même de l'espérance
115 Où du dragon vaincu dort l'antique semence,
116 Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

117 Mais quoi ! c'est trop chanté, il faut tourner les yeux ?
118 C'est la Mort qui console, hélas ! et qui fait vivre
119 Le long des arborescences naines du givre,
120 Triste, la bouche ouverte et les pieds vers les cieux.

121 J'ai bien assez vécu, puisque dans mes douleurs
122 Il n'est pas de brouillards comme il n'est point d'algèbres.
123 Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres
124 Et les fruits passeront la promesse des fleurs.

125 O Seigneur, ouvrez-moi les portes de la nuit !
126 Il est de forts parfums pour qui toute matière...
127 Il n'en sort que merveille et qu'ardente lumière,
128 Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits.

129 Laissez dormir en paix la nuit de mon hiver
130 Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles !
131 Je suis dans l'ombre affreuse et sous les sacrés voiles,
132 Mordant au citron d'or de l'idéal amer.

133 Je suis le Ténébreux, le Veuf, l'Inconsolé!
134 A pas lents et tardifs tout seul je me promène.
135 Waterloo ! Waterloo ! Waterloo ! morne plaine !
136 Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé !


Carme

Mes éternels remerciements pour leur précieuse collaboration
à : pour les vers :
Joachim du Bellay (1522-1560) 7, 20, 43, 81, 88, 113
Pierre de Ronsard (1524-1585) 28, 29, 46, 48, 76, 96, 99
Etienne de la Boétie (1530-1563) 93
Philippe Desportes (1546-1606) 41, 68, 101, 134
Aggrippa d'Aubigné (1551-1630) 105, 117, 127, 129
Siméon-Guillaume de La Roque (1551-1611) 42
François de Malherbe (1555-1628) 3, 40, 98, 103, 124
Jean de Sponde (1557-1595) 63
Antoine de Nervèze (1570-1622) 18
François Maynard (1582-1646) 61, 106
Vincent Voiture (1598-1648) 21
Tristan L'Hermite (1601-1655) 25
Jean de La Fontaine (1621-1695) 89
Jean Racine (1639-1699) 24
Nicolas-Joseph Florent Gilbert (1751-1780) 34
André Chénier (1762-1794) 49, 87, 91
Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859) 86
Alexandre Soumet (1788-1845) 78
Alphonse de Lamartine (1790-1869) 2, 37, 74, 82, 90, 107, 114, 136
Alfred de Vigny (1797-1863) 17
Victor Hugo (1802-1885) 4, 5, 10, 12, 22, 26, 27, 32, 33, 36, 39, 47, 50, 55, 67, 80, 83, 92, 120, 121, 122, 125, 131, 135
Félix Arvers (1806-1850) 19
Gérard de Nerval (1808-1855) 15, 35, 51, 72, 75, 95, 97, 102, 109, 115, 133
Alfred de Musset (1810-1857) 57, 94
Charles Leconte de Lisle (1818-1894) 45
Charles Baudelaire (1821-1867 31, 52, 56, 62, 64, 69, 73, 77, 85, 100, 104, 108,116, 118, 123, 126
Léon Dierx (1838-1912) 44
Stéphane Mallarmé (1842-1898) 8, 132
José-Maria de Hérédia (1842-1905) 13, 16, 110
Paul Verlaine (1844-1896) 60, 65, 112
Arthur Rimbaud (1854-1891) 23, 38, 53, 54, 71, 128,130
Albert Samain (1858-1900) 70
André Fontainas (1865-1948) 66, 111
Ephraïm Mikhaël (1866-1890) 11, 58
Paul Valéry (1871-1945) 1
Charles Péguy (1873-1914) 14
Pierre Jean Jouve (1887-1976) 9, 30
Jean Cocteau (1889-1963) 6, 59
Louis Aragon (1897-1982) 79
Francis Ponge (1899-1988) 84
Patrice de La Tour du Pin (1911-1975) 119

Il fallait le faire, n'est-ce-pas?

Voici les courriels que nous nous sommes échangés et dans un des deux, Carmelo se présente.

LeCrapaud a écrit :
Carme,
Je vous demande si vous accepteriez que je publie votre centon sur mon blog: LE CRAPAUD GÉANT DE FORILLON.Votre travail m'a purement ébloui et j'aimerais beaucoup que les quelques lecteurs qui s'arrêtent à l'occasion sur ma page web puissent l'apprécier.
Pourriez-vous, si vous acceptez, me fournir vos coordonnées (nom, pays d'origine, occupation et une adresse de page web si vous en possédez une)?

Merci,
LeCrapaud

Bonjour Jean,
Je suis très honoré et surpris par votre proposition sur ce texte pour lequel je ne peux revendiquer qu'une très légère paternité, vous en conviendrez. Mon rôle s'est limité à agencer les vers et à modifier parfois la ponctuation à la fin d'un vers ou l'autre pour mieux épouser le suivant, ceci dans le but de tenter d'apporter une certaine fluidité dans la lecture. Je dois reconnaître que le résultat n'est pas parfait. Mais comme je l'ai dit sur "Oasis", ce fut un vrai plaisir de le réaliser malgré les longues recherches et les nombreuses contraintes que comporte ce type d'exercice.
J'accepte votre proposition. Vous avez mon accord pour publier ce centon. J'espère que vos visiteurs l'apprécieront.
Ah oui, mes excuses pour mon manque de politesse ! Je m'appelle Carmelo Lopez, j'ai 49 ans et je réside en France, pour être plus précis, près de Metz en Lorraine. Je suis marié et père de deux filles. Sur le plan professionnel, je fais de la gestion matérielle et financière dans un lycée (on est très loin de la poésie ! Quoique ...)Désolé je ne dispose pas de page web.
Mes cordiales salutations,
Carme

Merci une autre fois, Carmelo.

À la prochaine

samedi 2 février 2008

Le cent quatre-vingt-quinzième saut de crapaud




Bon! Ça va! Cessez de me poser toujours la même question. Ça fait bientôt trois ans que je n'y réponds pas. Alors, aujourd'hui, en ce jour de la marmotte, j'y répondrai donc. La voici, «la question qui (tor)tu(r)e». Qu'est-ce que ça lit, un crapaud?

Banale comme question, me direz-vous! Faites l'exercice vous-même, vous verrez que ce n'est pas si «pas originale» que cela. Voici donc la liste des livres - car je déduis par votre insistance que c'est du côté des livres que votre intérêt se porte, non pas des journaux, revues ou circulaires, que j'ai d'ailleurs bannies de ma boîte aux lettres grâce à un petit icône tout simplement magique repoussant plus loin d'elle tout passeur de papiers inutiles ne faisant que «déviarger» notre forêt boréale et «montréale». Nous disions donc, les livres. D'accord. Voici ce que le crapaud a lu en 2007.


2 Jean Bédard:
COMENIUS OU COMBATTRE LA PAUVRETÉ PAR L'ÉDUCATION DE TOUS;
LA FEMME AUX TROIS DÉSERTS;


2 Fernando Savater:
CHOISIR LA LIBERTÉ;
REPENSER SA VIE;


Marie-Claire Blais:
LA BELLE BÊTE ( relecture avant de visionner le film);


2 André Gide:
LA SYMPHONIE PASTORALE;
LA PORTE ÉTROITE;


2 Colette:
CHAMBRE D'HÔTEL;
LA MAISON DE CLAUDINE;


Andrée Chedid:
L'AUTRE (un petit bijou qui pourrait devenir un film sublime);


Sébastien Chabot:
L'ANGOISSE DES POULETS SANS PLUMES;


Lise Bissonnette:
LA FLOUVE;


4 Francis Carco:
LA RUE;
L'HOMME DE MINUIT;
L'HOMME TRAQUÉ;
BRUMES;


Pablo Neruda:
LA SOLITUDE LUMINEUSE;


Dr Claude Olievenstein:
IL N'Y A PAS DE DROGUÉS HEUREUX;


Benjamin Kunkel:
INDÉCISION;


Alexandre Bourbaki:
TRAITÉ DE BALISTIQUE;


Joseph Boyden:
LE CHEMIN DES ÂMES;


Nancy Houston:
LIGNES DE FAILLE;


Jonathan Little:
LES BIENVEILLANTES;


Éric-Emmanuel Schmitt:
ODETTE TOUTLEMONDE ET AUTRES HISTOIRES;


2 Truman Capote:
DE SANG-FROID (le film tiré du roman est génial);
PETIT DÉJEUNER CHEZ TIFFANY;


5 Robert Lalonde:
ESPÈCES EN VOIE DE DISPARITION;
QUE VAIS-JE DEVENIR JUSQU'À CE QUE JE MEURE?;
UN JARDIN ENTOURÉ DE MURAILLES;
LE VACARMEUR;
DES NOUVELLES D'AMIS TRÈS CHERS;


Yvon Rivard:
MORT ET NAISSANCE DE CHRISTOPHE ULRIC;


2 Nikos Kazantzaki:
ALEXIS ZORBA (comment oublier le film Zorba le Grec, si génial);
LE CHRIST RECRUCIFIÉ;


Nietzsche:
AINSI PARLAIT ZARATHOUSTRA;


Alexandre Baricco:
SOIE (avant d'aller voir le film);


Roger Peyrefitte:
LES AMITIÉS PARTICULIÈRES (livre trouvé par terre sur la rue lors d'une marche et que j'avais lu il y a de nombreuses années, tiré de la bibliothèque de mon père);


Érik Rémès:
KANNIBAL;


Lois Lowry:
LE PASSEUR (lu à Cuba en décembre... livre qui passa de Catherine à Nicolas à....);


Danny Plourde:
CALME AURORE (S'UNIR AILLEURS, DU NAPALM PLEIN L'OEIL) Recueil de poèmes.

Voilà. Ça satisfait la galerie. Je vous promets de refaire l'exercie en 2009 pour les lectures de cette année. Je vous invite à en faire autant.


J'ajoute à cette liste, un commentaire adressé au poète Danny Plourde suite à ma lecture (en fait lecture et relecture) de son recueil de poèmes publié chez Hexagone, Calme aurore (s'unir ailleurs, du napalm plein l'oeil).




Calme aurore (Danny Plourde)

J'achève la re-lecture de votre second recueil. J'avais été fort impressionné par (vers quelque) mais j'avoue que ce deuxième m'a plu tout particulièrement.

Le lecteur fait le texte, parfois le défait. Je devais certainement être dans un état «x» losrque je me suis aventuré de Montréal à Séoul en passant par toutes les émotions d'un poète extrêment bien ancré dans sa terre natale (native) et ouvert à la diversité mondiale. Ouvert sur les autres, un peu comme s'il enviait ceux et celles qui ont mis dans leur sac à dos la liberté personnelle et collective.

Les influences (je pense surtout à Miron) étaient frappantes dans le premier - c'est loin d'être néfaste, au contraire - sont ici plus subtiles. Le style s'affine, se purifie.

Parfois, des coups de génie:
« entre l'inquiétude et l'indifférencele poème est insoutenable»

« les mots ont tant de valeurlorsqu'on se parle sans eux»

« combien de foison a refait le mondeavec les débris qu'on nous a laissés»

Souvent, une telle lucidité que je me suis pris à croire encore:
« demain on s'en souviendra
on aura encore sur les lèvres
cet arrière-goût amer
de ceux qui nous hantent
une fois qu'on est seuls»

« si loin de chez-moi pour comprendre qu'il ne peut y avoir autre demeure qu'en moi-même qu'il y aura chez nous tant et aussi longtemps que mon propre crâne sera lui-même assiégé par la peur d'être ce que suis aucun confort sans un corps meurtri pour s'y reposer»


Toujours cet ancrage dans le réel où nous «sommes nombreux à être seul» comme ce «poète (,,,) sans foule parce qu'il côtoie une foule sans poésie», réel si bien perçu, je dirais décodé, décrypté.

Je termine ce message en vous disant tout le bonheur reçu à la lecture de ce deuxième qui me ramena au premier, et souhaite vous retrouver bientôt chez cet Hexagone, cette boîte à poètes qui doit absolument survivre.

Le sans-je de Danny Plourde me fit penser à Rimbaud que je vous offre en vous saluant:« Et à l'aurore, armés d'une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes.»
LeCrapaud


À la prochaine.

jeudi 31 janvier 2008

Le cent quatre-vingt-quatorzième saut de crapaud




En ce dernier jour de janvier, il me fait plaisir de vous offrir ces quelques citations éclectiques, j'aime bien ce mot signifiant« n'a pas de goût exclusif, ne se limite pas à une catégorie d'objets ».


Les deux premières citations proviennent de Bruno Bettleheim:
. Les sentiments de l'éducateur à l'égard de ce qu'il apprend ont une incidence plus grande sur la qualité de son travail que le fait de savoir ce qu'il faut faire.
. Un message symbolique qui ment, non conforme à la réalité est plus nocif que l'absence de messages.


La suivante provient d'Isaac Newton:
. Je m'imagine avoir été un jeune garçon qui a joué sur la plage, qui a trouvé un caillou mieux poli, une coquille plus grâcieuse, tandis que le grand océan des vérités étalait devant lui son mystère.


Dans L'ÉVOLUTION CRÉATRICE, Henri Bergson écrit:
. Partout où quelque chose vit, il y a, ouvert quelque part, un registre où le temps s'inscrit.


De Michel Serres:
. Tout le monde a une montre et personne n'a le temps; échangez l'une contre l'autre. Donnez votre montre et prenez votre temps.


Henry Ford, de son côté, disait:
. Un échec n'est qu'une occasion de renouveler une tentative avec plus de sagesse.


Andrew Lippman, du M.I.T. de Boston, a déclaré ce qui suit:
. Là où tout le monde pense la même chose, personne ne pense beaucoup.


Le philosophe du XVIIIième siècle, Wilhem Leibnitz, définissait le savant en ces mots:
. Le vrai savant n'est pas celui qui a le plus appris mais celui qui a le mieux compris.


William Blake, poète et graveur du XIXième siècle a dit:
. Je ne vois pas avec mon oeil, mais à travers lui.


De son côté, Goethe affirmait:
. Il reste toujours assez de force à chacun pour accomplir ce dont il est convaincu.


J'aime bien ces deux phrases qui, d'une certaine manière, peuvent se ressembler ou du moins se rejoindre. La première est du célèbre écrivain britannique C.K. Chesterton alors que la deuxième est tirée d'un important discours prononcé par Martin Luther King.
. Nous sommes tous dans le même bateau, sur une mer déchaînée. Et nous nous devons l'un à l'autre une terrible fidélité.
. Il nous faut apprendre à vivre ensemble comme des frères sinon nous allons mourir ensemble comme des idiots.


Cette citation d'une implacable logique vient de Lewis Carroll, écrivain, photographe et mathématicien britannique du XIXième siècle. Accrochez-vous, car il faut bien suivre.
. Si c'est le cas, ce l'est. Et si c'était le cas, ce le serait; mais comme ce n'est pas le cas, ce ne l'est pas. C'est logique.


Cette citation, je l'ai notée à partir d'un texte de Jean-Didier Vincent, biologiste français, professeur de physiologie à la Sorbone de Paris. Je ne puis vous dire s'il est décédé mais il est né en 1935.
. Dans le vivant, le singulier n'existe pas. Une molécule n'est pas vivante. Pour qu'elle accède à la vie, il faut qu'elle reconnaisse d'autres formes, et que de leur union naissent de nouvelles formes aux propriétés inattendues. Le caillou, lui, reste caillou, qu'il soit seul ou perdu dans un tas sur le bord du chemin.


Et je terminerai par cette merveilleuse réflexion de Dag Hammarskjöld qui fut Secrétaire Général de l'ONU, d'avril 1953 à septembre 1961. On se souviendra qu'il a reçu, à titre posthume, le Prix Nobel de la Paix de 1961.
. En rêve, j'ai arpenté, en compagnie de Dieu lui-même, les espaces les plus reculés de l'univers; de hauts murs se dérobaient à notre approche, des portes s'ouvrirent devant nous et nous enfilâmes des corridors et des antichambres baignés de silence, d'ombre et de fraîcheur - de toute apparence ces lieux bénis étaient ceux des âmes ayant retrouvé lumière et chaleur - jusqu'à ce que je me retrouve soudain en plein coeur de cet infini dans lequel il nous faut tous plonger si nous voulons revivre, à la manière de ces perles d'eau heurtant doucement la masse sombre et calme d'une mer infinie.




À la prochaine

mercredi 23 janvier 2008

Le cent quatre-vingt-treizième saut de crapaud



Il y a de ces matins... neige/froid. D'autres, asphalte.

Combien loin se trouve la plage cubaine! Au point qu'elle nous appelle. Nous rappelle. Au point d'y répondre. Début avril.


Mais d'ici là, je vous offre ce petit poème (certains disent, et ils ont parfaitement raison, que le crapaud commence à moins présenter ses propres écrits, davantage ceux des autres...) en provenance des vagues de Varadero.


Il s'intitule LA VAGUE MOURANTE. Le voici.



la vague mourante...


… enveloppe les grains de sable
ceux que la plage emboîte sous les pieds du marcheur
marcheur aux jambes mouillées
au cœur léger
insoucieux


(la mer a mis sa tunique verte)


… mesure la distance entre l’univers
et l’envers des distances
avec, pour seul outil, des pieds
plus patients qu’Ulysse
tendus comme Achille


(la mer et sa tunique turquoise)


… lèche sournoisement
du marcheur les illusions
les rêves les songes les deuils
agglutinés au bout des pieds
comme des coquillages étourdis


(et l’émeraude de la mer)

une vague mourante devenue bave de crapaud…





À la prochaine.

mardi 15 janvier 2008

Le cent quatre-vingt-douzième saut de crapaud



Aujourd'hui, tirées de son oeuvre à la fois unique et gigantesque, quelques citations d'Anne Hébert qui est née le 1 août 1916 à Sainte-Catherine-de-Fossambault (maintenant Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier), un petit village situé à 40 kilomètres au nord-ouest de Québec.

Tout près, il y a le manoir de ses ancêtres Juchereau- Duchesnay où sa mère a passé une partie de son enfance, qu'habite alors la famille Garneau. Vers 1932, se développe une amitié entre Anne Hébert et Hector de Saint-Denys de quatre ans plus âgé.


C'est en 1942 qu'elle publie un premier recueil de poèmes, bien accueilli par la critique, et qui lui vaut le troisième prix au concours du prix Athanase- David 1943: Les songes en équilibre.


Publié en 1950, Le Torrent sera la deuxième oeuvre à paraître, puis en 1953, Le Tombeau des Rois, son oeuvre maîtresse, deuxième recueil de poèmes sur lequel elle travaillait depuis dix ans.


Anne Hébert obtient une bourse de la Société royale du Canada (1954) lui permettant alors de séjourner à Paris où elle y écrira Les Chambres de Bois. Son congé de l'Office national du Film n'étant que d'un an, elle décide néanmoins de prolonger son séjour de deux autres années.


Elle revient à Montréal en 1957 et y demeure deux ans. A partir de 1960, année de la mort de son père, elle habitera tour à tour en France et au Québec. Une bourse spéciale du Conseil des arts lui sert de soutien financier pour la période 1961-1962. A la mort de sa mère en 1965, Anne Hébert se fixe définitivement à Paris.


Après quatre ans de recherche et de rédaction pour son deuxième roman, elle connaît enfin le succès en 1970 avec Kamouraska. Reconnue surtout comme poétesse et nouvelliste, elle s'impose comme romancière à l'âge de 54 ans.


Paraît un troisième roman en 1975, Les Enfants du Sabbat.


En 1982, Anne Hébert devient la quatrième Canadienne-française et la deuxième Québécoise à obtenir un grand prix littéraire. Après Gabrielle Roy, prix Fémina 1947, Marie-Claire Blais, prix Médicis 1966, et Antonine Maillet, prix Goncourt 1979, Anne Hébert obtient, pour Les Fous de Bassan, le prix Fémina.


Anne Hébert décède à l'hôpital Notre-Dame de Montréal, le 22 janvier 2000, à l'âge de 83 ans.




. Une fois qu'on est engagé dans l'aventure du mystère, une fois qu'on a donné son consentement profond, rien n'est plus impossible. La réalité se trouve franchie, dépassée, et les choses les plus extraordinaires ne boulversent plus aucun ordre, ne provoquent plus d'étonnement.

. Malheur au rêveur qui franchit la zone interdite du passé.

. L'emploi de la force physique indique trop bien la défection de ma puissance spirituelle. La brutalité est le recours de ceux qui n'ont plus de pouvoir intérieur.

. Je n'ai que des signes vides. J'ai porté trop longtemps mes chaînes. Elles ont eu le loisir de pousser des racines intérieures. Elles m'ont défait par le dedans. Je ne serai jamais un homme libre. J'ai voulu m'affranchir trop tard.

. Tout homme porte en soi un crime inconnu qui suinte et qu'il expie.

Et ce poème magnifique: LE TOMBEAU DES ROIS

J'ai mon coeur au poing.
Comme un faucon aveugle.
Le taciturne oiseau pris à mes doigts
Lampe gonflée de vin et de sang.
Je descends
Vers les tombeaux des rois
Étonnée
À peine née.

Quel fil d'Ariane me mène
Au long des dédales sourds?
L'écho des pas s'y mange à mesure.

(En quel songe
Cette enfant fut-elle liée par la cheville
Pareille à une esclave fascinée?)
L'auteur du songe
Presse le fil.
Et viennent les pas nus

Un à un
Comme les premières gouttes de pluie
Au fond du puits.
Déjà l'odeur bouge en des orages gonflés
Suinte sous le pas des portes
Aux chambres secrètes et rondes,
Là où sont dressés les lits clos.

L'immobile désir des gisants me tire.
Je regarde avec étonnement
À même les noirs ossements
Luire les pierres bleues incrustées.

Quelques tragédies patiemment travaillées,
Sur la poitrine des rois, couchées,
En guise de bijoux
Me sont offertes
Sans larmes ni regrets.

Sur une seule ligne rangés:
La fumée d'encens, le gâteau de riz séché
Et ma chair qui tremble:
Offrande rituelle et soumise.

Le masque d'or sur ma face absente
Des fleurs violettes en guise de prunelles,
L'ombre de l'amour me maquille à petits traits précis;
Et cet oiseau que j'ai
Respire
Et se plaint étrangement.

Un frisson long
Semblable au vent qui prend, d'arbre en arbre,
Agite sept grands pharaons d'ébène
En leurs étuis solennels et parés.

Ce n'est que la profondeur de la mort qui persiste,
Simulant le dernier tourment
Cherchant son apaisement
Et son éternité
En un cliquetis léger de bracelets
Cercles vains jeux d'ailleurs
Autour de la chair sacrifiée.

Avides de la source fraternelle du mal en moi
Ils me couchent et me boivent ;
Sept fois, je connais l'étau des os
Et la main sèche qui cherche le coeur pour le rompre.

Livide et repue de songe horrible
Les membres dénoués
Et les morts hors de moi, assassinés,
Quel reflet d'aube s'égare ici?
D'où vient donc que cet oiseau frémit
Et tourne vers le matin
Ses prunelles crevées?

À la prochaine.

samedi 5 janvier 2008

Le cent quatre-vingt-onzième saut de crapaud

Voilà. Il faut bien commencer. Bonne année. 2008. Heureuse, aussi. Santé.
Voilà. Pour les voeux.
LE CRAPAUD GÉANT DE FORILLON franchira d'ici quelques semaines le cap - astronomique - des deux cents sauts. Il y aura un bilan à faire à ce moment-là. On y reviendra.
Certains me disent que l'année 2007 aura été principalement marquée - sur le blogue - par des écrits autres que ceux du crapaud. Fallait-il qu'il en fût ainsi? Probablement. Un ressourcement, peut-être?
Ou une crainte de perdre ce qui traînait à gauche et à droite dans des cahiers de lecture, de notes et d'écriture. Je pense surtout aux deux romans - scolaires - que je m'étais promis de corriger, une fois arrivé à la retraite. Maintenant, c'est fait. Plusieurs citations d'auteurs - connus et inconnus - qui, au cours des années m'ont accompagné. Le plus étrange, c'est que je me souviens presque de l'instant où ils sont tombés dans lesdits cahiers.
2008 est vieille de cinq jours... En 2006, le premier saut de l'année, c'était un 4 janvier. En 2007, un 9. Cette fois-ci, un 5. Pour le mordu de numérologie que je suis, cela signifie beaucoup: le 5 étant le nombre du changement, de l'évolution. Le temps le dira...
En ce début 2008, je vous offre un magnifique poème - je sais, il est long, mais prendez le temps de vous l'approprier - un poème d'Alfred Desrochers, sans doute le plus important qu'il nous a laissé. Ce poème fut parmi mes premiers contacts avec la poésie canadienne-française disait-on à l'époque... aujourd'hui, on parle de poésie québécoise... et certainement, un fleuron de celle-ci. Il est tiré d' À L'OMBRE DE L'ORFORD, publié en 1929.
Le voici.



LE CYCLE DES BOIS ET DES CHAMPS
Liminaire


Je suis un fils déchu de race surhumaine,
Race de violents, de forts, de hasardeux,
Et j'ai le mal du pays neuf, que je tiens d'eux,
Quand viennent les jours gris que septembre ramène.

Tout le passé brutal de ces coureurs de bois:
Chasseurs, trappeurs, scieurs de long, flotteurs de cages,
Marchands aventuriers ou travailleurs à gages,
M'ordonne d'émigrer par en haut pour cinq mois.

Et je rêve d'aller comme allaient les ancêtres;
J'entends pleurer en moi les grands espaces blancs,
Qu'ils parcouraient, nimbés de souffles d'ouragans,
Et j'abhorre comme eux la contrainte des maîtres.

Quand s'abattait sur eux l'orage des fléaux,
Ils maudissaient le val; ils maudissaient la plaine,
Ils maudissaient les loups qui les privaient de laine:
Leurs malédictions engourdissaient leurs maux.

Mais quand le souvenir de l'épouse lointaine
Secouait brusquement les sites devant eux,
Du revers de leur manche, ils s'essuyaient les yeux
Et leur bouche entonnait: «À la claire fontaine»...

Ils l'ont si bien redite aux échos des forêts,
Cette chanson naïve où le rossignol chante,
Sur la plus haute branche, une chanson touchante,
Qu'elle se mêle à mes pensers le plus secrets:

Si je courbe le dos sous d'invisibles charges,
Dans l'âcre brouhaha de départs oppressants,
Et si, devant l'obstacle ou le lien, je sens
Le frisson batailleur qui crispait leurs poings larges;

Si d'eux, qui n'ont jamais connu le désespoir,
Qui sont morts en rêvant d'asservir la nature,
Je tiens ce maladif instinct de l'aventure,
Dont je suis quelquefois tout envoûté, le soir;

Par nos ans sans vigueur, je suis comme le hêtre
Dont la sève a tari sans qu'il soit dépouillé,
Et c'est de désirs morts que je suis enfeuillé,
Quand je rêve d'aller comme allait mon ancêtre;

Mais les mots indistincts que profère ma voix
Sont encore: un rosier, une source, un branchage,
Un chêne, un rossignol parmi le clair feuillage,
Et comme au temps de mon aïeul, coureur des bois,

Ma joie ou ma douleur chante le paysage.





À la très prochaine...

jeudi 27 décembre 2007

Le cent quatre-vingt-dixième saut de crapaud



Pour ce dernier saut de l'année 2007, le numéro 190, je vous offre un texte magnifique de France Théôret. Cette poétesse québécoise née à Montréal en 1942, membre du comité de direction de LA BARRE DU JOUR, est également cofondatrice du journal féministe LES TÊTES DE PIOCHE de même que du magazine culturel SPIRALE.

Avant de se consacrer uniquement à l'écriture, elle fut enseignante au Collège Ahuntsic.

Ce texte, intitulé LA MARCHE, est tiré de NÉCESSAIREMENT PUTAIN publié en 1980.



« Elle est là peut-être lorsqu'elle déploie vive toute sa richesse dehors. Elle est là comme, toujours comme, en tant que, voulant dire, s'arrêtant sur qui est là et s'ouvre extérieure d'un rêve retourné, elle se prête généreuse, elle s'offre globale, elle dépasse, elle émerge, elle signifie sans alourdir, elle présente, elle ne se raréfie d'aucune substance, elle éclaire, elle entraîne et réunit, elle voulant que ça soit et ça se fait, elle inclut, elle transparaît, elle par ce qu'elle allume sans contraindre, elle fardée ou non, elle au départ et à l'arrivée des choses, elle marche et ça se voit. Elle est d'une beauté sans régularité. Elle nuance toutes les gammes, elle prête à confusion, elle se prête en quelques minutes et fait tressaillir la honte comme si cette honte pouvait avoir honte. Et ce n'est pas la honte qui a honte, ce n'est jamais sur qui devrait rejaillir que ça rejaillit. La vie passée à éviter les éclaboussures. Elle n'est pas atteinte non plus. Elle marche légère et délestée de tout son poids. Elle sait sans avoir appris à marcher. Elle s'y prend d'un long pas à longueur de longues jambes. Les bras longs aussi. Elle démarche et déroule sur les trottoirs la cadence d'une qui a appris ailleurs où dont elle saurait qu'on ne demandera pas et qu'elle ne dira pas non plus. Elle prospecte constamment l'écho des choses, le plus souvent d'une pomme ou de quelques petits fruits parfois, elle demande un lait chaud. Elle ne s'empêtre pas des failles, elle a une haute stature sûre d'être un elfe et jamais sûre d'être rassurée, elle n'a nulle envie d'être assurée de quoi que ce soit, elle marche et autour ça passe dans la rue pleine des quatre heures de l'après-midi rue Saint-Laurent. Elle est la marche même d'une femme enfant haute et délestée de toute épaisseur. Elle repousserait plutôt que d'attirer, elle est pur vecteur, signe vivant que les mensonges existent. Les mensonges et même le meurtre sont là, ils grouillent et ils marchent en même temps qu'elle. On tue chaque jour quelqu'un, quelque chose en soi de l'autre. Elle est le détecteur du mensonge et du crime. Ça brûle de se révéler au fur et à mesure qu'elle passe. Elle porte des vêtements doux à chaque pas de plier sous son bras, sa jambe. Elle a l'honnêteté des morts qui se sont tus et la beauté des profils égyptiens. Elle garde la totalité pour la totalité. Elle ne peut morceler le corps et ne donne aucune envie au voyeur, elle fait corps avec les vêtements et c'est d'une telle richesse que sa minceur s'incorpore et fait tissu d'une robe, d'un manteau. Elle est nue même vêtue, il n'y a de surplus et d'empêtrements qu'ailleurs. Il n'y a pas de calcul non plus. Elle part d'un fruit, elle bouge d'un pas, elle grandit à chaque mouvement, elle ne se sépare pas, elle ne juge pas, elle voit dans ce qui ne se voit pas, elle se reflète sans doute dans la pupille des passants qui se referment aussitôt. Elle n'a d'autre raison d'exister que sa propre existence. Elle est faite de tout le calme et de tout le silence des meilleurs jours. Elle est le vêtement et la nudité, le maquillage et le visage constamment le mouvement. Elle est allant vers dont on ne connaîtra pas la destitnation, elle marche pour marcher, elle existe pour exister, elle informe sous chaque pression et prendrait racine partout et n'en prend aucune. Elle est doucement et fièvreusement mortelle. Sa délicatesse n'a rien d'un délice qu'on appelle ainsi, elle s'offre en mille éclats sans s'offrir et elle n'a jamais l'air de souffrir de tant s'ouvrir sans intérieur et sans extérieur. La ligne seulement et encore davantage faite pour l'oreille. Haute, elle est miniaturiste, elle a la délicatesse d'un jardin japonais cependant elle ne prend aucun service. Sauf d'exister et d'agir sans le savoir comme un révélateur de la violence humaine. On ne sait pas ce qu'elle peut manger de fruits ou boire de lait chaud encore qu'elle n'ait pas envie de faire l'éloge de l'anorexique. Elle est vêtue, elle porte un maquillage et dans l'amalgame dont on ne reconnaît jamais avec certitude les modes ou les provenances, elle échappe aux vêtements et au maquillage. Pareillement, elle est vêtement et maquillage d'un ordre sans ordre qu'on ne la voit jamais si irrésistible et qui amène en même temps toutes les résistances. Elle aménage sans aménager, incorpore sans incorporer, elle ne livre que le souffle. Pourtant, elle est profondément impudique et ouverte. Elle est l'impure même car sur elle résonnent les signes ambiants. Elle fait pour l'oeil caméra des coupures et n'a d'incidence autre que son unique déplacement. Elle inverse les signes. Elle chahute les impressions. Ni sauvage, ni apprise, trouée à même la ville. Tissu aussi. Elle est la place vive, le noeud et le heurt. Elle déplace des pensées, comme. D'une ligne faite de points. Les détails, les brûlures et les blessures. Sa solidité est bien réelle pourtant. Elle fait se produire ce qui se produit autour ça agite seulement et passe et fait tache comme le point lumineux signal de vibrations. Elle est le petit animal du rêve, la proie qu'on croirait fragile et friable. Elle ouvre les autres dimensions: grande, elle est lilliputienne et elle circule au dedans de l'oreille. Secrète et il n'y a pas plus offerte et impure. Elle est le rêve de lourdes mémoires incrustées sur le corps des passants. Toute violence et toute superstition disent leur nom devant elle. Proie elle n'a pas d'ombre. Globale. Elle est l'objet des rites et n'assiste jamais aux rituels. Elle est l'envers du monde mis au monde qui embrouille ainsi d'exister car à son tour, elle est grosse des mises au monde, de ce qui ne s'avoue pas, n'apparaît pas. Elle croit voir les failles et les brisures et s'en accommoderait si autour on avait du respect pour chacun ses blessures. Au point saillant, elle se vit profondément sur toutes surfaces. Elle privilégie la modulation et le dehors. Les couleurs ont partie liée avec la vie des plis. Elle s'en arrange de toutes qui informent et laissent place à la matière comme à la souplesse. La décoration, la substance et l'infini glissement du grand et du petit insufflent à chaque instant l'envie de résister et l'émotion qui regénère induit la séduction pour simplement continuer. Elle a des ventouses partout et partout elle poursuit une marche unique de vivante. Elle coïncide avec sa ligne, les quelques points téméraires et tenaces qui la rivent éphémère dans la ville. Elle, là, tout à fait superficielle. Poreuse et dangereusement opaque aussi. Inessentielle pour tout dire. Reflets. Elle arrive à point nommé. Elle s'offre gravement dans la certitude d'être mortelle à chaque pas. Elle porte les passants dans l'oreille.»

lundi 17 décembre 2007

Le cent quatre-vingt-neuvième saut de crapaud



















Le crapaud est revenu du sable, de la chaleur... revenu d'une semaine où ciel bleu et mer turquoise remplacèrent la grisaille montréalaise qui se préparait à ce que nous recevons depuis deux jours maintenant: vents, neige et froid.

Le choc, toujours brutal, entre 30 degrés et - 20 se prend une pelle à la main et une double paire de cache-oreilles...

Le temps de se retourner... et on se reparle!

J'oubliais, vous verrez que j'étais accompagné à Varadero de la plus belle femme qui se promenait sur l'île à ce moment-là: ma fille Catherine.

À bientôt et bonne neige!!!







Si Nathan avait su... (Partie 2) -34-

  Madame Saint-Gelais, précipitamment, ferma la porte du local où s’achevait la réunion de parents. Elle prit la parole: - Je vous demande d...